La nuit la neige

Décembre 1714, à Jadraque (Espagne), Anne-Marie des Ursins, depuis vingt ans au service du roi Philippe V d’Espagne, vient à la rencontre d’Elisabeth Farnèse, duchesse de Parme, dans quelques jours la nouvelle épouse du souverain. Que se passe-t-il durant cette entrevue si brève ? Brutalement, Anne-Marie des Ursins est congédiée par la future reine d’Espagne, et aussitôt conduite sur le chemin de l’exil.
Bien des mois, bien des années plus tard, les deux femmes – qui désormais ne se croiseront plus – continuent de passer au tamis de leur mémoire cette décisive nuit de Jadraque. Et les récits s’entrelacent, tissant peu à peu l’Histoire de près d’un siècle de rivalités des Habsbourg et des Bourbons en terre d’Espagne, à travers les alliances, les enfantements, les combinaisons les plus intimes et les plus “domestiques” de la politique.


J’avais déjà lu un ouvrage de Claude Pujade-Renaud – Dans l’ombre de la lumière, pour celles et ceux qui voudraient lire un roman historique se déroulant pendant l’Antiquité – et j’avais été happée par ce récit. Aussi, lorsque j’ai vu des dizaines d’exemplaires d’autres romans et nouvelles de l’auteure au Salon du Livre, n’ai-je guère hésité, et mon choix s’est porté sur cet ouvrage en raison de la période abordée.

Claude Pujade-Renaud a une plume incroyable. Elle intercale les récits à la première personne de chaque témoin de l’époque, prêtant une voix particulière à chacun des sept ou huit protagonistes qui s’expriment. Elle parvient à trouver un ton juste pour une femme de chambre, un abbé de cour, une petite princesse (la fameuse Marie-Anne Victoire du film L’échange des princesses)…
Pratiquant le retour en arrière avec un art consommé, la romancière nous plonge dans le flux de conscience de ses personnages, qui sautent parfois d’un détail à un autre, qui évoquent un souvenir suscité par un objet, une tâche ou un autre souvenir, qui nous livrent ce qu’ils ont de plus intime. Et en entremêlant toutes ces voix, tous ces témoignages, elle parvient à bâtir une oeuvre qui n’évoque plus seulement l’événement de Jadraque, mais plus largement les femmes et leur rapport au pouvoir et la façon dont elles s’en emparent et peuvent en être punies ou récompensées.

Enfin, ce roman est extrêmement bien documenté et se fonde sur des bases historiques très solides, donnant du corps aux intrigues et aux retournements politiques, apportant les éclaircissements nécessaires à la difficile question de la succession d’Espagne au 17ème siècle.

Vous l’aurez compris, cette lecture a été un coup de coeur de bout en bout, et a confirmé mes soupçons : Claude Pujade-Renaud risque fort de devenir mon auteur contemporain préféré !

La nuit la neige, Claude Pujade-Renaud, Babel

2018 Reading challenge : a book with a weather element in the title

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Bug

BUG définition. En français : se dit d’un défaut affectant un programme informatique. En anglais : se dit d’un insecte, d’une bestiole, d’un virus… En 2041, la Terre est confrontée brutalement et simultanément aux deux. Un homme, seul, se retrouve dans la tourmente, convoité par tous les autres…


Je suis fan d’Enki Bilal, même si je n’ai pas lu toute son oeuvre.  J’ai toujours trouvé l’évolution de son style graphique fascinante, et ses scénarios, quoique parfois très alambiqués, intéressants.
Le point de départ de Bug est une peur très contemporaine : tous les contenus informatiques disparaissent du jour au lendemain. Que faire dans ce cas ? Comment gérer dans une société toujours plus contrôlée par des programmes ? Bilal interroge avec justesse notre rapport à la technologie, projetant également quelques avancées probables et les inévitables complications qu’elles entraînent. J’avoue avoir aimé cette peinture d’une société hypothétique qui m’a pas mal rappelé le groupe K.K.D.Z.O. de Froid Equateur.

Graphiquement, on retrouve les obsessions du dessinateur pour les aplats de couleur, la palette froide, le trait “flou”… mais sans tomber dans trop d’excès. Pour l’instant, je n’ai pas eu l’impression de perdre le fil de l’histoire dans les errements de l’illustration.

En tout cas, c’est un vrai coup de coeur, et cela faisait longtemps que je n’en avais pas eu pour Enki Bilal. J’espère seulement que l’auteur sait où il va avec son scénario, car c’est une série en plusieurs tomes mais, pour le moment, je recommande chaudement.

Bug, Enki Bilal, Casterman

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Reading challenge 2018 (et bilan 2017)

Comme tous les ans, je me lance dans l’aventure du Reading challenge de PopSugar. Et comme tous les ans, je sais déjà que je n’irai pas au bout.
L’an dernier, sur 52 catégories proposées, j’ai pu en cocher 27 (attention, je n’utilise chaque titre qu’une seule fois, ce qui me complique la tâche). Comme toujours, certaines propositions étaient plus faciles à lire que d’autres, notamment compte tenu de mes goûts. Et s’il m’arrive de choisir un livre en fonction du challenge, ce sont bien souvent mes lectures qui doivent rentrer dans les cases !
Pourtant je m’entête, c’est donc que cela doit m’amuser. Alors voici les “nouvelles” catégories proposées pour 2018 (y’a de la redite, malheureusement). Vous pourrez retrouver mon avancée dans le challenge ici.

  • A book made into a movie you’ve already seen
  • True crime
  • The next book in a series you started
  • A book involving a heist
  • Nordic noir
  • A novel based on a real person
  • A book set in a country that fascinates you
  • A book with a time of day in the title
  • A book about a villain or antihero
  • A book about death or grief
  • A book with a female author who uses a male pseudonym
  • A book with a LGBTQ+ protagonist
  • A book that is also a stage play or musical
  • A book by an author of a different ethnicity than you
  • A book about feminism
  • A book about mental health
  • A book you borrowed or that was given to you as a gift
  • A book by two authors
  • A book about or involving a sport
  • A book by a local author
  • A book with your favorite color in the title
  • A book with alliteration in the title
  • A book about time travel
  • A book with a weather element in the title
  • A book set at sea
  • A book with an animal in the title
  • A book set on a different planet
  • A book with song lyrics in the title
  • A book about or set on Halloween
  • A book with characters who are twins
  • A book mentioned in another book
  • A book from a celebrity book club
  • A childhood classic you’ve never read
  • A book that’s published in 2018
  • A past Goodreads Choice Awards winner
  • A book set in the decade you were born
  • A book you meant to read in 2017 but didn’t get to
  • A book with an ugly cover
  • A book that involves a bookstore or a library
  • Your favorite prompt from the 2015, 2016 or 2017 PopSugar Reading Challenges

Advanced

  • A bestseller from the year you graduated high school
  • A cyberpunk book
  • A book that was being read by a stranger in a public place
  • A book tied to your ancestry
  • A book with a fruit or vegetable in the title
  • An allegory
  • A book by an author with the same first or last name as you
  • A microhistory
  • A book about a problem facing society today
  • A book recommended by someone else taking the PopSugar Reading Challenge
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Dans la combi de Thomas Pesquet

Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d’un rêve d’enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour. Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour – sa marque de fabrique – le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.


Si j’en crois mon fil Instagram, cette BD était l’incontournable de Noël et, d’ailleurs, je l’ai moi-même offerte à l’Anglais. J’ai suivi avec beaucoup de plaisir et de curiosité le séjour de Thomas Pesquet dans l’ISS, et j’aime beaucoup le travail de Marion Montaigne, qui réussit le prodige de rendre les faits scientifiques intéressants et drôles alors qu’en général je suis hermétique à la science.

Première bonne surprise : la BD est épaisse, elle fait plus de 200 pages. Passés les rappels inévitables sur la jeunesse de l’astronaute, tout son parcours au sein de l’ESA est abordé en détail – épreuves de sélection, formation, formation intensive (oui, il y a une différence), séjour et… retour. Sans langue de bois et avec humour – notre héros national en prend pour son grade, les multiples références à Gagarine sont tordantes – l’auteur nous livre une somme passionnante sur la conquête de l’espace et les hommes et les femmes derrière celle-ci. Ce fut un grand plaisir de lecture – surtout pour lutter contre la grippe – et je le recommande chaleureusement. Mon seul regret ? J’aurais pu en lire 200 pages de plus !

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne, Dargaud

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Cold winter challenge

Je saute dans le train en marche en décidant de participer au Cold Winter Challenge. Il s’agit d’un défi lecture se déroulant du 1er décembre au 31 janvier, et dont le but est de lire des ouvrages en rapport avec le froid, la neige, la magie de Noël, etc.
Comme j’aime l’idée d’un défi lecture, surtout quand celui-ci me permet d’écluser un tas de machins dans ma PAL et de publier des photos plus ou moins inspirées sur Instagram, je vous présente les catégories et les livres que je compte y associer. Avec un peu de chance, je pourrai même boucler une ou deux catégories supplémentaires pour le 2017 Reading Challenge. Je reprends la liste proposée sur le blog de Margaud.

  • La magie de Noël : lire un livre en lien avec cette fête (de près ou de loin)
  • Flocons magiques : lire un livre du genre fantasy, fantastique…bref magique, mais pas forcément en lien avec Noël ou l’hiver.
  • Marcher dans la neige : lire un livre de nature writing, de littérature de voyage
  • Stalactites ensanglantées : lire un polar/thriller qui se passe durant l’hiver, ou durant une période froide. Là on est mal partis, je ne lis quasiment pas de polars.

Et voici ma propre liste. Je ne sais pas si j’aurai le temps de tout lire, ou si j’arriverai à me concentrer exclusivement sur cette sélection (je suis un peu girouette en matière d’envies de lecture). J’ai divisé la sélection en deux parties : les ouvrages qui rentrent précisément dans les catégories énoncées, et ceux qui pourraient s’il existait une catégorie “neige historique”. Je me réserve bien entendu le droit d’acheter un ou des bouquin(s) qui rentrerai(en)t expressément dans une des catégories.
Rendez-vous fin janvier pour le bilan !

Christmas Eve at Friday Harbor, Lisa Kleypas. Je triche, je l’ai déjà lu, mais cette novella romantique sur le thème de Noël au large de Seattle me plaît beaucoup, c’est l’occasion de la relire.
The Winter King, C. L. Wilson
Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson (en cours)
La mer des Cosmonautes, Cédric Gras
L’ombre de la route de la Soie, Colin Thubron

 

 

 


Petites sagas islandaises
L’esclave islandaise, Steinunn Johannesdottir
La nuit la neige, Claude Pujade-Renaud

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Je est un Juif, roman

Je suis tombée par hasard sur ce recueil, alors que je cherchais les poèmes de Louise Labé chez le même éditeur. Jamais découragée par l’achat d’un nouveau bouquin, le peu que j’ai lu de l’introduction, relatant les origines et la formation morale de Charles Dobzynski a piqué ma curiosité, et j’ai fini par emporter ce petit volume qui me faisait de l’œil.


Juif polonais, Charles Dobzynski est arrivé en France à l’âge d’un an et vécu la guerre, échappant à la rafle du Vel’ d’Hiv’ et passant très jeune dans la clandestinité. Sa vocation de poète est précoce, il publie ses premiers textes à 19 ans dans des journaux résistants.
Je est un juif, roman, est un recueil qui revient sur sa vie entière en tant que Juif, Français, et poète. Les textes sont courts, incisifs, ciselés même. Charles Dobzynski revendique sa judéité sans jamais mettre de côté son esprit critique, évoquant cette ambivalence qui étreint beaucoup de Juifs dans leur rapport à Israël, par exemple. Il dit aussi, en des poèmes brefs mais poignants, l’horreur de la rafle, l’angoisse de la fuite, la dispersion de sa famille. la vie persécutée par les nazis.

Cette lecture, quoique courte, n’est pas facile et n’intéressera probablement pas tout le monde, mais je ne peux m’empêcher de la recommander pour tous les questionnements auxquels le poète tente d’apporter des réponses.

Je est un Juif, roman, Charles Dobzynski, NRF Gallimard

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Moderne sans être occidental – Aux origines du Japon d’aujourd’hui

On a longtemps cru que la modernité était la forme particulière prise par le développement historique de nos sociétés. Dans le cas du Japon, on pensait que, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, il s’inspirait de la civilisation occidentale pour industrialiser le pays. Selon Pierre- François Souyri, l’histoire récente montre au contraire que la modernité telle que nous la concevions n’était que l’aspect particulier d’un phénomène mondial. Au Japon, la modernité a éclos sur le terreau de la pensée japonaise et chinoise au moins autant que sur des références venues d’Occident. Par ses remplois d’idéologies du passé, la modernisation japonaise oblige à relativiser le statut exemplaire de l’expérience occidentale. Cette modernisation a de fait fonctionné autant comme anti-occidentalisation que comme occidentalisation. Et, aussi bien, son rythme et les questionnements qu’elle suscite ont été identiques à ceux de l’Occident.


Pierre-François Souyri a été mon professeur il y a une douzaine d’années, et je gardais de lui le souvenir d’un regard très lucide sur le Japon contemporain. Il avait théorisé devant moi sa certitude que le Japon serait “sauvé par les femmes”, je suis encore aujourd’hui convaincue qu’il avait raison.
Quand j’ai découvert cet ouvrage sur la modernisation du Japon de la fin du shôgunat à la seconde guerre mondiale, je me suis jetée dessus. Mais c’était l’an dernier et, après avoir dévoré la copieuse introduction, nous avons découvert les punaises de lit dans la maison et je n’ai plus du tout eu la tête à lire un truc aussi sérieux. C’est donc avec plaisir – et courage – que je l’ai ressorti cet été dans l’idée d’en venir à bout avant la naissance du Paprika.

C’est un ouvrage historiographique remarquable, qui balaie très largement la pensée politique du Japon et la façon dont celle-ci s’est construite, sous une double influence sino-japonaise (l’héritage des lettrés, car n’oublions pas que la formation intellectuelle était essentiellement chinoise à l’époque) et occidentale, qu’elle soit voulue (le voyage du gouvernement japonais en Occident) ou subie (l’ouverture forcée au monde).
Souyri démonte consciencieusement le mythe d’un Japon qui se serait modernisé et occidentalisé en bloc, sous l’effet d’une volonté commune au peuple et à ses dirigeants parce que chacun aurait vu l’intérêt du pays à entrer de plain-pied dans le 20ème siècle. Au contraire, il souligne les lignes de faille, les affrontements, les bouillonnements politiques et sociaux aujourd’hui oubliés ou méconnus. J’y ai trouvé des échos à son cours (notamment la question des droits des femmes défendue par le groupe “les bas-bleus”), mais j’ai surtout absorbé et découvert une somme incroyable de choses sur une époque que je me targuais de connaître mieux que la moyenne.
La conclusion de Pierre-François Souyri est qu’il n’y a pas une seule origine à la modernisation du Japon, et permet d’aborder la question d’une façon moins “Occident-centrée” qu’à l’habitude.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré cet ouvrage, au point de me remettre à rêver en japonais, ce qui ne m’était pas arrivé depuis une bonne dizaine d’années et ma rupture avec le Japonais (le prédécesseur de l’Anglais, comme vous l’aurez deviné). Néanmoins, c’est un ouvrage historiographique ardu, qui nécessite, à mon sens, un minimum de connaissances en histoire du Japon et, éventuellement, en langue japonaise (tout est traduit, mais maîtriser un peu la langue améliore la fluidité de lecture). Je le recommande à tous ceux que le Japon passionne, et qui souhaiteraient creuser au-delà des clichés colportés par le pays lui-même sur sa genèse moderne. C’est en outre un excellent moyen de comprendre les ressorts du Japon contemporain car il dessine les courants qui alimentent encore, près d’un siècle et demi après l’ouverture du pays au monde, la réflexion politique et sociale.

Moderne sans être occidental, Aux origines du Japon d’aujourd’hui, Pierre-François Souyri, Bibliothèque des Histoires, NRF Gallimard

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Challenge PAL de vacances : le bilan

Début juillet, à l’initiative de Miss Sunalee, je m’étais lancée dans ce challenge avec bonheur, songeant que cela m’aiderait à désengorger ma PAL toujours croissante. Certaines catégories étaient vouées à l’échec dès le départ (la numéro 3, par exemple), car rien ne correspondait, d’autres avaient un ou plusieurs titres associés, mais je n’ai pas eu le temps de les combler. En cause, une météo très chaude, des vacances passées à lézarder et… l’achat de nouveaux livres (forcément).


Voici où j’en suis :

1. le titre contient un nom de lieu géographique (pays, ville, région, fleuve…), Notes de Hiroshima, Ôe Kenzaburô
Un livre dur, qui n’est pas un roman mais un recueil d’articles à l’époque où cet écrivain japonais était journaliste. Rédigés au milieu des années 1960, les articles offrent une vision sans fard de la situation à la fois politique et sanitaire de Hiroshima et de la question nucléaire.
En discutant avec des amis japonais, j’ai découvert que c’était un classique étudié en classe là-bas.

2. le titre doit être un vrai jackpot au Scrabble. En reprenant l’idée de Lire sous la contrainte, il s’agit d’additionner les points de chaque lettre du titre et de l’auteur selon les règles du Scrabble: A,E,I,L,N,O,R,S,T,U : 1 point; D,G,M : 2 points; B,C,P : 3 points; F,H,V : 4 points; J,Q : 8 points; K,W,X,Y,Z : 10 points (l’exemple est ici)
J’avais le titre : Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, de Darragh McKeon, mais je n’ai eu ni le temps, ni le courage de m’y mettre. Vu que ce roman traîne dans ma PAL depuis l’été dernier, je commence à m’inquiéter un peu…

3. le titre contient soit “chant/chanson”, soit “musique” ou est le titre d’une chanson, ou s’en inspire très fort, ou contient le nom d’un musicien/chanteur
Comme dit plus haut, aucun livre de ma PAL n’entrait dans cette catégorie.

4. le titre contient un prénom ou un nom de personne, Mousseline la Sérieuse, Sylvie Yvert
Seul titre correspondant à la catégorie, ce court roman historique, construit comme des mémoires posthumes de Marie-Thérèse-Charlotte de France, fille de Louis XVI et Marie-Antoinette, m’avait été prêté par Malena il y a quelques mois. Si le style est beau, j’ai été agacée par le royalisme sous-jacent de l’oeuvre (ce qui est normal, vu le personnage) et je n’ai pas appris grand-chose, ayant lu à plusieurs reprises le roman Fille de roi dans ma jeunesse, qui traite exactement du même sujet.

5. le titre est composé d’un seul mot
Paris, d’Emile Zola, dernier tome de la trilogie des villes. Il est en cours, j’en ai lu la moitié à peu près, et je vais sans doute le finir dans les jours qui viennent, mais je ne serai pas dans les temps pour l’inclure dans le défi !
Comme toujours avec Zola, c’est génial, mais il faut s’accrocher. Ce roman a en outre la particularité, à mes yeux, de trouver un écho très moderne dans son analyse, plus d’un siècle après sa publication.

6. le titre ne contient pas d’article
Derniers témoins de Svetlana Alexiévitch, sur lequel je bute depuis plusieurs mois (non parce que c’est mauvais mais parce que c’est une lecture très, très dure et que je souffre).
Ou Moderne, sans être occidental de Pierre-François Souyri, génial essai sur la naissance du Japon moderne, par un professeur dont j’ai suivi les cours et que j’ai toujours admiré. Il me reste une centaine de pages, j’en viendrai à bout bientôt, je pense. Fait étrange, ce livre m’a fait rêver en japonais, une première depuis bien dix ans.

7. le titre contient un mot lié à la nourriture ou à une boisson, A boire et à manger avec Sonia Ezgulian, Guillaume Long
Je me suis retrouvée dans la critique d’Armalite. La lecture était plaisante, le dessin toujours agréable, et l’ensemble donnait faim, mais on était plus dans le livre-hommage à une cuisinière que l’auteur admire beaucoup que dans le livre-recette moins ambitieux mais plus abordable. J’ai passé un agréable moment, mais je ne suis pas certaine de reproduire une des recettes de ce tome, contrairement à d’autres qui sont devenus des classiques de la maison (la soussoupe de radis noir, l’aubergine au four, les tagliatelles de la fin du monde…).

8. le titre contient un mot désignant un animal, Le Guépard, Giuseppe Tomasi di Lampedusa
J’en ai déjà parlé plus tôt, je vous renvoie à l’article que je lui ai consacré. Une très belle lecture, que je recommande.

Le bilan est en demi-teinte pour ce qui est du niveau de ma PAL (dans le même temps, j’ai dû lire au moins 3 livres qui n’étaient pas dedans au début du challenge), mais je suis quand même contente d’avoir lu des titres qui poireautaient depuis un moment.
J’ai hâte de lire le récapitulatif des autres participants.

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Fille de joie

L’histoire que voici se déroule au Japon à l’orée du XXe siècle. A quinze ans, Ichi est vendue au tenancier d’une maison close par ses parents, seule possibilité de survie pour cette famille de pêcheurs. Pas vraiment belle, sauvageonne, l’adolescente parle une langue insulaire proche du chant des oiseaux, mais elle est néanmoins placée dès son arrivée sous la tutelle de la courtisane la plus recherchée du quartier réservé. Devenue l’une de ses suivantes, Ichi reçoit de la part de cette dame des leçons d’élégance, de savoir-vivre, elle est initiée aux rites de la séduction, à ceux de la soumission. Et malgré la violence de leur condition, il se trouve néanmoins en ces lieux une chance inestimable pour les prostituées, une possibilité d’échappées qu’Ichi va saisir : la loi oblige les tenanciers de maison close à envoyer leurs filles de joie à l’école. Assidue, Ichi apprend à lire, à compter, à écrire, elle peut ainsi consigner sa nostalgie, décrire ses peurs quotidiennes. Avec le temps et soutenue par une institutrice, elle prend conscience du pouvoir que lui procure le savoir et, comme d’autres autour d’elle, décide de se rebeller.


Je connaissais déjà Murata Kiyoko pour avoir lu Le Chaudron il y a quelques années, et dont j’avais adoré l’atmosphère. Du coup, lorsque j’ai découvert ce nouveau roman, je me suis jetée dessus (après quelques hésitations à base de “Oui mais tu as déjà 30 bouquins en attente”).

C’est un très beau roman, qui met presque exclusivement en scène des femmes dans ce “monde à l’envers” qu’est le quartier réservé. De l’institutrice à la courtisane de haut vol, de la servante à l’apprentie, toutes cherchent à s’élever, à s’arracher à leur condition selon leurs armes. Située à un tournant politique de l’ère Meiji, l’histoire met en exergue la situation à la fois précaire et détestable des prostituées, considérées comme du bétail et non comme des êtres humains, insistant sur la nécessité de leur éducation.
J’ai adoré ce livre, qui m’a happée. La traduction est en outre excellente (malgré deux ou trois coquilles), et le personnage d’Ichi, qui ne rentre dans aucune case, truculent. C’est un roman résolument féministe, dont on ressort à la fois ébranlé et ravi.

Murata Kiyoko, Fille de joie, Actes Sud

Reading challenge 2017 : A book about a difficult topic

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Cuisine, marxisme et autres fantaisies

C’est le récit du chef de cuisine du Maxim’s de Pékin, entre 1984 et 1987. Durant ces années, cuisine capitaliste et idéologie marxiste se sont télescopées en un duel jubilatoire, hilarant et baroque.
À un tournant de l’histoire de la Chine moderne, l’ouvrage relate les bouleversements politiques d’alors, à l’échelle d’un restaurant, de sa cuisine, de sa carte. Mais d’autres mystères seront aussi dévoilés aux camarades gastronomes, comme les charmes insupportables de Mme Ko du stock, les puissances du ronflement chinois, l’énigme des boules de suif de Big Bouddha, la rage des tortues cannibales ! Disséminées dans le livre, 19 recettes typiques de cette époque et qui étaient à la carte du célèbre restaurant.


J’ai acheté ce livre pour deux raisons : l’auteur, Stéphan Lagorce, est un des journalistes qui ont contribué à fonder la revue 180°C dont je vous ai parlé en long, en large et en travers. Et puis j’adore les Editions de l’Epure, dont les ouvrages, toujours soignés, sont une invitation à la gourmandise et à l’évasion. Dans la même série, j’avais adoré Aujourd’hui caviar, demain sardines, de Carmen et Gervasio Posadas, qui narrait leur vie avec leurs parents, ambassadeurs du Venezuela dans les années 60-70 et mêlait aussi des extraits de journaux de leur mère (je recommande, c’est à la fois drôle, divertissant et intéressant).

Bref. L’ouvrage de Stéphan Lagorce raconte son expérience de chef de cuisine au Maxim’s de Pékin, lancé l’année précédente par Pierre Cardin, à une époque où nul n’envisageait de faire commerce avec la Chine populaire, et encore moins y “vendre” l’Occident dans toute sa décadence capitaliste. C’est pourtant la mission du narrateur, qui s’en acquitte de son mieux, en faisant au mieux avec les contingences matérielles et administratives locales.
La découverte de cette dictature communiste (et le bref passage par l’aéroport de Moscou) est à la fois drôle et poignant. Stéphan Lagorce demeure, à mon sens, respectueux de cette culture dont on sent qu’il est tombé amoureux (chose importante à souligner : il a fait l’effort, dès le départ, d’apprendre le chinois).

On rit beaucoup (j’ai eu les larmes aux yeux en découvrant l’histoire du réveillon 1985), on s’émerveille un peu, on frissonne parfois… Et on salive aussi ! La description des mets, occidentaux comme chinois, et les recettes qui l’accompagnent sont une ode à la gourmandise. J’ai bien envie de tenter quelques réalisations.
C’est un livre bref, moins de 200 pages, mais qui se lit tout seul et avec beaucoup de plaisir. Si l’on peut éventuellement faire un reproche au texte, c’est un style parfois un peu trop recherché, mais je pense que cela dépend de la sensibilité de chacun.

Cuisine, marxisme et autres fantaisies – Pékin 1984, Stéphan Lagorce, éditions de l’épure

2017 Reading challenge : a book that’s published in 2017

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