Le Foyer des mères heureuses

Elles n’auraient jamais dû se rencontrer : Priya, Américano-Indienne, mariée à un brillant homme d’affaires, à l’avenir tout tracé aux Etats-Unis, et Asha, petite paysanne indienne, mariée à un brave homme couvert de dettes, deux enfants, sans argent et sans avenir. Priya sait qu’elle ne sera jamais mère. Elle sait aussi qu’en Inde on peut facilement recourir aux “services” d’une mère porteuse, il suffit de payer. Et le mari d’Asha a entendu parler de ce qu’il faut bien appeler un “commerce”. La machine ne sera pas longue à se mettre en marche.


L’autre jour chez mon libraire, ce livre m’a immédiatement fait de l’œil. On parle beaucoup de PMA et de GPA, surtout en ces temps d’assises de la bioéthique, et c’est un sujet qui m’a toujours interpellée – je me suis longtemps crue capable d’être mère porteuse si jamais la pratique était légalisée en France.

Ce roman, découpé en courts chapitres, alternant les points de vue de Priya et d’Asha, se lit facilement. On plonge dans la réalité tout de suite, aussi bien celle de la souffrance de ne pouvoir avoir d’enfant que celle de la honte de devoir “se louer” pour faire vivre sa famille. Pour des raisons différentes, chaque femme perçoit la GPA comme seule issue à un problème accablant, et chacune a ses doutes et ses espoirs. L’auteure déroule le fil des pensées de ses personnages sans les juger, montrant les constructions mentales de chacune, comment elles vivent l’expérience, ce qu’elles pensent ou devinent de l’autre, leur rapport à la maternité… Le nom de “Foyer des mères heureuses”, celui réservé aux gestatrices, est bien entendu ambivalent, car de quelles mères parle-t-on ?
J’ai été immédiatement happée par ce très beau récit, très vivant, parfois drôle, où il est certes question de maternité, mais aussi d’amour, de la place des femmes dans la société, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Inde. Je me suis attachée et parfois identifiée aux deux héroïnes, et je n’ai bien évidemment pas manqué de verser une petite larme à la fin. Mais au-delà de l’émotion, l’auteure offre des clés de réflexion sur la GPA, sans juger ni condamner et propose, à mon sens, une lecture intéressante à celles et ceux que le sujet touche.

Le Foyer des mères heureuses, Amulya Malladi, Mercure de France

2018 Reading Challenge : a book about a problem facing society today (la GPA, donc)

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Eugenia

À la fin des années trente, parce qu’elle est tombée sous le charme d’un romancier d’origine juive, Eugenia, une jeune et brillante étudiante roumaine, prend soudain conscience de la vague de haine antisémite qui se répand dans son pays. Peu à peu, la société entière semble frappée par cette gangrène morale, y compris certains membres de sa propre famille. Comment résister, lutter, témoigner, quand tout le monde autour de soi semble hypnotisé par la tentation de la barbarie ?
Avec pour toile de fond l’ascension du fascisme européen, ce roman foisonnant revient sur un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale, l’effroyable pogrom de Jassy. Portrait d’une femme libre, animée par le besoin insatiable de comprendre l’origine du mal, ce livre est aussi une mise en garde contre le retour des heures les plus sombres de l’Histoire.


J’ai découvert l’existence de ce roman grâce à une chronique du Monde. Le sujet m’attirait à plus d’un titre, si bien que je me suis précipitée pour l’acheter. Et dès que je l’ai ouvert, je n’ai plus réussi à le lâcher.
Dans une très belle langue, l’auteur dresse un portrait de femme juste et touchant. J’ai d’abord cru qu’il serait davantage question du romancier, Mihail Sebastian, qui a réellement existé, mais en réalité celui-ci sert de contrepoint à l’histoire, sa voix résonnant par le biais de son journal ou de ses oeuvres dont des extraits sont disséminés. C’est un roman incroyablement fort qui, par la voix de son héroïne, offre un témoignage poignant et rigoureux de la montée du fascisme et de l’antisémitisme en Roumanie des années 1930 à la fin de la guerre, au prisme de sa relation amoureuse avec l’écrivain juif.

Ce fut un grand moment littérature, qui m’a remué les tripes et a eu un très fort retentissement personnel : ma grand-mère est née à Jassy (ou peut-être dans la campagne alentours, on ne sait pas bien) dans une famille de propriétaires terriens orthodoxes, était adolescente pendant la guerre et… a épousé un juif. Allez comprendre (et non, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une brusque prise de conscience ou d’une révolte).
Quoi qu’il en soit, en dehors de cet aspect très particulier, je ne peux que recommander la lecture de ce roman qui met un coup de projecteur sur un pan méconnu de l’histoire de la seconde guerre mondiale.

Eugenia, Lionel Duroy, Julliard

Reading Challenge 2018 : a book tied to your ancestry

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L’autre moitié du soleil

Lagos, début des années soixante. L’avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d’Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d’Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d’Odenigbo. Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s’étalant sur les drapeaux : c’est le symbole du pays et de l’avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d’un million de victimes.


J’ai acheté ce roman parce que ça faisait un moment que j’entendais beaucoup de bien de l’auteur, et que j’avais apprécié Chère Ijeawele, reçu à l’occasion d’une ronde des poches. Mon choix s’est porté sur ce pavé (près de 650 pages quand même) notamment parce que je n’y connais strictement rien au Biafra hormis, comme tout le monde, les atroces clichés de la famine. Pour être honnête, avant de lire ce livre, j’ignorais même que c’était avec le Nigéria que le Biafra avait fait sécession…

C’est un roman incroyable, qui m’a complètement happée. L’intrigue se déroule en deux temps, le début et la fin des années soixante, sans plus de précisions (bon, on sait que le Biafra a existé de 1967 à 1970). Outre la capacité de l’auteure à évoquer la vie des classes aisées et intellectuelles du Nigéria avant la guerre, le bouillonnement politique qui suit la décolonisation et la volonté des Noirs de se réapproprier leur histoire, elle n’hésite toutefois pas à renvoyer ses personnages à leurs contradictions, à souligner les limites et les excès de ce mouvement de fond, sans pour autant émettre de jugement.
L’immense force de C. N. Adichie demeure dans sa capacité à entremêler les thèmes graves – féminisme, racisme, décolonisation, guerre… – de façon fluide et sincère, sans jamais prêcher une morale quelconque, mais simplement en donnant à voir. J’ai adoré les recours à différentes langues, et la note de la traductrice, Mona de Pracontal, à ce propos est extrêmement intéressante. L’auteure s’est extrêmement documentée et parvient à nous faire vivre les événements, de l’émancipation du Nigéria à la chute du Biafra, sans jamais citer la moindre date.
A mon humble avis, ce livre – ou du moins des extraits, ça reste un pavé – devrait être lu par tous les lycéens travaillant sur la décolonisation.

Vous l’aurez compris, à mes yeux, Chimamanda Ngozi Adichie est un grand écrivain. Surtout quand on sait que L’autre moitié du soleil est son deuxième roman, écrit à l’âge de 27 ans. Celui-ci a d’ailleurs été adapté au cinéma, et j’aimerais bien voir le résultat, bien que je redoute que les personnages et l’intrigue perdent en épaisseur.
Etonnamment, je me suis imaginé le personnage d’Olanna sous les traits de l’actrice Lupita Nyong’o – or il se trouve que celle-ci a acheté les droits d’un autre roman de l’auteure, Americanah. Voilà un livre qui ne va pas tarder à rejoindre ma PAL.

Chimamanda Ngozi Adichie, L’autre moitié du soleil (traduction Mona de Pracontal), Folio
2018 Reading Challenge : a book with characters who are twins

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Cold winter challenge : le bilan

Début décembre, je m’étais lancée avec plaisir dans ce défi que j’avais vu passer sur les réseaux sociaux, à la fois parce que j’aimais l’idée d’assortir mes lectures à la saison, mais aussi parce que j’espérais secrètement pouvoir faire baisser ma PAL. Presque deux mois plus tard, voici mon bilan.

Il y avait quatre catégories : livre en lien avec Noël, livre de nature writing ou littérature de voyage, livre de fantasy et un polar/thriller se déroulant en hiver. Si j’avais de quoi remplir les trois premières, la dernière catégorie m’apparaissait dès le départ comme inabordable, vu que je ne lis quasiment pas de polars ou de thrillers.

J’avais retenu deux types de livres : ceux qui correspondaient exactement à une catégorie (6 livres), et ceux qui avaient un rapport, de près ou de loin, à l’hiver, au froid et/ou à Noël (3 livres).
Si j’ai débuté sur les chapeaux de roues, abattant trois livres en deux semaines, la suite a été plus chaotique : les vacances de Noël et leur bon vieux syndrome grippal ont mis un net coup d’arrêt à ma progression, tandis que les diverses absences pour maladie de la nounou et la reprise du travail ont sérieusement écorné le temps dont je disposais.

Au final, j’ai lu quatre livres de la première sélection, un de la seconde sélection, et une nouvelle qui pourrait rentrer dans la catégorie “Magie de Noël”. Petit résumé et impressions.

Magie de Noël – J’avais prévu de relire Christmas Eve at Friday Harbor pendant les vacances de Noël. Vacances que j’ai essentiellement passées sous la couette, à souffrir plus ou moins en silence de ma pseudo-grippe. Autant dire que c’est raté.
En revanche, j’ai lu une nouvelle, Lighting the flames, de Sarah Wendell. Il s’agit d’une romance de Hanouka, qui se déroule dans l’état de New York : il y a donc beaucoup de neige et une ambiance relativement festive. Bon, en revanche, je dois avouer que mis à part l’aspect un peu “exotique”, je me suis un peu ennuyée.

Flocons magiques – Un seul titre, mais qui cochait à la fois la case “fantasy” et celle “hiver”, The Winter King, de C. L. Wilson. C’est une romance qui se déroule dans un univers med-fan, et qui a réussi à me réconcilier avec la fantasy. L’intrigue est dense, l’univers très cohérent, les personnages attachants et profonds, et l’histoire d’amour est parfaitement crédible. Je recommande aux amatrices du genre.

Marcher dans la neige – C’est la catégorie que j’ai le plus remplie, avec trois titres.
J’ai donc lu Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson. Si l’ambiance “solitaire dans une cabane” m’a beaucoup plu, j’ai un peu regretté le style parfois ampoulé de Tesson, qui plonge un peu trop dans l’introspection intellectualiste. Mais globalement, ce livre m’a laissé une bonne impression, et je lirai sans doute d’autres ouvrages de cet auteur.
Puis je me suis attaquée à La mer des Cosmonautes, de Cédric Gras (un copain de Tesson), qui a accompagné une expédition polaire russe. Le récit est court, intéressant, en particulier lorsqu’il retrace l’histoire de la conquête du pôle sud et celle des poliarniks. Néanmoins, la plume de Cédric Gras est moins agréable que celle de Tesson et, surtout, on sent la déception qui a résulté de ce voyage.
Enfin, j’ai lu avec beaucoup de plaisir Berezina.

Stalactites ensanglantées – Comme prévu, et sans surprise, aucune lecture dans cette catégorie. J’aurais bien fait une tentative avec un Agatha Christie, mais grippe, vacances de Noël, tout ça.

Hors catégorie – La nuit la neige, de Claude Pujade-Renaud. Je ne reviendrai pas dessus parce que je me suis largement étendue sur le sujet dans un article. En tout cas il y avait de la neige (plein), et du froid (plein aussi).

En conclusion, ce challenge a été un vrai plaisir. J’avais du mal à lire depuis cet été (étrangement…), et cela m’a remis le pied à l’étrier. Je me suis rendu compte que j’arrivais de nouveau à me perdre dans un livre, à m’absorber dans un univers, à me passionner pour un style. Et puis, lire en fonction de la saison n’est pas désagréable, si bien que je me demande si on ne pourrait pas faire de même autour du printemps (et de Pâques), de l’été et de l’automne (avec la rentrée des classes).

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Berezina

“Il y a deux siècles, des mecs rêvaient d’autre chose que du haut-débit. Ils étaient prêts à mourir pour voir scintiller les bulbes de Moscou”. Tout commence en 2012 : Sylvain Tesson décide de commémorer à sa façon le bicentenaire de la retraite de Russie. Refaire avec ses amis le périple de la Grande Armée, en side-car ! De Moscou aux Invalides, plus de quatre mille kilomètres d’aventures attendent ces grognards contemporains.


J’ai découvert Sylvain Tesson en lisant Dans les forêts de Sibérie à l’occasion du Cold Winter Challenge (j’y reviendrai bientôt). Si son introspection m’avait parfois agacée, j’en ai eu une suffisamment bonne impression pour lire ce deuxième ouvrage, consacré à un projet un peu fou en lien avec les commémorations napoléoniennes. En réalité, j’avais offert Berezina dans l’édition avec les photos de Thomas Goisque à l’Anglais l’an dernier, et je me suis dit que c’était l’occasion.

Sylvain Tesson a un talent essentiel pour un auteur de livres de voyages : il sait écrire et captiver son lecteur. Son style est généralement inspiré, souvent drôle, que ce soit par ses réflexions ou par son autodérision. Et dans cette aventure, il fallait sans doute avoir le sens de l’humour solidement accroché, tant on sent le froid mordre les motards, la boue, la neige et le vent se déchaîner contre eux, la mécanique lâcher sournoisement… L’auteur sait nous faire rire de ses petits malheurs, mais partage également ses réflexions sur la retraite de Russie, ajoutant au passage quelques précisions historiques bienvenues. Vous apprendrez notamment que dire “C’est la Berezina” pour dire “C’est l’Apocalypse” est très surfait (je plaide coupable, j’aime beaucoup cette expression même si elle est galvaudée).
Les voyageurs ont eu le mérite de se plonger dans les mémoires de l’époque sur cet épisode si peu glorieux de la Grande Armée, et le livre est parsemé de références. Ajoutez à cela de très belles photos des paysages traversés, et vous aurez un ouvrage qui aura le don de vous transporter sans bouger de chez vous. J’ai beaucoup apprécié ma lecture, davantage que Dans les forêts de Sibérie, probablement parce que, l’auteur étant en mouvement, il se livre moins à l’introspection. Une lecture divertissante et dépaysante.

Berezina, Sylvain Tesson et Thomas Goisque, Gallimard

2018 Reading Challenge : A book with two authors

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La nuit la neige

Décembre 1714, à Jadraque (Espagne), Anne-Marie des Ursins, depuis vingt ans au service du roi Philippe V d’Espagne, vient à la rencontre d’Elisabeth Farnèse, duchesse de Parme, dans quelques jours la nouvelle épouse du souverain. Que se passe-t-il durant cette entrevue si brève ? Brutalement, Anne-Marie des Ursins est congédiée par la future reine d’Espagne, et aussitôt conduite sur le chemin de l’exil.
Bien des mois, bien des années plus tard, les deux femmes – qui désormais ne se croiseront plus – continuent de passer au tamis de leur mémoire cette décisive nuit de Jadraque. Et les récits s’entrelacent, tissant peu à peu l’Histoire de près d’un siècle de rivalités des Habsbourg et des Bourbons en terre d’Espagne, à travers les alliances, les enfantements, les combinaisons les plus intimes et les plus “domestiques” de la politique.


J’avais déjà lu un ouvrage de Claude Pujade-Renaud – Dans l’ombre de la lumière, pour celles et ceux qui voudraient lire un roman historique se déroulant pendant l’Antiquité – et j’avais été happée par ce récit. Aussi, lorsque j’ai vu des dizaines d’exemplaires d’autres romans et nouvelles de l’auteure au Salon du Livre, n’ai-je guère hésité, et mon choix s’est porté sur cet ouvrage en raison de la période abordée.

Claude Pujade-Renaud a une plume incroyable. Elle intercale les récits à la première personne de chaque témoin de l’époque, prêtant une voix particulière à chacun des sept ou huit protagonistes qui s’expriment. Elle parvient à trouver un ton juste pour une femme de chambre, un abbé de cour, une petite princesse (la fameuse Marie-Anne Victoire du film L’échange des princesses)…
Pratiquant le retour en arrière avec un art consommé, la romancière nous plonge dans le flux de conscience de ses personnages, qui sautent parfois d’un détail à un autre, qui évoquent un souvenir suscité par un objet, une tâche ou un autre souvenir, qui nous livrent ce qu’ils ont de plus intime. Et en entremêlant toutes ces voix, tous ces témoignages, elle parvient à bâtir une oeuvre qui n’évoque plus seulement l’événement de Jadraque, mais plus largement les femmes et leur rapport au pouvoir et la façon dont elles s’en emparent et peuvent en être punies ou récompensées.

Enfin, ce roman est extrêmement bien documenté et se fonde sur des bases historiques très solides, donnant du corps aux intrigues et aux retournements politiques, apportant les éclaircissements nécessaires à la difficile question de la succession d’Espagne au 17ème siècle.

Vous l’aurez compris, cette lecture a été un coup de coeur de bout en bout, et a confirmé mes soupçons : Claude Pujade-Renaud risque fort de devenir mon auteur contemporain préféré !

La nuit la neige, Claude Pujade-Renaud, Babel

2018 Reading challenge : a book with a weather element in the title

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Cold winter challenge

Je saute dans le train en marche en décidant de participer au Cold Winter Challenge. Il s’agit d’un défi lecture se déroulant du 1er décembre au 31 janvier, et dont le but est de lire des ouvrages en rapport avec le froid, la neige, la magie de Noël, etc.
Comme j’aime l’idée d’un défi lecture, surtout quand celui-ci me permet d’écluser un tas de machins dans ma PAL et de publier des photos plus ou moins inspirées sur Instagram, je vous présente les catégories et les livres que je compte y associer. Avec un peu de chance, je pourrai même boucler une ou deux catégories supplémentaires pour le 2017 Reading Challenge. Je reprends la liste proposée sur le blog de Margaud.

  • La magie de Noël : lire un livre en lien avec cette fête (de près ou de loin)
  • Flocons magiques : lire un livre du genre fantasy, fantastique…bref magique, mais pas forcément en lien avec Noël ou l’hiver.
  • Marcher dans la neige : lire un livre de nature writing, de littérature de voyage
  • Stalactites ensanglantées : lire un polar/thriller qui se passe durant l’hiver, ou durant une période froide. Là on est mal partis, je ne lis quasiment pas de polars.

Et voici ma propre liste. Je ne sais pas si j’aurai le temps de tout lire, ou si j’arriverai à me concentrer exclusivement sur cette sélection (je suis un peu girouette en matière d’envies de lecture). J’ai divisé la sélection en deux parties : les ouvrages qui rentrent précisément dans les catégories énoncées, et ceux qui pourraient s’il existait une catégorie “neige historique”. Je me réserve bien entendu le droit d’acheter un ou des bouquin(s) qui rentrerai(en)t expressément dans une des catégories.
Rendez-vous fin janvier pour le bilan !

Christmas Eve at Friday Harbor, Lisa Kleypas. Je triche, je l’ai déjà lu, mais cette novella romantique sur le thème de Noël au large de Seattle me plaît beaucoup, c’est l’occasion de la relire.
The Winter King, C. L. Wilson
Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson (en cours)
La mer des Cosmonautes, Cédric Gras
L’ombre de la route de la Soie, Colin Thubron

 

 

 


Petites sagas islandaises
L’esclave islandaise, Steinunn Johannesdottir
La nuit la neige, Claude Pujade-Renaud

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Je est un Juif, roman

Je suis tombée par hasard sur ce recueil, alors que je cherchais les poèmes de Louise Labé chez le même éditeur. Jamais découragée par l’achat d’un nouveau bouquin, le peu que j’ai lu de l’introduction, relatant les origines et la formation morale de Charles Dobzynski a piqué ma curiosité, et j’ai fini par emporter ce petit volume qui me faisait de l’œil.


Juif polonais, Charles Dobzynski est arrivé en France à l’âge d’un an et vécu la guerre, échappant à la rafle du Vel’ d’Hiv’ et passant très jeune dans la clandestinité. Sa vocation de poète est précoce, il publie ses premiers textes à 19 ans dans des journaux résistants.
Je est un juif, roman, est un recueil qui revient sur sa vie entière en tant que Juif, Français, et poète. Les textes sont courts, incisifs, ciselés même. Charles Dobzynski revendique sa judéité sans jamais mettre de côté son esprit critique, évoquant cette ambivalence qui étreint beaucoup de Juifs dans leur rapport à Israël, par exemple. Il dit aussi, en des poèmes brefs mais poignants, l’horreur de la rafle, l’angoisse de la fuite, la dispersion de sa famille. la vie persécutée par les nazis.

Cette lecture, quoique courte, n’est pas facile et n’intéressera probablement pas tout le monde, mais je ne peux m’empêcher de la recommander pour tous les questionnements auxquels le poète tente d’apporter des réponses.

Je est un Juif, roman, Charles Dobzynski, NRF Gallimard

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Challenge PAL de vacances : le bilan

Début juillet, à l’initiative de Miss Sunalee, je m’étais lancée dans ce challenge avec bonheur, songeant que cela m’aiderait à désengorger ma PAL toujours croissante. Certaines catégories étaient vouées à l’échec dès le départ (la numéro 3, par exemple), car rien ne correspondait, d’autres avaient un ou plusieurs titres associés, mais je n’ai pas eu le temps de les combler. En cause, une météo très chaude, des vacances passées à lézarder et… l’achat de nouveaux livres (forcément).


Voici où j’en suis :

1. le titre contient un nom de lieu géographique (pays, ville, région, fleuve…), Notes de Hiroshima, Ôe Kenzaburô
Un livre dur, qui n’est pas un roman mais un recueil d’articles à l’époque où cet écrivain japonais était journaliste. Rédigés au milieu des années 1960, les articles offrent une vision sans fard de la situation à la fois politique et sanitaire de Hiroshima et de la question nucléaire.
En discutant avec des amis japonais, j’ai découvert que c’était un classique étudié en classe là-bas.

2. le titre doit être un vrai jackpot au Scrabble. En reprenant l’idée de Lire sous la contrainte, il s’agit d’additionner les points de chaque lettre du titre et de l’auteur selon les règles du Scrabble: A,E,I,L,N,O,R,S,T,U : 1 point; D,G,M : 2 points; B,C,P : 3 points; F,H,V : 4 points; J,Q : 8 points; K,W,X,Y,Z : 10 points (l’exemple est ici)
J’avais le titre : Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, de Darragh McKeon, mais je n’ai eu ni le temps, ni le courage de m’y mettre. Vu que ce roman traîne dans ma PAL depuis l’été dernier, je commence à m’inquiéter un peu…

3. le titre contient soit “chant/chanson”, soit “musique” ou est le titre d’une chanson, ou s’en inspire très fort, ou contient le nom d’un musicien/chanteur
Comme dit plus haut, aucun livre de ma PAL n’entrait dans cette catégorie.

4. le titre contient un prénom ou un nom de personne, Mousseline la Sérieuse, Sylvie Yvert
Seul titre correspondant à la catégorie, ce court roman historique, construit comme des mémoires posthumes de Marie-Thérèse-Charlotte de France, fille de Louis XVI et Marie-Antoinette, m’avait été prêté par Malena il y a quelques mois. Si le style est beau, j’ai été agacée par le royalisme sous-jacent de l’oeuvre (ce qui est normal, vu le personnage) et je n’ai pas appris grand-chose, ayant lu à plusieurs reprises le roman Fille de roi dans ma jeunesse, qui traite exactement du même sujet.

5. le titre est composé d’un seul mot
Paris, d’Emile Zola, dernier tome de la trilogie des villes. Il est en cours, j’en ai lu la moitié à peu près, et je vais sans doute le finir dans les jours qui viennent, mais je ne serai pas dans les temps pour l’inclure dans le défi !
Comme toujours avec Zola, c’est génial, mais il faut s’accrocher. Ce roman a en outre la particularité, à mes yeux, de trouver un écho très moderne dans son analyse, plus d’un siècle après sa publication.

6. le titre ne contient pas d’article
Derniers témoins de Svetlana Alexiévitch, sur lequel je bute depuis plusieurs mois (non parce que c’est mauvais mais parce que c’est une lecture très, très dure et que je souffre).
Ou Moderne, sans être occidental de Pierre-François Souyri, génial essai sur la naissance du Japon moderne, par un professeur dont j’ai suivi les cours et que j’ai toujours admiré. Il me reste une centaine de pages, j’en viendrai à bout bientôt, je pense. Fait étrange, ce livre m’a fait rêver en japonais, une première depuis bien dix ans.

7. le titre contient un mot lié à la nourriture ou à une boisson, A boire et à manger avec Sonia Ezgulian, Guillaume Long
Je me suis retrouvée dans la critique d’Armalite. La lecture était plaisante, le dessin toujours agréable, et l’ensemble donnait faim, mais on était plus dans le livre-hommage à une cuisinière que l’auteur admire beaucoup que dans le livre-recette moins ambitieux mais plus abordable. J’ai passé un agréable moment, mais je ne suis pas certaine de reproduire une des recettes de ce tome, contrairement à d’autres qui sont devenus des classiques de la maison (la soussoupe de radis noir, l’aubergine au four, les tagliatelles de la fin du monde…).

8. le titre contient un mot désignant un animal, Le Guépard, Giuseppe Tomasi di Lampedusa
J’en ai déjà parlé plus tôt, je vous renvoie à l’article que je lui ai consacré. Une très belle lecture, que je recommande.

Le bilan est en demi-teinte pour ce qui est du niveau de ma PAL (dans le même temps, j’ai dû lire au moins 3 livres qui n’étaient pas dedans au début du challenge), mais je suis quand même contente d’avoir lu des titres qui poireautaient depuis un moment.
J’ai hâte de lire le récapitulatif des autres participants.

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Fille de joie

L’histoire que voici se déroule au Japon à l’orée du XXe siècle. A quinze ans, Ichi est vendue au tenancier d’une maison close par ses parents, seule possibilité de survie pour cette famille de pêcheurs. Pas vraiment belle, sauvageonne, l’adolescente parle une langue insulaire proche du chant des oiseaux, mais elle est néanmoins placée dès son arrivée sous la tutelle de la courtisane la plus recherchée du quartier réservé. Devenue l’une de ses suivantes, Ichi reçoit de la part de cette dame des leçons d’élégance, de savoir-vivre, elle est initiée aux rites de la séduction, à ceux de la soumission. Et malgré la violence de leur condition, il se trouve néanmoins en ces lieux une chance inestimable pour les prostituées, une possibilité d’échappées qu’Ichi va saisir : la loi oblige les tenanciers de maison close à envoyer leurs filles de joie à l’école. Assidue, Ichi apprend à lire, à compter, à écrire, elle peut ainsi consigner sa nostalgie, décrire ses peurs quotidiennes. Avec le temps et soutenue par une institutrice, elle prend conscience du pouvoir que lui procure le savoir et, comme d’autres autour d’elle, décide de se rebeller.


Je connaissais déjà Murata Kiyoko pour avoir lu Le Chaudron il y a quelques années, et dont j’avais adoré l’atmosphère. Du coup, lorsque j’ai découvert ce nouveau roman, je me suis jetée dessus (après quelques hésitations à base de “Oui mais tu as déjà 30 bouquins en attente”).

C’est un très beau roman, qui met presque exclusivement en scène des femmes dans ce “monde à l’envers” qu’est le quartier réservé. De l’institutrice à la courtisane de haut vol, de la servante à l’apprentie, toutes cherchent à s’élever, à s’arracher à leur condition selon leurs armes. Située à un tournant politique de l’ère Meiji, l’histoire met en exergue la situation à la fois précaire et détestable des prostituées, considérées comme du bétail et non comme des êtres humains, insistant sur la nécessité de leur éducation.
J’ai adoré ce livre, qui m’a happée. La traduction est en outre excellente (malgré deux ou trois coquilles), et le personnage d’Ichi, qui ne rentre dans aucune case, truculent. C’est un roman résolument féministe, dont on ressort à la fois ébranlé et ravi.

Murata Kiyoko, Fille de joie, Actes Sud

Reading challenge 2017 : A book about a difficult topic

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