Vente de costumes de l’Opéra de Paris

Début mai, en tant qu’abonnée de l’Opéra, j’avais été avertie d’une prochaine vente de costumes et m’étais jetée sur les billets d’entrée à l’heure de leur mise en vente (donc oui, j’ai payé 10 euros pour avoir l’immense privilège d’acheter quelque chose – chut).

Samedi, après une traversée de Paris un peu longue – la vente avait lieu aux Ateliers Berthier, près de la porte de Clichy – me voici dans la queue. J’ai une entrée à 10h, soit la première de la journée et, une vingtaine de minutes avant l’ouverture, nous patientons sagement en rang d’oignon.
A l’heure dite, les portes s’ouvrent, et je peux pénétrer dans le saint des saints le hangar. Les lieux sont vastes, les costumes sont là, sur cintres, rangés par oeuvre (“Rigoletto”, “La flûte enchantée”, “La Belle au bois dormant”…), bien qu’en différents endroits, sans doute pour faciliter la circulation des visiteurs. Les prix sont très variés, de 2€ à 850€. L’espace permet à tout le monde d’évoluer sans se marcher dessus (gros point positif, j’avais peur que ce soit la cohue, et pas du tout).

Alors, qui vient ? Beaucoup de professionnels, à vue de nez, qui regarnissent leurs placards en vue des prochaines saisons (pas mal de théâtres parisiens à vue de nez). Des collectionneurs, des passionnés, qui cherchent à acquérir un petit bout d’histoire de l’opéra (certains costumes ont été portés par des chanteurs ou des danseurs célèbres). J’ai aperçu également quelques reconstituteurs, et il devait y avoir aussi des amateurs à la recherche une tenue pour un bal / un événement, qui soit de bonne facture et pas trop onéreux.

Détail de plis canon sur une robe Renaissance

Au final, j’ai été très sage. Non que je n’ai pas été tentée (une pelisse Premier Empire de Tosca et une robe Renaissance d’une vieille production de Rigoletto m’ont fait de l’œil…), mais je suis devenue très exigeante avec le temps. Si les coupes étaient correctes, le tissu / les ajustements pour la scène / les systèmes de fermeture étaient trop modernes à mon goût. J’avoue, j’aurais pu craquer sur la robe Renaissance en vue d’un bal, si celle-ci n’avait pas été aussi chère !
J’ai été un poil déçue parce que j’aurais souhaité davantage d’accessoires (dessous, coiffes…) mais ceux-ci étaient vendus avec leur costume attitré.

La fameuse pelisse, super bien coupée mais pas dans le bon tissu

J’ai tout de même trouvé le moyen de faire de mini emplettes : un tablier gris moiré orné d’un galon pour la Crevette (qui lui servira de cape pendant quelques années), un noeud de cravate dans les mêmes teintes pour Monsieur, si un jour il se décide à faire du civil 19ème, et un chapeau en feutre style années 30 pour moi. En tout et pour tout, j’ai dépensé la somme colossale de… 14€.
Dernier point positif : en partant, nous avions la possibilité de nous faire photographier dans une tenue de l’opéra, prêtée ou achetée. Je me suis donc fait tirer le portrait dans une tenue d’inspiration Renaissance et ai reçu le cliché par SMS et par mail dans la foulée.

Quand même, Scarpia !

Quoi qu’il en soit, je ne regrette pas un instant cette visite qui m’a fait beaucoup de bien, m’a permis de littéralement toucher du doigt la magie de l’opéra et m’a offert deux heures dépaysement absolu un matin gris de juin. Vivement la prochaine occasion !

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La Fille de neige

Il y a seize ans, est née Snegourotchka (Fleur de Neige), fruit des amours de Dame Printemps et du Père Gel. Protégée par ses parents de la jalousie du dieu soleil Yarilo qui promit de réchauffer son cœur lorsque, devenue adulte, elle tomberait amoureuse, Snegourotchka l’enfant de neige est envoyée chez les Bérendeïs, une communauté qui suit les rites slaves, et confiée à l’Esprit des bois…

J’allais voir cet opéra sans trop savoir à quoi m’attendre, comme souvent, même si les quelques photos publiées sur les réseaux sociaux par l’ONP laissaient présager quelque chose d’assez spectaculaire. Et c’était le cas, mais dans le bon sens du terme.

Les interprètes étaient excellents avec, encore une fois, une mention spéciale aux chœurs qui s’amusaient visiblement et ponctuaient leur performance de danses et de rires.
Aida Garifullina, dans le rôle-titre, était éblouissante, dotée d’une grande présence sur scène et d’un jeu tout en délicatesse. Face à elle, Yuriy Mynenko en Lel, était tout aussi bon. Une magnifique voix de contre-ténor (j’avoue, j’ai un faible pour ce genre de tessiture – vous pouvez en avoir un aperçu ici), très pure, avec des passages qui m’ont évoqué la musique baroque. Mais pour contrebalancer ce côté “pâtre à la voix d’or perdu dans la forêt”, l’artiste campe un personnage fat et imbu de lui-même, un vrai bellâtre remettant sans cesse sa longue chevelure blonde en place. Un excellent ressort comique, d’autant qu’il a été bien exploité.
Il faut encore rendre hommage à Martina Serafin, en Koupava, excellente quand elle pose pour des photos avec son fiancé ou touchante quand elle exprime sa colère et son amertume d’avoir été abandonnée. Le tsar Bérendeï, interprété par Maxim Paster visiblement au pied levé, était aussi très bien, à mi-chemin entre le roi de Carnaval et le druide.


La mise en scène, signée Dmitri Tcherniakov qui, s’il m’avait convaincue sur Iolanta, m’avait complètement laissée froide sur Casse-Noisettes l’an dernier, est cette fois-ci à la fois originale, lisible, moderne tout en respectant la légende. Un vrai plaisir. Du même coup, les costumes mêlent modernité (les Bérendeïs vivent dans des caravanes, retirés volontairement du monde) et tradition slave (superbes tenues évoquant bien les Rus).
Les décors sont magnifiques. Si le prologue se situe dans une classe de danse, qui m’a semblé un clin d’œil à l’ère soviétique, tout en justifiant la chorégraphie des petits oiseaux interprétés par un chœur d’enfants, le reste de l’action se déroule dans la forêt, à différents endroits (le camp des Bérendeïs, une clairière pour les festivités, les frondaisons les plus épaisses…). Une quinzaine d’arbres immenses était même disposée sur le décor, parfois mouvant. Une vraie prouesse.


Tout cela m’a laissé une impression d’assister à une version russe du Songe d’une nuit d’été, avec une fin beaucoup moins drôle, bien entendu, c’est la Russie, pas Shakespeare. Malgré la longueur du spectacle (3h45 avec un entracte), j’ai passé un excellent moment, et j’en suis ressortie la tête pleine de musique.

La Fille de neige, de Nikolaï Rimski-Korsakov, Opéra Bastille, jusqu’au 3 mai 2017

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Trompe-la-Mort

Alors qu’il est sur le point de se jeter dans la Charente pour mettre fin à ses jours, Lucien de Rubempré est interrompu par l’abbé Herrera, qui se présente comme un prêtre espagnol. Ce dernier lui jure que, moyennant une obéissance aveugle, il effacera ses dettes et le fera marquis en trois ans. Lucien accepte, sans comprendre qu’il vient de signer un pacte avec Trompe-la-Mort…

J’attendais beaucoup de cette création mondiale qui puisait son inspiration dans l’oeuvre de Balzac – que j’apprécie énormément même si je suis moins fan que Zola – et augurait d’une belle réflexion sur l’ambition et la manipulation. Mais quand, une dizaine de jours avant la première, j’ai reçu un mail m’annonçant que l’interprète du rôle-titre se retirait de la production, j’avoue que j’ai un peu eu la trouille.

En fait, j’aurais dû avoir la trouille pour autre chose. La musique est extrêmement contemporaine et, même si la chef Susanna Mälkki est parfaite, dirigeant toujours avec justesse et rigueur, force est de constater que ce n’est pas ma tasse de thé. Dès les premières notes, j’ai compris que ce serait une soirée exigeante qui allait demander beaucoup de concentration. A ce stade (et même si les puristes vont me lancer des pierres), je préférerais presque parler d’habillage sonore que de musique, c’est dire.
Toutefois, il ne faut pas s’arrêter à cela. Le livret est magnifique et très bien porté par des interprètes qui surmontent les difficultés de diction imposées par le texte. La mise en scène, d’une grande inventivité, offre plusieurs degrés de lecture, illustrées par des images de différents endroits du Palais Garnier, chacun renvoyant à un niveau : les dessous pour les machinations, les ors et les marbres pour la bonne société…
En outre, la narration parvient, très bien soutenue par la mise en scène et les lumières, à s’offrir le luxe de plusieurs flashbacks qui interviennent à des moments-clés du récit : le voyage de Lucien et don Herrera d’Angoulême à Paris revient comme un leitmotiv et une explications aux différentes actions des protagonistes (je conseille toutefois fortement de lire l’argument avant le début du spectacle, sans quoi je pense qu’on se perd vite).

Quant aux interprètes, il y a à boire et à manger. Nous avons été malheureusement très déçues par Philippe Talbot en Rastignac, qui nous avait pourtant éblouies dans rôle-titre de Platée. Sans doute à cause des sonorités particulières, peut-être aussi en raison de ce registre très contemporain, sa voix était souvent couverte par l’orchestre, et l’on avait du mal à l’entendre, même quand celui-ci jouait en sourdine. Cyrille Dubois en Rubempré a eu à quelques reprises le même souci. Néanmoins, j’estime que c’est excusable, car la partition réserve des pièges incroyables aux chanteurs.
En revanche, j’ai eu un gros coup de cœur pour Marc Labonnette en Nuncingen, qui s’offre même le luxe de chanter avec un faux accent allemand et pour Julie Fuchs, qui s’est tirée de toutes les embûches semées sur son chemin. Point d’orgue et cœur du spectacle, Laurent Naouri en Herrera/Trompe-la-Mort/Vautrin est juste sublime, glaçant et inquiétant, un vrai méchant qui fait peur. Son timbre s’est prêté sans frémir à toutes les variations imposées, d’autant qu’il devait chanter avec un faux accent espagnol les trois quarts du temps.

Alors, que faut-il en penser ? C’est une très belle oeuvre, mais vraiment difficile d’accès. Les deux heures de spectacle sont tendues comme la situation exposée sur scène, et ne laissent aucun répit au public. La musique de Luca Francesconi peut dérouter (c’est le moins que l’on puisse dire !) mais, si vous vous sentez capable de passer outre, allez voir cet opéra, il en vaut la peine.

Trompe-la-Mort, Opéra national de Paris, jusqu’au 5 avril 2017

 

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Les contes d’Hoffmann

Un soir d’opéra, Hoffmann, attendant la fin de la représentation pour retrouver sa bien-aimée, la cantatrice Stella, raconte à ses amis dans une taverne l’histoire de ses trois amours malheureuses. Accompagnée de sa muse qui a pris les traits de son meilleur ami Nicklausse, il voyage dans un passé peut-être fantasmé pour narrer ses aventures avec la marionnette Olympia, la chanteuse Antonia et la courtisane Giuletta. En arrière-plan, se dresse la silhouette menaçante du conseiller Lindorf qui change de visage pour incarner la némésis d’Hoffmann…

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Unique opéra d’Offenbach, maître incontesté de l’opéra-bouffe et de l’opérette (qui n’a jamais entendu l’air de La vie parisienne ?), cette oeuvre est considérée généralement comme sa “rédemption”. Force est de constater que si l’on retrouve la patte du compositeur, la partition s’avère particulièrement complexe et l’histoire moins bouffonne qu’on ne pourrait s’y attendre.

J’ai adoré ce spectacle. La mise en scène – qui date de 2000 mais n’a pas pris une ride – est géniale, mettant en place un théâtre dans le théâtre, un arrière du décor convaincant et intéressant. La question de savoir si Hoffmann se promène dans les chimères de l’opéra en attendant sa belle se pose, de même que celles des apparences trompeuses, en particulier avec Olympia, ou de la passion qui se donne en spectacle avec Giulietta. Les changements de décors sont bien faits, fourmillant de détails et propices à la mise en abîme, comme à l’humour.

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Comme toujours, la direction musicale de Philippe Jordan est impeccable (bon, je ne suis sans doute pas objective, mais quel homme, quand même). C’est enlevé, piquant mais aussi profond. Les chœurs, là encore, sont remarquables et s’amusent visiblement sur scène, en particulier dans la taverne. Il est devenu, semble-t-il, systématique que les chœurs saluent à la fin, et c’est une excellente chose.

Mais la grande question est celle des solistes : Jonas Kaufman, qui devait interpréter le rôle-titre, s’est retiré pour cause de problème aux cordes vocales. Il a été remplacé, au grand dam des amateurs, par Ramon Vargas que nous entendrons plus tard cette année dans La fille de neige. En réalité, c’est la raison pour laquelle nous avons décroché des places, car beaucoup de déçus cherchaient à revendre.

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Très franchement, Vargas s’en est parfaitement tiré. J’ai eu un doute sur les premières notes, mais il a assuré, tant dans l’interprétation que dans le chant, alors que la salle ne lui était pas acquise d’emblée. Le reste du cast n’était pas en reste : si un triomphe attendu (et un peu surfait, selon moi, car je ne suis pas très fan de son vibrato prononcé) a été fait à Ermenela Jaho, qui interprétait Antonia, j’ai eu deux révélations féminines et une masculine.
Stéphanie d’Oustrac, qui incarne la Muse d’Hoffmann et fait contrepoint au héros, était parfaite. Enlevée, drôle, compatissante, ironique… un vrai bonheur. Nadine Koutcher en Olympia est géniale et impressionnante, parvenant à lancer des notes ahurissantes tout en conservant sa gestuelle très mécanisée et saccadée. J’ai très envie de l’entendre dans d’autres rôles.
Enfin, Roberto Tagliavini, qui incarne tous les méchants, de Lindorf à Dapertutto, m’a complètement charmée (en même temps, j’aime les voix graves). Un beau timbre, beaucoup de prestance et une capacité à passer d’un personnage à l’autre en l’espace de quelques instants.

En conclusion, courez-y, c’est bien, on passe un excellent moment, c’est drôle et grave, amusant et pertinent, et c’est chanté en français.

Les contes d’Hoffmann, du 3 au 27 novembre, opéra Bastille

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Samson et Dalila

En Palestine, les Israélites sont réduits en esclavage par les Philistins, mais cherchent à se libérer de ce joug. Samson, l’un des guerriers israélites, mène un soulèvement qui s’avère dangereux pour leurs oppresseurs. Ces derniers se tournent alors vers Dalila, qui fut autrefois l’amante de Samson, pour apprendre le secret du héros et le réduire à l’impuissance…

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Tout le monde connaît l’histoire de Samson et Dalila, donc inutile que je continue de poursuivre le résumé. Cet opéra de Camille Saint-Saëns effectue son grand retour à l’Opéra de Paris après vingt-cinq ans d’absence. Je n’y connais rien à l’oeuvre du compositeur (c’est un peu un leitmotiv de la saison cette année, j’y vais le nez au vent), mais le propos semblait intéressant et Leen était très enthousiasmée par la voix de la mezzo qui interprète Dalila.

Allez, pas de suspense : c’est très beau. La musique est magnifique et très bien dirigée par Philippe Jordan qui confesse, dans le programme, son coup de foudre pour le compositeur et sa capacité à synthétiser différentes influences. Et force est de constater le génie de Saint-Saëns, qui charme, raconte, suscite toute une palette d’émotions qui m’ont transportées.

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Anita Rachvelishvili dans le rôle de Dalila est superbe. Outre que c’est agréable d’entendre une mezzo dans un rôle principal, il faut surtout souligner sa voix tour à tour puissante, légère ou vive, capable d’accents enjôleurs comme de la froideur la plus cruelle. Face à elle, Aleksandr Antonenko a été plus lent à démarrer : moyennement convaincant dans le premier acte – sa voix ne semblait pas assez “chauffée” – il gagne en peu à peu en puissance, jusqu’à exploser dans la magnifique lamentation qui ouvre le troisième acte.
Les seconds rôles, en particulier Nicolas Cavallier dans le rôle du vieillard hébreu, ne sont pas en reste. Si Egils Silins – déjà vu dans La Walkyrie – était parfois un peu couvert par l’orchestre, on sent toutefois qu’il s’amuse dans ce rôle de méchant cruel et calculateur. Enfin, les chœurs étaient fantastiques. Depuis quelques années, j’ai l’impression que leur niveau a beaucoup augmenté (ou alors j’y prête davantage attention), et cette fois encore, c’était à la hauteur. Les chœurs sont essentiels à cette oeuvre et ont grandement contribué à faire de ce spectacle une réussite.

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Un bémol néanmoins : la mise en scène. Le principe de Damiano Michieletto était de défaire les personnages de leur appartenance religieuse pour se concentrer sur l’humain, ce qui est sans doute une bonne idée. Toutefois, il aurait peut-être fallu ne pas souligner à gros traits l’aspect totalitaire et fascisant des Philistins et, en particulier, nous épargner l’horrible scène de pogrom du premier acte. Celle-ci m’a mise tellement mal à l’aise que j’en ai pleuré, et me suis demandé si j’allais devoir sortir avant la fin. J’ai trouvé ce genre de symbolisme lourd et inutile. Les second et troisième actes étaient meilleurs, mais cette représentation a gardé un goût amer tout du long.

Samson et Dalila, Opéra Bastille, jusqu’au 5 novembre

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L’American Ballet Theatre à l’Opéra de Paris

Cette année, pour la reprise de la saison, nous avions décidé d’innover sur deux points : d’abord en ouvrant 2016-2017 par un ballet (nous n’allons en voir qu’un ou deux par an), lequel était en outre interprété par une compagnie invitée, l’American Ballet Theatre. Cette compagnie de danse américaine est très réputée et ne s’était pas produite en France depuis longtemps.
Au programme, un ballet très classique à l’histoire forcément connue : La Belle au bois dormant.

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Sur une musique de Tchaïkovski, le chorégraphe Alexei Ratmansky a décidé de revenir au plus près de la chorégraphie et de la mise en scène de Marius Petipa, à l’origine de La Belle au Bois dormant. Les costumes et décors sont, quant à eux, très inspirés de ceux créés par Léon Bakst en 1921.

Le résultat est superbe à tous points de vue. La musique est belle et, pour ceux qui ont visionné le classique de Disney dans leur enfance, a un air de déjà entendu (il est évident que des phrases musicales ont été “prélevées” dans l’oeuvre pour accompagner le dessin animé). Les décors sont magnifiques et les costumes à couper le souffle, avec une forte inspiration de la France de Louis XIV (le roi s’appelle Florestan XIV), en hommage à Charles Perrault.
L’interprétation, enfin, est parfaitement maîtrisée. Isabella Boylston en Aurore est à la fois touchante et joueuse, appuyée par une technique époustouflante. Josef Gorak en prince n’est pas en reste, avec quelques solos magnifiques. Le reste de la compagnie a été à la hauteur de l’enjeu, chacun évoluant avec grâce, légèreté et maîtrise malgré parfois une foule nombreuse sur scène, qui aurait pu donner une impression d’écrasement. Mention spéciale à Marcelo Gomes en Carabosse et à Jeffrey Cirio en Oiseau Bleu, mes deux coups de cœur de la soirée.
Mon seul regret : ne pas avoir vu danser Misty Copeland dont j’entends parler depuis des années.

Si vous aimez la danse classique dans ce qu’elle a de plus traditionnel et flamboyant, de coloré et de joyeux, courez-y, vous ne serez pas déçus.

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Lear

Lear, roi d’Angleterre, exige de ses trois filles Regan, Goneril et Cordelia une déclaration publique d’amour filial en échange d’un tiers du royaume. Si les deux aînées s’acquittent volontiers de cette épreuve, la cadette, Cordelia, s’y refuse, provoquant la colère de son père qui la chasse et la marie au roi de France, laissant les deux autres se partager son héritage. Las, peu après, Regan et Goneril se liguent pour chasser Lear du palais. Ce dernier se retrouve à errer sur la lande par une nuit de tempête et perd la raison…

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Parfois, l’univers vous envoie un signe et vous l’en remerciez : c’est ce qui est arrivé mardi quand, après avoir pesté contre l’annulation du récital de Cecilia Bartoli, j’ai poussé un “ouf” de soulagement car notre ligne de train s’est trouvée totalement interrompue par les intempéries (à l’heure où je vous parle, c’est pas encore résolu). Et puis, parfois, l’univers vous envoie plein de signes que vous négligez : hier soir, j’ai donc bataillé ferme contre le train supprimé, l’absence carte orange (avec la grève, la gare était fermée et les automates inaccessibles), le bus, le métro (trafic ralenti, incident voyageur) et l’ascenseur du Palais Garnier avant de réussir à m’asseoir à ma place, 2 minutes avant le début de la représentation. Je pense que j’aurais mieux fait de rester chez moi. Pour la première fois de ma vie, j’ai quitté l’opéra à l’entracte.

Vous aurez sans doute reconnu l’argument, et pour cause : cet opéra d’Aribert Reimann, composé en 1978, est une adaptation de la pièce éponyme de Shakespeare. A un sujet déjà complexe et dur – la pièce est loin d’être riante – s’ajoute une musique extrêmement contemporaine, essentiellement constituée de cuivres et de percussions, qui exploite au maximum les dissonances. Ajoutez à cela une partition d’une complexité incroyable pour les voix et vous aurez un résultat…à glacer les sangs.

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Très sincèrement, je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds, mais j’avais vu et apprécié Peter Grimes de Benjamin Britten, et je m’étais dit que l’opéra contemporain ça pouvait se tenter, qu’il ne fallait pas être sectaire. Mais pour le coup, je n’étais vraiment pas le public visé : je pense qu’il faut vraiment connaître et apprécier ce genre de musique, et ce n’est clairement pas mon cas.
En outre, la mise en scène, très sombre, avec des espèces de planches partout qui se meuvent, et des personnages décharnés qui se déshabillent peu à peu, m’a clairement évoqué l’univers concentrationnaire, et m’a mise très mal à l’aise (c’était sans doute voulu). C’est surjoué dans la démesure et l’hystérie, ce qui n’arrange rien.
Il faut toutefois rendre hommage au talent des interprètes, les musiciens comme les chanteurs. Bo Skovhus dans le rôle-titre est impressionnant de rage, d’orgueil, de folie, de détresse (et de puissance vocale). Andreas Conrad fait preuve d’une technique étonnante et maîtrisée, parvenant à chanter une partition qui semble féminine (comme on ne le voit pas tout de suite, j’ai d’abord cru qu’il interprétait Cordelia).

En somme, c’est un spectacle exigeant et difficile, à ne pas mettre entre toutes les oreilles. Je vous laisse le trailer pour vous donner une idée (la première partie durait 1h25).

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Iolanta / Casse-Noisette

Iolanta

Cette année, l’opéra de Paris proposait un spectacle “comme à l’époque de Tchaïkovski” proposant deux oeuvres à la suite, un opéra puis un ballet. Si le ballet, Casse-Noisette, est un très grand classique du répertoire, je n’avais jamais entendu parler de Iolanta, opéra en un acte relativement court (moins de deux heures).

Iolanta est la fille aveugle du roi René de Provence, mais ignore tout de son infirmité, car elle est élevée à l’écart du monde dans un “désert paradisiaque”. René arrive accompagné d’un médecin censé guérir cette cécité, mais ce dernier insiste pour révéler le problème à Iolanta, ce que le père ne peut se résoudre à faire. Le fiancé de la jeune fille, Robert, duc de Bourgogne, arrive par hasard sur le domaine, se plaignant de devoir l’épouser car il en aime une autre ; le meilleur ami de Robert, Vaudémont, tombe sous le charme de Iolanta et lui révèle la vérité…

C’est une très jolie oeuvre, aux accents typiques de Tchaïkovski. S’il ne se passe pas forcément grand-chose, on est emporté par l’histoire et, surtout, par les airs. Sonya Yoncheva est remarquable dans le rôle-titre, et ce d’autant plus qu’elle a annoncé juste avant le spectacle qu’elle était souffrante (elle a dû hésiter sur deux notes). Face à elle, le cast masculin est un peu plus “classique”, avec tout de même un Vito Priante superbe en Ibn-Hakia. La direction musicale d’Alain Altinoglu (sur les deux œuvres), est excellente.
La mise en scène, dans un petit salon resserré au centre de la scène, laissant le reste dans l’obscurité, est bien trouvée car elle souligne le huis clos et le monde replié dans lequel vit Iolanta. Au lieu de situer la pièce dans le moyen-âge provençal, le choix a été fait de déplacer l’argument dans la Russie fin 19è, là encore avec bonheur.
Je reproche toutefois un recours un peu exagéré aux cris, larmes, éclats de rire, qui servent à surligner (oui, en fluo) l’hystérie du personnage principal dont la cécité n’est peut-être pas aussi définitive que l’on croit. Selon moi, le livret suffisait amplement à le faire connaître, et il n’était pas nécessaire d’en rajouter.

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Vient ensuite Casse-Noisette, dont l’argument a été totalement modifié, au point qu’il ne reste de l’oeuvre originelle que la musique. Offrant une belle continuité, le ballet débute à l’instant où s’achève l’opéra, découvrant un théâtre dans le théâtre, déplaçant cette fois-ci l’action dans les années 1950, peut-être en Angleterre. L’idée est excellente et permet d’embrayer sans frémir.
Cette fois-ci, nous suivons le voyage initiatique de Marie qui, lors de sa soirée d’anniversaire, rencontre Vaudémont dont elle tombe amoureuse. Las, celui-ci disparaît et Marie part à sa recherche, laissant derrière elle les ruines fumantes de son foyer, traversant une forêt effrayante et croisant des jouets immenses…

L’idée de confier la chorégraphie à trois artistes différents – Arthur Pita, Edouard Lock et Sibi Larbi Cherkaoui – était peut-être intéressante sur le papier, mais peine malheureusement à convaincre sur scène. J’ai eu l’impression d’un réel décalage d’un chorégraphe à l’autre, l’univers de chacun peinant franchement à s’imbriquer à celui des deux autres, donnant le sentiment d’une superposition de scènes plutôt que d’une histoire d’un seul tenant.
La première partie, signée Arthur Pita, était drôle et enlevée, mais s’apparentait plus à du théâtre dansé qu’à de la danse à mes yeux (mais je suis assez classique dans mes goûts).
Les tableaux chorégraphiés par Sidi Larbi Cherkaoui sont sublimes de grâce et d’intelligence. Les deux pas de deux sont superbes, portés par deux interprètes – Marion Barbeau et Stéphane Bullion – sublimés par ce nouveau décor et cette réécriture. De même, la valse des fleurs était plutôt bien trouvée, quoique peut-être un peu lourde de symbolisme. La valse des flocons était, pour ce que j’en ai vu – j’y reviendrai – intéressante mais avec un petit côté stalinien.
En revanche, je suis passée complètement à côté du travail d’Edouard Lock. Mais vraiment. Des gestes saccadés répétés à grande vitesse – excellence technique, certes, mais j’avais l’impression d’être dans La nuit des morts-vivants – des passages parfois très lents ou incompréhensibles, des décors parfois grotesques… Si je n’avais pas lu le livret, je n’aurais rien compris. Le pire, à mes yeux, était le divertissement, avec l’enchaînement de danses “de caractère” (espagnole, arabe, russe, etc.) : entre jouets soviétiques géants (et franchement flippants) et lenteur exacerbée sur des passages pourtant enjoués, je me suis emmerdée comme un rat mort.
Là encore, Dmitri Tcherniakov, le metteur en scène de Iolanta et librettiste de ce Casse-Noisette revisité, cherche à explorer la psyché féminine en surjouant l’hystérie, mais c’est quand même beaucoup moins réussi. Une fois n’est pas coutume, on est parties dès le tomber du rideau.

Une dernière chose qui a contribué à rendre cette soirée un peu amère : le public, qui fut une de mes pires expériences à l’opéra de Paris. Outre les gens arrivés en retard qui sont quand même entrés (normalement, c’est impossible, mais c’était peut-être dû au fait que nous étions tout en haut, à l’amphithéâtre), nous avons dû endurer une femme qui ne cessait de parler et qu’il a fallu faire taire à de multiples reprises et, cerise sur le gâteau, au rang derrière moi, une vieille qui a dégainé son appareil photo pendant la valse de flocons et… pris des clichés. Au flash (d’où ma distraction, hein). Je suis partagée entre la profonde colère contre ces gens qui ne respectent ni l’oeuvre, ni les artistes, ni leurs co-spectateurs, et l’ébahissement le plus absolu.

Iolanta/Casse-Noisette, jusqu’au 1er avril, opéra Garnier

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Récital Diana Damrau à l’opéra Garnier

Diana Damrau est une soprano allemande nommée “Singer of the year” en 2008 et “Best female singer” en 2014. A titre personnel, je l’ai découverte dans une vidéo où elle interprétait la Reine de la Nuit dans La flûte enchantée. J’ai eu la chance de l’entendre en récital il y a trois ans – spectacle auquel j’avais traîné Monsieur, qui avait reconnu que c’était beau mais que, quand même, “Le public parisien est à chier”.
Cette année, quand nous avons vu que l’artiste revenait pour un récital à Paris, Leen et moi avons décidé d’inclure ce spectacle à notre abonnement.


Le programme réunit Diana Damrau et le pianiste autrichien Helmut Deutsch autour d’airs célébrant le printemps et l’amour. On retrouve donc Schubert, Liszt, Richard Strauss et Rachmaninov pour des chansons en allemand, italien et russe.
C’est très beau. Diana Damrau a une maîtrise parfaite de sa voix, les notes sont justes, tombent pile, durent exactement ce qu’il faut… On pourrait croire à me lire que c’est calibré, mais l’artiste vit réellement ce qu’elle interprète et donne une intensité incroyable à ces airs. En outre, on sent une profonde communion avec Helmut Deutsch, et tous deux témoignent d’une grande complicité sur scène et s’exaltent l’un l’autre.
Un bémol néanmoins : pour l’italien comme pour le russe, les premiers vers étaient fortement teintés d’accent allemand – accent qui disparaît rapidement mais fut tout de même très audible.

Le public ne s’y est pourtant pas trompé en réclamant – et obtenant – quatre rappels différents. C’était une belle soirée qui nous a transportés.

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Werther

Au 18ème siècle, en Allemagne, le jeune Werther tombe amoureux de Charlotte, fille du Bailli d’une petite ville, après l’avoir observée s’occuper de ses frères et soeurs comme “une petite maman”. Il lui déclare sa flamme, mais cette dernière lui apprend qu’elle est fiancée à Albert. Werther l’enjoint de respecter son engagement, non sans jurer qu’il en mourra…


Adapté de l’oeuvre de Goethe, cet opéra en français est de facture “moderne” si j’ose dire : une fois encore, les grandes arias ont disparu et les personnages font avancer l’intrigue à mesure qu’ils chantent. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de morceau de bravoure !
La mise en scène, élégante et dépouillée, met l’accent sur le côté intime du drame plus que sur son aspect romantique échevelé. Les décors évoquent les saisons qui passent par un détail (la verdure sur un mur, les feuilles mortes), tout en mettant les solistes au cœur de l’action.
Une petite critique cependant : la fontaine qui coule pendant la première demi-heure m’a beaucoup distraite (et a rappelé ma vessie à mon attention).

Les interprètes sont d’ailleurs remarquables : c’est la première fois que j’entends un triomphe pareil à l’opéra de Paris. Piotr Beczala nous offre un Werther tout en nuance et en puissance, auquel répond sans rougir Elina Garanca – leurs duos donnaient des frissons.
Les seconds rôles n’étaient pas en reste, avec une Sophie qui semblait virevolter d’une note à l’autre sans effort apparent, et un Albert tout en retenue, incarnation de la droiture morale.
Enfin, le chœur d’enfants et l’orchestre étaient à la hauteur du reste, quasi-angélique pour l’un, sonore pour l’autre.

Vous l’aurez compris, j’ai passé un excellent moment, et je vous encourage, si vous le pouvez, à aller assister à ce spectacle !

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