Parler, se taire

Disons-le tout net : j’aime parler. J’aime papoter, discuter, échanger, converser, râler (encore plus sur les réseaux sociaux que dans la vraie vie), m’épancher, bavasser… J’apprécie la conversation comme un des plaisirs de la vie, un de ces moments où l’on communique avec l’autre, où l’on tente de percevoir ce qu’il dit et ne dit pas.
Il y a des personnes avec qui je pourrais parler des heures tout en ayant le sentiment de n’avoir pas évoqué le quart de la moitié du début de ce que je veux dire. Il y a des sujet sur lesquels je peux être intarissable.

Pourtant, il arrive souvent que je me taise. Chez moi, le silence est un mécanisme de protection. Parce que j’ai peur de trop en dire, en révéler sur moi. Parce que je suis en colère et que j’ai peur de l’exprimer – j’ai horreur du conflit, des voix qui s’élèvent, du ton qui monte. Parce que je sais que je sais que mon opinion diffère et que je n’ai pas envie de me justifier ou de m’expliquer. Je suis la majorité silencieuse, souvent. Et je me tais parce que je n’éprouve pas forcément le besoin de faire changer d’avis mon interlocuteur (et aussi parce que c’est souvent mort d’avance).
Parfois, aussi, je me tais parce qu’on ne m’interroge pas, tout simplement. Ainsi, j’adore parler de la Crevette, mais je conçois tout à fait que ça n’intéresse pas tous mes interlocuteurs (alors que c’est le plus beau bébé du monde, et tout, et tout), donc je me force au silence. De même, j’ai souvent envie de parler de mon travail, mais je pars du principe que si le sujet ne “tombe” pas dans la conversation, c’est que ce n’est pas le moment ni le lieu de l’aborder.

Vous me direz que, pour quelqu’un qui s’exprime beaucoup, notamment à l’écrit, c’est paradoxal. Oui et non. Se taire peut aussi être un moyen de se mettre en retrait, de passer de la position d’acteur à celle d’observateur. Ce qui est quand même bien pratique ensuite pour insuffler un peu de vérité à mes mots.