La Clémence de Titus

En une journée, l’empereur Titus doit renoncer à épouser Bérénice, affronter complots et tentatives d’assassinat, avant de s’interroger sur la nécessité de la clémence. L’opéra déroule également deux histoires d’amour en parallèle, l’une vouée à l’échec, entre Vitellia, dévorée de jalousie et de rancœur à l’égard de l’empereur, et Sextus, ami et confident de ce dernier, et entre Servilia, sœur de Sextus, et Annius.


Ecouter Mozart, c’est toujours un plaisir. Après m’être un peu renseignée sur les conditions de création de l’oeuvre (six semaines de composition alors que l’artiste avait d’autres projets en parallèle), je comprends mieux pourquoi les récitatifs sont aussi nombreux. Toutefois, de très belles arias viennent ponctuer cet opéra seria, et j’ai beaucoup aimé.

Les interprètes sont très bons, mais nous y allions en priorité pour une chanteuse : Stéphanie d’Oustrac, entendue dans Les contes d’Hoffmann, et dont le talent nous avait soufflées. Cette fois-ci, elle prête sa voix au personnage de Sextus/Sesto, normalement interprété par un castrat. C’était merveilleux. Son interprétation reflète bien les tourments de ce jeune amoureux transi, pris entre une femme qu’il adore et qui le manipule, et un empereur dont il est l’ami et qui fait obstacle à ses amours.
Ramon Vargas en Titus incarne également bien son personnage, coincé entre son désir de clémence et d’humanité et la nécessité de faire respecter sa loi, tandis qu’il est confronté à la trahison de toutes parts. Nous l’avions également entendu dans Les contes d’Hoffmann, et je l’ai trouvé plus à l’aise dans ce registre, notamment pour la prononciation. Dans le deuxième acte, les modulations qu’il a offertes étaient vraiment belles.
Le reste de la distribution était à la hauteur, qu’il s’agisse des rôles “secondaires” comme des chœurs.

La mise en scène m’a paru un peu lourde de symboles, même si j’ai bien aimé le buste de Titus émergeant du marbre à mesure que le destin s’accomplit et le force à endosser sa fonction d’empereur. Les toiles peintes, qui résumaient une partie de l’intrigue tout en permettant de séparer la scène étaient une bonne trouvaille, et les costumes faisaient le lien entre Antiquité, 18ème siècle et époque actuelle.

Au final, j’ai passé un très bon moment, avec de grandes voix et de la belle musique. Bien entendu, le fait d’avoir un Paprika encore noctambule n’a pas beaucoup aidé ma concentration, et j’ai un peu piqué du nez pendant le deuxième acte, mais je suis ravie d’avoir pu découvrir un autre opéra que La flûte enchantée.

 

La clémence de Titus, Opéra Garnier, jusqu’au 25 décembre 2017

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Don Carlos

France et Espagne de la Renaissance. La princesse Elisabeth de Valois et son fiancé, l’infant d’Espagne Don Carlos, sont amoureux l’un de l’autre. Malheureusement, cet amour est voué à ne pas se concrétiser car le père de Don Carlos, le roi Philippe II, décide d’épouser lui-même Elisabeth. Les amants sont séparés par la raison d’Etat, mais aussi par le nouveau statut de “mère” de la nouvelle reine, tandis qu’en sous-main, la révolte des Flamands et les manœuvres de l’Inquisition menacent le trône…


J’ai raté Pelléas et Mélisande, qui devait ouvrir notre saison d’opéra, pour cause d’accouchement. Du coup, c’est par cette version française d’un opéra de Verdi (les deux livrets, français et italien, ont toujours existé) que j’ai entamé les réjouissances. Et pour être honnête, ça valait la peine d’attendre !

Le cast était impressionnant, alignant les grandes voix que nous avions déjà eu l’occasion d’entendre (ou presque). D’abord Jonas Kaufmann dans le rôle-titre, enfin remis de ses maux de gorge qui lui avaient fait annuler la plupart de ses spectacles la saison dernière, et qui livre une interprétation tourmentée et passionnée. Sonya Yoncheva, qui joue Elisabeth de Valois, et que j’adore depuis Iolanta. Là encore, une grande finesse d’interprétation et une diction quasi parfaite, encore, encore !
Ce couple est encadré de deux autres personnages d’importance, la princesse Eboli, chantée par Elina Garanca, à laquelle je reprocherai seulement une prononciation difficile du français (sans le surtitrage, difficile de comprendre ce qu’elle dit), mais qui compense par des notes magnifiques et une présence incroyable. Et enfin, Rodrigue, interprété par Ludovic Tézier avec sensibilité et nuance, et qui fut ovationné par la salle (après, c’est le régional de l’étape et un grand favori du public parisien).

Philippe Jordan dirigeait l’orchestre, comme toujours avec brio. J’ignore si c’est dû à l’emploi de la langue française, au fait que nous étions au fond du premier balcon (donc avec un son plus “mat”) ou simplement à la direction, mais cette oeuvre m’a paru moins “pompière” que d’autres opéras de Verdi (au hasard, Aïda). Bien sûr, il y a de grandes envolées, bien sûr, la phrase musicale principale reste en tête indéfiniment, mais quand même.
La mise en scène, signée Krzysztof Warlikowski, transpose l’action de la Renaissance à une Espagne vraisemblablement franquiste. Le décor est minimaliste, mais avec de belles trouvailles, notamment lors de la scène du couronnement et celle de la chanson des dames de compagnie de la reine (j’ai adoré la transposition dans une salle d’arme avec les suivantes habillées en escrimeuses, soulignant la nature particulièrement affirmée de la princesse Eboli). Le tout était agrémenté de projections de visages (l’infant, le roi, Elisabeth…) ou d’effets de “vieille pellicule”, assez douloureux pour les yeux, surtout quand on n’a pas assez dormi. Après, j’avoue ne pas avoir compris la présence du faux cheval pendant les deux premiers actes, et avoir été un peu rebutée par la projection du visage de l’hérétique, mi-Nabuchodonosor, mi-Raspoutine.

Au final, j’ai adoré cet opéra, et pas seulement parce que c’était un retour à ma vie culturelle. J’ai passé un excellent moment, malgré un surtitrage parfois défaillant et des voisines sans-gêne. En revanche, 4h40 de spectacle alors que le Paprika n’a pas encore un mois et ne fait pas ses nuits, c’était un peu optimiste !

Don Carlos, Opéra national de Paris, jusqu’au 11 novembre 2017.

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Eugène Onéguine

Dans la Russie du début du 19ème siècle, les soeurs Larina vivent en bonne intelligence avec leur mère. Si Olga est vive et enjouée, fiancée au poète Lenski depuis toujours, Tatiana est rêveuse, toujours absorbée dans ses romans et ne se mêle guère aux autres. Le jour où Lenski présente son ami Eugène Onéguine à la famille Larina, Tatiana en tombe amoureuse, et décide de lui écrire une lettre…


C’est un opéra très connu du répertoire russe, composé par Tchaïkovski, que nous sommes allées voir cette fois-ci. Même si je n’ai pas lu le roman (tort que je vais certainement réparer d’ici peu), j’avais vu le film adapté de celui-ci, avec Liv Tyler dans le rôle de Tatiana (si). Je savais donc, pour une fois, où je mettais les pieds, à savoir dans un grand classique du romantisme.

Tout d’abord, il faut tirer un grand coup de chapeau à Nicole Car, chanteuse australienne (en russe, c’est rare), qui remplaçait presque au pied levé Sonya Yoncheva que nous avions d’abord prévu d’applaudir. Cette dernière a en effet annoncé il y a quelques mois à peine qu’elle abandonnait le rôle parce qu’il ne lui correspond plus. Nicole Car a une présence scénique indéniable, une voix remarquable et supporte la comparaison sans rougir.
Elle est également aidée d’un excellent cast réuni autour d’elle. Les interprètes de Lenski, Pavel Cernok, et Onéguine, Peter Mattei, notamment, m’ont beaucoup marquée, en particulier dans la scène du duel. Le prince Grémine, interprété par Alexander Tsymbalyuk – déjà vu dans Iolanta l’an dernier – était lui aussi à la hauteur de son rôle. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, en ovationnant les chanteurs pendant et après le spectacle (à ce point ce n’est pas fréquent).

Enfin, car le cas est assez rare pour être souligné, c’est la première fois que j’assiste à un opéra russe avec autant de non russophones. Je m’explique : en général, tous les grands rôles sont tenus par des chanteurs russes ou ukrainiens, parfois soutenus par des interprètes issus de pays de l’ancien bloc de l’Est. Cette fois-ci, outre une soprano australienne, il y avait une Allemande, un Suédois, une Arménienne, un Argentin et un Tchèque. D’après des amis russophones, on entendait leur accent, mais ce n’était pas gênant.

La mise en scène était un peu étrange, surtout en ce qui concerne le découpage : au lieu de s’arrêter à la fin du premier ou du deuxième acte, l’action est interrompue juste avant le paroxysme du deuxième acte – le duel – ce qui permet un changement de décor. Si celui-ci reste physiquement le même (une sorte de territoire vallonné et strié de différentes nuances), il passe de la couleur au noir et blanc, registre qu’il conservera jusqu’au bout. La transition symbolique est évidente, de l’insouciance à la gravité, de l’enfance à l’âge adulte.

C’était donc encore une superbe représentation, une belle façon de clore une saison 2016-2017 riche en émerveillements et en émotions, en attendant le début de la suivante. J’ai certes très envie d’aller voir La Cenerentola en juin-juillet, mais pas sûr que je trouve le temps pour ce faire.

Eugène Onéguine, Opéra Bastille, jusqu’au 14 juin 2017

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Samson et Dalila

En Palestine, les Israélites sont réduits en esclavage par les Philistins, mais cherchent à se libérer de ce joug. Samson, l’un des guerriers israélites, mène un soulèvement qui s’avère dangereux pour leurs oppresseurs. Ces derniers se tournent alors vers Dalila, qui fut autrefois l’amante de Samson, pour apprendre le secret du héros et le réduire à l’impuissance…

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Tout le monde connaît l’histoire de Samson et Dalila, donc inutile que je continue de poursuivre le résumé. Cet opéra de Camille Saint-Saëns effectue son grand retour à l’Opéra de Paris après vingt-cinq ans d’absence. Je n’y connais rien à l’oeuvre du compositeur (c’est un peu un leitmotiv de la saison cette année, j’y vais le nez au vent), mais le propos semblait intéressant et Leen était très enthousiasmée par la voix de la mezzo qui interprète Dalila.

Allez, pas de suspense : c’est très beau. La musique est magnifique et très bien dirigée par Philippe Jordan qui confesse, dans le programme, son coup de foudre pour le compositeur et sa capacité à synthétiser différentes influences. Et force est de constater le génie de Saint-Saëns, qui charme, raconte, suscite toute une palette d’émotions qui m’ont transportées.

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Anita Rachvelishvili dans le rôle de Dalila est superbe. Outre que c’est agréable d’entendre une mezzo dans un rôle principal, il faut surtout souligner sa voix tour à tour puissante, légère ou vive, capable d’accents enjôleurs comme de la froideur la plus cruelle. Face à elle, Aleksandr Antonenko a été plus lent à démarrer : moyennement convaincant dans le premier acte – sa voix ne semblait pas assez “chauffée” – il gagne en peu à peu en puissance, jusqu’à exploser dans la magnifique lamentation qui ouvre le troisième acte.
Les seconds rôles, en particulier Nicolas Cavallier dans le rôle du vieillard hébreu, ne sont pas en reste. Si Egils Silins – déjà vu dans La Walkyrie – était parfois un peu couvert par l’orchestre, on sent toutefois qu’il s’amuse dans ce rôle de méchant cruel et calculateur. Enfin, les chœurs étaient fantastiques. Depuis quelques années, j’ai l’impression que leur niveau a beaucoup augmenté (ou alors j’y prête davantage attention), et cette fois encore, c’était à la hauteur. Les chœurs sont essentiels à cette oeuvre et ont grandement contribué à faire de ce spectacle une réussite.

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Un bémol néanmoins : la mise en scène. Le principe de Damiano Michieletto était de défaire les personnages de leur appartenance religieuse pour se concentrer sur l’humain, ce qui est sans doute une bonne idée. Toutefois, il aurait peut-être fallu ne pas souligner à gros traits l’aspect totalitaire et fascisant des Philistins et, en particulier, nous épargner l’horrible scène de pogrom du premier acte. Celle-ci m’a mise tellement mal à l’aise que j’en ai pleuré, et me suis demandé si j’allais devoir sortir avant la fin. J’ai trouvé ce genre de symbolisme lourd et inutile. Les second et troisième actes étaient meilleurs, mais cette représentation a gardé un goût amer tout du long.

Samson et Dalila, Opéra Bastille, jusqu’au 5 novembre

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Eliogabalo

A Rome, l’empereur Eliogabalo suscite l’indignation par son comportement : il cherche à séduire toutes les femmes, avec ou sans leur consentement, se comporte de façon excentrique et indigne. Tentant d’assouvir ses désirs au mépris des conventions sociales et politiques, l’empereur se met peu à peu la cour et le peuple à dos, tandis que la révolte gronde…

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Voilà, à très gros traits, la trame de cet opéra, qui met aussi en scène deux couples d’amoureux contrariés, une nourrice retorse, un sous-fifre affreux et une jeune fille innocente, dans la plus pure tradition de l’opéra baroque italien. Cavalli a créé cet opéra pour le carnaval vénitien, mais l’oeuvre ne fut jamais montée de son vivant. Vite tombée dans l’oubli, elle ne fut ressuscitée qu’en… 1999 ! C’est cette année son entrée au répertoire de l’Opéra national de Paris.

Par où commencer ? Peut-être par le plus évident : la musique. Dès les premières notes, exécutées avec brio par l’orchestre Cappella Mediterranea, on retrouve tous ces motifs propres au 17ème siècle, ces envolées que ne peuvent évoquer que les instruments anciens. Tout de suite, j’ai eu l’impression d’entendre la parfaite synthèse entre Monteverdi et Lully, sentiment qui ne s’est pas démenti un seul instant.
Les chanteurs interprètent leurs personnages avec une force et une conviction poignantes. A ma grande surprise, deux rôles masculins d’importance – Eliogabalo et Giuliano – étaient interprétés par des haute-contre. Non que le recours à ce genre de voix soit rare, mais deux dans une seule oeuvre, je ne crois pas en avoir déjà entendu. Je pourrais englober l’intégralité de la distribution dans mes louanges tellement j’ai été transportée dans cet opéra – alors qu’en arrivant, je me suis quand même dit : “3h40, ça va être long”.

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Mais au-delà de l’interprétation, il faut souligner l’importance du travail de Thomas Jolly, le metteur en scène, dont c’étaient les premiers pas à l’opéra. En fouillant dans ce qu’il qualifie de “légende noire” du personnage – historique – d’Héliogabale, il nous livre une vision toute en nuances de ce personnage et du propos de l’oeuvre. Car au final, c’est un opéra qui pose beaucoup de questions sur le genre, l’identité, sur ce qui définit un personnage comme “efféminé” ou pas, sur le chaos ou l’ordre…
La mise en scène est d’une grande intelligence et d’une grande modernité, autour d’un élément de décor toujours en mouvement, symbolisant les différents lieux de l’histoire. J’ai adoré également les “effets spéciaux” comme le bain d’or (je n’ai toujours pas compris comment c’était possible) ou le vol de chouettes. Le jeu de lumières, créé par Antoine Travert, suggère d’un simple rayon une salle à colonnes, un emprisonnement mental, un soir de fête… ces lumières, partie intégrante de la pièce, ont été une véritable révélation pour moi.

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Les costumes de Gareth Pugh ne sont pas non plus en reste tant ils soulignent l’extravagance et la décadence du personnage d’Eliogabalo et de ses comparses. A l’inverse, le dépouillement de personnages “droits” comme Alessandro et Gemmira n’exclut par forcément le gore ou la déviance.
Au final, c’est un spectacle entier, une relecture hyper moderne d’une pièce dont le propos, semble-t-il, est plus d’actualité que jamais, et dont la musique et les interprètes m’ont transportée. 3h40, certes, mais qu’on ne voit pas passer et dont on ressort à la fois léger de tant de beauté et grave de toutes ces réflexions.

Eliogabalo, Palais Garnier, jusqu’au 15 octobre

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L’American Ballet Theatre à l’Opéra de Paris

Cette année, pour la reprise de la saison, nous avions décidé d’innover sur deux points : d’abord en ouvrant 2016-2017 par un ballet (nous n’allons en voir qu’un ou deux par an), lequel était en outre interprété par une compagnie invitée, l’American Ballet Theatre. Cette compagnie de danse américaine est très réputée et ne s’était pas produite en France depuis longtemps.
Au programme, un ballet très classique à l’histoire forcément connue : La Belle au bois dormant.

belle au bois dormant

Sur une musique de Tchaïkovski, le chorégraphe Alexei Ratmansky a décidé de revenir au plus près de la chorégraphie et de la mise en scène de Marius Petipa, à l’origine de La Belle au Bois dormant. Les costumes et décors sont, quant à eux, très inspirés de ceux créés par Léon Bakst en 1921.

Le résultat est superbe à tous points de vue. La musique est belle et, pour ceux qui ont visionné le classique de Disney dans leur enfance, a un air de déjà entendu (il est évident que des phrases musicales ont été “prélevées” dans l’oeuvre pour accompagner le dessin animé). Les décors sont magnifiques et les costumes à couper le souffle, avec une forte inspiration de la France de Louis XIV (le roi s’appelle Florestan XIV), en hommage à Charles Perrault.
L’interprétation, enfin, est parfaitement maîtrisée. Isabella Boylston en Aurore est à la fois touchante et joueuse, appuyée par une technique époustouflante. Josef Gorak en prince n’est pas en reste, avec quelques solos magnifiques. Le reste de la compagnie a été à la hauteur de l’enjeu, chacun évoluant avec grâce, légèreté et maîtrise malgré parfois une foule nombreuse sur scène, qui aurait pu donner une impression d’écrasement. Mention spéciale à Marcelo Gomes en Carabosse et à Jeffrey Cirio en Oiseau Bleu, mes deux coups de cœur de la soirée.
Mon seul regret : ne pas avoir vu danser Misty Copeland dont j’entends parler depuis des années.

Si vous aimez la danse classique dans ce qu’elle a de plus traditionnel et flamboyant, de coloré et de joyeux, courez-y, vous ne serez pas déçus.

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Les maîtres chanteurs de Nuremberg

Vendredi dernier, Leen et moi avons pris notre courage à deux mains et sommes allées assister au plus long opéra de notre (jeune) vie : Les maîtres chanteurs de Nuremberg, de Wagner.

A Nuremberg, les maîtres chanteurs – pour la plupart des artisans passés maîtres dans l’art de composer des poésies chantées – sont sur le point d’élire le grand vainqueur de leur concours annuel, qui se tient à la Saint-Jean. Cette année, en outre, maître Pogner offrira la main de sa fille, Eva, ainsi que tous ses biens au gagnant, souhaitant en fait privilégier Beckmesser, car Hans Sachs, le meilleur d’entre eux, ne participera pas.
Mais la jeune fille ne l’entend pas de cette oreille (ah, ah) : amoureuse du chevalier Werther, elle ourdit un plan pour épouser celui-ci. L’amant décide alors de réclamer l’aide de Sachs pour remporter le concours, et gagner ainsi la main de sa bien-aimée.

J’ignorais que Wagner avait composé des opéras aux tonalités comiques et qui se finissent bien, aussi ai-je été ravie par cette (longue) histoire à tiroirs. Les situations sont drôles, touchantes, parfois poignantes et justes…

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La direction musicale de Philippe Jordan est pour ainsi dire sans faille : j’avais entendu dire qu’il avait “dénazifié” l’oeuvre et, en effet, dès le programme il explique ses choix de jouer conformément à la partition et non à la tradition, de rendre les subtilités prévues par Wagner, insistant sur la nécessité pour la mélodie d’accompagner le chant, et non l’inverse. A aucun moment on n’a l’impression d’être dans une musique va-t-en-guerre et pompeuse.
Les interprètes sont excellents, avec une mention spéciale à Michael Kupfer-Radecky, qui a remplacé au pied levé Gerald Finley, souffrant, dans le rôle principal. Un vrai morceau de bravoure mais, à en juger par la réaction de tous, dans le public comme parmi les artistes, une franche réussite. Les autres chanteurs ne sont pas en reste, et offrent de beaux moments de comédie ou de tragédie – sans compter les chœurs, dont la direction est véritablement sans faille, et qui parviennent à s’insérer harmonieusement sur scène et dans la mélodie, malgré leur nombre (120 !). Bo Skovhus parvient à humaniser Beckmesser, le grand méchant ridicule, et tous dénotent un talent certain pour le théâtre.

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La mise en scène est drôle et inventive : cette histoire semble se dérouler dans des recoins de la maison de Hans Sachs, et les personnages s’animent comme de minuscules fées vivant dans les meubles. Ce tour de passe-passe (servi aussi par de superbes décors, costumes et lumières) permet même de digérer les cinq dernières minutes de nationalisme puant (n’oublions pas que Wagner est un homme du 19è siècle), en en faisant une espèce d’envolée lyrique d’un homme qui serait grisé de sa propre importance (et les réduisant, donc, à de vulgaires élucubrations).
Cet opéra me confirme que je suis wagnérienne dans l’âme, ce qui me surprend encore, je l’avoue. Je n’ai pas vu passer le temps, j’ai passé un moment inoubliable, et je pense que j’essaierai de découvrir d’autres oeuvres  du compositeur prochainement.

Les maîtres chanteurs de Nuremberg, Opéra Bastille (photos empruntées à la page Facebook de l’Opéra)

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Récital Diana Damrau à l’opéra Garnier

Diana Damrau est une soprano allemande nommée “Singer of the year” en 2008 et “Best female singer” en 2014. A titre personnel, je l’ai découverte dans une vidéo où elle interprétait la Reine de la Nuit dans La flûte enchantée. J’ai eu la chance de l’entendre en récital il y a trois ans – spectacle auquel j’avais traîné Monsieur, qui avait reconnu que c’était beau mais que, quand même, “Le public parisien est à chier”.
Cette année, quand nous avons vu que l’artiste revenait pour un récital à Paris, Leen et moi avons décidé d’inclure ce spectacle à notre abonnement.


Le programme réunit Diana Damrau et le pianiste autrichien Helmut Deutsch autour d’airs célébrant le printemps et l’amour. On retrouve donc Schubert, Liszt, Richard Strauss et Rachmaninov pour des chansons en allemand, italien et russe.
C’est très beau. Diana Damrau a une maîtrise parfaite de sa voix, les notes sont justes, tombent pile, durent exactement ce qu’il faut… On pourrait croire à me lire que c’est calibré, mais l’artiste vit réellement ce qu’elle interprète et donne une intensité incroyable à ces airs. En outre, on sent une profonde communion avec Helmut Deutsch, et tous deux témoignent d’une grande complicité sur scène et s’exaltent l’un l’autre.
Un bémol néanmoins : pour l’italien comme pour le russe, les premiers vers étaient fortement teintés d’accent allemand – accent qui disparaît rapidement mais fut tout de même très audible.

Le public ne s’y est pourtant pas trompé en réclamant – et obtenant – quatre rappels différents. C’était une belle soirée qui nous a transportés.

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Saison 2016-2017 à l’Opéra de Paris : mes envies

Hier matin avait lieu la traditionnelle conférence de presse pour annoncer le contenu de la prochaine saison à l’Opéra de Paris et, comme je suis un peu monomaniaque, j’ai décidé de la suivre sur Twitter. Bon, au bout d’une petite demi-heure, j’ai découvert que l’intégralité du programme avait été éventé la veille sur un forum dédié à l’opéra, si bien que j’ai pu aller un peu plus vite que la musique (aha), mais c’était une expérience marrante, d’autant que j’échangeais en même temps avec Leen, ma co-opéra.

Opéra 16-17

Ceci est bel et bien l’affiche de la nouvelle saison…

Quoi qu’il en soit, après diverses exclamations extatiques de part et d’autre du téléphone et des blagues fumeuses sur le brushing de Roberto Alagna (oui, j’avoue), voici ma wishlist-de-la-mort, en attendant la confrontation avec la réalité (et la carte bleue).

Opéra

  • Eliogabalo, de Francesco Cavalli. Un opéra baroque du 17ème siècle sur le travestissement jamais monté en France. Ce n’est même pas négociable, j’y vais.
  • Samson et Dalila, de Camille Saint-Saëns. Je ne connais quasiment rien à son oeuvre (Le carnaval des animaux beaucoup plus depuis quelques mois, bizarrement) mais j’ai très envie de découvrir, et Leen fait des bonds de cabri depuis qu’elle a écouté les différentes voix du cast.
  • Lohengrin, de Richard Wagner. Il y a deux ans, je n’avais jamais rien entendu de ce compositeur à part la “Chevauchée des walkyries”, aujourd’hui j’estime que son oeuvre est incontournable (la preuve, on va écouter Les maîtres chanteurs de Nuremberg en mars). Du coup, je pense qu’on va y aller.
  • Les fêtes d’Hébé, de Jean-Philippe Rameau. Opéra baroque. Voilà qui me suffit, surtout si le cast et la mise en scène sont à la hauteur du génial Platée vu à la rentrée.
  • La fille de neige, de Rimski-Korsakov. D’après le metteur en scène “ce n’est pas un opéra pour les enfants, c’est très sensuel” (comprendre : “C’est pas Frozen“). Moi, ça me tente bien, neige, feu, sensualité…
  • Eugène Onéguine, de Tchaïkovski. J’aime beaucoup cette histoire, et puis j’ai envie de fêter comme il se doit le retour de l’opéra russe à l’ONP après deux ans d’absence.
  • Trompe-la-Mort, de Luca Francesconi. Oeuvre de commande en français, inspirée du roman de Balzac, et dont ce sera la création mondiale. Je reconnais que ça titille ma curiosité.
  • Cavalleria rusticana (de Pietro Mascagni) / Sancta Susanna (de Paul Hindemith). Je ne connais aucune de ces deux œuvres, mais j’aime l’idée qu’elles soient présentées ensemble avec, comme fil rouge, le destin tragique de deux femmes.

Ballet

  • Sleeping Beauty, par l’American Ballet Theatre. J’ai vu quelques images, ça a l’air sublime, et suffisamment classique pour que j’accroche.
  • Le lac des cygnes. Oui, bon, je sais, c’est ultra-classique. Mais c’est une oeuvre majeure du ballet de l’Opéra de Paris et je ne l’ai vue qu’une fois à la télé il y a 25 ans.
  • Le songe d’une nuit d’été, de George Balanchine. Un clin d’oeil à notre mariage, dont c’était le thème 🙂

Autres

  • Deux récitals me font de l’oeil : ceux de Ludovic Tézier et de Juan Diego Flores (que j’envisage d’aller voir au château de Versailles cet été, alors du coup…).
  • Béatrice et Benedict, d’Hector Berlioz, en version de concert. Eventuellement, s’il me reste des sous et du temps. Hum, pas sûr.

Y a-t-il des amateurs d’opéra / ballet parmi vous ? Sur quoi se porteraient vos choix ?

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La damnation de Faust

Adapté du roman de Goethe, cet opéra de Berlioz narre les aventures du Docteur Faust qui, ayant perdu goût à la vie, se voit tenté par Mephistophélès : d’abord par les plaisirs de la vie comme la boisson, puis par l’amour parfait incarné par Marguerite. A l’origine réticent, le héros finit par céder, mais abandonne sa conquête, laquelle se trouve ensuite condamnée à mort car elle a empoisonné sa mère par accident. Cherchant à la racheter, Faust signe un pacte avec Mephisto et se trouve précipité aux enfers, tandis que Marguerite est accueillie au Paradis.


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Les artistes qui interviennent dans le spectacle sont tous remarquables. Depuis les choeurs et l’orchestre en passant par les différents solistes – mention spéciale à Bryn Terfel, excellent en Mephisto – on est ravi du début à la fin, tant par la netteté des voix que par la sensibilité qui imprime toute l’oeuvre. La musique est belle, parfois très connue (mais si, dans La grande vadrouille, quand Louis de Funès s’exclame “Je ne veux que Berlioz et moi”), et s’écoute avec beaucoup de plaisir.
Après, on peut reprocher à l’oeuvre d’être un peu décousue, alternant longs passages instrumentaux et dialogues chantés, mais cela reste un monument de la musique que je suis ravie d’avoir pu découvrir.

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Toutefois, la mise en scène… Le postulat de départ est : qui est le Faust de notre temps ? Le choix s’est porté, à tort ou à raison, sur Stephen Hawking (personnellement, je ne suis pas convaincue), si bien qu’un “double” du scientifique accompagne l’interprète de Faust en fauteuil roulant pendant tout le spectacle. En outre, l’action est déplacée à la veille du départ de la mission Mars One (prévu en 2025), même si j’avoue ne pas avoir trop compris pourquoi.
Enfin, tout le spectacle est rythmé par des intermèdes dansés. L’idée est bonne et s’inscrit, au moins en partie, dans la narration originale de l’oeuvre, mais là, cela ne m’a ni parlé ni touchée.
En fait, toute la mise en scène m’a paru profondément pédante et creuse. A force de vouloir rajouter des références, des messages et des interprétations, le sens de l’oeuvre se perd, et le décalage est tel qu’on ne peut être touché un seul instant par les simagrées qui se déroulent sur scène. Voilà qui est très dommage car, si l’oeuvre se prête très certainement à des réécritures contemporaines, celle-ci est juste incompréhensible.

La damnation de Faust, Berlioz, jusqu’au 29 décembre à l’Opéra Bastille

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