The Circus Orchestra

Au temps de l’amour courtois, les troubadours n’allaient jamais sans leurs cousins bateleurs et jongleurs… David Greilsammer et la Geneva Camerata saisissent ce prétexte pour nous proposer une folle collaboration avec la compagnie des Objets Volants et cinq de ses épatants circassiens.

Dimanche dernier, j’ai emmené la Crevette assister à ce spectacle en me disait que ça ferait une chouette sortie – et en priant pour que Mademoiselle soit un peu plus attentive qu’à la fin de Casse-Noisette, où clairement elle ne pensait plus qu’aux cadeaux de Noël.
Le spectacle mêle de grands classiques de la musique baroque (interprété par des cordes et un clavecin) avec des numéros de jonglage. Alors que ce n’est pas évident au premier abord, on se rend compte que les jongleurs font tourner leurs accessoires en rythme. Balles, massues, anneaux de tailles diverses, mais aussi balles géantes et même un violon sont prétextes à des numéros qui donnent à montrer la musique. C’est une excellente façon d’illustrer un art qui peut sembler difficile d’accès à des petits.

Deux coups de cœur sont ressortis, un pour les parents, un pour les enfants. Ces derniers ont adoré la séance de mime, où l’un des jongleurs “joue” avec la première violoniste. La salle riait aux éclats, et il faut reconnaître que c’était drôle et bien pensé.
Quant aux grands, ils ont admiré la prouesse consistant, pour les jongleurs, à interpréter “Le premier prélude pour clavier bien tempéré” de Bach en se passant en rythme des tubes de plastique colorés creux qui rendaient chacun une note.
Nous avons passé un excellent moment et, hormis le dernier quart d’heure où la Crevette m’a demandé si c’était bientôt fini, le temps a filé.

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Musiques pour Saint-Cyr

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Vendredi dernier, bravant les pannes d’aiguillage, la pluie et les embouteillages, Lucy et moi sommes allées au château de Versailles assister à un concert dans la chapelle royale.
Le programme se proposait de faire revivre des airs composés pour la Maison royale de Saint-Cyr, grand oeuvre de Madame de Maintenon, épouse secrète de Louis XIV. Saint-Cyr, qui éduquait les jeunes filles pauvres de la noblesse, a bénéficié à ses débuts du soutien indéfectible du pouvoir royal et, partant, des artistes attachés à celui-ci. Le plus célèbre, Racine, écrivit Esther et Athalie pour les élèves, mais aussi des cantiques spirituels.
Ce sont ces cantiques, mis en musique par Collasse, ainsi que des motets de Nivers et Clérambault, que nous allions écouter.

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L’avantage de Versailles, c’est que quel que soit le lieu du spectacle, le cadre seul permet d’en prendre plein les yeux. La chapelle royale est vraiment belle, avec son immense fresque au plafond, ses colonnes, son maître-autel etses grandes orgues.
Mais là, on en a aussi pris plein les oreilles, grâce à l’ensemble baroque La Rêveuse et aux Pages et Chantres du centre de musique baroque de Versailles. La pureté des voix répondait à l’élégance de la musique et à la majesté du cadre si bien que, l’espace d’un instant, on aurait pu se croire ailleurs. Les jeunes solistes étaient impressionnants de maîtrise et de sensibilité – je pense notamment au Magnificat interprété a capella, qui donnait des frissons.

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Point intéressant : vu que nous sommes arrivées avec un quart d’heure de retard, on nous a placées en tribune latérale pour la première moitié du spectacle, avant de gagner nos places dans la nef pour la seconde partie. Au final, l’acoustique était meilleure en haut (ce qui est logique, vu que Louis XIV siégeait à la tribune) alors que les places sont moins chère (la visibilité vers l’autel est réduite, mais on peut admirer le plafond).





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Platée

Mercredi soir, c’était la reprise de la saison d’opéra avec Leen. Pour bien commencer l’année, nous avions jeté notre dévolu sur une oeuvre de Jean-Philippe Rameau, compositeur français du 18ème siècle.

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Après un prologue où l’on assiste à la naissance de la Comédie, on décide de présenter un divertissement sur la façon dont Jupiter guérit Junon, son épouse, de sa jalousie maladive. Pour ce faire, le roi des dieux entreprend de séduire Platée, reine des grenouilles réputée pour sa laideur, et de le convaincre de l’épouser. Au dernier moment, Junon, furieuse, arrache le voile de la fiancée et éclate de rire, définitivement remise de ses accès de colère. Platée, quant à elle, regagne son marais sous les quolibets.

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Non, ce n’est pas une histoire gentille, et de nos jours, on pourrait estimer qu’elle est franchement cruelle. Toutefois, on rit beaucoup dans cet opéra, aux dépens de tous les protagonistes.
La mise en scène est vive et drôle, le décor – un théâtre qui évolue au fur et à mesure de l’histoire – joue sur l’ambiguïté de la musique baroque en France (spectacle pour le roi ou roi qui se donne en spectacle ?) tout en mettant en valeur la modernité de la musique de Rameau. Les costumes sont bien trouvés, les chorégraphies des parties dansées (très présentes dans ce genre d’oeuvre) rappelant des “scènes de la vie conjugale” soulignent le propos sans l’alourdir… Une vraie réussite.
Quant aux interprètes, ils rivalisent d’excellence. C’était la première fois que j’entendais vraiment Julie Fuchs, dans le rôle de la Comédie et, surtout, de la Folie, et elle est à couper le souffle. La virtuosité avec laquelle elle enchaîne les notes plus aiguës les unes que les autres donne le vertige, d’autant que je suis convaincue qu’une partie de son interprétation laisse place à l’improvisation. Enfin, j’ai une mention spéciale pour Philippe Talbot (oui, c’est un homme), dont la Platée est drôle, touchante, grotesque, comique… et sacrément sportive ! J’avoue être restée en admiration en le voyant sauter les marches deux à deux sans perdre son souffle en plein milieu d’un air.

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Au final, c’est un petit bijou de bonne humeur et de bonne musique, et je ne peux que vous conseiller d’y aller.
Platée, Opéra national de Paris, jusqu’au 8 octobre

Note : en dépit de mes recherches, j’ai été incapable de trouver des photos du spectacle sur le site de l’Opéra, les rares illustrations viennent donc du site opera-online.





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