Jour J, tome 23 – La république des esclaves

JourJ2358 avant Jésus-Christ. La République des affranchis, fondée par Spartacus en Sicile, défie l’armée romaine et fait trembler Rome depuis treize ans. Mais la crainte d’une nouvelle guerre contre Carthage redonne à la Sicile un statut de terre stratégique. Jules César est donc chargé, plutôt que d’aller en Gaule, de conduire les légions qui attaqueront Spartacus et les siens.


Reprenant l’idée qui préside à chaque tome – un événement n’a pas eu lieu comme prévu – la série Jour J nous propose d’explorer l’histoire telle qu’elle aurait pu être et non telle qu’elle s’est déroulée. Cette fois-ci, Spartacus a survécu à la fin de la troisième guerre servile et s’est établi avec les siens en Sicile, où il a établi une “république des affranchis”.
Si le concept de départ est bon et permet d’explorer l’histoire antique jusqu’à présent délaissée, je dois avouer que j’ai été assez déçue par ce tome. Le scénario est très prévisible jusque dans son ultime rebondissement et, contrairement à ce que le titre laisse entendre, on assiste plus à une relecture du mythe de César qu’à la constitution de ladite république des esclaves. Il aurait été intéressant de fouiller davantage cette utopie, selon moi.
En outre, je n’ai pas réussi à accrocher au dessin, ce qui est un peu problématique. Parfois, certaines planches sont belles et lumineuses mais la plupart donnent l’impression d’avoir été numérisées en 3D, c’est assez déstabilisant. Accessoirement, je trouve que le trait de l’artiste convient mieux à du post-apocalyptique qu’à de l’historique (cherchez pas, c’est une question de goût, je pense), ce que l’on voit bien sur son site.

Du coup, nous garderons ce tome pour qu’il n’y ait pas de trou dans notre collection, mais vous pouvez vous dispenser de l’acheter.

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Jour J, tome 22 – L’Empire des steppes

Jour J 221242. Après l’incendie de Rome par les Mongols, les armées chrétiennes s’unissent pour sauver l’Occident.


Comme toujours quand un tome de cette série est publié, l’Anglais et moi nous jetons dessus. Cette fois-ci, nous avons mis un moment à comprendre quel était l’événement “différent” de la vraie chronologie : en 1241, Ögödei Khan (fils de Gengis Khan) mourut après la mise à sac de Pest, ce qui sauva probablement l’Europe occidentale de la conquête mongole.
Rien de tout cela ici : les chevaliers européens se font massacrer copieusement et ont beau ériger un mur de défense semblable au limes romain, rien n’y fait. Il est alors question de mener une ambassade jusqu’à Karakorum, la capitale de l’empire…

J’ai beaucoup aimé ce tome, qui met en scène une Europe salement amochée par les raids ennemis, tout en demeurant empêtrée dans ses traditions séculaires qui l’empêche d’être efficace contre ce type d’assaillant. Le dessin est vif, la narration bien fichue et le scénario accrocheur. Néanmoins, je suis restée sur ma faim car… l’histoire est en deux tomes ! Il n’y a plus qu’à espérer que le suivant ne sera pas long.

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Jour J, tome 21 – Le crépuscule des damnés

JourJ211943. L’aviation fasciste française livre son dernier combat lors du débarquement allié. Alors que les derniers prototypes d’avions à réaction mis au point en France ne parviennent à s’opposer à l’armada aérienne anglo-américaine, Léo profite de la pagaille générale pour traquer le commissaire Lafont.


Ce n’est pas un secret, j’adore la série “Jour J” et sa façon de réenvisager l’histoire (de France la plupart du temps) selon l’idée du “et si…?”. Ce tome-là est en réalité le troisième de la série “Oméga” (“Oméga” et “Opération Charlemagne”), qui part du principe que ce n’est pas l’Allemagne, mais la France, qui a basculé dans le fascisme dans les années 30 (Oméga étant le nom de sa police secrète). Alors que j’étais dubitative, force est de constater que les auteurs ont très bien géré leur récit.
La France est sur le point de perdre la guerre contre l’Angleterre et les Etats-Unis, et la démocratie sera bientôt rétablie. Mais plutôt que de se concentrer sur une seule piste, l’histoire propose différents points de vue : celui de Léo, héros des deux premiers tomes, qui poursuit sa vengeance, celui de Pierre Mendès-France, résistant puis homme de pouvoir, de Simone de Beauvoir, collaboratrice… Ce récit à plusieurs voix offre un tableau à la fois saisissant et contrasté de ce qu’aurait pu être la débâcle, non en 1940, mais en 1943.
Vous l’aurez compris, ce tome m’a beaucoup plu, et j’en suis ravie car, après avoir essuyé quelques déconvenues, je craignais que la série ne s’essouffle. Vivement la suite !

Jour J, tome 21, Le crépuscule des damnés, Delcourt

 

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Jour J, tome 20 – Dragon rouge

JourJ201955. Suite aux tensions entre les USA et la Chine dues à l’intervention américaine à Diên Biên Phù, des pogroms anti-chinois frappent la communauté asiatique américaine. C’est alors qu’une jeune et riche Chinoise entre dans le bureau du détective privé Lawrence S. Ivory pour lui demander de retrouver son père disparu. Ivory, qui adore les causes perdues, accepte le contrat.


L’idée de départ est intéressante, mais je l’ai trouvée bizarrement exploitée : plutôt que de nous parler des conséquences de la victoire de Diên Biên Phû sur la France et le Vietnam, et sur la guerre qui aurait dû s’ensuivre, on se concentre sur les effets américains, en particulier dans le domaine politique. Néanmoins, l’intrigue est bien ficelée et retorse à souhait, et le personnage principal nous sert de savoureuses répliques qui m’ont pas mal fait sourire (dans le bon sens du terme).
Les réactions à la maison ont été mitigées : j’ai beaucoup aimé, l’Anglais a moins accroché (à l’inverse de La nuit des Tuileries, où les avis étaient contraires). Du coup, à chacun de voir selon sa sensibilité, mais je recommande ce tome. En espérant toutefois que les auteurs de cette excellente série se pencheront davantage sur le passé colonial de la France et en feront un thème central d’un autre album.

Jour J, tome 20 – Dragon rouge, éditions Delcourt

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Jour J, tome 17 – Napoléon Washington

1799 : le fils adoptif du père de la nation américaine part à la recherche de l’Eldorado.

JourJ17

Jour J est une série de BD dont le concept repose sur l’uchronie : on raconte l’histoire telle qu’elle aurait pu se passer si… un événement ne s’était pas déroulé comme prévu, un personnage avait disparu trop tôt ou pris d’autres décisions… Le choix est large, et les possibilités infinies.
Je suis cette série depuis ses débuts et sa fracassante couverture “Les Russes sur la Lune!” qui reprenait le célèbre cliché d’Armstrong posant le pied sur notre satellite. Depuis, les albums s’enchaînent à un rythme assez effréné, grâce à un système assez intelligent : les scénaristes, Duval et Pécaud, gèrent toutes les histoires, tandis que l’illustration de celle-ci est confiée à différents dessinateurs – à l’exception de la couverture. L’avantage, c’est que les publications sont régulières et fréquentes, bien plus que pour une série classique. L’inconvénient, c’est que le rendu est parfois inégal.

Sur cette histoire en particulier, j’ai beaucoup aimé le parti pris : le père de Napoléon fuit la Corse, s’engage aux côtés des Américains et, en mourant, fait promettre à George Washington de veiller sur son fils. Le jeune Napoléon Washington Bonaparte, devenu officier dans l’armée américaine, fait preuve d’un génie militaire sans pareil, mais son bellicisme et sa soif de conquête lui valent de se brouiller avec son père adoptif, puis avec le Congrès. Il n’en décide pas moins de libérer tous les peuples opprimés d’Amérique, et enchaîne les campagnes…
Tout cela s’annonce fort bien : l’idéal du jeune Napoléon (qui, bien que noble, prit fait et cause pour la Révolution) est bien transplanté, de même que son sens tactique légendaire et, plus loin, sa boulimie guerrière. Toutefois, l’histoire s’enlise, au propre comme au figuré, dans une quête de l’Eldorado plus ou moins sous acide. D’un truc tout à fait vraisemblable, on se retrouve à nager dans une extrapolation pas très bien maîtrisée, à mon avis.

C’est malheureusement le reproche que j’aurais tendance à faire à la série tout entière : si certaines histoires sont assez plausibles, intéressantes et bien faites, d’autres sont à la limite du n’importe quoi (le pire étant le tome 16 qui a fait une incursion assez invraisemblable et ratée dans la SF). J’ai l’impression que l’accélération du rythme de parution a un peu nuit à la partie “recherche pour le scénario”.

Du point de vue du dessin, je connaissais déjà l’illustrateur de cet album car il a travaillé sur le tome 6 de cette même série, “L’imagination au pouvoir” (ou à quoi ressemblerait la France si mai 68 était allé jusqu’au bout), un de mes préférés. Le trait est fin et la représentation de Napoléon réaliste (même s’il a parfois une expression un peu trop “habitée” à mon goût). Les pages déclinent parfois une seule couleur, mais l’image n’est pas brouillée pour autant.

Au final, j’ai un sentiment très mitigé de cet album : je regrette que l’histoire, qui tenait debout, ait bifurqué de façon aussi étrange, mais j’ai apprécié la façon dont le personnage de Napoléon était traité.

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