Luxation congénitale de la hanche #2 – Traction de Somerville-Petit-Morel

Note : cet article n’est en aucun cas un document scientifique ou médical. Il s’agit de notre témoignage et de notre expérience de parents d’un enfant atteint d’une luxation congénitale de la hanche. Pour en savoir plus, l’histoire commence ici


Or donc, souvenez-vous, le médecin de la Crevette venait de nous annoncer, après six mois de traitement, que celui-ci n’avait pas correctement porté ses fruits et qu’il allait falloir passer à l’étape supérieure : la traction de Somerville-Petit-Morel (qu’on appelle aussi “traction de Somerville-Petit” mais l’orthopédiste a insisté). A vos souhaits.

La… quoi ? Tractation ?
Traction. Du verbe tirer. Tout de suite, ça vous donne une idée du truc.
Il s’agit littéralement d’attacher des poids aux jambes du patient et de tirer dessus. Décrit ainsi, ça paraît barbare, et il faut dire que c’est assez impressionnant. L’idée est en réalité de tirer lentement sur les membres pour les extraire de la cavité articulaire puis de les réaligner dans le bon axe.

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Premier soir…

Concrètement, ça se passe comment ?
Vous vous en doutez, ça ne se fait pas en un claquement de doigts. En l’occurrence, il fallait compter quatre semaines d’hospitalisation pour parvenir à nos fins.
Les huit premiers jours environ, on ajoutait du poids matin et soir sur chaque jambe : la Crevette pesait 8kg, elle pouvait donc supporter jusqu’à 4kg par membre (si). Il est évident qu’il faut procéder petit à petit pour ne pas traumatiser le corps.
Une fois les jambes bien allongées (désolée, je n’ai pas d’autre métaphore), il a été temps d’écarter. Il fallait en effet se remettre dans l’alignement de la cavité articulaire. Cela a pris une bonne dizaine de jours, avec ajout de barres latérales : on écartait un peu le matin puis le soir, tout en vérifiant l’angle, qu’on a même corrigé par l’ajout d’un poids en transverse (en gros, un poids disposé de façon à faire tourner la jambe vers l’intérieur).
Enfin, on a ôté le poids peu à peu tout en s’assurant que rien ne bougeait.

...Dernier jour !

…Dernier jour !

Mais c’est atroce !
Ca peut paraître atroce, et c’est lourd, mais cela reste moins invasif que la chirurgie, qui reste le dernier recours. Je rappelle que la Crevette avait 9 mois à l’époque.
Le plus compliqué pour elle fut de ne plus pouvoir s’asseoir alors qu’elle commençait tout juste à maîtriser cette position (la semaine précédent son hospitalisation, elle commençait à se hisser pour se mettre debout). Le premier soir, elle a pas mal protesté et un peu pleuré, mais c’est vite passé.

Ca doit faire mal…
Bien entendu, je ne peux jurer de rien ni parler à la place de ma fille. Toutefois, mise à part l’énorme crève qu’elle a attrapée le jour de son entrée (les hôpitaux, ces nids à microbes), et qu’on a soignée au doliprane, elle s’est très rarement plainte. Elle était la plupart du temps souriante, parfois angoissée par le passage des médecins ou des infirmiers, parfois agacée de ne pas pouvoir remuer comme elle le voulait. Pendant tout son séjour, elle n’a jamais rien reçu de plus fort que du paracétamol.

La super déco du service...

La super déco du service…

9 mois, c’est jeune…
Il faut agir avant l’acquisition de la marche, sous peine d’avoir des séquelles. Et puis, on apprend vite à relativiser.
La Crevette était hospitalisée à Necker, et le service d’orthopédie est au même étage de l’ORL et, surtout, la neurochirurgie. Voir des gamins se balader avec la tête enturbannée reliée à un drain ou discuter avec des parents dont l’enfant vient pour une amputation thérapeutique, ça remet tout de suite les idées en place.

...un train rouge...

…un train rouge qui se promène sur les murs

Et les parents dans tout ça ?
L’orthopédiste qui suivait la Crevette nous a annoncé la couleur d’entrée de jeu : nous allions vivre à l’hôpital. Elle nous a carrément recommandé d’apporter la Nespresso ! (Comme je n’aime pas le café, on a apporté notre bouilloire, et l’Anglais a héroïquement survécu avec du Nescafé pendant un mois)
En gros, nous nous sommes organisés de notre mieux : monsieur a pris tous ses mercredis ainsi que la dernière semaine de décembre, tandis que je dégageais l’intégralité de mon emploi du temps en décembre (de l’avantage d’être freelance) pour la traduction, et m’arrangeais avec mon autre employeur pour ne travailler qu’un jour par semaine. En temps normal, je bosse deux jours par semaine pour eux, mais comme je ne disposais pas de jours “enfant malade” c’était la meilleure solution pour ne pas griller tous mes congés, dont je risquais d’avoir besoin plus tard (bien m’en a pris).
Ensuite, nous avons organisé un roulement pour savoir qui dormait quand à l’hôpital. Car non, un bébé de neuf mois, nous n’étions pas très chauds pour le laisser dormir seul sur place, quand bien même nous n’avons jamais pratiqué le co-dodo.

Vous étiez tout seuls ?
Fort heureusement, nous avons eu la chance d’être extrêmement bien entourés : ma mère et mes beaux-parents ont “pris” des nuits pour veiller sur la Crevette pendant que nous tentions de nous reposer à la maison (on dort très mal à l’hôpital), des amis et des membres de la famille sont venus nous voir et nous soutenir, les associations ont été très actives et ont parfois pris le relais pendant une demi-heure le temps d’aller boire un verre…
Par ailleurs, l’assistante maternelle de mademoiselle – qui ne touchait pas de salaire pendant la moitié de l’hospitalisation – a eu la gentillesse de venir la voir à deux reprises, dont une fois avec des cadeaux de Noël…

Oui, on peut dormir

Oui, on peut dormir

Et pour les détails pratiques ?
Pour les enfants, les repas sont pris en charge par l’APHP mais pas tout de suite : mieux vaut arriver avec 48h de couches, de petits pots, la boîte de lait et les biberons, des fois que. Après, normalement, l’intendance prend le relais parfois avec des ratés (la Crevette s’est retrouvée avec des biberons de lait 3è âge + céréales à deux reprises). Penser aussi à apporter les affaires de toilette, la crème pour le change et pour l’érythème fessier (l’assistance publique est pauvre…), ainsi que des bodies, un ou deux pulls, et des chaussettes – l’enfant aura les jambes à l’air pendant un mois. Sans compter des jeux, de quoi écouter de la musique, etc.
Pour les parents, outre les vêtements de rechange, les affaires de toilette et la serviette de bain, il est utile de venir avec un duvet. On peut aussi se prendre de la lecture (la liseuse, cette invention géniale), pas trop intellectuelle parce qu’on est interrompu tout le temps et qu’on n’arrive pas forcément à se concentrer. En revanche, éviter l’ordinateur portable : le risque de vol est réel et le réseau wifi franchement pas terrible. Enfin, pensez aux sucreries : en cas de coup de barre ou de baisse de moral, elles font beaucoup de bien, et vous permettront aussi d’amadouer le personnel médical et non médical.

Une compensation : la vue sur la Tour Eiffel (si, si, au loin)

Une compensation : la vue sur la Tour Eiffel (si, si, au loin)

Et à part l’hôpital ?
A peu de chose près, notre vie s’est suspendue pendant quatre semaines, et nous n’avons guère quitté l’enceinte de Necker, sauf pour aller chercher à manger ou rentrer à la maison / aller au travail. Nous avons tenu parce que nous étions très entourés et que nous nous sommes répété qu’il s’agissait d’un problème certes pénible à traiter mais relativement bénin et, surtout, sans (trop de) séquelles. Le contrecoup a mis plusieurs mois à apparaître et à être digéré, et je pense que la situation nous hante encore parfois (et si jamais on en faisait un deuxième et qu’on devait revivre ça ?).

Comment ça s’est fini ?
On pourrait dire bien : la Crevette a enfin eu le droit de rentrer à la maison le… 1er janvier. Nous avions appris la nouvelle la veille, et j’ai passé la dernière nuit à l’hôpital. Il paraît que, toute la nuit, les ambulances sont passées sous nos fenêtres et qu’il y a eu en prime une course-poursuite à 4h du matin. Je n’ai strictement rien entendu. Pour la première fois depuis un mois, j’ai fait une nuit correcte.
Toutefois, nous n’en avions pas fini pour autant : car si nous avons récupéré mademoiselle, ce fut lestée de deux kilos de plâtre !

Luxation congénitale de la hanche #1 – Diagnostic et harnais de Pavlik

Attention, j’inaugure une série d’articles dans laquelle je compte relater notre expérience de parents d’un enfant atteint d’une luxation congénitale de la hanche. Il ne s’agit en aucun cas d’une démarche médicale. Je ne suis pas médecin, je n’y connais rien, et rien ne vaut l’avis d’un professionnel. J’ai simplement l’intention de parler d’un ressenti et de la façon dont cette affection impacte sur la vie quotidienne.


La luxation congénitale de la hanche, c’est quoi ? Comme son nom l’indique, c’est une affection de naissance qui concerne la hanche. Pour schématiser très grossièrement, c’est quand la tête du fémur n’est bien placée dans sa cavité articulaire (vous visualisez ?). Si elle n’est pas ou mal traitée, elle peut engendrer boiterie, douleurs à la jambe et/ou au dos (j’ai une collègue qui s’est trouvée incapable de marcher du jour au lendemain car elle n’a pas été dépistée – je précise qu’elle est née en Afrique dans les années 70).
Cela peut être héréditaire (la fameuse “hanche bretonne” ou les origines auvergnates en France) ou postural (lié à la position du bébé dans l’utérus). Dans le cas de la Crevette, c’est la seconde option, car elle était en siège décomplété (fesses en bas, tête en haut, jambes tendues) pendant le dernier trimestre de grossesse.

Siège décomplété (image empruntée sur le formidable site Cesarine.org)

Siège décomplété (image empruntée sur le formidable site Cesarine.org)

Comment ça se dépiste ? Toutes les femmes ayant eu un enfant ont vu, lors de la consultation du pédiatre du troisième jour, le médecin faire tourner les jambes de leur bébé de façon qui peut paraître spectaculaire : on guette le “ressaut”, qui permet de sentir si l’os est bien dans sa cavité ou pas.
Dans le cas de mademoiselle, on n’a rien trouvé. Quand je dis “rien”, ça signifie que ni le pédiatre de la maternité, ni la sage-femme chargée du suivi à la maison ni notre généraliste n’a rien vu. Mais comme elle était “à risque” compte tenu de sa posture fœtale, une échographie du bassin lui a été prescrite à un mois de vie. Bon en fait, c’est un mois de vie théorique (date de naissance prévue + 1 mois) et elle est née avec un peu d’avance, l’hôpital ne fait ça que le lundi matin et il y a eu le lundi de Pâques, si bien que la Crevette avait 7 semaines au moment du dépistage.
Le verdict est tombé : luxation totale à gauche (rien à droite), indétectable à la manipulation. On nous a calé un rendez-vous en urgence avec un orthopédiste, et en voiture Simone.

Le lendemain, donc, on n’en menait pas large dans le cabinet du médecin. Qui en gros nous a expliqué, au vu des clichés, qu’on partait sur un traitement orthopédique sans intervention chirurgicale, au moyen d’un harnais dit harnais de Pavlik. Nous avons commandé la bête en pharmacie et sommes revenus la bouche en coeur quelques jours plus tard pour la pose du truc. La Crevette avait alors 8 semaines.

Le harnais de Pavlik, c'est ça.

Le harnais de Pavlik, c’est ça.

Le principe est de maintenir l’enfant en position “grenouille” pour que la tête du fémur creuse elle-même sa cavité articulaire grâce aux mouvements du bébé. La pose n’a pas été de tout repos (en même temps, j’peux comprendre les hurlements), et la suite s’annonçait moyennement pour nous : interdiction de retirer le harnais une seule seconde pendant… dix jours, le temps de stabiliser. Car si on a pu mettre la “bonne” jambe en position tout de suite, celle affectée a dû être remontée peu à peu pour ne pas créer de traumatisme et permettre la détente des muscles.

Comment laver et habiller un bébé dans ces conditions ? Déjà, le bain, on oublie. On déplaçait la table à langer dans la salle de bain et on faisait une toilette de chat au gant. Pour le change, interdiction de soulever par les jambes, on passait donc une main sous les fesses pendant qu’on plaçait la couche propre de l’autre. Ca demande un tout petit peu d’entraînement, mais on s’y fait très vite.
Pour l’habillage, il fallait glisser le body centimètre par centimètre sous le harnais. Un peu pénible, mais on s’y fait. Pour changer les chaussettes, l’un de nous maintenait la Crevette en position pendant que l’autre (généralement moi) défaisait le bottillon et procédait à l’échange chaussette puante / chaussette neuve (parce que bon, on ne faisait pas ça tous les jours). Après, on mettait des robes et des gilets une taille au-dessus parce que ça prend de la place. En revanche, on n’a pas pu lui remettre de pantalon.
A mesure que les règles de port du harnais (genre tu peux retirer le harnais 5mn le soir et le matin pour procéder à l’habillage, puis 1h par jour – oh on va reprendre les bains, etc.) se sont assouplies, nous avons ajouté des jambières (les collants ne permettent pas de changer la couche). J’en ai trouvé de très jolies sur ce site.

Robe Petit Bateau, taille 6 mois sur Crevette de 3 mois. On voit un bout de l étrier

Robe Petit Bateau, taille 6 mois sur Crevette de 3 mois. On voit un bout de l’étrier

Et pour les déplacements ? Quasi au même moment, l’ascenseur de notre immeuble a été coupé pendant 6 semaines pour travaux de rénovation. Du coup, même si je le pratiquais déjà pas mal, je suis passée de façon presque exclusive au portage en écharpe (position grenouille face à moi), qui m’avait été validée par l’orthopédiste. Il faut prendre le coup de main pour glisser un bébé un peu “statique” dans l’écharpe, mais ça vient très vite.
Pour la coque de la poussette, qui nous servait aussi de siège auto, il a fallu rembourrer le fond avec un grand lange plié, sans quoi l’effet du harnais était annulé (coque profonde = jambes resserrées).

Comment on fait quand on a un mode de garde ? La Crevette n’a commencé à être gardée qu’à partir de 6 mois, mais ça ne change pas grand-chose. Son assistante maternelle a bien regardé comment je procédais pour mettre et retirer le harnais, pour habiller/déshabiller et pour le change, et a très vite compris. C’est assez “bête”, il faut juste veiller à adapter ses gestes et bannir certains réflexes.

Et le moral, dans tout ça ? Ben au début, franchement, c’est pas très, très drôle. Personne n’aime apprendre que son enfant est malade, encore moins quand il est si petit. Après, on a réfléchi : la Crevette n’était “handicapée” (je n’aime pas trop ce terme, mais à défaut…) que de façon temporaire, mieux valait intervenir tout de suite durant quelques mois plutôt que de lui infliger des complications inévitables et douloureuses…
Mademoiselle, de son côté, n’en avait clairement pas grand-chose à faire, hormis lors des visites à l’hôpital : elle hurlait de peur au moment de la radio et lors de l’auscultation, mais cela se comprend. Le reste du temps, elle se comportait comme un bébé normal de 3 à 6 mois, n’hésitant pas à régurgiter sur son harnais ou à le tartiner de purée de carotte (oui, le harnais était juste dégueu à la fin). Son développement moteur a bien évidemment été un peu retardé, mais à la place, elle a beaucoup regardé et joué avec ses mains. Et vu le nombre de photos sur lesquelles elle apparaît souriante, je ne pense pas qu’elle ait été traumatisée.
Le plus important, selon moi, c’est de ne pas faire sentir à l’enfant que c’est horrible, affreux: à cet âge-là, ce sont des éponges, ils sentent notre malaise. Nous avons donc inclus le harnais à sa routine quotidienne au même titre que le bain, la sieste ou le repas.

Est-ce que ça a marché ? Oui, la cavité articulaire s’est creusée suffisamment pour envisager un sevrage à la fin de l’été. Malheureusement, la visite de contrôle nous a appris que, sans harnais, la hanche se reluxait, et rebelote pour trois semaines de port total et trois semaines de sevrage. A l’issue de cette période, le problème persistait : en gros, la Crevette fait partie des 10-15% (je ne me rappelle plus les chiffres exacts) d’enfants pour qui le traitement est insuffisant. Dans son cas, la butée n’était pas suffisante pour empêcher l’os de se balader un peu comme il le sentait.
Un beau jour de novembre, donc, le médecin m’a annoncé qu’il envisageait d’opérer. Avant de me rappeler le lendemain pour me dire que, après consultation avec ses collègues, il préférait opter pour une traction. A l’hôpital. Pendant un mois.
(Cliffhanger de merde, je sais)

Si vous avez des questions à poser, des expériences à partager, n’hésitez surtout pas !

Son premier voyage en train

Bon, d’accord, je triche un peu car la Crevette a déjà pris le train de banlieue, mais 10mn de Transilien n’ont rien de commun avec 3h de TGV.
Samedi dernier, donc, nous rentrions à Paris en train, pendant que monsieur attendait la tombée de la nuit pour emprunter la route des Cévennes. Et je me suis dit qu’un petit résumé pourrait vous faire rire.

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Chien ! Chien ! (Repeat to fade)

T+5mn : oh, le précédent voyageur a oublié une bouteille vide ! Et si je chouinais pour l’avoir ?
T+6mn : trop facile, j’ai récupéré la bouteille.
T+15mn : il y a d’autres enfants dans ce wagon…
T+30mn : premier gadin
T+ 45mn : premier jouet porté disparu (a priori, sous un siège deux rangs plus loin)
T+55mn : arrêt en gare de Valence, il y a un chien sur le quai ! Du coup, tout le wagon est au courant puisque je répète “chien” à qui veut bien (ou pas) l’entendre.
T+1h10 : expédition changement de couche ; trois compartiments et un escalier plus tard, on se retrouve dans un minuscule réduit où il fait une chaleur à crever.
T+1h20 : le repos des braves, c’est l’heure du goûter
T+1h30 : le compote de pommes, c’est efficace comme gel capillaire ?
T+1h45 : des gommettes ! En forme d’animaux !
T+2h15 : la petite fille que j’espionne sans vergogne depuis le départ s’approche de moi, je feins la terreur et me réfugie dans les bras de môman (qui du coup se prend un coup de boule dans le menton).
T+2h30 : je ne sais pas encore marcher seule, mais il ne sera pas dit que je ne visiterai pas le compartiment (pieds nus parce qu’on m’a retiré mes chaussures dès mon arrivée, des fois que je voudrais me hisser sur les sièges).
T+2h45 : j’ai pas dormi, je suis grognon, je veux tout, je ne veux rien, j’ai soif, mais en fait non. Oh, un petit beurre.
T+3h : on est arrivées ! Aucun passager n’a demandé à ce qu’on me débarque, j’en déduis que j’ai été reçue à l’examen.

Il nous restera encore une heure de transports (bus et… Transilien) pour arriver à la maison, et la Crevette a été très compréhensive, heureusement. Ce voyage a confirmé mes craintes – mademoiselle ne dort pas ailleurs que dans son lit, elle est ultra remuante… – et mes espoirs – 3h ça se gère, mais il faut être organisé.
En revanche, c’est épuisant parce que ça demande une attention de tous les instants ! Mais entre ça et 7h de route avec “Scions, scions, scions du bois” en fond sonore, on a choisi.

Cueillette en famille à la ferme de Viltain

Hier matin, nous étions un peu désœuvrés et indécis quant au programme à suivre : pas de franche nécessité d’aller au marché, envie de passer du temps tous les trois et de profiter de la journée en famille… C’est monsieur qui a trouvé la réponse en proposant de nous rendre à la ferme de Viltain, non loin de Jouy-en-Josas. Après vérification des horaires et des modalités, nous voilà partis.

Un Anglais et une Crevette se sont cachés dans ce champ de fraises, saurez-vous les retrouver ?

Un Anglais et une Crevette se sont cachés dans ce champ de fraises, saurez-vous les retrouver ?

Arrivés sur place, une jeune femme nous renseigne très aimablement : on peut apporter ses sacs et contenants mais, puisque nous sommes venus les mains vides, on nous propose d’en acheter. Nous prenons un panier pour les fruits rouges (panier qui sera renouvelé dès qu’il sera trop utilisé) et trois sacs pour les légumes. Après quelques explications supplémentaires sur les endroits où trouver les produits que nous cherchons, ainsi que sur les tarifs et les modalités de paiement, en route vers le champ de fraises.
Il est à peine 9h du matin, le ciel est bas sans qu’il pleuve, l’air est un peu frais… mais on s’amuse bien : on pose la Crevette au milieu d’une allée et on commence la cueillette. Les visiteurs de la veille ont déjà bien ratissé les lieux mais nous trouvons de délicieuses mara des bois (environ 250g). Mademoiselle s’amuse à trifouiller dans les brindilles et avec le panier, jusqu’au drame : elle renverse tout par terre pour tout remettre dedans. Nous mangerons des fraises paillées (non, on les lavera) !

Nous poursuivons avec la serre aux tomates cerises puis, de l’autre côté de la route, celle aux tomates anciennes (superbe et impressionnante), et enfin aux framboises. Nous repartons avec 1kg de tomates cerises, 1,3kg de tomates anciennes, deux beaux concombres, 250g de fraises et 300g de framboises et nous en tirons pour environ 12€. Pour être franche, nous avons trouvé ces tarifs très honnêtes par rapport à ce que nous payons sur le marché (certes pas le moins cher d’Ile-de-France), notamment pour les tomates, qui sont de 1 à 3€ moins chères qu’en ville.
Pour finir, nous faisons un petit tour par le marché de la ferme, où l’on trouve, outre les fruits et légumes des champs voisins, les produits laitiers estampillés “ferme de Viltain” (dont de délicieux yaourts), ainsi que de la viande, des conserves, des gâteaux… issus de la production fermière. En tout, nous aurons passé 2h sur place, et la Crevette s’écroulera de fatigue lors du voyage de retour.

Est-ce que c’est bon ? Oui ! Les framboises et les tomates sont goûteuses (même si nous avons cueilli des tomates cerises un peu trop vertes), et les concombres sont très croquants et légèrement amers (le goût “normal” du concombre).
Est-ce que je recommande ? Oui ! C’est une excellente sortie en famille, ça fait prendre l’air (et le soleil) et c’est une bonne façon de montrer aux enfants que les légumes ne poussent pas tout seuls dans le frigo. En outre, j’ai appris avec plaisir qu’on pourrait cueillir des fleurs de courgette à la fin de l’été, et il me tarde de tester des recettes. Du coup, nous avons décidé de venir régulièrement, une à deux fois par mois.

Ferme de Viltain, 78350 Jouy-en-Josas

Quand vient l’heure de manger…

Aussi loin que je me souvienne, nourrir la Crevette a été compliqué pour moi. Qu’il s’agisse de l’allaitement, que j’ai vécu comme un esclavage (dans la douleur, en plus) et que j’ai arrêté très vite en culpabilisant à mort, ou de la diversification qui m’angoissait au plus haut point tant j’avais peur de reproduire le schéma familial, je n’ai jamais été sereine sur ce point (non, en fait, je n’ai jamais été sereine depuis mon accouchement, je crois).

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Toutefois, comme mademoiselle est d’une nature franchement agréable et conciliante, nous n’avons jamais eu de véritable problème avant janvier, et elle acceptait sans sourciller ce qu’on lui présentait, qu’il s’agisse de petit pot ou de purée maison. Sauf que. En décembre, elle a passé un mois à l’hôpital – rien de vraiment grave, mais un traitement long – au cours duquel nous l’avons nourrie exclusivement de petits pots (parce qu’attendre l’heure des repas n’était pas gérable). Et depuis son retour, elle refuse de manger autre chose.
Correction : elle refuse de manger autre chose à la maison. Chez sa nounou, elle peut rouspéter, chipoter, mais elle mangera ce qu’on lui présente. De mon côté, si j’ai le malheur de préparer quelque chose, je peux être certaine de me prendre un refus net et non négociable, ce que je vis excessivement mal (et encore, c’est un euphémisme). Dimanche dernier, j’ai cru que la partie était gagnée – j’aurais dû me méfier. Cette semaine, j’ai essuyé deux nouveaux refus avec deux nouveaux tests.

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Outre que ça m’emmerde de gâcher de la nourriture, les refus de la Crevette me mettent dans un état épouvantable. J’ai l’impression de foirer complètement son éducation, d’être incapable de la sensibiliser au goût (pendant que sa nounou lui refile de la Vache qui rit, cette horreur) et, en gros, d’être une mauvaise mère. Je ne dis pas ça pour qu’on m’enfonce ou me soutienne, hein, c’est vraiment ce que je pense.
L’autre souci, c’est que ça me rend violente. J’ai envie de hurler, frapper, tout casser, pleurer… En général, je tiens bon jusqu’au coucher, après quoi je m’effondre dans un coin. Et je culpabilise d’autant plus que je sais que se crisper sur la nourriture est encore le meilleur moyen d’en dégoûter les enfants.

Aujourd’hui, je ne sais pas quoi faire. Je m’en veux horriblement de ne lui donner que des petits pots (surtout quand ma demi-sœur “mange du tofu et des crevettes depuis ses 6 mois”). J’essaie de me dire que je m’en fous, mais en fait non, et ça pourrit complètement ma relation avec ma fille. Si je pouvais déléguer l’intégralité des repas et même quitter la maison à ce moment-là, croyez-moi, je le ferais.
Je sais parfaitement que le rapport à la nourriture est étroitement lié au rapport à la mère, et que c’est une des raisons pour lesquelles ça bloque (les enjeux sont bien plus importants avec moi qu’avec la nounou, par exemple). Je soupçonne aussi très fortement les origines de mes crises d’angoisse, mais ce n’est pas pour autant que j’arrive à m’en défaire.
En fait, je pense que je ne me suis jamais sentie légitime dans mon rôle de mère, et que ce genre de situation me conforte dans cette idée. Je travaille dessus avec mon psy depuis que le souci s’est présenté. Mais je pense que la racine du mal est tellement profonde qu’il faudra encore des mois voire des années pour que je sorte la tête de l’eau sur ce sujet.
En attendant, je serre les dents à chaque repas. Et vous savez quoi ? Il y en a tous les jours.

De la pertinence des jours fériés quand on a des enfants

Il fut une époque bénie où, nullipare bienheureuse, je cochais avec délectation les jours fériés sur mon calendrier, notamment les célèbres ponts (voire carrément des viaducs) de mai qui, grâce à quelques congés judicieusement posés, me permettaient de prendre dix jours de vacances presque à l’œil.
Mais ça, c’était avant.

Source

C’est vrai, c’est plus nécessaire maintenant, j’ai un enfant avec réveil intégré.

Aujourd’hui, je suis propriétaire d’un nain de salon, certes décoratif – de préférence sans le son – et tout a changé. Déjà parce que, quand j’ai de la chance, il se réveille à 7h30 du matin (en général, c’est qu’il va neiger). Adieu veau, vache, cochons, couvée et grasse matinée.
Ensuite parce que ça veut dire qu’il faut occuper ton nain non pas deux jours entiers mais trois (ou quatre si vraiment tu n’as pas de bol), dont deux jours où rien n’est ouvert. Sauf les parcs. Raaah.
Et puis, comme tu es chanceux, tu t’en rajoutes une couche avec des événements impromptus tels que temps de merde (pont du 1er mai), maladie du parent (pont du 1er mai, un collector), une panne d’ascenseur (pont de l’Ascension, lundi de Pentecôte), une poussée dentaire carabinée et/ou un pépin de santé juste au moment où tous les médecins de France et de Navarre sont en congés (visite aux urgences le 7 mai au soir, poussée dentaire avec fièvre pour la Pentecôte). N’en jetez plus.

Donc je milite pour l’abrogation des ponts et/ou jours fériés. De toute façon, je suis freelance, ça veut dire qu’en général ce sont des jours perdus parce que je profite de mon nain ne peux pas bosser. Ou alors, juste pour les professionnels de la petite enfance (mais je sens que je ne vais pas me faire d’amis sur ce coup-là).
Sinon, pour l’instauration d’un jour de récupération obligatoire un lendemain de pont avec enfants. Qu’est-ce que vous en dites ?

Mère indigne

La Crevette va bientôt avoir un an, et je ne peux m’empêcher de ressasser certaines choses. S’il s’agit sans conteste de la personne que j’aime le plus au monde (désolée Chéri), notre relation est quand même ambiguë (enfin, de mon côté – du sien, c’est plutôt amour inconditionnel et biberons pour l’instant).

J’aime la regarder jouer, grandir, apprendre, mais je n’aime pas m’en occuper. Je ne suis jamais plus heureuse que quand elle part le matin avec son père pour passer la journée chez sa nounou. J’appréhende le vendredi soir qui, bien que synonyme de week-end (encore que, ces derniers mois…), veut surtout dire que nous allons devoir la garder pendant deux voire trois jours entiers !
Au fil du temps, je m’aperçois que je suis plus à l’aise dans les gestes “techniques” : laver, habiller, changer… c’est cadré et ça me convient. En revanche, l’amuser réclame une énergie que je n’ai pas toujours et une inspiration qui me fait défaut ! Certes, je grossis un peu le trait, et il y a des moments où je m’en sors plus ou moins, mais j’ai vraiment le sentiment de ne pas être à la hauteur.

Alors je m’interroge. Est-il légitime d’avoir envie de refaire un enfant (pas tout de suite, hein, là, j’ai pas le courage) ? Est-il normal d’éprouver une chose pareille ? Ma Crevette va-t-elle pâtir de la situation (pour l’instant, vu ce qu’elle se marre, elle n’a pas l’air) ?
Comme quoi, on croit avoir franchi le plus dur (les nuits sans sommeil et le baby blues), et paf, une nouvelle angoisse apparaît.

Edit : en fait, j’ai rédigé ce post pendant le week-end et, depuis hier, ça va mieux. Mais il me semblait quand même important de le partager, car je sais que ces interrogations vont resurgir à un moment ou un autre.

Amour filial

Ce matin, au réveil, j’ai appris que mon père, ma belle-mère (pas celle-là, l’autre) et ma demi-soeur seraient en France une dizaine de jours courant juin. Outre que ça tombe, comme par hasard, en plein pendant les médiévales de Provins (et là je sens que pour aller camper ça va le faire moyen), je ne sais pas trop sur quel pied danser.

Je suis assez proche de mon père : nous partageons essentiellement les mêmes goûts et les mêmes idées. Notre relation, qui a eu beaucoup de hauts et de bas, a toutefois été plus simple qu’avec ma mère, sans doute parce qu’elle était plus distanciée et moins purement émotionnelle.
Pourtant quand, il y a bientôt cinq ans, mon père a choisi de s’expatrier avec sa femme, cela a été en quelque sorte une rupture. Alors que je lui parlais toutes les semaines, les contacts se sont espacés. Sans doute de mon fait, car je lui en voulais de quitter encore une fois le pays en laissant ses enfants derrière lui (plus trop moi, mais j’estime que pour les suivants, en particulier mon demi-frère, il n’aurait pas dû), et parce que je redoutais d’apprendre au détour de la conversation que ma belle-mère était enceinte (oui, je fais très bien l’autruche).

Aujourd’hui, c’est un peu un étranger. Je garde une distance polie, car je n’ai pas spécialement envie de l’impliquer dans ma vie : à quoi bon ? De toute façon il disparaîtra. Je ne lui parle que de l’essentiel – il ne sait toujours pas que j’écris, par exemple, et je n’ai pas l’intention de le lui dire – sans plus jamais entrer dans les détails.
C’est un peu triste non ? Je sais très bien qu’à l’origine il y a une profonde colère en moi, que j’ai beaucoup de mal à expulser et à laquelle je ne veux, semble-t-il, pas renoncer. Et me taire, c’est paradoxalement ma façon à moi d’exprimer cette colère.

Du coup, je ne sais vraiment pas comment réagir à cette visite familiale. Je sais que je ferai de mon mieux, que je serai souriante et aimable mais, au fond de moi, je traînerai des pieds.
Et je m’interroge : qu’adviendra-t-il si, plus tard, je me retrouve dans le rôle de mon père vis-à-vis de la Crevette ? Serai-je capable d’accepter qu’elle s’éloigne à ce point ? Et quand bien même, n’en demeurera-t-il pas une blessure quelque part ? Je n’ai malheureusement pas la réponse.

Enfin. La bonne nouvelle, c’est qu’il me reste quatre mois pour apprendre à respirer (discrètement) par le ventre.

Opération Pièces jaunes

Piècesjaunes Kanako-2015-239x300Quand tu lis “Opération pièces jaunes”, tout un tas de souvenirs te reviennent en tête : Bernadette Chirac avec son tailleur et sa permanente, David Douillet à l’époque où il ne faisait que du judo, le TGV repeint en jaune qui grouillait de postiers manipulant de gros sacs de pièces. Et puis la tirelire en carton qu’on récupérait dans le Journal de Mickey et qu’on s’efforçait de remplir – pas trop, le fond pouvait céder sous le poids ! – en raclant les fonds de tiroirs et les poches de nos parents.
De cette époque, j’ai gardé l’habitude de thésauriser mes pièces jaunes puis cuivrées, en me disant que, promis, cette année, j’irai les déposer à la Poste – après tout, j’ai six semaines pour ça. Bien entendu, ça ne marche jamais, je retrouve mes pièces trop tard, j’oublie ce que j’avais prévu de faire… Mais bon, c’est pas grave, l’opération a lieu tous les ans.

Et puis en décembre, la Crevette a été hospitalisée. Un certain temps. Rien de grave, je vous rassure, mais suffisamment important pour que ça nécessite un suivi particulier. Et j’ai pu constater les effets concrets de ce genre de campagnes d’appel aux dons : des couloirs, des salles d’attente et d’examen ornés de fresques colorées, des salles de jeux, des animations, une bibliothèque, une garderie pour les frères et sœurs… Et même si on n’a pas forcément pu bénéficier de tous ces équipements, c’était un formidable soutien de savoir que notre enfant ne serait pas dans un lugubre bâtiment gris, ne voyant défiler que du personnel soignant et s’amusant avec les jouets que nous pourrions bien lui fournir. Croiser un train rouge sur les murs du service me donnait le sourire, emprunter des jouets nous a permis d’occuper la Crevette, bénéficier d’un couchage décent dans la chambre nous a aidés à passer des nuits plus sereines…
Alors cette année, c’est juré, je vais collecter mes pièces et j’irai les déposer. Et je ne peux que vous inviter à faire de même.
Pour plus d’informations : le site de la fondation des hôpitaux (dont j’ai également récupéré les images pour illustrer ce billet)

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Césarienne : témoignage et appel à témoin

Mystsuki, du blog Et ils vécurent heureux, a lancé il y a quelques semaines un appel à témoignages sur la césarienne, qu’elle ait été programmée ou décidée dans l’urgence. Pour l’instant, je apparemment suis la seule à avoir répondu, et vous pouvez lire mon compte-rendu ici.

Alors si certaines parmi mes lectrices ont envie de témoignez, n’hésitez pas. Oui, je pense à toi, multiplemum, à toi, amie qui vient d’avoir un petit bout dans des circonstances assez similaires aux miennes, ou à toi, planquée derrière ton écran. Vous pouvez faire confiance à Mystsuki (je la connais en vrai), et c’est vous qui choisissez ce dont vous voulez parler.

A vos claviers !