Au cœur de Fukushima

Fukushima1Depuis l’accident de Tchernobyl, la destruction d’une partie de la centrale de Fukushima est la plus terrible catastrophe nucléaire civile qui ait frappée la planète. Suite à cet événement, un auteur de manga s’est fait engager anonymement comme ouvrier pour travailler dans la centrale afin de raconter le quotidien de cette usine et de ses réacteurs endommagés.


Voilà un manga qui me fait de l’œil depuis un moment, ce qui n’est pas peu dire vu que j’ai quasiment arrêté d’en lire il y a quelques années. Je pense que le fait qu’il s’agisse d’un récit “réel” y est pour beaucoup.
C’est une oeuvre très intéressante. Même si, graphiquement, je l’ai trouvée un peu inégale – le design des personnages rappelle beaucoup le trait des mangas “à l’ancienne” de mon enfance, il me semble, alors que les décors sont très soignés – j’ai adoré la narration. Divisé en bref chapitres qui peuvent se lire indépendamment, ce tome nous plonge dans le quotidien des travailleurs de la centrale. Qu’il s’agisse des techniciens chargés de démonter les lieux, des employés des salles de pause ou des agents chargés de la sécurité, chacun a une tâche bien particulière.
Il n’est pas question, dans ce livre, de faire un exposé technique sur ce qu’est une centrale nucléaire, l’irradiation, les risques pour la santé, etc. Il s’agit vraiment d’une restitution au plus près de la vie de ces anonymes qui œuvrent en sous-main (voire en sous-sous-main) dans ce no man’s land. Mais justement, cette perspective différente donne une autre dimension à la catastrophe.

J’ignore combien de tomes la série comportera mais, une chose est sûre, je lirai volontiers la suite !

Au cœur de Fukushima – Journal d’un travailleur de la centrale 1F, TATSUTA Kazuto, Kana

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Jour J, tome 23 – La république des esclaves

JourJ2358 avant Jésus-Christ. La République des affranchis, fondée par Spartacus en Sicile, défie l’armée romaine et fait trembler Rome depuis treize ans. Mais la crainte d’une nouvelle guerre contre Carthage redonne à la Sicile un statut de terre stratégique. Jules César est donc chargé, plutôt que d’aller en Gaule, de conduire les légions qui attaqueront Spartacus et les siens.


Reprenant l’idée qui préside à chaque tome – un événement n’a pas eu lieu comme prévu – la série Jour J nous propose d’explorer l’histoire telle qu’elle aurait pu être et non telle qu’elle s’est déroulée. Cette fois-ci, Spartacus a survécu à la fin de la troisième guerre servile et s’est établi avec les siens en Sicile, où il a établi une “république des affranchis”.
Si le concept de départ est bon et permet d’explorer l’histoire antique jusqu’à présent délaissée, je dois avouer que j’ai été assez déçue par ce tome. Le scénario est très prévisible jusque dans son ultime rebondissement et, contrairement à ce que le titre laisse entendre, on assiste plus à une relecture du mythe de César qu’à la constitution de ladite république des esclaves. Il aurait été intéressant de fouiller davantage cette utopie, selon moi.
En outre, je n’ai pas réussi à accrocher au dessin, ce qui est un peu problématique. Parfois, certaines planches sont belles et lumineuses mais la plupart donnent l’impression d’avoir été numérisées en 3D, c’est assez déstabilisant. Accessoirement, je trouve que le trait de l’artiste convient mieux à du post-apocalyptique qu’à de l’historique (cherchez pas, c’est une question de goût, je pense), ce que l’on voit bien sur son site.

Du coup, nous garderons ce tome pour qu’il n’y ait pas de trou dans notre collection, mais vous pouvez vous dispenser de l’acheter.

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Jour J, tome 22 – L’Empire des steppes

Jour J 221242. Après l’incendie de Rome par les Mongols, les armées chrétiennes s’unissent pour sauver l’Occident.


Comme toujours quand un tome de cette série est publié, l’Anglais et moi nous jetons dessus. Cette fois-ci, nous avons mis un moment à comprendre quel était l’événement “différent” de la vraie chronologie : en 1241, Ögödei Khan (fils de Gengis Khan) mourut après la mise à sac de Pest, ce qui sauva probablement l’Europe occidentale de la conquête mongole.
Rien de tout cela ici : les chevaliers européens se font massacrer copieusement et ont beau ériger un mur de défense semblable au limes romain, rien n’y fait. Il est alors question de mener une ambassade jusqu’à Karakorum, la capitale de l’empire…

J’ai beaucoup aimé ce tome, qui met en scène une Europe salement amochée par les raids ennemis, tout en demeurant empêtrée dans ses traditions séculaires qui l’empêche d’être efficace contre ce type d’assaillant. Le dessin est vif, la narration bien fichue et le scénario accrocheur. Néanmoins, je suis restée sur ma faim car… l’histoire est en deux tomes ! Il n’y a plus qu’à espérer que le suivant ne sera pas long.

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L’île Louvre

L'ile LouvreNouveau tome dans la collaboration entre l’établissement du Louvre et les dessinateurs de bande dessinée – rappelez-vous Les gardiens du Louvre de Taniguchi – L’île Louvre est la contribution de Florent Chavouet. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un récit, mais plutôt d’un carnet de notes et de croquis saisis sur le vif, comme l’auteur en est familier.

Outre le sujet, qui me plaît beaucoup – j’ai beaucoup marché au Louvre dans ma jeunesse et j’aime bien y retourner une à deux fois par an m’y perdre – la narration, qui suit en réalité la promenade de l’artiste dans le musée, m’a enchantée. Ceux qui ont accroché à Tokyo sampo et Manabe-shima mais moins à Petites coupures à Shioguni seront ravis, mais cet ouvrage peut aussi séduire les amoureux du Louvre. Fidèle à lui-même, l’auteur a également intégré un plan avec de petites notes savoureuses (attention, contrairement à ce que je pensais, ce plan ne se détache pas !).
En outre, comme toutes les BD sur ce thème qu’il m’a été donné de lire jusqu’à présent, Florent Chavouet ajoute une petite note fantastique, transformant le musée en île et rappelant çà et là la nécessité de consulter les horaires des marées et de ne pas rater le dernier ferry pour l’île Montmartre… Un vrai régal, qui se lit malheureusement trop vite.

L’île Louvre, Florent Chavouet, Futuropolis, Louvre Editions, 20€

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Le papyrus de César

Astérix papyrusA Rome, c’est l’effervescence : César est sur le point de publier ses célèbres Commentaires sur la guerre des Gaules. Las, il est trop honnête et a fait la liste de ses déboires avec les irréductibles Gaulois. Pour faciliter son succès, son conseiller Promoplus lui suggère alors de supprimer le dernier chapitre consacré à ce sujet. Mais bien entendu, tout ne se passe pas comme prévu…


Je suis fan des aventures d’Astérix – à tel point que j’estime avoir appris à lire en feuilletant les albums de mes parents – mais j’ai été très déçue pendant quelques années des titres tels que La rose et le glaive (ultra sexiste quand on le lit aujourd’hui, en plus) sans parler de l’atroce Le ciel lui tombe sur la tête (un peu comme l’épisode I, ce tome n’existe pas). Mais quand la série a été reprise par Ferri et Conrad, j’ai été emballée, en dépit de quelques longueurs.

Cette fois-ci, mon sentiment est encore plus positif que pour Astérix chez les Pictes. On retrouve l’univers visuel parfaitement maîtrisé par Conrad, les jeux de mots, l’atmosphère du petit village gaulois que nous connaissons bien…
Côté histoire, l’idée d’une publication de César à la manière d’un lancement de best-seller contemporain est assez drôle et se prête à divers clins d’oeil plus ou moins légers en direction du monde de l’édition. On sent que les auteurs se sont davantage affranchis de l’écrasant héritage de Goscinny et Uderzo.
Bien entendu, ce tome n’est pas parfait, on peut reprocher une volonté de faire rire à tout prix, un peu trop d’apartés et de notes, mais, dans l’ensemble, je me suis beaucoup divertie et, l’espace d’une demi-heure, j’ai retrouvé mon âme d’enfant qui dévorait les aventures des deux guerriers moustachus le soir avant de dormir.

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Jour J, tome 21 – Le crépuscule des damnés

JourJ211943. L’aviation fasciste française livre son dernier combat lors du débarquement allié. Alors que les derniers prototypes d’avions à réaction mis au point en France ne parviennent à s’opposer à l’armada aérienne anglo-américaine, Léo profite de la pagaille générale pour traquer le commissaire Lafont.


Ce n’est pas un secret, j’adore la série “Jour J” et sa façon de réenvisager l’histoire (de France la plupart du temps) selon l’idée du “et si…?”. Ce tome-là est en réalité le troisième de la série “Oméga” (“Oméga” et “Opération Charlemagne”), qui part du principe que ce n’est pas l’Allemagne, mais la France, qui a basculé dans le fascisme dans les années 30 (Oméga étant le nom de sa police secrète). Alors que j’étais dubitative, force est de constater que les auteurs ont très bien géré leur récit.
La France est sur le point de perdre la guerre contre l’Angleterre et les Etats-Unis, et la démocratie sera bientôt rétablie. Mais plutôt que de se concentrer sur une seule piste, l’histoire propose différents points de vue : celui de Léo, héros des deux premiers tomes, qui poursuit sa vengeance, celui de Pierre Mendès-France, résistant puis homme de pouvoir, de Simone de Beauvoir, collaboratrice… Ce récit à plusieurs voix offre un tableau à la fois saisissant et contrasté de ce qu’aurait pu être la débâcle, non en 1940, mais en 1943.
Vous l’aurez compris, ce tome m’a beaucoup plu, et j’en suis ravie car, après avoir essuyé quelques déconvenues, je craignais que la série ne s’essouffle. Vivement la suite !

Jour J, tome 21, Le crépuscule des damnés, Delcourt

 

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California Dreamin’

California DreaminEllen Cohen rêve de devenir chanteuse. Sa voix est incroyable, sa personnalité aussi excentrique qu’attachante, son besoin d’amour inextinguible. À l’aube des années 1960, elle quitte Baltimore pour échapper à son avenir de vendeuse de pastrami et tenter sa chance à New York.
Sous le pseudonyme de Cass Eliott, elle deviendra chanteuse dans le groupe The Mamas & the Papas, mondialement connu pour leur chanson California Dreamin’.


Je suis fan de Pénélope Bagieu depuis son blog, mais je dois avouer que, ces derniers temps, j’avais un peu laissé tomber l’affaire. Cadavre exquis m’avait laissée sur ma faim, les critiques de La page blanche m’avaient refroidie et je n’ai même pas eu envie de lire Star of the stars.
Toutefois, lorsque j’ai pu découvrir les premières pages de ce nouvel opus dans Le Monde, je suis tombée sous le charme. L’auteur utilise désormais le crayon à papier, qui permet de discerner toutes les nuances du trait. Le style de Pénélope Bagieu se retrouve, même si le dessin a évolué, ce qui est normal.
Mais la grande force de ce livre, c’est sa narration. Visiblement passionnée par son sujet, l’auteur fait parler tour à tour des témoins de la vie d’Ellen, qui donnent leur point de vue sur le personnage, la chanteuse, la femme… Le sujet est saisi sur le vif, avec tendresse, mais sans complaisance, ne cachant ni ses luttes ni ses défauts ni ses déboires.
En somme, c’est un excellent cru que nous sert Pénélope Bagieu, et je ne peux que vous encourager à le découvrir. De plus, cela m’a donné envie d’aller voir du côté de la discographie de The mamas & the papas, dont je ne connais, bien entendu, que California Dreamin’.

California Dreamin’, Pénélope Bagieu, Gallimard, 24€


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L’Académie Jedi

photo (61)Roan Novachez est un ado de Tatooine rêvant de rejoindre l’académie de pilotage, comme son père, son frère et tous ses amis. Mais contre toute attente, sa candidature est rejetée ! En revanche, il reçoit une lettre d’un certain Yoda à l’Académie Jedi de Coruscant, lui proposant d’y poursuivre sa scolarité. Entre cela et le lycée agricole de Tatooine, le choix est vite fait… Sous la forme d’un journal, le héros retranscrit  les moments les plus ou moins drôles de la vie d’un collégien (nouveaux amis, rivalités, examens, notes, filles…).


Lorsque j’ai aperçu les deux premiers tomes de la nouvelle série de Jeffrey Brown, je les ai achetés sans trop regardé de quoi il s’agissait. J’ai beaucoup aimé “Darth Vader and son” et “Vader’s little princess” (une image de cet album sert d’ailleurs de profil à l’Anglais sur FB), Ce n’est qu’après que j’ai découvert l’histoire !
On retrouve le style de Jeffrey Brown, ses personnages mignons et son style dépouillé (cette fois-ci en noir et blanc), et c’est un plaisir de déambuler de nouveau dans l’univers de Star Wars. Toutefois, je dois reconnaître que j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire : on est dans une version extrêmement américanisée de l’Académie Jedi, le héros est “seulement” un ado d’une douzaine d’années, et n’est pas J. K. Rowlings qui veut.
Du coup, c’est une BD sympathique, mais qui s’adresse, je pense, à un public beaucoup plus jeune – ou alors, j’ai définitivement perdu mon âme d’enfant, ce qui est possible.

L’Académie Jedi : Une nouvelle école et Le retour du padawan, Jeffrey Brown, Huginn & Muninn, 12,95€ pièce.

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L’Arabe du futur, tome 2

arabedufutur2Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L’Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient. Dans le premier tome (1978-1984) le petit Riad était balloté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie. Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père.


J’avais adoré le premier tome de cette chronique, sous-titrée “Une jeunesse au Moyen-Orient”, en dépit de sa crudité intermittente. Le dessin de Riad Sattouf peut paraître simple voire naïf, mais ce n’est qu’une façon de rendre son message plus percutant, je pense. J’apprécie l’emploi du noir et du blanc avec une touche de couleur selon l’endroit où l’on se trouve : rouge pour le village, bleu pour la France, doré pour Palmyre… A chacun correspond, me semble-t-il, une émotion dominante.
La peinture qu’il offre du Moyen-Orient, et en particulier de la Syrie, au début des années 80 fait froid dans le dos : l’éducation (ou plutôt le dressage), la haine des juifs, la propagande qui se niche dans les plus petits recoins, les crimes d’honneur… Toutefois, l’auteur nous croque avec tendresse ou émotion ses moments de complicité avec son père, ses jeux, sa découverte de l’écriture arabe… C’est une lecture ambivalente, entre souvenirs d’enfance et témoignage crucial sur l’établissement des dictatures “socialistes” (revendiquées comme telles) dans cette partie du monde.
Quoi qu’il en soit, le second tome est aussi bon que le premier, et je vous le recommande chaleureusement.

L’Arabe du futur, une jeunesse au Moyen-Orient, tomes 1 et 2, Riad Sattouf, Allary Editions

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Jour J, tome 20 – Dragon rouge

JourJ201955. Suite aux tensions entre les USA et la Chine dues à l’intervention américaine à Diên Biên Phù, des pogroms anti-chinois frappent la communauté asiatique américaine. C’est alors qu’une jeune et riche Chinoise entre dans le bureau du détective privé Lawrence S. Ivory pour lui demander de retrouver son père disparu. Ivory, qui adore les causes perdues, accepte le contrat.


L’idée de départ est intéressante, mais je l’ai trouvée bizarrement exploitée : plutôt que de nous parler des conséquences de la victoire de Diên Biên Phû sur la France et le Vietnam, et sur la guerre qui aurait dû s’ensuivre, on se concentre sur les effets américains, en particulier dans le domaine politique. Néanmoins, l’intrigue est bien ficelée et retorse à souhait, et le personnage principal nous sert de savoureuses répliques qui m’ont pas mal fait sourire (dans le bon sens du terme).
Les réactions à la maison ont été mitigées : j’ai beaucoup aimé, l’Anglais a moins accroché (à l’inverse de La nuit des Tuileries, où les avis étaient contraires). Du coup, à chacun de voir selon sa sensibilité, mais je recommande ce tome. En espérant toutefois que les auteurs de cette excellente série se pencheront davantage sur le passé colonial de la France et en feront un thème central d’un autre album.

Jour J, tome 20 – Dragon rouge, éditions Delcourt

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