Cycle Beethoven à l’Opéra de Paris (2/5) : 1ère et 3ème symphonies

Vendredi soir, c’était déjà l’avant-dernier spectacle compris dans notre abonnement (la date tardive de réservation a limité notre choix, ainsi que des impératifs de jours de la semaine et de périodes de l’année, entre l’emploi du temps professionnel de Leen et mes obligations avec la Crevette). Cette fois-ci, ni ballet, ni opéra, mais un concert symphonique consacré à Beethoven.

Philippe Jordan, chef d’orchestre et directeur de la musique de l’Opéra, a choisi cette année de mettre en lumière le célèbre compositeur en dirigeant l’intégralité des symphonies au cours de l’année (il y en a neuf, quand même).

Philippe Jordan (source)

Philippe Jordan (source)

A titre personnel, je suis venue à la musique classique toute petite grâce à Beethoven, ne serait-ce que parce que les trois premières ouvertures de l’opéra Fidelio portent (presque) mon prénom et qu’à 4-5 ans, l’effet d’identification joue à fond. Si je connais mal ses sonates et ses quatuors, j’ai beaucoup écouté ses symphonies, et j’ai une tendresse particulière pour la troisième, dite Eroica. Je ne pouvais donc pas ne pas assister à au moins l’un des concerts programmés cette année.

C’était magistral. Je ne trouve pas d’autre mot.
Tout d’abord, Jordan dirige sans partition. Aussi incroyable que cela puisse paraître, pas une seule fois il n’a besoin de ce soutien. Du coup, c’est comme si la musique naissait de son mouvement, de ses gestes même, comme s’il intimait à chaque instrument de se faire entendre ou de se taire. La prouesse est déjà impressionnante mais, après quelques recherches, il semblerait que le chef dirige également les opéras de Wagner par cœur (ce qui me laisse pantoise).
L’interprétation était remarquable : la première symphonie, très influencée par la musique du 18ème siècle, Mozart ou Haydn, est légère, presque sautillante, joyeuse pourrait-on dire. Cela se retrouvait aussi dans les gestes du chef d’orchestre, dans une façon presque primesautière de diriger ses musiciens.

Après l’entracte, vient le “gros morceau”, pourrait-on dire. La troisième symphonie a été composée au tournant du 19ème siècle, et était, à l’origine, dédiée à Napoléon Bonaparte (on raconte que Beethoven, grand admirateur de la Révolution, aurait raturé avec rage la dédicace lorsqu’il apprit que son héros s’était fait couronner empereur, l’accusant de verser dans la tyrannie). Pour moi, c’est une “madeleine musicale”, un des premiers grands morceaux avec lesquels j’ai fait mon éducation classique, une symphonie que j’ai tellement écoutée que je la connais par cœur. C’est dire si mes attentes étaient élevées et si Jordan était guetté au tournant.
Première constatation : la direction est plus “carrée” que sur la première symphonie, la gestuelle a changé, les mouvements semblent plus saccadés. Pourtant, moi qui ai écouté en boucle l’enregistrement de Karajan, je ne peux m’empêcher de lui trouver une subtilité que je n’avais jamais entendue avant. Cette interprétation m’a littéralement prise aux tripes, retournée, me faisant parfois monter les larmes aux yeux. Cela faisait très longtemps qu’il ne m’avait pas été donné de vivre une telle émotion à l’opéra.

Du coup, je vais essayer de décrocher des places pour les concerts de mai et juin (décembre s’annonce compliqué).
Le bonus ? Vous pouvez retrouver le concert gratuitement sur le site d’Arte pendant deux mois.

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