Mon premier Lac des Cygnes

Il était une fois… un prince mélancolique qui rêvait d’amour. Un soir, il aperçut en rêve une princesse cygne…


C’est sur cet incipit de conte de fées que débute cette adaptation du Lac des cygnes pour les enfants. Les créateurs du spectacle ont pris le parti d’un ballet raccourci (deux fois 40 minutes avec un bref entracte), d’une fin heureuse (alternative qui existe depuis la fin du 19ème siècle) ainsi que d’un conteur chargé d’expliquer brièvement l’intrigue au début du spectacle et avant les 3ème et 4ème actes.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la production a mis les moyens. Certes, la troupe est réduite : quatre hommes (deux “figurants”, Siegfried et Rothbart/Wolfgang, interprété par Karl Paquette, ancien danseur Etoile) et quatorze femmes, si bien que la plupart des personnages secondaires disparaissent. Mais du coup, l’oeuvre se concentre sur l’histoire d’amour entre Sigfried et Odile.
Les danseurs sont bons – Karl Paquette est malheureusement sous-employé mais il est parfait, comme toujours – et les deux interprètes principaux sont à l’aise dans leurs rôles. Lucie Barthélémy incarne tour à tour cygne blanc et cygne noir avec justesse, sans non plus en faire trop.
On a droit à la danse des petits cygnes (bien interprétée), même si elle tombe un peu comme un cheveu sur la soupe genre “Il fallait bien qu’on la mette”. Je regrette à titre personnel la suppression de la coda du cygne noir (et de ses 32 fouettés !) mais vu la profondeur de la scène, ce n’était clairement pas possible.

Les costumes et les décors sont soignés, il y a de la paillette et du tutu qui brille, un château qui se mue en forêt et un duel final sur fond de brouillard. La musique est enregistrée, bien sûr, vu que les dimensions du Théâtre Mogador ne permettent pas d’accueillir un orchestre, mais de bonne qualité. En revanche, on est bien assis, et vu le dénivelé, même un enfant peut prendre place sans risque de ne rien voir (bon, avoir un gros manteau sous les fesses peut aider, mais globalement c’est très confortable).

Est-ce que je recommande ? Oui, absolument. C’est une excellente adaptation, avec une chorégraphie qui respecte l’oeuvre originale et apporte de la légèreté aux scènes de cour ; les interprètes se donnent à fond : ce n’est pas parce que la production est destinée aux enfants que l’on mégote sur la qualité ou l’implication. La Crevette a adoré et était fascinée.
Juste une recommandation : expliquez / lisez au moins une fois l’histoire complète à vos enfants avant le spectacle, sinon la narration peut être un peu légère.

Mon premier Lac des Cygnes, Théâtre Mogador, jusqu’au 21 février 2020

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Casse Noisette

Le soir de Noël, Clara reçoit un casse-noisette en cadeau. Pendant la nuit, alors qu’elle se relève pour admirer son nouveau jouet, celui-ci prend vie et l’entraîne dans des aventures extraordinaires…


Ce ballet extrêmement connu est devenu une tradition de Noël, en particulier dans les pays anglo-saxons. Je ne l’ai vu “en vrai” qu’une seule fois, dans l’oubliable version de Tcherniakov, et j’avais envie d’une version plus classique. En outre, la Crevette aime beaucoup regarder des extraits de ballets sur YouTube, et a débuté la danse classique cette année, donc cela me semblait une bonne façon de nous faire plaisir à toutes les deux. La version proposée par le théâtre des Champs Elysées est celle du ballet de l’opéra national de Kiev, d’après la version original de Marius Petipa.

La salle du TCE est relativement petite, surtout quand on est habitué à Bastille ou Garnier, et la scène a paru un peu encombrée quand l’ensemble du corps de ballet était présent – j’ai vu quelques danseurs ralentir pour maintenir l’harmonie des diagonales – mais sinon c’était en place. Les solistes étaient impressionnants de puissance dans les sauts, Yuliia Moskalenko en Clara était très juste, un peu espiègle, un peu innocente, mais sans tomber dans la mièvrerie.
Il y a eu quelques très beaux moments : la valse des fleurs, l’ensemble des rats, les variations du prince et de Clara. Bien entendu, regarder Casse-Noisette aujourd’hui, c’est aussi s’interroger sur les clichés véhiculés par certaines variations (au hasard, la danse du thé). En outre, le gros bémol (ah, ah) de cette représentation était le recours à une musique enregistrée et non jouée en direct : sincèrement, on y perd pas mal, d’autant que le son ne “montait” pas suffisamment dans la salle.

Au final, nous avons passé un bon moment. La Crevette a beaucoup aimé, même si elle n’en pouvait plus de fatigue dans le dernier quart d’heure (deux fois 50 minutes dans une salle surchauffée, c’est très long) et qu’elle a eu peur des souris. Mais c’était une jolie façon de lui présenter la danse classique autrement qu’au travers d’un écran, et peut-être d’instituer un début de tradition familiale.
(En revanche, pour Le lac des cygnes, on attendra encore un peu.)

Casse-Noisette, ballet de l’Opéra national de Kiev, Théâtre des Champs Elysées, jusqu’au 6 janvier 2019

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Cendrillon

Qui ne connaît pas le conte de Cendrillon ? Dans cette version de Rudolf Noureev, Cendrillon est exploitée par sa méchante belle-mère et ses deux belles-sœurs dans le bar familial. Un producteur de cinéma qu’elle soigne à l’occasion d’un accident joue le rôle de sa bonne fée et lui accorde le premier rôle dans une nouvelle production. Cendrillon fera la connaissance de son prince en la personne de l’acteur-vedette, mais ne devra pas oublier les douze coups de minuit…


Je ne connaissais pas ce ballet, ni même la musique qui l’accompagne – contrairement à beaucoup de ballets classiques, la partition n’a pas été reprise dans le dessin animé éponyme de Disney. Mais pour moi ballet classique + Noureev + opéra de Paris, ce ne pouvait être qu’une bonne surprise. Ayant récupéré la place de Leen qui ne pouvait assister à la représentation, j’ai même réussi à convaincre l’Anglais de m’accompagner.

Force est de constater que ça a un peu vieilli. Transposer l’histoire de Cendrillon dans le Hollywood des années 1920 n’est pas une mauvaise idée, mais Noureev a semble-t-il voulu se faire plaisir sans trop de cohérence. Au-delà des pas classiques, on trouve aussi un numéro de claquettes (en partie couvert par l’orchestre) et des variations plus contemporaines (notamment les Heures).
Si la danse conserve la plupart du temps un côté intemporel, l’aspect visuel du ballet a pas mal souffert : c’est une oeuvre de 1986, et les costumes comme les décors sont très marqués par leur époque – je précise que je suis presque en train de commettre un crime de lèse-majesté familial puisque les décors sont l’oeuvre d’un cousin de mon père. Dès qu’on s’éloigne des tenues 1920s/flapper, on bascule dans le kitsch d’un goût un peu douteux. Si j’avais déjà noté ce problème dans Le lac des cygnes, cette fois-ci ça saute aux yeux. Pour un art aussi visuel que la danse, c’est mortel.

Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Et la danse, qu’en est-il ?
Justement… Le ballet de l’Opéra de Paris est en crise, on le sait, mais ce soir, on l’a senti sur scène. Rien de dramatique, mais il y a eu des imprécisions à plusieurs reprises, des petits décalages… Ludmila Pagliero et Germain Louvet, dans les rôles principaux, sont d’excellents danseurs, mais force est de constater qu’il ne se passe pas grand-chose entre eux – seul leur pas de deux dans le deuxième acte a su me toucher.
En réalité, ce sont surtout les seconds rôles qui m’ont plu : Emilie Cozette et Ida Viikonski en belles-sœurs bouffonnes et, surtout, Alexandre Gasse en belle-mère (bravo pour le travail sur pointes !).

Alors faut-il jeter Noureev avec l’eau du bain (et Aurélie Dupont…) ? J’ai l’impression que l’ancien directeur de la danse est devenu une statue du Commandeur encombrante qui sclérose le ballet et l’empêche, à l’heure actuelle, d’évoluer vers le 21ème siècle. Je n’ai pas la prétention de m’y connaître en profondeur, mais c’est un ressenti global.

(Et bordel, qu’on nomme François Alu étoile, quoi.)



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Martha Graham Dance Company

Vendredi dernier, Leen et moi avons repris le chemin de l’opéra. Et pour ouvrir la saison, quoi de mieux qu’un ballet ? Ou plutôt, qu’une compagnie invitée, celle-ci mondialement célèbre ?
Je connaissais Martha Graham de nom, mais c’est à peu près tout. La lecture de Martha ou le mensonge du mouvement, de Claude Pujade-Renaud, m’a ouvert son univers créatif et m’a, je pense, permis de mieux savoir à quoi m’attendre en termes de danse et de technique. Mais à mon sens, même un novice absolu un peu intéressé par la danse pourrait y trouver son compte.


Le programme présentait quatre pièces : Appalachian Spring, peut-être la plus connue des créations de Martha Graham, Ekstasis un solo de 1933, dont la chorégraphie a été ré-imaginée par Virginie Mécène, trois variations autour du ballet Lamentation, et enfin The Rite of Spring, qui fut, je crois, la dernière création de Martha Graham à 89 ans.

Appalachian Spring était une commande de la Bibliothèque du Congrès de Washington pour remonter le moral de la population américaine à la fin de la guerre. Il met en scène un jeune couple de pionniers le jour de son mariage. Ceux-ci sont entourés de quatre jeunes filles censées incarner la foi, d’un pasteur qui les bénit et d’une pionnière supposément plus âgée. Le ballet est beaucoup plus “doux” que nombre d’œuvres de Martha Graham, avec des robes longues pour les femmes, des mouvements plus fluides et une atmosphère réellement enjouée.
J’ai beaucoup aimé cette pièce, sans doute une des plus “faciles” pour entrer dans l’univers de la chorégraphe.

Ekstasis était un solo créé par Martha Graham considéré comme perdu : il n’existe aucun enregistrement vidéo et seulement quelques brèves descriptions. De même, la partition originale a disparu. Virginie Mécène, ancienne danseuse et actuelle directrice de la compagnie, a donc ré-imaginé cette chorégraphie à partir de ces fragments, s’inspirant de ce que les témoins de l’époque et la créatrice elle-même en disaient. Le résultat est effectivement à la hauteur, très technique, et interprété cette fois-ci par Aurélie Dupont.
Rendons à César… la Patronne est bel et bien une danseuse incroyable (même s’il y a eu un énorme blanc dans le public quand sa participation a été annoncée).  J’avoue toutefois avoir été moins touchée par cette pièce, peut-être par l’effet un peu hypnotique d’une scène presque entièrement plongée dans l’obscurité qui m’a empêchée de réellement me concentrer ?

Viennent ensuite les variations autour du solo Lamentation. La première variation a été conçue en 2007 pour une soirée hommage aux victimes des attentats du 11-septembre. Devant le succès de cette réinterprétation, cette pratique s’est répétée, au point que l’on compte désormais une quinzaine de variations, dont trois étaient présentées ce soir (notamment la n°1).
La première est celle qui m’a le plus émue, et j’ai trouvé qu’elle résonnait vraiment avec le titre et les conditions de création de l’oeuvre. Les deux suivantes m’ont moins parlé (la fatigue, peut-être ?).

Après l’entracte, la compagnie revient avec Rite of Spring, soit la chorégraphie de Martha Graham pour le Sacre du Printemps, sur la célèbre musique de Stravinski. Le ballet raconte le sacrifice d’une jeune femme, l’Elue, en guise de rite propitiatoire pour le printemps.
Cette version était ma première de ce ballet, chorégraphié par de nombreux artistes. C’est un spectacle tout en tension, en force, en opposition, la danse est presque “brutale”, elle est en tout cas brute et implacable. La chorégraphie ne laisse pas de repos aux danseurs comme aux spectateurs, et on en sort le souffle court. Vous l’aurez compris, cette pièce a été un vrai coup de cœur, peut-être l’archétype de ce que je m’attendais à vivre lors de cette soirée.



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La fille mal gardée

Lise et Colas, jeunes laboureurs, s’aiment malgré la mère de Lise, qui ambitionne de marier sa fille à Alain, un jeune citadin ridicule mais sans doute plus riche. Les deux amoureux vont user de stratagèmes, jusqu’à détourner une ruse de la mère, pour parvenir à leurs fins et passer leur vie ensemble.


On est d’accord, c’est un ballet “classique”, l’argument est très léger – il s’agit du plus vieux ballet au répertoire, puisqu’il date de la fin du 18ème siècle. Toutefois, la chorégraphie dépoussiérée de Frederick Ashton, qui date des années 1960, tout en conservant la légèreté, le comique, et l’alternance avec les scènes de pantomime, offre de vrais défis aux solistes, en particulier aux interprètes de Lise et Colas.

Jeudi soir, avec Marion, nous avons eu la chance d’admirer Alice Renavand (que j’adore depuis que je l’ai vue – il y a longtemps – dans Kaguya Hime de Jiri Kilian) et François Alu (notre idole) (sans mauvais jeu de mots) (quoique). C’était drôle, enlevé, juste. Le couple s’entend bien et prend visiblement plaisir à danser ensemble. Allister Maddin dans le rôle d’Alain et Simon Valastro dans celui de la mère donnent toute son ampleur au comique de l’histoire.
J’ai beaucoup apprécié cet hymne à la soi-disant simplicité authentique campagnarde face à la sophistication fallacieuse de la ville (Rousseau, sors de ce corps), et à la façon dont il était si bien mis en scène : le fil rouge du ruban, que l’on retrouve en particulier dans la scène du maypole, la danse des sabots (ou comment faire entrer les claquettes à l’Opéra), la danse du coq et des poules…

Au final, c’est un spectacle très divertissant, porté par des artistes talentueux, et vraiment ouvert à tous les publics. L’histoire est simple et ne cherche pas à être moralisatrice, on rit beaucoup, les décors et les costumes sont beaux, la musique enjouée… C’est sans doute par ce ballet-là que j’aurais pu commencer l’éducation de la Crevette ! En tout cas, je l’emmènerai lorsqu’il sera remonté.

En revanche, et malgré nos prières, François Alu n’a toujours pas été nommé Etoile. Ca devient ridicule.

La fille mal gardée, Palais Garnier, jusqu’au 13 juillet 2018



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Master class Eleonora Abbagnato et Benjamin Pech

Pour la première édition du Paris de la Danse, Éléonora Abbagnato, directrice du ballet de Rome et danseuse étoile de l’Opéra National de Paris dirigera avec Benjamin Pech, danseur étoile de l’Opéra National de Paris, la répétition des pas de deux des ballets, Le Parc d’Angelin Preljocaj et Carmen de Roland Petit. Ils sont accompagnés de quatre danseurs du ballet de Rome.


Cet événement était proposé au Théâtre de Paris dans le cadre de leur festival “Le Paris de la danse”, qui vise à ouvrir leur scène à la danse. Je n’en avais absolument pas entendu parler lorsque j’ai découvert, presque par hasard, des places à tarif réduit sur Vente Privée (j’ai déjà eu recours à ce service, je n’ai jamais été déçue). J’ai immédiatement envoyé un petit mot à Marion Olharan, une de mes acolytes de la danse, et banco, nous avions réservé au parterre pour une somme franchement modique.

Pendant que le public s’installe, les danseurs se chauffent à la barre sur scène, comme lors d’un vrai cours. Après une brève présentation de animateurs de la soirée et de leurs carrières, on débute par un extrait de “Carmen” de Roland Petit, interprété par Sara Loro et Michele Satriano. Les danseurs montrent leur travail aux deux Etoiles, qui les interrompent régulièrement, pour revenir sur la partie qui vient d’être dansée “ça c’est bien”, “plus souple”, “à l’espagnole”, etc. En dépit des apparences, Eleonora et Benjamin (allez, on a passé deux heures ensemble, on peut les appeler par leurs prénoms) font ça avec bienveillance et fermeté (dont un “rentre le ventre” qui suscitera un “quel ventre ?” unanime de Marion et moi), n’hésitant pas à souligner les forces et les faiblesses des danseurs, mais sans jamais se départir de leur humour et de leur bonne humeur. Leurs commentaires sont émaillés de souvenirs et de plaisanteries.
Eleonore Abbagnato a entretenu une relation personnelle très forte avec Roland Petit, qui se sent dans la façon dont elle transmet le rôle à Sara Loro. Elle évoque aussi Zizi Jeanmaire, épouse et muse du chorégraphe, qui créa le rôle en 1949, rappelle l’exigence absolue du maître et la façon dont la sexualité et la sensualité imprégnaient tous ses ballets.

On passe ensuite au troisième acte du Parc, intitulé “L’abandon”, et devenu extrêmement célèbre à cause de son porté-baiser (mais si, rappelez-vous la pub Air France ou, plus récemment, Danse avec les stars). Benjamin Pech a fait ses adieux à l’Opéra avec cette pièce, qu’il a justement dansée avec Eleonora Abbagnato. On sent une émotion encore plus palpable, un ballet qui a beaucoup compté dans la vie des deux danseurs, et un plaisir fou à raconter, transmettre ce qui fait l’essence de cette chorégraphie.
Cette fois-ci, ce sont Giorgia Calenda et Claudio Cocino qui présentent leur travail. Les gestes sont précisés, affinés, montrant, encore une fois, que rien n’est jamais parfait en danse et que le mouvement peut toujours évoluer – Eleonora se fend même d’une imitation de Claude Bessy (“Ca pourrait être mieux”). Benjamin Pech plaisante en expliquant que, dans cet adage, tout le boulot revient au danseur, sous l’air faussement choqué de sa binôme.
Pour conclure, Eleonora… propose qu’une spectatrice vienne essayer le fameux porté. Moment fébrile dans la salle : qui va oser ? Une jeune femme se propose – elle a fait de la danse, je vous rassure – la danseuse lui explique le placement des mains et des jambes, avant de conclure d’un : “C’est une figure qui donne de grosses crampes au dos, c’est normal”. Ahahaha. Moi, à la place de la fille, je me serais liquéfiée sur place. N’empêche que celle-ci s’en sort vraiment bien, sous une salve d’applaudissements.

Eleonora et Benjamin disparaissent pour laisser la scène à Giorgia et Claudio, qui interprètent l’adage dans son entier. Puis le rideau tombe quelques instants avant de se relever sur les deux stars de la soirée, en costume pour Le Parc.
Autant dire que c’est une autre dimension. D’un coup, on oublie tous les commentaires, les blagues et les explications pour se laisser happer par le plaisir de la danse. Les deux Etoiles sont à l’unisson, dans une sorte de corps à corps qu’ils connaissent parfaitement et transcendent (même les problèmes de pantalon de Benjamin Pech, pfff). Ils nous ont offert un moment de grâce, et prouvé, une fois encore, que l’Art et la Beauté (je mets des majuscules, je suis d’humeur lyrique) font du bien à l’âme.



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Saison 2018-2019 à l’Opéra de Paris

Le programme avait fuité il y a une quinzaine de jours, et nous avions commencé à le consulter fébrilement. Puis la soirée de présentation sur Facebook (modernité !) avait permis d’écouter quelques grandes voix qui seront à l’affiche l’an prochain, et d’avoir un aperçu de la vision créatrice de certains chanteurs / musiciens / danseurs / metteurs en scène. Enfin, les réservations ont ouvert mardi. Et hier soir, Leen et moi étions scotchées à mon ordinateur pour programmer notre prochaine saison à l’Opéra.

Non sans mal (3D Secure a refusé à trois reprises de valider mon paiement…), nous avons choisi un abonnement Champ Libre (en gros, on choisit ce qu’on veut, avec un minimum de quatre spectacles). Il nous fallait au moins 6 spectacles pour déclencher la réduction de 10% et, prises de folie, nous en avons choisi 7 (cinq opéras et deux ballets).

Opéra

  • Les Huguenots, de Giacomo Meyerbeer. Nouvelle production, casting à un millier d’étoiles (Diana Damrau, Bryan Hymel, Ermonela Jaho, Karine Deshayes, Florent Sempey, Paul Gay…). C’est une oeuvre assez rarement montée, et que je voulais voir depuis longtemps.
  • Simon Boccanegra, de Giuseppe Verdi. Cela fait quelques temps que nous n’avons pas entendu du Verdi, et celui-ci s’annonce prometteur, avec Ludovic Tézier dans le rôle-titre (fangirl un jour, fangirl toujours).
  • Il primo omicidio, Alessandro Scarlatti. Musique baroque dirigée par René Jacobs, opéra rare, entrée au répertoire… Si le résultat est aussi génial que pour Eliogabalo, on va en prendre plein les yeux et les oreilles.
  • Les Troyens, Hector Berlioz. Là encore, un casting de fou, un metteur en scène qui peut être génial (La Fille de neige) ou moyennement inspiré (Iolanta/Casse-Noisette), et Berlioz, dont je n’ai jamais vu une seule oeuvre.
  • Don Giovanni, Wolfgang Amadeus Mozart. Un immense classique que je n’ai jamais vu, dans une nouvelle production. Là encore, de grandes voix et une direction musicale qui promet de beaux moments.

Ballet

  • Martha Graham Dance Company. J’avoue, c’est mon moment snob. Je suis une bille en danse contemporaine, mais Aurélie Dupont (#lapatronne) a été invitée à se produire sur scène avec eux, ça vaudra le coup d’œil.
  • Cendrillon, chorégraphié par Noureev. Un ballet classique en tutus multicolores pour la fin de l’année, ce sera parfait.

Il y aura peut-être (sans doute ?) d’autres spectacles au programme, d’autant qu’une partie de la saison 2019-2020 a déjà été dévoilée. J’envisage tout particulièrement d’emmener la Crevette voir Le Lac des cygnes au printemps prochain. Si j’avais pu choisir un ballet classique moins tragique je l’aurais fait, mais elle risque d’être encore un poil trop jeune pour Cendrillon. A voir.



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Misty Copeland, Une vie en mouvement

Un prodige. C’est ainsi que la qualifie Cindy, sa professeur de danse, lorsqu’elle voit Misty Copeland s’élancer pour la première fois sur ses pointes. Rien ne semblait pourtant destiner cette jeune fille née dans un foyer instable, fan de Mariah Carey et de hiphop, à intégrer le monde élitiste de la danse classique. A force de persévérance et de sacrifices, elle parvient à gravir les échelons de sa discipline jusqu’à atteindre son rêve : le prestigieux American Ballet Theatre. Mais il lui faut d’abord vaincre le plus insupportable des préjugés : être noire dans l’univers fermé des ballerines immaculées.


J’avais entendu parler de Misty Copeland il y a quelques années, probablement lorsque l’ABT (American Ballet Theatre, sa compagnie) l’a promue première danseuse. J’ai alors lu plusieurs articles sur les très (trop) rares ballerines noires dans le milieu fermé de la danse classique et le racisme ambiant, problème également soulevé par Benjamin Millepied lors de son bref passage à la tête du ballet de l’Opéra de Paris. J’aurais par ailleurs voulu voir danser Misty en septembre dernier, lors du passage de l’ABT à Bastille, mais ce n’est pas tombé le bon soir. Du coup, cette autobiographie m’intéressait à plus d’un titre.

C’est intéressant, bien écrit (en collaboration, bien entendu), avec un style journalistique vif et une narration à la première personne. On suit la vie de Misty un peu comme une aventure ou un film, avec d’autant plus de plaisir que l’on sait que le “bien” triomphera et que les tribulations seront surmontées. Misty Copeland est un peu présentée en héroïne des temps modernes, sans que ce soit trop exagéré.
Après, il faut bien entendu souligner que c’est du storytelling à l’américaine, où le personnage principal apprend toujours de ses erreurs, est toujours humble et remercie toutes les personnes qui ont croisé sa route…

Mais le propos principal du livre, la lutte de Misty Copeland contre le racisme latent de son milieu professionnel et artistique, est très intéressant. On découvre ainsi les rares femmes noires qui l’ont précédée sur scène, ainsi que quelques hommes. On prend conscience du fait que ce racisme se fonde, qu’on le veuille ou non, dans l’imagerie même du ballet (les fameux “ballets blancs”).

Est-ce que ce livre est pour vous ? Si vous aimez la danse, et en particulier la danse classique, si vous cherchez quelque chose de rapide à lire, si la question de la représentativité des personnes noires ou racisées dans notre société vous intéresse mais que vous souhaitez un exemple concret, oui, tout à fait. Je recommande volontiers ce livre. Et j’ai encore plus envie d’essayer de voir danser Misty Copeland un jour !

Misty Copeland, Une vie en mouvement – Une danseuse étoile inattendue, éditions 10/18

2017 Reading challenge : A book about an interesting woman



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Le lac des cygnes

Difficile de se prétendre amatrice de danse classique sans avoir jamais vu ce ballet iconique – or c’était mon cas. J’avais quelques souvenirs d’une diffusion télévisée que j’avais fait enregistrer à ma mère il y a pas loin de 25 ans (à vue de nez, ce devait être une troupe russe, genre le Bolchoï), mais sans plus.

En voyant les réserves émises par Danses avec la plume sur le choix du cast, et notamment sur l’interaction entre les danseurs, j’étais un peu inquiète, je le reconnais, mais le problème du ballet, c’est qu’on ne peut pas savoir un an à l’avance quel rôle sera attribué à qui. Hier soir, il y avait donc Amandine Albisson en Odette/Odile, Mathieu Ganio en Siegried et François Alu en Wolfgang/Rothbart. Si j’avoue mal connaître la danseuse, Ganio ne m’est pas inconnu (surtout que la Crevette est fan de la version de Coppélia qu’il a dansée quand il était élève à l’Ecole de Danse), et je suis un peu groupie de François Alu depuis une Bayadère incroyable.

Le ballet est très beau, même si je l’ai trouvé un peu daté dans certains costumes (ah ces harmonies de violet et d’orange qu’on n’oserait plus aujourd’hui…). La relecture de Noureev, très freudienne, qui souligne l’importance du refoulé et du rêve, m’a beaucoup parlé, et apporte de la profondeur à ce classique des classiques.
Mathieu Ganio est d’une très grande élégance, il a tout du prince de ballet (ou de conte de fées), mais en parvenant à instiller le doute et l’ambiguïté. Ses duos (peut-on parler de pas de deux ?) avec François Alu étaient remarquables, car soulignant la dépendance psychologique et émotionnelle du prince à cette figure tutélaire parfois maléfique du précepteur/sorcier.


François Alu, justement, est très bien, proposant une danse affirmée et maîtrisée, qui colle aux personnages qu’il incarne. Son unique grand pas (j’espère que j’utilise le terme à bon escient…) est magnifique et lui a valu une ovation parfaitement justifiée.
Amandine Albisson, quant à elle, m’a un peu laissée sur ma faim. Si elle a eu de véritables moments de grâce, il me semble l’avoir vue trébucher au début du deuxième acte, et avoir mis du temps à s’en remettre. Etrangement, elle m’a semblé plus à l’aise dans le rôle du cygne noir, où sa danse avait une nuancé légèrement “cassante” et agressive qui convenait davantage au personnage. L’impression globale de la soirée est que, sans démériter, elle a été très appuyée par les deux danseurs qui semblaient plus à l’aise dans leurs rôles.

Parmi les autres temps forts de la soirée, il y a eu le pas de quatre des petits cygnes, absolument époustouflant : les danseuses ne semblaient faire qu’une. Les danses de caractère, quant à elles, ont apporté une touche de lumière à ce ballet plongé dans les teintes froides quasi éblouissante (le deuxième acte a un côté hypnotique contre lequel il est difficile de lutter !).

Au final, j’ai passé une très bonne soirée, mais peut-être que d’autres interprètes auraient permis une représentation exceptionnelle.

Le lac des cygnes, Opéra Bastille, jusqu’au 31 décembre



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L’American Ballet Theatre à l’Opéra de Paris

Cette année, pour la reprise de la saison, nous avions décidé d’innover sur deux points : d’abord en ouvrant 2016-2017 par un ballet (nous n’allons en voir qu’un ou deux par an), lequel était en outre interprété par une compagnie invitée, l’American Ballet Theatre. Cette compagnie de danse américaine est très réputée et ne s’était pas produite en France depuis longtemps.
Au programme, un ballet très classique à l’histoire forcément connue : La Belle au bois dormant.

belle au bois dormant

Sur une musique de Tchaïkovski, le chorégraphe Alexei Ratmansky a décidé de revenir au plus près de la chorégraphie et de la mise en scène de Marius Petipa, à l’origine de La Belle au Bois dormant. Les costumes et décors sont, quant à eux, très inspirés de ceux créés par Léon Bakst en 1921.

Le résultat est superbe à tous points de vue. La musique est belle et, pour ceux qui ont visionné le classique de Disney dans leur enfance, a un air de déjà entendu (il est évident que des phrases musicales ont été “prélevées” dans l’oeuvre pour accompagner le dessin animé). Les décors sont magnifiques et les costumes à couper le souffle, avec une forte inspiration de la France de Louis XIV (le roi s’appelle Florestan XIV), en hommage à Charles Perrault.
L’interprétation, enfin, est parfaitement maîtrisée. Isabella Boylston en Aurore est à la fois touchante et joueuse, appuyée par une technique époustouflante. Josef Gorak en prince n’est pas en reste, avec quelques solos magnifiques. Le reste de la compagnie a été à la hauteur de l’enjeu, chacun évoluant avec grâce, légèreté et maîtrise malgré parfois une foule nombreuse sur scène, qui aurait pu donner une impression d’écrasement. Mention spéciale à Marcelo Gomes en Carabosse et à Jeffrey Cirio en Oiseau Bleu, mes deux coups de cœur de la soirée.
Mon seul regret : ne pas avoir vu danser Misty Copeland dont j’entends parler depuis des années.

Si vous aimez la danse classique dans ce qu’elle a de plus traditionnel et flamboyant, de coloré et de joyeux, courez-y, vous ne serez pas déçus.





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