La maison au toit rouge

La vieille Taki rédige pour son neveu les souvenirs de ses années de service, avant guerre, dans la petite maison de style occidental que M. Hirai, sous-directeur d’une entreprise de jouets florissante, a fait construire à Tokyo pour sa femme. Taki se souvient avec ferveur de son quotidien dans le foyer de Tokiko, de l’intimité qui se noue entre les deux femmes, pendant ce qui fut, pour elle, un long moment de bonheur. Elle évoque l’amour platonique entre les époux Hirai puis les sentiments de Tokiko pour un jeune dessinateur de la fabrique de jouets, Jôji Itakura. L’atmosphère se tend, le commerce périclite tandis que les préparatifs de la guerre envahissent peu à peu le quotidien. Les amants auront-ils le temps de s’aimer ?


J’ai acheté ce livre quelques jours après avoir fait l’acquisition de Les dames de Kimoto, pour lequel je m’enthousiasmais déjà. Le résumé de ce roman, qui me proposait une histoire d’amour “à la japonaise” (regards en biais, effleurements, silences…), m’a interpellée, ainsi que la période de l’entre-deux-guerres, un moment de l’histoire du Japon qui me fascine. Quoi qu’il en soit, je m’attendais à une lecture sympathique et plutôt lente.
Quelque part, je ne me suis pas trompée : la narratrice use d’un langage simple, décrit sa vie à la première personne et fait revivre l’atmosphère du foyer au sein duquel elle travaillait, ainsi que le Tokyo des années 1930. Les nombreuses descriptions de repas, les menus incidents de la vie domestique, tout cela concourt à créer un rythme un peu ronronnant et apaisant.
Toutefois, la dernière partie du livre, consacrée à la guerre, ainsi que l’épilogue, situé au moment de la rédaction des mémoires, apporte une dimension nouvelle au récit, éclaire certaines choses et ajoute une légère dimension tragique. Au final, si je me suis un peu forcée pour reprendre cette lecture arrêtée au tiers au moment des fêtes, je me suis replongée dedans avec délices et l’ai terminée en deux jours. L’écriture est agréable, la traduction fluide, et l’on ne peut que s’attacher à ces personnages qui évoluent dans la maison au toit rouge comme dans un théâtre.
Le roman a été adapté en film, primé au festival de Berlin, et j’ai du coup très envie de le voir.

La maison au toit rouge, Nakajima Kyoko, Seuil

Reading challenge 2017 : A book set in two different time periods

Les Larmes

“Je n’ai jamais ressenti aucun sentiment de nation. Aucun sentiment de territoire. Seules les langues m’émerveillent.
Rare l’instant où on voit sur les lèvres d’un enfant l’instant où le son devient un mot.
Très rares les humains qui ont pu voir filmée, ou dessinée, ou enregistrée, ou narrée la scène exacte où ils ont pris origine juste avant l’instant x où ils sont conçus.
Mais plus encore l’instant de bascule d’un système symbolique dans un autre: la date de naissance de leur langue, les circonstances, les lieux dans l’espace, le temps qu’il faisait dans le site, la rivière, les arbres, la neige…. C’est une chose extraordinaire que d’être resté en contact avec la contingence de l’origine.” Pascal Quignard


J’ai reçu ce livre à Noël, ne sachant pas du tout à quoi m’attendre. Si je connais l’auteur de nom (quand même), je n’avais jamais rien lu de lui. La quatrième de couverture (qui n’est pas le texte retranscrit plus haut) propose un extrait du roman sur la fuite en avant du personnage de Hartnid, héros et fil rouge de ce récit.
L’écriture est magnifique, empreinte de poésie, d’une précision méticuleuse : chaque mot est là pour une raison, chaque mot a sa place. Le contexte évoqué de la naissance de langue française est celui de l’époque carolingienne et m’a fortement rappelé mes années de prépa. En peu de phrases, Quignard est capable d’évoquer le froid des monastères, l’opulence de Byzance, l’exotisme de Bagdad, la terreur inspirée par les Normands et, toujours, en filigrane, le rapport à la langue en tant que signifiant (“Il se plaisait à donner des noms sans voir les apparences car telle est la fonction du langage”).

En revanche, j’avoue avoir été déroutée par la forme du récit. Des parties conçues comme des “livres”, de brefs chapitres à chaque livre, un point de vue sans cesse changeant, mêlant merveilleux et réalité, termes populaires et savants, citations latines et dialogues. Il m’a semblé difficile d’entrer dans l’histoire de Hartnid, ce personnage dont on ne sait, au fond, ce qu’il fuit et ce qu’il pourchasse. J’ai suivi le récit d’un œil, captivée par la langue mais moins par ce que l’auteur avait à nous raconter.

Reading challenge 2017 (et bilan 2016)

Source (J’avoue, j’ai aussi un grand dressing – infesté de punaises pour l’instant)

Pour la troisième année consécutive, je vais me lancer dans le Reading challenge proposé par Popsugar et Goodreads. Si j’étais partie pleine d’espoir pour 2016, j’ai été stoppée net dans ma progression par la découverte des punaises de lit dans notre intérieur : outre que cela m’a littéralement bouffé le cerveau, cela m’a fait prendre du retard dans mon travail et, partant, j’ai dû rattraper tout ça sur les dernières semaines de l’année. Pendant quelques semaines, j’ai quasiment cessé de lire, et j’avais en outre cessé de noter mes lectures courant juillet. D’après mon décompte, j’ai donc lu 32 ouvrages au premier semestre (sans les BD, comics, magazines et assimilés). Vu que l’an dernier, j’en avais lu 76, on peut dire que c’est mon nouveau rythme de croisière (“nouveau” au sens de : “depuis que j’ai un boulot prenant et une Crevette”).

C’est donc reparti pour 2017 ! Petite nouveauté cette année, la liste ne comprend plus 50 propositions, mais 40, assorties de 12 supplémentaires pour les personnes “avancées”. Comme l’an dernier, je fais quelques aménagements (surtout un car la catégorie m’a profondément dérangée).

  • A book recommended by a librarian
  • A book that’s been in you TBR list for much too long
  • A book of letters (ou un roman épistolaire ?)
  • An audiobook
  • A book by a person of color Comme je pars du principe que je me fiche de la couleur de peau d’un auteur, je préfère choisir un livre sur la condition (et la discrimination) des personnes de couleur (mouvement des droits civiques, Black Lives Matter, etc.)
  • A book with one of the four seasons in the title
  • A book that is a story within the story
  • A book with multiple authors
  • An espionnage thriller
  • A book with a cat on the cover
  • A book by an author who uses a pseudonym
  • A bestseller from a genre you normally don’t read
  • A book by or about a person who has a disability
  • A book involving travel
  • A book with a subtitle
  • A book that’s published in 2017
  • A book involving a mythical creature
  • A book you’ve read before that never fails to make you smile
  • A book about food
  • A book with career advice (ma carrière professionnelle ou celle de quelqu’un d’autre ?)
  • A book from a nonhuman perspective
  • A steampunk novel
  • A book with a red spine
  • A book set in the wilderness
  • A book you loved as a child
  • A book by an author from a country you’ve never visited
  • A book with a title that’s a character’s name
  • A novel set during wartime (n’importe quelle guerre ?)
  • A book with an unreliable narrator
  • A book with pictures
  • A book where the main character is a different ethnicity from you (y’a un thème global sur l’inclusion, cette année ?)
  • A book about an interesting woman
  • A book set in two different time periods
  • A book with a month or day of the week in the title
  • A book set in a hotel
  • A book written by someone you admire
  • A book that’s becoming a movie in 2017 (catégorie déjà vue en 2015)
  • A book set around a holiday other than Christmas (challenge !)
  • The first book in a series you haven’t read before
  • A book you bought on a trip

Advanced

  • A book recommended by an author you love
  • A bestseller from 2016
  • A book with a family-member term in the title
  • A book that takes place over a character’s life span
  • A book about an immigrant or a refugee
  • A book from a genre/subgenre you’ve never heard of
  • A book with an eccentric character
  • A book that’s more than 800 pages (dommage, le second tome des Misérables est dans une caisse à la cave…)
  • A book you got from a used book sale
  • A book that’s been mentioned in another book
  • A book about a difficult topic
  • A book based on mythology

Le livre de Noël

Au fil de ces récits, aussi charmants que des contes dits à la veillée, on fera la connaissance d’une petite fille suédoise qui reçoit un livre d’étrennes… en français. On découvrira l’origine de la légende de sainte Luce, très prisée en Suède. On saura ce que font les animaux durant la nuit de Noël et comment le rouge-gorge devint rouge.


Selma Lagerlöf est une auteure suédoise qui fut la première femme à recevoir le prix Nobel de littérature. J’avais déjà lu un de ses recueils de nouvelles, Les reines du Kungahälla (si vous aimez la mythologie scandinave, les contes et les Poèmes barbares de Leconte de Lisle, foncez), et j’avais beaucoup aimé sa plume, très évocatrice. Je n’ai donc pas hésité longtemps avant d’embarquer ce petit recueil sur le thème de Noël.

Ca se lit vite (quelques heures) et facilement, et les histoires sont très prenantes. J’ai particulièrement aimé Le livre de Noël et La légende de Sainte Lucie, qui m’ont vraiment parlé (la première nouvelle parlera certainement à tout amateur de lecture). En revanche, si cela ne m’a pas du tout dérangée, il ne faut pas perdre de vue que presque toutes les histoires sont fortement teintées de christianisme luthérien, et ont souvent une dimension édifiante, sans être pontifiant.
A titre personnel, j’ai passé un excellent moment, et je trouve que ce petit recueil est une belle façon de se mettre dans l’ambiance des fêtes ou de patienter avant la distribution des cadeaux !

Le livre de Noël, Selma Lagerlöf, Actes Sud

Les dames de Kimoto

Hana a vingt ans et c’est le jour de son mariage, arrangé comme le veut la coutume, alors qu’elle n’a vu son fiancé qu’une seule fois. Sa grand-mère, Toyono, qui l’a élevée, incarne la tradition, immuable, ancestrale et veut que sa petite-fille la respecte. Mais on est à l’aube du XXe siècle et déjà le monde change. Hana va vite se retrouver déchirée entre le carcan des obligations familiales et sociales et ses aspirations personnelles. Mère à son tour, elle devra affronter la génération montante en la personne de Fumio, sa fille qui, après de violents conflits, saura prendre des temps anciens et des temps nouveaux ce qu’ils ont de meilleur.


J’ai eu un coup de coeur pour ce livre dès le début : jolie couverture, beau papier, promesse d’une histoire comme je les aime… et le résultat a été à la hauteur de mes attentes.
Avec un style très élégant, Ariyoshi Sawako nous entraîne dans ce Japon en profonde mutation, que l’on connaît relativement mal en Occident. Entre l’ère des samouraïs, déjà achevée, et celle du militarisme, encore en gestation, que s’est-il passé, comment la vie des gens a-t-elle été modifiée ?
Surtout, ce roman est un beau portrait de famille incarnée par les femmes. De la mère à la fille, de la tradition à la modernité, comment concilier les usages, les désirs et le changement ? Ariyoshi explore ces liens parentaux, le rapport à la mère et le conflit inhérent à celui-ci.

J’ai beaucoup aimé ce roman. La première partie est une très belle évocation de la vie aisée en province au début du 20ème siècle, avec ses rites et ses traditions, et qui pourrait se suffire à elle seule. Mais les deux suivantes apportent une profondeur au récit à mesure que le personnage principal vieillit.
En quelque sorte, j’ai eu l’impression de lire un ouvrage à mi-chemin entre Un amour insensé de Tanizaki Junichirô et Chemins de femmes, d’Enchi Fumiko (je recommande les deux, c’est très, très bien). Un portrait de femme(s), une profonde évolution de la société, et la question de la place des femmes dans celle-ci.
Par ailleurs, la traduction est fine, quoique un tout petit peu datée, même si cela ajoute du charme au récit (aujourd’hui, on ne prendrait plus la peine de traduire “miso”, par exemple).

Si je devais émettre deux petites critiques, ce serait d’abord concernant le titre français : le titre original (Kinogawa, Le fleuve Ki), me semble plus adapté car le Ki sert de fil conducteur tout au long du récit. En outre, j’ai relevé deux ou trois coquilles qui, dans la mesure où il s’agit en plus d’une réédition, n’ont rien à faire là : Harimi au lieu de Harumi, Kazuhiko qui devient Kasuhiko… Rien de grave mais cela montre que personne n’a relu ce texte depuis un moment.
Mais que cela ne soit pas un frein, c’est un très joli roman qu’il n’est pas facile de lâcher et qui fait voyage. J’ai moi-même envie de visiter Wakayama lors de mon prochain séjour au Japon, du coup !

Les dames de Kimoto, Ariyoshi Sawako, Mercure de France

Eclipses japonaises

eclipses-japonaisesEn 1966, un G. I. américain s’évapore lors d’une patrouille dans la zone démilitarisée, entre les deux Corées. Il est considéré comme “missing”. A la fin des années 1970, sur les côtes de la mer du Japon, hommes et femmes, de tous âges et de tous milieux, se volatilisent. Parmi eux, une collégienne qui rentrait seule de l’école, un archéologue qui s’apprêtait à poster sa thèse, une future infirmière qui voulait s’acheter une glace. “Cachées par les dieux”, ainsi qualifie-t-on en japonais, ces victimes qui ne laissent aucune trace, pas un indice, et qui mettent en échec les enquêteurs. Une à une, les affaires sont classées, les familles abandonnées à l’incompréhension, les disparus oubliés. En 1987, le vol 858 de Korean Air explose en plein vol. Une des terroristes, descendue de l’avion lors d’une escale, est arrêtée. Elle s’exprime dans un japonais parfait. Pourtant, la police finit par identifier une espionne venue tout droit de Corée du Nord. Vingt-cinq ans après, les Japonais “cachés par les dieux” réapparaissent tels des spectres, sur les terres de Kim Jong-un. Puis, c’est au tour du G. I. de resurgir dans un téléfilm nord-coréen de propagande, où la CIA le voit interpréter un rôle d’Américain honni. Toutes ces affaires ont-elles un lien ?


J’ai découvert ce livre quelques jours après sa sortie chez mon dealer libraire préféré. Si la couverture n’avait pas grand-chose pour elle, le titre et, surtout, le résumé, m’ont interpellée. En effet, je connais cette histoire dont j’ai entendu parler à l’époque où je fréquentais un séminaire de recherche à l’INALCO – c’était le sujet de mémoire d’une de mes camarades.
Pendant les années 60 et 70, le régime nord-coréen a bel et bien commandité des enlèvements, notamment de Japonais, pour enseigner la langue et la culture à ses espions. Cela paraît totalement hallucinant, voire sorti tout droit d’un mauvais roman d’espionnage, et pourtant.

Le talent d’Eric Faye consiste à nous livrer un récit “de l’intérieur”, par la voix des différents protagonistes, hommes ou femmes, quelle que soit leur nationalité. On est happé par cette histoire passionnante, et il est très difficile de reposer le livre. La libraire m’avait dit : “Ca se lit comme un polar”, et il y a certainement de cela. Mais il y a aussi, en filigrane, une connaissance approfondie du sujet, ainsi que des cultures japonaise et coréenne, et des enjeux politiques autour de ces vies individuelles.
Une excellente lecture, rapide et captivante.

Eclipses japonaises, Eric Faye, Seuil

Le mois de la romance – Read a romance month

Comme l’univers est joueur et que le destin aime bien me balancer des vannes, il se trouve que, deux jours après vous avoir annoncé avec perte et fracas que je n’arrivais plus à écrire, ma contribution au “Mois de la Romance” vient d’être publiée.

lemoisdelaromance
Le Mois de la Romance, qu’est-ce que c’est ? C’est l’adaptation française d’une tradition estivale américaine, le Read a Romance Month, créée par la blogueuse et chroniqueuse Bobbi Dumas aux Etats-Unis. Depuis 2013, chaque mois d’août, des auteurs de romance sont invitées à s’exprimer sur leur rapport au genre, ce qu’elles y aiment, mais aussi à répondre à une courte interview. En France, c’est le site Les Romantiques, déjà organisateur du Festival du roman féminin, qui a pris le relais.
Donc, si vous voulez découvrir mon blabla, enrichi de photos pas piquées des vers, c’est ici !

Et puis après

Et puis aprèsCe matin-là, Yasuo, directeur syndical des pêcheurs du village, perçoit immédiatement l’inhabituelle violence des premières secousses. Tout près de lui sur la plage, les hommes penchés sur leurs filets sont inquiets. Et quand brusquement la mer semble reculer à l’extrême, quand Yasuo n’écoutant que son intuition se met à hurler, tous obéissent, le suivent, s’échinent à pousser leur navire sur le sable ; puis, comme lui, s’élancent, passent la vague encore accessible et atteignent ainsi l’au-delà du tsunami.
À près de dix kilomètres au large, Yasuo coupe le moteur, jette l’ancre et se retourne. Le paysage qui s’offre à lui est effrayant. À l’endroit où s’étendait la plage se dresse maintenant un mur noir et luisant.


J’avais repéré ce livre à plusieurs reprises et, sur un coup de tête, me le suis offert cette semaine. C’est un très court récit (moins d’une centaine de pages) qui suit le cheminement de Yasuo, patron pêcheur respecté, depuis le tsunami jusqu’à son retour à une vie “normale”.
J’ai beaucoup aimé l’écriture, fine et évocatrice, qui permet de plonger dans la psyché de cet homme ordinaire frappé par une catastrophe invraisemblable, quasi indescriptible. L’histoire se lit très vite ; il n’y a pas de chapitre, on change simplement de temps narratif de temps à autre. Le portrait à petites touches de ce personnage qui se révèle peu à peu donne envie d’en savoir plus, les pages se tournent toutes seules.

Néanmoins, je suis restée un peu sur ma faim : même si le récit s’achève de façon “satisfaisante”, j’ai un léger goût de trop peu. J’aurais aimé en savoir davantage sur les motivations et les ressorts intérieurs de Yasuo, et notamment ce qui le pousse brusquement à rebondir.

Quoi qu’il en soit, si la question du tsunami de 2011 et de ses conséquences humaines et psychiques vous intéresse, je vous recommande cette lecture, car elle apporte un éclairage sur la façon dont les survivants ont vécu cette période transitoire. Soulignons au passage que l’auteur sait de quoi elle parle, puisqu’elle s’est rendue sur place au moment de la catastrophe en tant que volontaire, mais qui nous livre aussi des observations et faits en tant que journaliste.

Et puis après, Actes Sud

L’Affaire Arnolfini

arnolfiniLe portrait dit des Époux Arnolfini a été peint par Jan Van Eyck en 1434 : énigmatique, étrangement beau, sans précédent ni équivalent dans l’histoire de la peinture… Cet ouvrage offre un voyage au cœur de ce tableau, qui aimante par sa composition souveraine et suscite l’admiration par sa facture. Touche après touche, l’auteur décrypte les leurres et symboles semés par l’artiste sur sa toile, à l’image d’un roman policier à énigmes. Alors le tableau prend corps, son histoire se tisse de manière évidente et les personnages qui nous regardent dans cette scène immuable prennent vie devant nous…


J’ai acheté ce livre, attirée par la couverture qui reprend un tableau que j’adore – et que connaissent nombre de reconstituteurs – mais aussi par le résumé qui promettait bien des choses.
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un roman, mais bel et bien d’une analyse du tableau en une douzaine de courts chapitres. L’auteur, qui n’est pas historien de l’art mais médecin, a beaucoup étudié son sujet, établissant une enquête fouillée et étayée par de nombreuses sources et une bibliographie abondante.

L’hypothèse proposée est intéressante, voire séduisante, même si je ne saurais dire si elle est la bonne. Je me demande d’ailleurs ce qu’en pensent les historiens de l’art spécialistes de la période ou de l’artiste. Mais au-delà de ça, l’auteur donne à voir les détails infimes du tableau – oui nous avions tous vu le reflet dans le miroir, mais aviez-vous remarqué les mules rouges, le cerisier ou Sainte Marguerite ? Moi pas, j’avoue. Des agrandissements et des reproductions en couleur et en noir et blanc ponctuent les pages et illustrent correctement le propos, avec parfois des recoupements avec d’autres œuvres de Van Eyck ou de l’époque.
En outre, grâce à des recherches minutieuses, cet ouvrage éclaire également des aspects peu ou mal connus de la vie médiévale, qu’elle soit quotidienne ou spirituelle. Je m’estime calée sur le sujet, pourtant j’ai découvert deux ou trois trucs.
Si vous êtes déjà très versé en histoire de l’art, ce livre ne vous intéressera peut-être pas. Mais si vous avez envie d’une lecture rapide et instructive, n’hésitez pas à plonger le nez là-dedans, vous en ressortirez avec l’impression d’en savoir beaucoup plus sur une époque.

L’Affaire Arnolfini, Jean-Philippe Postel, Actes Sud

Ru

RuUne femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l’enfance dans sa cage d’or à Saigon, l’arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d’un bateau au large du golfe de Siam, l’internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec.


Ce livre a atterri un peu par hasard dans ma PAL : l’an dernier, mon père – qui réside au Canada, je le rappelle – me l’a fait parvenir, dédicacé, en me précisant que ma belle-mère avait rencontré l’auteur. Et pendant longtemps, l’ouvrage a tranquillement pris la poussière dans un coin du salon, attendant mon bon vouloir.
Celui-ci est venu par l’intermédiaire d’une copine, Karine du blog Mon coin lecture, qui ne tarissait pas d’éloge sur l’auteur, tant au plan littéraire qu’humain. Aussi ai-je fini par me décider à l’emporter lors des dernières vacances…

Effectivement, c’est bien. Les chapitres, très courts, alternent entre souvenirs du Vietnam d’avant les communistes, parfois même des souvenirs de famille antérieurs à la naissance de l’auteur, et des tranches de vie au Québec, après la fuite. Boat people, Kim Thuy raconte de façon très factuelle la noirceur des camps de réfugiés, les difficultés de la traversée en mer, l’adaptation parfois rude à son nouveau pays… Pourtant, à aucun moment elle ne donne dans le misérabilisme ni dans l’apitoiement.
De la même façon, elle évoque des épisodes cruels de sa vie “d’après”, en particulier l’autisme de son fils, avec beaucoup de pudeur et de vérité, sans pathos. Dans une langue toujours précise, ciselée, pure même, Kim Thuy peint à petites touches un autoportrait et, au-delà, un portrait de femme résiliente et pleine de ressources.
C’est une lecture rapide mais qui touche profondément, et que je ne peux que vous recommander.