Bohemian Rhapsody

Freddie Mercury, sa vie, son oeuvre. L’homme, le mythe, la légende.

Cela fait plusieurs années qu’on attendait un biopic sur le chanteur de Queen, notamment avec Sacha Baron Cohen – qui a fini par claquer la porte, exaspéré de l’interventionnisme des autres membres du groupe – puis plus récemment avec Rami Malek dans le rôle principal, et Bryan Singer à la réalisation.
L’Anglais et moi sommes de grands fans de Queen – c’est d’ailleurs à coup de citations du groupe qu’on a commencé à se dragouiller sur MSN (ouais, on est vieux), on a ouvert le bal de notre mariage sur Queen (si), et une de leurs chansons sert à “illustrer” le début de notre vie commune – et nous attendions ce film avec enthousiasme (2h de Queen sur grand écran !) et appréhension (comment condenser en 2h une vie aussi riche ?). Bon, c’était pas terrible.

Tout d’abord, le scénario prend pas mal (même beaucoup) de libertés avec ce que l’on sait de l’histoire du Queen. Freddie Mercury semble débarquer du jour au lendemain dans la vie (et le groupe) de Brian May et Roger Taylor, alors qu’ils se connaissaient depuis quelques années; ils ont mis plus d’un an à recruter John Deacon comme bassiste; jamais le nom de famille de Mary Austin n’est mentionné; la tournée au Japon n’est qu’à peine évoquée alors que celle aux USA est présentée comme un succès triomphal; le groupe ne s’est pas séparé en 1982… Enfin, j’ai beaucoup regretté que soient passées sous silence les six dernières années du groupe, qui ont quand même permis de sortir quatre albums, et non des moindres. Les ellipses narratives sont peut-être nécessaires pour ne pas alourdir le film, mais là on a un peu l’impression que le scénariste n’a retenu que ce qu’il voulait bien et tout cousu ensemble.
Le traitement de l’homosexualité de Freddie est assez bizarre : d’abord par allusions pas du tout subtiles, puis de façon totalement flamboyante et excessive, alors qu’il faut rappeler qu’il n’a jamais “admis” officiellement son orientation sexuelle. De même, la découverte de sa séropositivité est nimbée de musique et de lumière si bien qu’on a l’impression que ce n’est qu’un détail (dans les années 1980, c’était quand même une sentence de mort à plus ou moins brève échéance).

En outre, j’ai trouvé la réalisation paresseuse. Qu’on ne se trompe pas : c’est bien ficelé, efficace, sans temps mort. Mais on a plus l’impression de visionner un long clip à la gloire de Queen et de Freddie qu’une biographie introspective. Chaque propos est l’occasion de ressortir un tube du groupe, fût-ce en porte-à-faux (mention spéciale à l’annonce de sa séropositivité aux autres membres…), histoire de faire larmoyer dans les chaumières ou taper du pied. Et la private joke de Mike Myers était-elle nécessaire ?

Toutefois, il faut féliciter les décorateurs, costumiers, maquilleurs, prothésistes… qui ont à la fois permis de donner à Rami Malek la “tête” de Freddie Mercury, mais plus globalement de retranscrire l’atmosphère de deux époques : d’abord les 70s et la période glam-rock du groupe, puis les 80s et les fautes de goût hallucinantes. A ce titre, la reconstitution du Live Aid, sommet du film comme de la carrière de Queen, est stupéfiante (l’Anglais est allé jusqu’à me confirmer les mouvements de caméra et les détails sonores).
Certaines séquences m’ont touchée, notamment celle de l’enregistrement de l’album A night at the opera, où l’on voit les exigences de Freddie, la fatigue, l’agacement, l’ambiance… J’avoue avoir beaucoup ri quand John Deacon et Brian May chambrent à n’en plus finir Roger Taylor sur sa chanson “I’m in love with my car”.

Au final, c’est un karaoké géant de deux heures sur les plus grands titres de Queen à voir en famille (n’oubliez pas de rester jusqu’à la fin du générique, vous aurez droit à deux chansons supplémentaires), mais pas franchement une biographie inspirée. Rami Malek se paiera peut-être le luxe de l’Oscar, mais je n’ai pas été particulièrement touchée par ce film, j’ai juste eu envie de réécouter A night at the opera en rentrant.
Le meilleur moment du film, pour nous, fut à la fin de la séance la petite discussion avec un couple d’un certain âge, qui avait vu Queen en live à l’hippodrome de Vincennes, et d’échanger sur nos ressentis, ainsi que sur leur expérience du groupe.

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Queen + Adam Lambert

Hier, nous avons eu l’occasion d’utiliser un de nos cadeaux de Noël : nous avions reçu de (très bonnes) places pour assister au concert de Queen + Adam Lambert. Ainsi que je le disais il y a peu, Queen est mon groupe préféré à la vie, à la mort, et il en va de même pour monsieur.
Après la mort de Freddie Mercury, le groupe a cessé les concerts pendant un long moment, avant de remonter sur scène, d’abord avec Paul Rodgers, puis, aujourd’hui, avec Adam Lambert. Ce dernier a été découvert par Brian May et Roger Taylor à l’occasion de American Idol en 2009, et a la lourde tâche de remplacer Freddie au chant.

Oui, je prends des photos pourries avec mon téléphone (et je n'en prends pas beaucoup, je préfère beugler)

Oui, je prends des photos pourries avec mon téléphone (et je n’en prends pas beaucoup, je préfère beugler)

Mais en vrai, ça donne quoi ? Freddie Mercury n’est-il pas insurpassable ?
Freddie est irremplaçable, c’est évident. Mais Adam Lambert ne démérite pas, bien au contraire. Déjà, il ne “fait pas du Freddie” ; son jeu de scène, de même que sa panoplie, ressemble plutôt à un mélange d’Elvis et de George Michael revisité (si, si). Il monte très haut dans les aigus, avec beaucoup de profondeur, sans donner l’impression de forcer. En revanche, il descend moins bas. On sent bien qu’il est content d’être là, et il n’oublie pas de rendre hommage à Mercury – ce que beaucoup de fans attendent, je pense. A titre personnel, j’ai beaucoup aimé son interprétation de Killer Queen, étendu sur un sofa capitonné, agitant un éventail doré. On était vraiment dans l’atmosphère du groupe sans tomber dans la parodie.

Et les vieilles légendes ?
Il faut être honnête, Roger Taylor a vieilli, même s’il a visiblement perdu du poids depuis la cérémonie d’ouverture des JO de Londres. Il assure toujours à la batterie, mais a besoin d’être secondé par un musicien plus jeune. S’il chante sans souci les chœurs – et que c’est un réel plaisir de retrouver sa voix – on a noté qu’il avait eu un peu de mal lorsqu’il a interprété seul A kind of magic. Après, ça ne veut pas dire non plus qu’il est cacochyme !
Brian May, à part les cheveux blancs, on dirait qu’il n’a pas pris une ride. Le même visage taillé à coups de serpe, le même enthousiasme sur scène, beaucoup d’énergie… (J’ajouterais : le même interlude pour son solo où il a réussi à nous glisser les notes de Frère Jacques.)

"AdamLambert-Queen 7-1-14 SJ" by @DianaKat1 DianaKat - Smugmug. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:AdamLambert-Queen_7-1-14_SJ.jpg#mediaviewer/File:AdamLambert-Queen_7-1-14_SJ.jpg

@DianaKat1

La setlist est constituée à 90% de très gros hits : One vision, Fat-bottomed girls, Save me… Nous avons eu droit à plusieurs interludes : solo de May, solo de Taylor avec l’autre batteur et le bassiste… Mais le moment qui, selon moi, était le plus chargé en émotion, fut celui où Brian May est venu sur le proscenium chanter avec une guitare sèche. Entre quelques mots en français et un selfie à 360° (que monsieur soupçonne d’avoir été pris en 3D), il nous a interprété Love of my life (avec toute la salle qui chantait le refrain… et une apparition surprise sur l’écran). Puis, accompagné de tous les musiciens (mais sans Lambert), il a entonné ’39, cette géniale chanson de voyage dans le temps qui nous a servi à ouvrir le bal de notre mariage (quand je vous disais que Queen et nous…).
Après plus de 2h de show, le rappel nous a permis d’achever nos cordes vocales sur We will rock you et We are the champions (et puis God save the queen, mais le public connaissait moins bien les paroles qu’à Wembley…).

Alors, est-ce que ça en valait la peine ? Oui ! Si je puis dire, on en a eu pour notre argent. Outre le côté “karaoké géant” qui nous a permis de nous époumoner sur les plus grands titres du groupe, nous avons eu une petite dose d’émotion, avons pu écouter la Red Special en vrai et, compte tenu des dimensions relativement restreintes de la salle, avoir l’impression d’être dans un concert à taille humaine (en dépit de certains réglages son pas franchement heureux).

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