Martha Graham Dance Company

Vendredi dernier, Leen et moi avons repris le chemin de l’opéra. Et pour ouvrir la saison, quoi de mieux qu’un ballet ? Ou plutôt, qu’une compagnie invitée, celle-ci mondialement célèbre ?
Je connaissais Martha Graham de nom, mais c’est à peu près tout. La lecture de Martha ou le mensonge du mouvement, de Claude Pujade-Renaud, m’a ouvert son univers créatif et m’a, je pense, permis de mieux savoir à quoi m’attendre en termes de danse et de technique. Mais à mon sens, même un novice absolu un peu intéressé par la danse pourrait y trouver son compte.


Le programme présentait quatre pièces : Appalachian Spring, peut-être la plus connue des créations de Martha Graham, Ekstasis un solo de 1933, dont la chorégraphie a été ré-imaginée par Virginie Mécène, trois variations autour du ballet Lamentation, et enfin The Rite of Spring, qui fut, je crois, la dernière création de Martha Graham à 89 ans.

Appalachian Spring était une commande de la Bibliothèque du Congrès de Washington pour remonter le moral de la population américaine à la fin de la guerre. Il met en scène un jeune couple de pionniers le jour de son mariage. Ceux-ci sont entourés de quatre jeunes filles censées incarner la foi, d’un pasteur qui les bénit et d’une pionnière supposément plus âgée. Le ballet est beaucoup plus “doux” que nombre d’œuvres de Martha Graham, avec des robes longues pour les femmes, des mouvements plus fluides et une atmosphère réellement enjouée.
J’ai beaucoup aimé cette pièce, sans doute une des plus “faciles” pour entrer dans l’univers de la chorégraphe.

Ekstasis était un solo créé par Martha Graham considéré comme perdu : il n’existe aucun enregistrement vidéo et seulement quelques brèves descriptions. De même, la partition originale a disparu. Virginie Mécène, ancienne danseuse et actuelle directrice de la compagnie, a donc ré-imaginé cette chorégraphie à partir de ces fragments, s’inspirant de ce que les témoins de l’époque et la créatrice elle-même en disaient. Le résultat est effectivement à la hauteur, très technique, et interprété cette fois-ci par Aurélie Dupont.
Rendons à César… la Patronne est bel et bien une danseuse incroyable (même s’il y a eu un énorme blanc dans le public quand sa participation a été annoncée).  J’avoue toutefois avoir été moins touchée par cette pièce, peut-être par l’effet un peu hypnotique d’une scène presque entièrement plongée dans l’obscurité qui m’a empêchée de réellement me concentrer ?

Viennent ensuite les variations autour du solo Lamentation. La première variation a été conçue en 2007 pour une soirée hommage aux victimes des attentats du 11-septembre. Devant le succès de cette réinterprétation, cette pratique s’est répétée, au point que l’on compte désormais une quinzaine de variations, dont trois étaient présentées ce soir (notamment la n°1).
La première est celle qui m’a le plus émue, et j’ai trouvé qu’elle résonnait vraiment avec le titre et les conditions de création de l’oeuvre. Les deux suivantes m’ont moins parlé (la fatigue, peut-être ?).

Après l’entracte, la compagnie revient avec Rite of Spring, soit la chorégraphie de Martha Graham pour le Sacre du Printemps, sur la célèbre musique de Stravinski. Le ballet raconte le sacrifice d’une jeune femme, l’Elue, en guise de rite propitiatoire pour le printemps.
Cette version était ma première de ce ballet, chorégraphié par de nombreux artistes. C’est un spectacle tout en tension, en force, en opposition, la danse est presque “brutale”, elle est en tout cas brute et implacable. La chorégraphie ne laisse pas de repos aux danseurs comme aux spectateurs, et on en sort le souffle court. Vous l’aurez compris, cette pièce a été un vrai coup de cœur, peut-être l’archétype de ce que je m’attendais à vivre lors de cette soirée.

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La fille mal gardée

Lise et Colas, jeunes laboureurs, s’aiment malgré la mère de Lise, qui ambitionne de marier sa fille à Alain, un jeune citadin ridicule mais sans doute plus riche. Les deux amoureux vont user de stratagèmes, jusqu’à détourner une ruse de la mère, pour parvenir à leurs fins et passer leur vie ensemble.


On est d’accord, c’est un ballet “classique”, l’argument est très léger – il s’agit du plus vieux ballet au répertoire, puisqu’il date de la fin du 18ème siècle. Toutefois, la chorégraphie dépoussiérée de Frederick Ashton, qui date des années 1960, tout en conservant la légèreté, le comique, et l’alternance avec les scènes de pantomime, offre de vrais défis aux solistes, en particulier aux interprètes de Lise et Colas.

Jeudi soir, avec Marion, nous avons eu la chance d’admirer Alice Renavand (que j’adore depuis que je l’ai vue – il y a longtemps – dans Kaguya Hime de Jiri Kilian) et François Alu (notre idole) (sans mauvais jeu de mots) (quoique). C’était drôle, enlevé, juste. Le couple s’entend bien et prend visiblement plaisir à danser ensemble. Allister Maddin dans le rôle d’Alain et Simon Valastro dans celui de la mère donnent toute son ampleur au comique de l’histoire.
J’ai beaucoup apprécié cet hymne à la soi-disant simplicité authentique campagnarde face à la sophistication fallacieuse de la ville (Rousseau, sors de ce corps), et à la façon dont il était si bien mis en scène : le fil rouge du ruban, que l’on retrouve en particulier dans la scène du maypole, la danse des sabots (ou comment faire entrer les claquettes à l’Opéra), la danse du coq et des poules…

Au final, c’est un spectacle très divertissant, porté par des artistes talentueux, et vraiment ouvert à tous les publics. L’histoire est simple et ne cherche pas à être moralisatrice, on rit beaucoup, les décors et les costumes sont beaux, la musique enjouée… C’est sans doute par ce ballet-là que j’aurais pu commencer l’éducation de la Crevette ! En tout cas, je l’emmènerai lorsqu’il sera remonté.

En revanche, et malgré nos prières, François Alu n’a toujours pas été nommé Etoile. Ca devient ridicule.

La fille mal gardée, Palais Garnier, jusqu’au 13 juillet 2018

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Master class Eleonora Abbagnato et Benjamin Pech

Pour la première édition du Paris de la Danse, Éléonora Abbagnato, directrice du ballet de Rome et danseuse étoile de l’Opéra National de Paris dirigera avec Benjamin Pech, danseur étoile de l’Opéra National de Paris, la répétition des pas de deux des ballets, Le Parc d’Angelin Preljocaj et Carmen de Roland Petit. Ils sont accompagnés de quatre danseurs du ballet de Rome.


Cet événement était proposé au Théâtre de Paris dans le cadre de leur festival “Le Paris de la danse”, qui vise à ouvrir leur scène à la danse. Je n’en avais absolument pas entendu parler lorsque j’ai découvert, presque par hasard, des places à tarif réduit sur Vente Privée (j’ai déjà eu recours à ce service, je n’ai jamais été déçue). J’ai immédiatement envoyé un petit mot à Marion Olharan, une de mes acolytes de la danse, et banco, nous avions réservé au parterre pour une somme franchement modique.

Pendant que le public s’installe, les danseurs se chauffent à la barre sur scène, comme lors d’un vrai cours. Après une brève présentation de animateurs de la soirée et de leurs carrières, on débute par un extrait de “Carmen” de Roland Petit, interprété par Sara Loro et Michele Satriano. Les danseurs montrent leur travail aux deux Etoiles, qui les interrompent régulièrement, pour revenir sur la partie qui vient d’être dansée “ça c’est bien”, “plus souple”, “à l’espagnole”, etc. En dépit des apparences, Eleonora et Benjamin (allez, on a passé deux heures ensemble, on peut les appeler par leurs prénoms) font ça avec bienveillance et fermeté (dont un “rentre le ventre” qui suscitera un “quel ventre ?” unanime de Marion et moi), n’hésitant pas à souligner les forces et les faiblesses des danseurs, mais sans jamais se départir de leur humour et de leur bonne humeur. Leurs commentaires sont émaillés de souvenirs et de plaisanteries.
Eleonore Abbagnato a entretenu une relation personnelle très forte avec Roland Petit, qui se sent dans la façon dont elle transmet le rôle à Sara Loro. Elle évoque aussi Zizi Jeanmaire, épouse et muse du chorégraphe, qui créa le rôle en 1949, rappelle l’exigence absolue du maître et la façon dont la sexualité et la sensualité imprégnaient tous ses ballets.

On passe ensuite au troisième acte du Parc, intitulé “L’abandon”, et devenu extrêmement célèbre à cause de son porté-baiser (mais si, rappelez-vous la pub Air France ou, plus récemment, Danse avec les stars). Benjamin Pech a fait ses adieux à l’Opéra avec cette pièce, qu’il a justement dansée avec Eleonora Abbagnato. On sent une émotion encore plus palpable, un ballet qui a beaucoup compté dans la vie des deux danseurs, et un plaisir fou à raconter, transmettre ce qui fait l’essence de cette chorégraphie.
Cette fois-ci, ce sont Giorgia Calenda et Claudio Cocino qui présentent leur travail. Les gestes sont précisés, affinés, montrant, encore une fois, que rien n’est jamais parfait en danse et que le mouvement peut toujours évoluer – Eleonora se fend même d’une imitation de Claude Bessy (“Ca pourrait être mieux”). Benjamin Pech plaisante en expliquant que, dans cet adage, tout le boulot revient au danseur, sous l’air faussement choqué de sa binôme.
Pour conclure, Eleonora… propose qu’une spectatrice vienne essayer le fameux porté. Moment fébrile dans la salle : qui va oser ? Une jeune femme se propose – elle a fait de la danse, je vous rassure – la danseuse lui explique le placement des mains et des jambes, avant de conclure d’un : “C’est une figure qui donne de grosses crampes au dos, c’est normal”. Ahahaha. Moi, à la place de la fille, je me serais liquéfiée sur place. N’empêche que celle-ci s’en sort vraiment bien, sous une salve d’applaudissements.

Eleonora et Benjamin disparaissent pour laisser la scène à Giorgia et Claudio, qui interprètent l’adage dans son entier. Puis le rideau tombe quelques instants avant de se relever sur les deux stars de la soirée, en costume pour Le Parc.
Autant dire que c’est une autre dimension. D’un coup, on oublie tous les commentaires, les blagues et les explications pour se laisser happer par le plaisir de la danse. Les deux Etoiles sont à l’unisson, dans une sorte de corps à corps qu’ils connaissent parfaitement et transcendent (même les problèmes de pantalon de Benjamin Pech, pfff). Ils nous ont offert un moment de grâce, et prouvé, une fois encore, que l’Art et la Beauté (je mets des majuscules, je suis d’humeur lyrique) font du bien à l’âme.

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Saison 2018-2019 à l’Opéra de Paris

Le programme avait fuité il y a une quinzaine de jours, et nous avions commencé à le consulter fébrilement. Puis la soirée de présentation sur Facebook (modernité !) avait permis d’écouter quelques grandes voix qui seront à l’affiche l’an prochain, et d’avoir un aperçu de la vision créatrice de certains chanteurs / musiciens / danseurs / metteurs en scène. Enfin, les réservations ont ouvert mardi. Et hier soir, Leen et moi étions scotchées à mon ordinateur pour programmer notre prochaine saison à l’Opéra.

Non sans mal (3D Secure a refusé à trois reprises de valider mon paiement…), nous avons choisi un abonnement Champ Libre (en gros, on choisit ce qu’on veut, avec un minimum de quatre spectacles). Il nous fallait au moins 6 spectacles pour déclencher la réduction de 10% et, prises de folie, nous en avons choisi 7 (cinq opéras et deux ballets).

Opéra

  • Les Huguenots, de Giacomo Meyerbeer. Nouvelle production, casting à un millier d’étoiles (Diana Damrau, Bryan Hymel, Ermonela Jaho, Karine Deshayes, Florent Sempey, Paul Gay…). C’est une oeuvre assez rarement montée, et que je voulais voir depuis longtemps.
  • Simon Boccanegra, de Giuseppe Verdi. Cela fait quelques temps que nous n’avons pas entendu du Verdi, et celui-ci s’annonce prometteur, avec Ludovic Tézier dans le rôle-titre (fangirl un jour, fangirl toujours).
  • Il primo omicidio, Alessandro Scarlatti. Musique baroque dirigée par René Jacobs, opéra rare, entrée au répertoire… Si le résultat est aussi génial que pour Eliogabalo, on va en prendre plein les yeux et les oreilles.
  • Les Troyens, Hector Berlioz. Là encore, un casting de fou, un metteur en scène qui peut être génial (La Fille de neige) ou moyennement inspiré (Iolanta/Casse-Noisette), et Berlioz, dont je n’ai jamais vu une seule oeuvre.
  • Don Giovanni, Wolfgang Amadeus Mozart. Un immense classique que je n’ai jamais vu, dans une nouvelle production. Là encore, de grandes voix et une direction musicale qui promet de beaux moments.

Ballet

  • Martha Graham Dance Company. J’avoue, c’est mon moment snob. Je suis une bille en danse contemporaine, mais Aurélie Dupont (#lapatronne) a été invitée à se produire sur scène avec eux, ça vaudra le coup d’œil.
  • Cendrillon, chorégraphié par Noureev. Un ballet classique en tutus multicolores pour la fin de l’année, ce sera parfait.

Il y aura peut-être (sans doute ?) d’autres spectacles au programme, d’autant qu’une partie de la saison 2019-2020 a déjà été dévoilée. J’envisage tout particulièrement d’emmener la Crevette voir Le Lac des cygnes au printemps prochain. Si j’avais pu choisir un ballet classique moins tragique je l’aurais fait, mais elle risque d’être encore un poil trop jeune pour Cendrillon. A voir.

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Misty Copeland, Une vie en mouvement

Un prodige. C’est ainsi que la qualifie Cindy, sa professeur de danse, lorsqu’elle voit Misty Copeland s’élancer pour la première fois sur ses pointes. Rien ne semblait pourtant destiner cette jeune fille née dans un foyer instable, fan de Mariah Carey et de hiphop, à intégrer le monde élitiste de la danse classique. A force de persévérance et de sacrifices, elle parvient à gravir les échelons de sa discipline jusqu’à atteindre son rêve : le prestigieux American Ballet Theatre. Mais il lui faut d’abord vaincre le plus insupportable des préjugés : être noire dans l’univers fermé des ballerines immaculées.


J’avais entendu parler de Misty Copeland il y a quelques années, probablement lorsque l’ABT (American Ballet Theatre, sa compagnie) l’a promue première danseuse. J’ai alors lu plusieurs articles sur les très (trop) rares ballerines noires dans le milieu fermé de la danse classique et le racisme ambiant, problème également soulevé par Benjamin Millepied lors de son bref passage à la tête du ballet de l’Opéra de Paris. J’aurais par ailleurs voulu voir danser Misty en septembre dernier, lors du passage de l’ABT à Bastille, mais ce n’est pas tombé le bon soir. Du coup, cette autobiographie m’intéressait à plus d’un titre.

C’est intéressant, bien écrit (en collaboration, bien entendu), avec un style journalistique vif et une narration à la première personne. On suit la vie de Misty un peu comme une aventure ou un film, avec d’autant plus de plaisir que l’on sait que le “bien” triomphera et que les tribulations seront surmontées. Misty Copeland est un peu présentée en héroïne des temps modernes, sans que ce soit trop exagéré.
Après, il faut bien entendu souligner que c’est du storytelling à l’américaine, où le personnage principal apprend toujours de ses erreurs, est toujours humble et remercie toutes les personnes qui ont croisé sa route…

Mais le propos principal du livre, la lutte de Misty Copeland contre le racisme latent de son milieu professionnel et artistique, est très intéressant. On découvre ainsi les rares femmes noires qui l’ont précédée sur scène, ainsi que quelques hommes. On prend conscience du fait que ce racisme se fonde, qu’on le veuille ou non, dans l’imagerie même du ballet (les fameux “ballets blancs”).

Est-ce que ce livre est pour vous ? Si vous aimez la danse, et en particulier la danse classique, si vous cherchez quelque chose de rapide à lire, si la question de la représentativité des personnes noires ou racisées dans notre société vous intéresse mais que vous souhaitez un exemple concret, oui, tout à fait. Je recommande volontiers ce livre. Et j’ai encore plus envie d’essayer de voir danser Misty Copeland un jour !

Misty Copeland, Une vie en mouvement – Une danseuse étoile inattendue, éditions 10/18

2017 Reading challenge : A book about an interesting woman

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Le lac des cygnes

Difficile de se prétendre amatrice de danse classique sans avoir jamais vu ce ballet iconique – or c’était mon cas. J’avais quelques souvenirs d’une diffusion télévisée que j’avais fait enregistrer à ma mère il y a pas loin de 25 ans (à vue de nez, ce devait être une troupe russe, genre le Bolchoï), mais sans plus.

En voyant les réserves émises par Danses avec la plume sur le choix du cast, et notamment sur l’interaction entre les danseurs, j’étais un peu inquiète, je le reconnais, mais le problème du ballet, c’est qu’on ne peut pas savoir un an à l’avance quel rôle sera attribué à qui. Hier soir, il y avait donc Amandine Albisson en Odette/Odile, Mathieu Ganio en Siegried et François Alu en Wolfgang/Rothbart. Si j’avoue mal connaître la danseuse, Ganio ne m’est pas inconnu (surtout que la Crevette est fan de la version de Coppélia qu’il a dansée quand il était élève à l’Ecole de Danse), et je suis un peu groupie de François Alu depuis une Bayadère incroyable.

Le ballet est très beau, même si je l’ai trouvé un peu daté dans certains costumes (ah ces harmonies de violet et d’orange qu’on n’oserait plus aujourd’hui…). La relecture de Noureev, très freudienne, qui souligne l’importance du refoulé et du rêve, m’a beaucoup parlé, et apporte de la profondeur à ce classique des classiques.
Mathieu Ganio est d’une très grande élégance, il a tout du prince de ballet (ou de conte de fées), mais en parvenant à instiller le doute et l’ambiguïté. Ses duos (peut-on parler de pas de deux ?) avec François Alu étaient remarquables, car soulignant la dépendance psychologique et émotionnelle du prince à cette figure tutélaire parfois maléfique du précepteur/sorcier.


François Alu, justement, est très bien, proposant une danse affirmée et maîtrisée, qui colle aux personnages qu’il incarne. Son unique grand pas (j’espère que j’utilise le terme à bon escient…) est magnifique et lui a valu une ovation parfaitement justifiée.
Amandine Albisson, quant à elle, m’a un peu laissée sur ma faim. Si elle a eu de véritables moments de grâce, il me semble l’avoir vue trébucher au début du deuxième acte, et avoir mis du temps à s’en remettre. Etrangement, elle m’a semblé plus à l’aise dans le rôle du cygne noir, où sa danse avait une nuancé légèrement “cassante” et agressive qui convenait davantage au personnage. L’impression globale de la soirée est que, sans démériter, elle a été très appuyée par les deux danseurs qui semblaient plus à l’aise dans leurs rôles.

Parmi les autres temps forts de la soirée, il y a eu le pas de quatre des petits cygnes, absolument époustouflant : les danseuses ne semblaient faire qu’une. Les danses de caractère, quant à elles, ont apporté une touche de lumière à ce ballet plongé dans les teintes froides quasi éblouissante (le deuxième acte a un côté hypnotique contre lequel il est difficile de lutter !).

Au final, j’ai passé une très bonne soirée, mais peut-être que d’autres interprètes auraient permis une représentation exceptionnelle.

Le lac des cygnes, Opéra Bastille, jusqu’au 31 décembre

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L’American Ballet Theatre à l’Opéra de Paris

Cette année, pour la reprise de la saison, nous avions décidé d’innover sur deux points : d’abord en ouvrant 2016-2017 par un ballet (nous n’allons en voir qu’un ou deux par an), lequel était en outre interprété par une compagnie invitée, l’American Ballet Theatre. Cette compagnie de danse américaine est très réputée et ne s’était pas produite en France depuis longtemps.
Au programme, un ballet très classique à l’histoire forcément connue : La Belle au bois dormant.

belle au bois dormant

Sur une musique de Tchaïkovski, le chorégraphe Alexei Ratmansky a décidé de revenir au plus près de la chorégraphie et de la mise en scène de Marius Petipa, à l’origine de La Belle au Bois dormant. Les costumes et décors sont, quant à eux, très inspirés de ceux créés par Léon Bakst en 1921.

Le résultat est superbe à tous points de vue. La musique est belle et, pour ceux qui ont visionné le classique de Disney dans leur enfance, a un air de déjà entendu (il est évident que des phrases musicales ont été “prélevées” dans l’oeuvre pour accompagner le dessin animé). Les décors sont magnifiques et les costumes à couper le souffle, avec une forte inspiration de la France de Louis XIV (le roi s’appelle Florestan XIV), en hommage à Charles Perrault.
L’interprétation, enfin, est parfaitement maîtrisée. Isabella Boylston en Aurore est à la fois touchante et joueuse, appuyée par une technique époustouflante. Josef Gorak en prince n’est pas en reste, avec quelques solos magnifiques. Le reste de la compagnie a été à la hauteur de l’enjeu, chacun évoluant avec grâce, légèreté et maîtrise malgré parfois une foule nombreuse sur scène, qui aurait pu donner une impression d’écrasement. Mention spéciale à Marcelo Gomes en Carabosse et à Jeffrey Cirio en Oiseau Bleu, mes deux coups de cœur de la soirée.
Mon seul regret : ne pas avoir vu danser Misty Copeland dont j’entends parler depuis des années.

Si vous aimez la danse classique dans ce qu’elle a de plus traditionnel et flamboyant, de coloré et de joyeux, courez-y, vous ne serez pas déçus.

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Iolanta / Casse-Noisette

Iolanta

Cette année, l’opéra de Paris proposait un spectacle “comme à l’époque de Tchaïkovski” proposant deux oeuvres à la suite, un opéra puis un ballet. Si le ballet, Casse-Noisette, est un très grand classique du répertoire, je n’avais jamais entendu parler de Iolanta, opéra en un acte relativement court (moins de deux heures).

Iolanta est la fille aveugle du roi René de Provence, mais ignore tout de son infirmité, car elle est élevée à l’écart du monde dans un “désert paradisiaque”. René arrive accompagné d’un médecin censé guérir cette cécité, mais ce dernier insiste pour révéler le problème à Iolanta, ce que le père ne peut se résoudre à faire. Le fiancé de la jeune fille, Robert, duc de Bourgogne, arrive par hasard sur le domaine, se plaignant de devoir l’épouser car il en aime une autre ; le meilleur ami de Robert, Vaudémont, tombe sous le charme de Iolanta et lui révèle la vérité…

C’est une très jolie oeuvre, aux accents typiques de Tchaïkovski. S’il ne se passe pas forcément grand-chose, on est emporté par l’histoire et, surtout, par les airs. Sonya Yoncheva est remarquable dans le rôle-titre, et ce d’autant plus qu’elle a annoncé juste avant le spectacle qu’elle était souffrante (elle a dû hésiter sur deux notes). Face à elle, le cast masculin est un peu plus “classique”, avec tout de même un Vito Priante superbe en Ibn-Hakia. La direction musicale d’Alain Altinoglu (sur les deux œuvres), est excellente.
La mise en scène, dans un petit salon resserré au centre de la scène, laissant le reste dans l’obscurité, est bien trouvée car elle souligne le huis clos et le monde replié dans lequel vit Iolanta. Au lieu de situer la pièce dans le moyen-âge provençal, le choix a été fait de déplacer l’argument dans la Russie fin 19è, là encore avec bonheur.
Je reproche toutefois un recours un peu exagéré aux cris, larmes, éclats de rire, qui servent à surligner (oui, en fluo) l’hystérie du personnage principal dont la cécité n’est peut-être pas aussi définitive que l’on croit. Selon moi, le livret suffisait amplement à le faire connaître, et il n’était pas nécessaire d’en rajouter.

Iolanta2

Vient ensuite Casse-Noisette, dont l’argument a été totalement modifié, au point qu’il ne reste de l’oeuvre originelle que la musique. Offrant une belle continuité, le ballet débute à l’instant où s’achève l’opéra, découvrant un théâtre dans le théâtre, déplaçant cette fois-ci l’action dans les années 1950, peut-être en Angleterre. L’idée est excellente et permet d’embrayer sans frémir.
Cette fois-ci, nous suivons le voyage initiatique de Marie qui, lors de sa soirée d’anniversaire, rencontre Vaudémont dont elle tombe amoureuse. Las, celui-ci disparaît et Marie part à sa recherche, laissant derrière elle les ruines fumantes de son foyer, traversant une forêt effrayante et croisant des jouets immenses…

L’idée de confier la chorégraphie à trois artistes différents – Arthur Pita, Edouard Lock et Sibi Larbi Cherkaoui – était peut-être intéressante sur le papier, mais peine malheureusement à convaincre sur scène. J’ai eu l’impression d’un réel décalage d’un chorégraphe à l’autre, l’univers de chacun peinant franchement à s’imbriquer à celui des deux autres, donnant le sentiment d’une superposition de scènes plutôt que d’une histoire d’un seul tenant.
La première partie, signée Arthur Pita, était drôle et enlevée, mais s’apparentait plus à du théâtre dansé qu’à de la danse à mes yeux (mais je suis assez classique dans mes goûts).
Les tableaux chorégraphiés par Sidi Larbi Cherkaoui sont sublimes de grâce et d’intelligence. Les deux pas de deux sont superbes, portés par deux interprètes – Marion Barbeau et Stéphane Bullion – sublimés par ce nouveau décor et cette réécriture. De même, la valse des fleurs était plutôt bien trouvée, quoique peut-être un peu lourde de symbolisme. La valse des flocons était, pour ce que j’en ai vu – j’y reviendrai – intéressante mais avec un petit côté stalinien.
En revanche, je suis passée complètement à côté du travail d’Edouard Lock. Mais vraiment. Des gestes saccadés répétés à grande vitesse – excellence technique, certes, mais j’avais l’impression d’être dans La nuit des morts-vivants – des passages parfois très lents ou incompréhensibles, des décors parfois grotesques… Si je n’avais pas lu le livret, je n’aurais rien compris. Le pire, à mes yeux, était le divertissement, avec l’enchaînement de danses “de caractère” (espagnole, arabe, russe, etc.) : entre jouets soviétiques géants (et franchement flippants) et lenteur exacerbée sur des passages pourtant enjoués, je me suis emmerdée comme un rat mort.
Là encore, Dmitri Tcherniakov, le metteur en scène de Iolanta et librettiste de ce Casse-Noisette revisité, cherche à explorer la psyché féminine en surjouant l’hystérie, mais c’est quand même beaucoup moins réussi. Une fois n’est pas coutume, on est parties dès le tomber du rideau.

Une dernière chose qui a contribué à rendre cette soirée un peu amère : le public, qui fut une de mes pires expériences à l’opéra de Paris. Outre les gens arrivés en retard qui sont quand même entrés (normalement, c’est impossible, mais c’était peut-être dû au fait que nous étions tout en haut, à l’amphithéâtre), nous avons dû endurer une femme qui ne cessait de parler et qu’il a fallu faire taire à de multiples reprises et, cerise sur le gâteau, au rang derrière moi, une vieille qui a dégainé son appareil photo pendant la valse de flocons et… pris des clichés. Au flash (d’où ma distraction, hein). Je suis partagée entre la profonde colère contre ces gens qui ne respectent ni l’oeuvre, ni les artistes, ni leurs co-spectateurs, et l’ébahissement le plus absolu.

Iolanta/Casse-Noisette, jusqu’au 1er avril, opéra Garnier

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Saison 2016-2017 à l’Opéra de Paris : mes envies

Hier matin avait lieu la traditionnelle conférence de presse pour annoncer le contenu de la prochaine saison à l’Opéra de Paris et, comme je suis un peu monomaniaque, j’ai décidé de la suivre sur Twitter. Bon, au bout d’une petite demi-heure, j’ai découvert que l’intégralité du programme avait été éventé la veille sur un forum dédié à l’opéra, si bien que j’ai pu aller un peu plus vite que la musique (aha), mais c’était une expérience marrante, d’autant que j’échangeais en même temps avec Leen, ma co-opéra.

Opéra 16-17

Ceci est bel et bien l’affiche de la nouvelle saison…

Quoi qu’il en soit, après diverses exclamations extatiques de part et d’autre du téléphone et des blagues fumeuses sur le brushing de Roberto Alagna (oui, j’avoue), voici ma wishlist-de-la-mort, en attendant la confrontation avec la réalité (et la carte bleue).

Opéra

  • Eliogabalo, de Francesco Cavalli. Un opéra baroque du 17ème siècle sur le travestissement jamais monté en France. Ce n’est même pas négociable, j’y vais.
  • Samson et Dalila, de Camille Saint-Saëns. Je ne connais quasiment rien à son oeuvre (Le carnaval des animaux beaucoup plus depuis quelques mois, bizarrement) mais j’ai très envie de découvrir, et Leen fait des bonds de cabri depuis qu’elle a écouté les différentes voix du cast.
  • Lohengrin, de Richard Wagner. Il y a deux ans, je n’avais jamais rien entendu de ce compositeur à part la “Chevauchée des walkyries”, aujourd’hui j’estime que son oeuvre est incontournable (la preuve, on va écouter Les maîtres chanteurs de Nuremberg en mars). Du coup, je pense qu’on va y aller.
  • Les fêtes d’Hébé, de Jean-Philippe Rameau. Opéra baroque. Voilà qui me suffit, surtout si le cast et la mise en scène sont à la hauteur du génial Platée vu à la rentrée.
  • La fille de neige, de Rimski-Korsakov. D’après le metteur en scène “ce n’est pas un opéra pour les enfants, c’est très sensuel” (comprendre : “C’est pas Frozen“). Moi, ça me tente bien, neige, feu, sensualité…
  • Eugène Onéguine, de Tchaïkovski. J’aime beaucoup cette histoire, et puis j’ai envie de fêter comme il se doit le retour de l’opéra russe à l’ONP après deux ans d’absence.
  • Trompe-la-Mort, de Luca Francesconi. Oeuvre de commande en français, inspirée du roman de Balzac, et dont ce sera la création mondiale. Je reconnais que ça titille ma curiosité.
  • Cavalleria rusticana (de Pietro Mascagni) / Sancta Susanna (de Paul Hindemith). Je ne connais aucune de ces deux œuvres, mais j’aime l’idée qu’elles soient présentées ensemble avec, comme fil rouge, le destin tragique de deux femmes.

Ballet

  • Sleeping Beauty, par l’American Ballet Theatre. J’ai vu quelques images, ça a l’air sublime, et suffisamment classique pour que j’accroche.
  • Le lac des cygnes. Oui, bon, je sais, c’est ultra-classique. Mais c’est une oeuvre majeure du ballet de l’Opéra de Paris et je ne l’ai vue qu’une fois à la télé il y a 25 ans.
  • Le songe d’une nuit d’été, de George Balanchine. Un clin d’oeil à notre mariage, dont c’était le thème 🙂

Autres

  • Deux récitals me font de l’oeil : ceux de Ludovic Tézier et de Juan Diego Flores (que j’envisage d’aller voir au château de Versailles cet été, alors du coup…).
  • Béatrice et Benedict, d’Hector Berlioz, en version de concert. Eventuellement, s’il me reste des sous et du temps. Hum, pas sûr.

Y a-t-il des amateurs d’opéra / ballet parmi vous ? Sur quoi se porteraient vos choix ?

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Paquita

Dimanche, c’était (déjà) le dernier spectacle de notre abonnement. Une fois n’est pas coutume, j’avais convaincu Leen d’aller voir un ballet “traditionnel”, Paquita. A l’origine, c’est un ballet romantique, comme La Sylphide, que j’avais eu le plaisir de voir il y a deux ans, tombé dans l’oubli et ressuscité par le danseur et chorégraphe Pierre Lacotte.

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Dans une Espagne pittoresque où les Français de Napoléon font encore la loi, nous suivons les amours contrariées de Lucien, jeune noble français, et Paquita, gitane, jusqu’au triomphe de la vérité et des sentiments.
Sur cette trame extrêmement simple, les danseurs enchaînent danses d’ensemble, pas de deux, pas de trois, mais aussi des séquences à la limite du mime. Par moments, on esquisse un sourire devant une scène à la limite du vaudeville.

Mais pas une seule fois on ne s’ennuie ! Les costumes, les lumières, les décors, tout contribue à créer une ambiance magique et à transporter le spectateur dans un autre univers joyeux et coloré pendant deux heures. Les interprètes sont bons et enchaînent les morceaux de bravoure sous les applaudissements enthousiastes du public. A titre personnel, j’ai beaucoup apprécié le mélange “danses classiques” et “danses de groupe” telles que quadrille ou polonaise.
On passe un excellent moment, c’est beau et, au moment de sortir, le soleil a remplacé les nuages pluvieux. Cerise sur le gâteau : on voit des hussards faire des sauts de cabri. Que demander de plus ?

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A la réflexion, je sais ce qu’on pourrait demander de plus : que l’Opéra de Paris fasse quelque chose pour l’assise des spectateurs. Nous étions dans l’amphithéâtre, et jouissions donc d’une vue excellente sur la scène, mais à quel prix : strapontin dur, moulure au-dessus de la tête qui m’a empêchée de me tenir droite pendant tout le spectacle, espace pour les jambes inexistant et impossibilité de toucher le sol lorsqu’on est assis ! Je me doute qu’à l’origine l’endroit était prévu pour un public debout, mais c’est une forme raffinée de torture, tout de même.

Paquita, Opéra de Paris, jusqu’au 19 mai

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