Silence

Japon, 1614. Le shogun formule un édit d’expulsion de tous les missionnaires catholiques. En dépit des persécutions, ces derniers poursuivent leur apostolat. Jusqu’à ce qu’une rumeur enfle à Rome : Christophe Ferreira, missionnaire tenu en haute estime, aurait renié sa foi. Trois jeunes prêtres partent au Japon pour enquêter et poursuivre l’oeuvre évangélisatrice…


Alors que j’ai étudié le japonais et que j’aime beaucoup la littérature japonaise du 20ème siècle, j’avoue n’avoir jamais ouvert d’oeuvre d’Endô Shûsaku. Peut-être parce que le personnage semblait austère, ou parce que ses écrits me parlaient moins que ceux de Tanizaki ou Kawabata, toujours est-il qu’il a fallu attendre la sortie du film éponyme de Martin Scorcese pour me pousser à acheter ce roman.
Quelle erreur d’avoir attendu si longtemps ! En toute honnêteté, ce livre est un chef-d’oeuvre. Récit à voix multiples, qui mêle différents types d’écrits (lettres, narrateur omniscient, extraits de journaux…), Silence est l’histoire d’une foi missionnaire confrontée à la réalité du Japon.
Converti à la foi catholique dans les années 1930, Endô puise clairement dans son expérience personnelle à la fois pour parler des persécutions atroces dont ont été victimes les chrétiens du Japon au 16ème siècle, et la question qui réside au cœur de son personnage principal : celle du silence de Dieu devant les tribulations de ses fidèles.
Ce roman magnifique, souvent dur, humain, m’a happée et ne m’a pas laissé de repos avant de l’avoir fini. Je ne peux que vous conseiller de le lire, que vous soyez ou non sensible à la question religieuse.

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Parler, se taire

Disons-le tout net : j’aime parler. J’aime papoter, discuter, échanger, converser, râler (encore plus sur les réseaux sociaux que dans la vraie vie), m’épancher, bavasser… J’apprécie la conversation comme un des plaisirs de la vie, un de ces moments où l’on communique avec l’autre, où l’on tente de percevoir ce qu’il dit et ne dit pas.
Il y a des personnes avec qui je pourrais parler des heures tout en ayant le sentiment de n’avoir pas évoqué le quart de la moitié du début de ce que je veux dire. Il y a des sujet sur lesquels je peux être intarissable.

Pourtant, il arrive souvent que je me taise. Chez moi, le silence est un mécanisme de protection. Parce que j’ai peur de trop en dire, en révéler sur moi. Parce que je suis en colère et que j’ai peur de l’exprimer – j’ai horreur du conflit, des voix qui s’élèvent, du ton qui monte. Parce que je sais que je sais que mon opinion diffère et que je n’ai pas envie de me justifier ou de m’expliquer. Je suis la majorité silencieuse, souvent. Et je me tais parce que je n’éprouve pas forcément le besoin de faire changer d’avis mon interlocuteur (et aussi parce que c’est souvent mort d’avance).
Parfois, aussi, je me tais parce qu’on ne m’interroge pas, tout simplement. Ainsi, j’adore parler de la Crevette, mais je conçois tout à fait que ça n’intéresse pas tous mes interlocuteurs (alors que c’est le plus beau bébé du monde, et tout, et tout), donc je me force au silence. De même, j’ai souvent envie de parler de mon travail, mais je pars du principe que si le sujet ne “tombe” pas dans la conversation, c’est que ce n’est pas le moment ni le lieu de l’aborder.

Vous me direz que, pour quelqu’un qui s’exprime beaucoup, notamment à l’écrit, c’est paradoxal. Oui et non. Se taire peut aussi être un moyen de se mettre en retrait, de passer de la position d’acteur à celle d’observateur. Ce qui est quand même bien pratique ensuite pour insuffler un peu de vérité à mes mots.

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