Phaéton

Voici l’histoire de Phaéton, valeureux conducteur du char du Soleil, qui domine la voûte céleste de ses courses chaque jour renaissantes. Mais la Gloire, l’Honneur, l’Amour, portés à l’excès, feront chuter ce jeune Dieu… Destin foudroyé, mise en garde pour Louis XIV ?


Cet opéra tient une place toute particulière : c’est le premier CD de musique baroque que je me suis offert il y a bientôt vingt ans (avec entre autres Paul Agnew, Laurent Naouri et Marc Minkowski dans une chemise atroce). Je l’ai beaucoup écouté, je connais certains airs par cœur. Aussi, quand j’ai vu qu’il était programmé au château de Versailles cette saison, j’ai été ravie. Mais… j’ai complètement oublié de réserver (et puis Versailles c’est loin, et encore plus avec les grèves). Fort heureusement pour moi, ma marraine la bonne fée mon père m’a offert une place pour mon anniversaire.

Premier changement par rapport à l’enregistrement que j’ai écouté en boucle : la direction musicale est plus “ronde”, les attaques m’ont semblé plus douces. Deuxième (gros) changement : les chanteurs utilisent la prononciation restituée ! Ca consiste à parler comme au XVIIème siècle, c’est-à-dire en prononçant les “oi” à la québécoise (“oué”), en faisant chanter les “an” et “ain”, et en prononçant beaucoup de “s” finaux ainsi que le “r” de l’infinitif. Autant dire que ça décoiffe, et que clairement ça en a dérangé certains. J’ai mis une bonne vingtaine de minutes à m’habituer, mais c’est vrai que ça demande un petit effort d’adaptation. (Pour avoir une idée de ce que ça donne, vous pouvez cliquer ici.)

Et pour le reste ? La direction musicale est impeccable, mais on n’en attend pas moins de Vincent Dumestre, fondateur du Poëme Harmonique, et dont j’admire le travail. J’ai beaucoup aimé Mathias Vidal dans le rôle-titre, qui après un début en demi-teinte, sans doute lié à l’ambiguïté du personnage, déploie son talent dans la deuxième partie du spectacle. Le reste du cast, moitié français, moitié russe (le spectacle est co-produit avec l’opéra de Perm), est à la hauteur, avec une mention spéciale pour Eva Zaïcik (Libye), Victoire Bunel (Théone), Lisandro Abadie (Epaphus – entre autres) et Viktor Shapovalov (Protée).

La mise en scène, en revanche, est peut-être le point qui m’a moins convaincue. Si j’ai apprécié le recours aux mouvements des bras propres à la danse baroque, certains passages m’ont paru très figés (non sans rappeler Le couronnement de Poppée vu il y a quelques années). Les projections vidéos, tendance super 8 et images d’archive, avaient quelque chose d’amusant (avec une petit pique à notre Jupiter national), mais m’ont parfois semblé hors de propos. La meilleure utilisation fut pour illustrer les différentes métamorphoses de Protée – là, le procédé était à la fois pertinent et saisissant.
Après, il faut reconnaître que le “souci” de la tragédie lyrique à la française, ce sont les longs intermèdes musicaux originellement dévolus à la danse et qu’il n’est pas toujours facile de meubler. Et si la façon de les traiter m’a parfois déçue, ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde.

Quoi qu’il en soit, c’était un spectacle qui en valait la peine et que je recommande.

Phaéton, Lully, Opéra royal de Versailles, jusqu’au 2 juin 2018

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La Cenerentola

La Cenerentola, c’est en fait Cendrillon, dont nous connaissons tous l’histoire. Angelina, dite Cenerentola, est martyrisée par ses demi-soeurs, Clorinde et Tisbé, et son beau-père, et passe ses journées à faire toutes les corvées pendant que les trois autres vivent au-dessus de leurs moyens. Un jour, on annonce une réception chez le prince, qui choisira une épouse parmi les invitées. Cenerentola rêve d’y assister, non pour le prince, mais pour le beau valet de ce dernier, dont elle est tombée amoureuse…

Vous vous en doutez, les apparences sont trompeuses et le prince n’est pas forcément celui qu’on croit…
J’ai eu la chance de voir ce spectacle à l’Opéra royal de Versailles, avec Cecilia Bartoli dans le rôle-titre, après moultes péripéties. En réalité, j’étais l’heureuse détentrice d’un billet pour son récital autour du baroque russe, en mai dernier, lorsque celui-ci a été annulé. Et si j’en ai été frustrée quelques heures, j’ai en réalité eu énormément de chance, vu que le soir de la représentation, plus aucun train de circulait sur ma ligne à cause d’un glissement de terrain ! La direction des spectacles du château m’a donc proposé d’assister à cet opéra, et je suis ravie de mon choix.

La musique de Gioacchino Rossini est légère et entraînante, avec des accents très mozartiens. J’ai adoré la façon dont, plus d’une fois, toutes les voix se mêlent, chacun chantant sa partie pour former un ensemble (cela a sans doute un nom, mais c’est là qu’on voit que j’ai arrêté le solfège en troisième année…).
Cecilia Bartoli est fidèle à sa réputation, et tout simplement incroyable. Elle a une énergie, une facilité, une aisance sur scène proprement stupéfiantes : elle est Cenerentola, dont elle parvient à faire une héroïne pas si naïve et un peu espiègle, ajoutant une touche d’humour et d’autodérision. Sa voix est à couper le souffle, tant elle enchaîne les variations sans même faire mine de pousser ou d’accomplir un effort, alors que certains passages sont extrêmement difficiles.

Mais ce n’est pas tout d’avoir une grande diva, encore faut-il que le reste du cast suive, et c’est le cas. Qu’il s’agisse des autres solistes – mention spéciale à Carlos Chausson, interprète de Don Magnifico, le beau-père, et à Ugo Guagliardo, le tuteur du prince – de l’orchestre, dirigé par Gianluca Capuano, ou du chœur d’hommes de l’opéra de Monte-Carlo, tous sont à la hauteur de l’enjeu et livrent une prestation parfaite.
Cette version de l’opéra n’était à proprement parler mise en scène mais “mise en espace” : si l’orchestre et le chœur étaient sur scène, les solistes avaient assez de place pour évoluer et jouer, et étaient en costumes. J’ai particulièrement aimé la façon dont Cecilia Bartoli interagissait avec chacun, frottant les chaussures de la première violon, montrant son voile orné de sequins aux membres du chœur ou distribuant des macarons au chef d’orchestre. Par ailleurs, l’Opéra royal de Versailles est un tout petit théâtre, bien loin des scènes comme Garnier ou Bastille, et offre une intimité assez extraordinaire avec le public : on a l’impression de pouvoir toucher du doigt les artistes. La salle était d’ailleurs chauffée à blanc, et c’est la première fois que j’assiste à une ovation debout – parfaitement méritée – à Versailles. Si le nom de Cecilia Bartoli n’y est bien entendu pas étranger, la prestation tout entière en valait la peine.

Je suis ressortie de là requinquée, de bonne humeur et la tête pleine de musique. Je ne sais pas si j’aurai de nouveau le plaisir et la chance d’entendre cette grande chanteuse, mais l’expérience fut à la hauteur de mes attentes, voire au-delà.

La Cenerentola, Gioacchino Rossini, Opéra royal de Versailles
Les illustrations ont été trouvées sur le site Château de Versailles spectacles.

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