Voyage en Crète #4 – Phaistos et Kommos

Cette fois-ci, nous quittons la côte pour nous enfoncer dans les terres, et traverser jusqu’à la mer de Libye, au sud.
Phaistos est le second palais minoen le plus important de l’île, après celui de Cnossos. D’après la légende, il aurait été construit par Rhadamanthe, frère de Minos (et moi je dis : Eaque s’est fait carotter au partage).

L'aire du théâtre, avec l'escalier monumental au fond
L’aire du théâtre, avec l’escalier monumental au fond

Le site domine la plaine de la Messara et offre une vue imprenable sur le mont Ida, où fut élevé Zeus. Bien conservé et à l’écart des grandes déferlantes de touristes, c’est un endroit très agréable à visiter.

Le mont Ida (aujourd'hui Psiloritis)
Le mont Ida (aujourd’hui Psiloritis)

Si le palais n’était apparemment pas orné de fresques, à l’inverse de Cnossos, il est très bien conservé, notamment les escaliers et l’aire “du théâtre” avec son chemin processionnel. En outre, les fouilles ont livré le célèbre disque de Phaistos, un document en terre qui a cuit dans un incendie, et qui offre un merveilleux exemple de linéaire A, l’écriture (indéchiffrée à ce jour) des Minoens.

La cour à péristyle
La cour à péristyle

Après cela, nous avons décidé de pousser jusqu’à la côte, à moins de dix kilomètres. Plutôt que d’aller à Matala, réputée pour avoir accueilli des communautés hippies dans les années 60 (Cat Stevens aurait séjourné dans l’une des grottes du littoral), mais semble-t-il passablement bétonnée à présent, nous avons jeté notre dévolu sur Kommos.

Carte postale...
Carte postale…

La plage de Kommos est considérée comme l’une des mieux préservées de la zone – à juste titre – et offre une particularité intéressante : on peut déceler les vestiges de l’ancien port minoen du même nom, qui servait de point d’accès à la mer pour… Phaistos.

Fin de journée
Fin de journée

La descente est abrupte, et nous avons préféré laisser la voiture en hauteur et finir à pied. Le paysage est à couper le souffle, avec cette baie encaissée entre des falaises, cette mer bleue tirant sur le turquoise et le soleil qui scintille.
Quant à l’eau, elle est parfaite : température méditerranéenne et rouleaux comme au bord de l’Atlantique ! Ce fut certainement notre plus belle journée, nous permettant de mêler visites et farniente.

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Recommandation : après avoir visité le palais de Phaistos, prenez un verre à la buvette. La vue sur le mont Ida et la vallée est imprenable, et les chats du site viendront sans doute vous cajoler pour un petit morceau de sandwich ou de gâteau.

Voyage en Crète #3 – Cnossos

Cnossos, pour les quelques hellénistes distingués qui hantent ce blog, c’est très certainement un souvenir un peu marrant des premiers cours de grec. Pour les autres, ça n’évoque peu ou pas grand-chose : il s’agit du principal palais édifié par les Minoens. Mis au jour à la fin du 19ème siècle et fouillé de façon systématique par Sir Arthur Evans au début du 20ème, l’endroit est un peu un objet de fantasme.

La maquette du palais, visible au musée d'archéologie d'Héraklion
La maquette du palais, visible au musée d’archéologie d’Héraklion

Baptisé “palais du roi Minos” (qui a aussi donné son nom à la civilisation crétoise antique), l’endroit a donc longtemps été considéré comme le fameux labyrinthe de la légende (Dédale, Icare, le Minotaure, tout ça). C’est surtout une civilisation très complexe et avancée, davantage que les preuves tangibles d’un mythe, qui a été mise au jour : structure palatiale, centre administratif, objets d’arts, objets utilitaires, fresques… tous ces vestiges ont permis de saisir une partie de l’esprit de ce peuple, ainsi que de ses croyances.

Cnossos 2

Néanmoins, la redécouverte de ce site majeur ne s’est pas faite sans dommage collatéral : emporté par son lyrisme, Evans a sans doute extrapolé pas mal de choses, et a carrément “restitué” des pans entiers du palais. En conséquence, on se retrouve avec un site antique doté d’appendices modernes en béton censés représenter l’endroit dans toute sa splendeur, mais tellement intriqués aux vestiges qu’on ne peut plus les démolir, sous peine d’endommager le site…
Tout ceci – ainsi que la foule des touristes, qui se pressent sur ce site tout proche de la capitale – a un côté carton-pâte qui donne un faux air de Disneyland antique à Cnossos. Ou un genre de Parc Astérix, le grand huit en moins.

Un exemple de reconstruction : les différents niveaux du palais
Un exemple de reconstruction : les différents niveaux du palais

Il ne faut toutefois pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Car, si ces reconstructions franchement malheureuses font tache, elles permettent de se faire une idée du palais (1300 pièces sur quatre étages, et un escalier monumental). En outre, il reste encore des pithoi, ces jarres de stockage géantes, sur le site, ainsi qu’un tracé très lisible de certains appartements, de l’aire dite “du théâtre” et de l’escalier.

Un pithos, deux pithoi...
Un pithos, deux pithoi, trois…
Effet de perspective, qui donne un côté très moderniste au site (en béton véritable)
Effet de perspective, qui donne un côté très moderniste au site (en béton véritable)

Quoi qu’il en soit, même si je confesse un peu de déception – les photos du palais et des fresques avaient nourri mon imaginaire et avaient permis de faire passer l’apprentissage de l’optatif – j’estime que c’est un site qu’il vaut mieux avoir vu, ne serait-ce que pour le confronter aux collections du musée archéologique et aux autres palais minoens.

Restitution en Technicolor
Restitution en Technicolor

Recommandation : évitez les restaurants autour du site, qui sont des pièges à touristes évidents. Mieux vaut s’enfoncer un peu dans l’arrière-pays (superbe !) ou regagner Héraklion.

Séjour en Crète #1 – Malia

Plutôt que de vous faire un compte-rendu heure par heure, jour par jour de nos vacances, je préfère créer des articles autour des lieux visités ou des expériences vécues. D’abord parce que c’est moins monotone, pour moi comme pour vous, et aussi parce que nous avons quand même vécu deux journées à glander au bord de la piscine, et que ça ne sert à rien de vous raconter ça !
Nous étions logées à Stalida, entre les villes cités touristiques de Hersonissos et Malia, à environ une demi-heure d’Héraklion. Si la côte nord de l’île est pas mal bétonnée, nous avons quand même eu la chance de trouver un hôtel plutôt familial (une vingtaine de chambres / appartements) avec une petite piscine et un excellent cuisinier.

Par Eric Gaba (Sting) — Own work;Topography: NASA Shuttle Radar Topography Mission (SRTM3 v.2) data (public domain) edited with 3DEM and dlgv32 Pro and vectorized with Inkscape;Bathymetry: USGS ETOPO2v2;References used for the additional data:Demis (see the approval e-mail and the Demis forum);ViaMichelin;Map from Castello Hotels.com;Locator map: Image:Map_Greece_expansion_1832-1947-fr.svg (modified) created by Historicair;Translation of the Greek names into French: fr:Cédric Boissière and fr:Aeleftherios., GFDL, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4234137
Source

Malia fut notre première destination dimanche, lendemain de notre arrivée. Le site avait plusieurs atouts pour nous plaire : très proche de l’endroit où nous étions hébergées (15mn en voiture grand max), avec une plage plutôt préservée et des vestiges archéologiques importants.

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Les vestiges sont ceux du palais minoen de Malia, construit à la même époque que celui de Cnossos, le plus connu. L’époque minoenne, où la civilisation crétoise a connu un âge d’or, court de -4000 à -1500 environ. Tous les palais de l’île ont été bâtis une première fois vers -1900 avant d’être détruits par un tremblement de terre puis reconstruits vers -1750, pour être finalement abandonnés vers -1450 quand la civilisation minoenne s’est écroulée. Les hypothèses sur cette fin apparemment abrupte sont généralement : un tremblement de terre géant, un tsunami créé par l’explosion de Théra (actuel archipel de Santorin et considéré comme à l’origine du mythe de l’Atlantide), ou une invasion mycénienne. Voire les trois à la fois.

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Malia était en réalité un complexe palatial, avec un grand palais d’un côté, doté de magasins et d’appartements, et un “centre administratif” doté d’une agora, de résidences, d’ateliers spécialisés… Le palais était organisé autour d’une cour à colonnes (grand classique de l’architecture méditerranéenne, puisqu’on retrouve ce modèle dans les villas romaines ou dans les riads, par exemple) qui permettait la distribution des salles. La pièce maîtresse de l’endroit est… un escalier ! Un escalier monumental dont subsistent encore aujourd’hui une douzaine de larges marches. Quand on pense que l’édifice a près de 4000 ans, ça laisse rêveur…

Un pithos, jarre de stockage géante, ornée de motifs cordés traditionnels
Un pithos, jarre de stockage géante, ornée de motifs cordés traditionnels

Le site en lui-même est beau : au nord, la mer, que l’on aperçoit depuis les ruines et dont on reçoit la brise et les parfums. Au sud, la montagne qui se découpe sur le ciel et semble capter la majeure partie des nuages.
La visite est belle, agréable et pas trop longue. En revanche, mieux vaut se doter d’un plan bien documenté (je recommande celui du Guide Vert) car il n’est pas toujours facile de se repérer, et les explications sont franchement succinctes.
Il existe une troisième partie, vers la plage, qui n’est pas ouverte à la visite car encore en fouilles.

Ce site était une excellente introduction à l’architecture minoenne : pas trop grand, pas trop fréquenté, avec un plan relativement simple et de jolis vestiges qui permettent de se faire une idée.

La cité administrative
La cité administrative

Une recommandation : pour manger, redescendez quelques centaines de mètres en direction de la plage. Vous y trouverez une taverne qui ne paie pas de mine, Kalyva : ouverte depuis 1964, elle mêle habitués et touristes, et propose un menu du jour ainsi qu’une carte. J’y ai mangé une moussaka à tomber par terre !