Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.
J’ai repéré ce livre dès sa sortie : outre sa couverture à la fois intrigante et envoûtante, j’ai toujours été fascinée par l’incendie du Bazar de la Charité, depuis que j’ai découvert ce drame dans un livre de ma mère à l’adolescence. Du coup, j’étais franchement curieuse de voir ce que l’auteur en ferait.
Après quelques tergiversations devant le prix du grand format – et la montagne que représente ma PAL – j’ai fini par me l’offrir vendredi dernier, et l’ai attaqué dimanche après-midi dans le TGV qui me ramenait à Paris.
C’est un roman magnifique. L’auteur parvient à se couler avec grâce dans le style de la fin du 19ème siècle tout en parvenant à rester parfaitement limpide. La narration est fluide, les personnages construits, le socle historique solide, le récit fouillé…
J’ai été happée par ce roman, par ce portrait de femmes écrasées par leur classe sociale et ses conventions, étouffées par leur condition féminine et leurs aspirations contradictoires. Les personnages masculins, bien qu’un peu en retrait, ne sont pas moins travaillés et mis en valeur. Du moment où j’ai ouvert ce livre, je n’ai eu de cesse de le finir, et j’ai avalé les 500 et quelques pages en environ 36h (parce qu’il faut bien dormir et bosser, parfois).
Certains aspects de l’histoire, en rapport avec la maladie mentale – ou ce qui était considéré comme tel à l’époque, m’ont beaucoup touchée, sans doute parce que je me suis totalement identifiée au personnage qui s’y retrouve confronté. Cela m’a ébranlée mais a également nourri mes réflexions (au point de faire un lapsus lors de ma séance d’hier).
Je ne peux que recommander La part des flammes. Dans sa postface, Gaëlle Nohant précise avoir passé quatre années à travailler à son écriture. Si je ne peux que me réjouir du résultat, j’avoue espérer égoïstement qu’elle ne nous fera pas trop attendre pour publier sa prochaine oeuvre.
La part des flammes, Gaëlle Nohant, Le Livre de Poche
Je suis optimiste, je pars du principe que l’événement sera reconduit.
La semaine dernière – mercredi et jeudi – j’étais donc invitée à participer au Festival du Roman Féminin (que j’ai pas arrêté de nommer “Salon”) à la fois en tant qu’auteur et traductrice de romance. L’idée est de proposer, à l’image des conventions américaines ou de la convention allemande Love Letters, un espace qui permette le dialogue entre auteurs et lectrices de romance, assorti de contrepoints d’acteurs du livre.
Si j’ai déjà fréquenté la version réservée aux auteurs, je ne connaissais pas du tout le principe de la convention avec lectrices. Bon, j’ai beaucoup assisté aux conventions de japanime il y a une quinzaine d’années (je suis un dinosaure, j’ai fait Japan Expo 3ème Impact, pour vous donner une idée), ça se ressemble un peu, en fait.
Je devais participer à un “meet & greet” – rencontre informelle avec des lectrices (qui permet aussi de dédicacer tout un tas de supports) – une table ronde sur la romance historique, une autre sur la traduction, la présentation de ma maison d’édition, Milady Romance, et enfin un jeu avec des lectrices. La convention se clôturait, le jeudi soir, par deux heures de dédicaces avec des livres offerts (mon éditeur a offert 50 exemplaires de mon premier roman).
Je partais donc ainsi :
Je ne vais voir personne, de toute façon les auteures américaines seront prises d’assaut et nous, les Françaises, on sera là pour la figuration.
Oh punaise, je vais devoir parler en public. De ce que j’écris. En plus les questions ont l’air difficile, je vais passer pour une idiote.
Mais comment je vais m’habiller ? (Oui, j’ai des considérations très intellectuelles)
Le jeu organisé par le Boudoir : rédiger une fausse quatrième de couv’ à partir d’éléments imposés
Au final, ça a donné ça :
Même si je ne suis pas une star de la romance comme Emily Blaine, j’ai quand même été arrêtée au détour d’un couloir ou d’une table ronde par des personnes qui m’ont dit qu’elles aimaient mon travail et/ou la façon dont je l’avais présenté.
Je me suis marrée comme une baleine pendant deux jours, entre les blagues débiles de mes collègues, les déclarations enflammées de certaines lectrices et le jeu du Boudoir écarlate où j’ai failli pleurer de rire.
J’ai réussi à parler en public. Presque sans trembler. Point supplémentaire : j’ai parlé en anglais et me suis auto-traduite à la conférence sur la romance historique.
J’ai pu échanger sur les pratiques du métier (ça se sent que je ressors du vocabulaire technique ?) avec d’autres auteurs, américaines ou françaises. Au final, on a un peu toutes les mêmes problèmes, entre crises d’inspiration, attaques de panique et trucs & astuces pour se mettre au travail.
J’ai pu expliquer et, je l’espère, démystifier mon métier de traductrice : non, le traducteur n’est pas un gros méchant qui trahit le propos de l’auteur en changeant les mots ; oui, il faut faire des choix ; non, nous ne sommes pas seuls maîtres à bord, généralement l’éditeur et le correcteur passent derrière nous, parfois davantage ; oui, nous nous retrouvons parfois dans des situations étranges quand il faut mimer une scène de cul ou de baston pour comprendre comment ça se passe.
J’ai (peut-être) conquis de nouvelles lectrices, qui ont profité de la dédicace pour embarquer mes livres.
Je manque cruellement de goodies. Je n’avais que des cartes de visite à offrir, alors que certaines sont terriblement organisées, avec cartes postales et badges. C’est un point à améliorer d’urgence.
J’éprouve le même sentiment de “gueule de bois post-convention” où je me demande ce que je fous là avec toutes ces filles si talentueuses.
Au final, je suis ravie de cette édition et j’espère de tout cœur qu’une édition 2017 aura lieu (puis 2018, etc.). Peut-être dans un autre lieu, parce que celui-là manquait de lumière naturelle et (surtout !) de toilettes pour autant de filles, mais qu’à cela ne tienne : passer deux jours au cœur du Marais, il y a pire comme pénitence.
Cela ne vous aura sans doute pas échappé, je me suis remise à l’écriture. Or si j’adore ça, je m’aperçois que c’est une activité difficilement compatible avec un de mes plus grands passe-temps : la lecture.
Au-delà de la question du temps (mais qui a besoin de dormir, de nos jours ?), je trouve qu’il existe une véritable dichotomie : comment produire quelque chose quand on est absorbé par l’univers de quelqu’un d’autre ? Je vis intensément ce que je lis, au point de formuler mes pensées dans le style de l’auteur (ça peut être très drôle quand mon cerveau se met à me parler en alexandrins ou à employer des figures de style zoliennes), alors m’arracher à ce monde pour coucher le mien sur le papier est très compliqué.
En outre, j’ai relevé deux cas de figure qui reviennent très souvent :
J’adore ce que je lis. J’aurais adoré écrire ça. D’ailleurs, pourquoi ne l’ai-je pas écrit ? C’est facile, c’est parce que je n’en suis pas capable. La vie n’en vaut pas la peine. Je vais abandonner mon manuscrit et aller bouder dans le canapé avec mon pot de glace, tiens.
Mais c’est génial, cette idée ! Ca va se voir beaucoup, si je pique l’arc narratif / le conflit / les personnages / l’univers / tout ça à la fois ?
Vous l’aurez compris, entre crise de foi et risque de plagiat, c’est vraiment galère de concilier le livre et la plume ! Surtout qu’en ce qui me concerne, on ratisse large : la romance, bien entendu, mais aussi les romans de façon plus générale, et les ouvrages historiographiques. Ce qui, en tout, doit représenter au moins les deux tiers de ma PAL.
Du coup, j’ai découvert quelques trucs qui me permettent de lire, même en période de procrastination rédaction intense.
Lire des documents ou magazines. Ces dernières semaines, les hors-séries de 180°C et les ouvrages de Svetlana Alexiévitch m’ont bien aidée.
Me remettre aux classiques. Outre les “indémodables” qui ne traînent jamais loin de ma table de chevet (Au bonheur des dames, par le plus grand des hasards), je m’efforce de rattraper mes lacunes en la matière. Voici plusieurs mois que je lis Les Misérables – même si j’éprouve de longs moments d’ennui, je profite du style impeccable de Hugo.
Dévorer les opuscules sur des sujets plus ou moins improbables – plus on s’éloigne de mon domaine de prédilection, plus il y a de chances que ça marche. Dernier en date : Le piment d’Espelette, un produit, un territoire, aux éditions de l’Epure. Les éditions Allia sont aussi un excellent pourvoyeur.
Alors, suis-je folle ? Plutôt normale ? Et vous qui écrivez, ressentez-vous la même chose ?
Tahar Ben Jelloun a choisi de réécrire dix contes de Perrault (Riquet à la houppe, Le Petit Poucet, Barbe-Bleue, La Belle au bois dormant, Les Fées, Le Chat botté, Peau d’âne, Le Petit Chaperon rouge, Les Souhaits ridicules et Cendrillon) en les installant dans un contexte ” arabe et musulman “, en les orientalisant en quelque sorte.
J’adore les contes de fées, je m’en suis souvent fait l’écho – c’est une des raisons pour lesquelles j’ai beaucoup aimé la trilogie Poison, Charme, Beauté de Sarah Pinborough. Alors, quand j’ai aperçu ce recueil sur la table de mon libraire l’autre jour, je n’ai fait ni une, ni deux, et je l’ai embarqué en pensant aussi rayer une catégorie du Reading challenge.
L’idée de l’auteur de transposer ces contes si connus dans un univers “exotique” inspiré de la culture arabo-musulmane est excellente (le petit chaperon rouge devient la petite à la burka rouge), et est justifiée par le fait que celui-ci souhaitait montrer cette culture sous un jour plus favorable que celui de l’obscurantisme et de la pauvreté. On trouve donc des personnages ouverts, tolérants, féministes, humanistes… et on y prend plaisir. En outre, Ben Jelloun ajoute généralement un “twist” au conte traditionnel, ce qui le modernise et le rapproche de nous.
Bien sûr, on pourrait arguer qu’il s’agit d’une lecture très optimiste et légère de l’univers dans lequel ces contes sont transposés. Mais je pense sincèrement que c’était déjà le cas de Perrault lorsqu’il décrivait une Europe de fantaisie pleine de forêts, de châteaux enchantés et de belles princesses. Si vous aimez les contes, je vous recommande donc vivement cette lecture à la fois agréable et rapide.
Des milliers de livres ont étudié les effets des parents sur leurs enfants. Mais presque aucun n’a songé à demander: quels effets les enfants ont-ils sur leurs parents?
Jennifer Senior tente de répondre à cette question, en isolant et analysant les nombreuses façons dont les enfants modifient la vie de leurs parents, qu’il s’agisse du couple, du travail, des habitudes, des loisirs, de l’amitié ou de la perception de soi.
Je crois avoir déjà parlé de mon amie Lou², la fille au super-pouvoir : celui de m’offrir des bouquins dont j’ignore l’existence mais qui vont me parler. Celui-ci ne fait pas exception à la règle : je l’ai reçu en début d’année, alors que je me posais (encore) (et toujours) plein de questions sur ma place et mon rôle de mère, avec en guise d’explication : “l’interview de l’auteur était réjouissante, j’espère que le livre le sera aussi”.
Le postulat de base de Jennifer Senior, journaliste de formation, est que l’arrivée d’un enfant dans la vie de ses parents bouscule de nombreuses choses. On perd en sommeil, en autonomie, le mariage et la vie sociale en prennent un coup, l’adolescence est généralement un moment difficile à passer… voilà pour la partie “no fun”. Mais elle souligne aussi le bonheur que procurent les enfants à ceux qui prennent soin d’eux, qu’il s’agisse d’assister à leurs progrès, de ressentir de la fierté pour leurs réussites ou juste de faire l’imbécile en leur compagnie (la partie “all joy”, si vous avez suivi).
Cet ouvrage est assez intéressant et facile à lire, même si je trouve que l’auteur puise à un peu trop de sources différentes pour étayer à tout prix son propos. En outre, et c’est normal, elle s’intéresse essentiellement au modèle américain, faisant l’éloge notamment des systèmes scandinaves et français (en revanche, j’aimerais que son amie me file les coordonnées de sa crèche à 100€/mois en plein Paris…).
Toutefois, j’ai apprécié cette lecture parce qu’elle remet en perspective certaines choses : l’enfance telle que nous la concevons aujourd’hui est une invention moderne, issue de la seconde guerre mondiale. C’est donc un modèle neuf où nous n’avons guère de repères. Elle résume aussi le concept d’enfant devenu “inutile” et paradoxalement couvé, comparativement à l’enfant autrefois “utile” et autonome. Et j’avoue que ces rappels et ces explications des bases de notre rapport à l’enfance et à l’éducation ont été plus que bienvenus pour moi.
All joy and no fun, The paradox of modern parenthood, Jennifer Senior, Ecco
Non, il ne s’agit pas de ma dernière lubie – encore que… – mais bien du titre de ma dernière lecture, qui fut un véritable coup de cœur. Je vous raconte pourquoi.
Trois femmes intrépides, trois siècles et une chocolatière de porcelaine : la folle aventure du chocolat en Europe.Désir de chocolat, c’est l’histoire de Sara, de Cándida et de Mariana, trois jolies femmes qui, à trois époques différentes, ont un jour croisé le chemin d’une chocolatière de porcelaine fabriquée pour Madame Adélaïde de France au XVIIIe siècle. La première entretient une liaison sulfureuse avec l’inventeur de trois chocolats parfumés aux épices. La deuxième, en quête de sensations plus fortes qu’un délicat breuvage, s’enfuit avec un ténor napolitain. La troisième devient la cible d’une série de complots quand les rois de France et d’Angleterre veulent s’approprier sa merveilleuse machine à broyer les fèves de cacao.
Passées les cinquante premières pages dans lesquelles j’ai eu du mal à me plonger (mais peut-être était-ce dû à la période qui n’était pas idéale pour moi), j’ai littéralement dévoré ce roman. Découpé comme une pièce de théâtre ou un opéra, en trois actes, deux intermèdes et un finale, il retrace l’histoire de la chocolatière (l’ustensile) en porcelaine de Madame Adélaïde, fille de Louis XV.
Chaque acte correspond à une héroïne, à des périodes différentes, et l’auteur prend le parti de nous faire remonter le temps : de nos jours jusqu’à la conception de l’objet. Les intermèdes sont là pour expliciter les marques laissées par le temps sur la chocolatière. Outre la délicieuse évocation du chocolat qui imprègne littéralement les pages, ce récit fait la part belle à trois femmes déterminées qui cherchent à établir leurs propres règles dans un monde qui voit leurs pratiques d’un mauvais œil, et nous livre de beaux portraits.
A titre personnel, j’ai eu un gros faible pour le deuxième acte, qui mêle amour, chocolat et opéra (le livre parfait, quoi), mais tous se valent autant par l’histoire qu’ils racontent que par le choix de l’auteur de changer de style selon l’héroïne et la période envisagée. On sent que Care Santos s’est follement amusée à faire évoluer sa plume au gré des situations, et on prend énormément de plaisir à la suivre.
Mais je vous mets en garde : assurez-vous d’avoir du (bon) chocolat à disposition, car vous serez vous-même étreint d’un “désir de chocolat”.
Un petit bémol : à la fin de l’édition française, j’ai relevé deux coquilles à la suite, ce qui m’a un peu chagrinée. Et dans le finale, l’auteur s’est légèrement emmêlé les pinceaux dans la filiation de Madame Adélaïde, mais je pense que la plupart des lecteurs ne remarqueront rien.
Désir de chocolat, Care Santos, Robert Laffont, 22€
Reading Challenge 2015 : a book with a love triangle
J’ai découvert ce tag sur le blog de Maghily pendant la semaine du Salon du Livre, et je me suis dit que c’était le moment idéal pour le lui piquer. En revanche, j’ai mis un (très) long moment à le boucler, comme vous pouvez le constater !
Une géniale librairie : Eliott Bay Book Company, à Seattle
… se déroule dans votre pays ?
Les cinq quartiers de l’orange, de Joanne Harris. Reçu dans le cadre de la ronde des poches, ce roman se déroule en Touraine pendant la seconde guerre mondiale et mêle étroitement Occupation et nourriture. Une très jolie découverte.
… se déroule dans un endroit qui vous fait rêver ?
Pays de neige, de Kawabata Yasunari, qui a lieu dans un endroit particulier du Japon où j’aimerais me rendre (la région montagneuse de Niigata).
… dont l’intrigue se passe dans un château ?
Les mystères du château d’Udolphe, d’Ann Radcliffe. J’adore la littérature gothique, et j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman il y a une dizaine d’années (même si l’héroïne est quand même cruchasse).
… dont l’intrigue se passe à la montage ?
Les rivières pourpres, de Jean-Christophe Grangé. J’avais vu le film (qui bien entendu m’avait foutu la trouille), et j’ai découvert le roman dans la bibliothèque de mes grands-parents. C’était pas mal (heureusement que je connaissais la fin), mais je crois que j’ai encore plus eu la pétoche qu’avec le film.
… dont l’intrigue se passe à la plage ?
Le blé en herbe, de Colette. Lu dans l’avion du retour d’Eilat en… 1998 ; soit en 4h environ. Une belle histoire de transition de l’enfance à l’âge adulte entre une jeune homme et une jeune fille qui se connaissent depuis toujours et qui découvrent autre chose entre eux au cours de leurs vacances au bord de la mer.
… qui se déroule dans une grande ville ?
Les bébés de la consigne automatique, de Murakami Ryû. De la littérature japonaise des années 1980, très avant-gardiste, et qui fait un peu l’effet d’une claque en pleine gueule (voire deux). On referme ce livre – dont l’histoire se déroule en partie à Tokyo – avec un sentiment très étrange de malaise et de frustration.
… qui se déroule en Amérique ?
Croc-blanc, de Jack London, qui parle de la relation entre un jeune homme et un chien-loup pendant la ruée vers l’or. Comme tous les enfants de ma génération – ou presque – j’ai vu le film réalisé par Disney. J’ai découvert le roman plus tard, en 6è.
… qui se déroule en Europe ?
La ferme des Neshov, d’Anne B. Ragde, qui se déroule à la fois en Norvège et au Danemark. J’en ai fait la chronique ici.
… qui se déroule en Asie ?
Journal d’une accoucheuse, dont j’ai déjà parlé ici.
… qui se déroule en Afrique ?
Dans l’ombre de la lumière, de Claude Pujade-Regaud. Un magnifique roman sur la vie de Saint Augustin vue par la femme qui l’a aimé et a assisté à son évolution. L’histoire se situe essentiellement à Carthage, dans l’actuelle Tunisie. Je devrai faire un article dessus, tiens.
… dont l’intégralité de l’intrigue se passe en extérieur ?
Daphnis et Chloé, de Longus, un “roman” grec du IIè ou IIIè siècle qui narre les aventures pastorales des deux héros dans les paysage de la Grèce antique.
Photo prise dans une autre librairie de Seattle, et qui ne manque jamais de me faire rire
… avec au moins une scène dans un aéroport ?
Da Vinci Code, de Dan Brown. OK, c’est plutôt un aérodrome qu’un aéroport, mais je n’ai que cet exemple en tête – et Dieu sait que j’ai cherché !
… avec au moins une scène dans un train ?
When the emperor was divine, de Julie Otsuka, qui raconte les déboires d’une famille japonaise installée aux Etats-Unis pendant la guerre et leur internement dans des camps d’étrangers. J’avais reçu la version traduite de ce roman l’été dernier.
… avec au moins une scène dans un bateau ?
Le viking qui voulait épouser la fille de soie, de Katarina Mazetti. Un magnifique roman historique dont j’ai parlé l’été dernier, et qui m’a totalement transportée (ah, ah). A un moment donné, les personnages s’embarquent pour… je vous laisse découvrir la suite !
… avec au moins une scène dans un vaisseau spatial ?
Nicolas Eymerich, inquisiteur, de Valerio Evangelisti, où passé et futur s’entremêlent et auquel, je crois, je n’ai rien (ou si peu…) compris.
… qui se déroule dans un endroit qui existe mais dont vous n’aviez jamais entendu parler avant lecture ?
Vie de monsieur Legat, de Nicolas Cavaillès. Il s’agit en réalité d’une nouvelle, mais je n’avais pas de meilleur exemple à fournir. Une partie de l’histoire, celle d’un huguenot chassé de France par la révocation de l’Edit de Nantes, se déroule sur l’île Rodrigues, dans l’archipel des Mascareignes.
… qui se déroule près de chez vous ?
Intrigue à Versailles, d’Adrien Goetz. Certes, je n’habite plus Versailles, mais je n’en suis pas très loin et, en outre, j’ai travaillé au château, comme je l’expliquais ici.
… qui se déroule dans un endroit imaginaire ?
L’affaire Jane Eyre, de Jasper Fforde, premier tome de la série des Thursday Next (le nom de l’héroïne), qui voit le personnage principal évoluer dans un Royaume-Uni dystopique où la guerre de Crimée dure encore en 1984 et où on peut fabriquer soi-même son dodo dans sa cuisine, et capable de plonger littéralement dans les romans qu’elle lit. Si vous ne connaissez pas encore, je vous le conseille très fortement.
… dont l’intrigue se passe dans un internat ?
Les disparus de Saint-Agil, de Pierre Véry, racontant les disparitions successives de plusieurs pensionnaires d’un collège, soi-disant partis pour l’Amérique. Le roman a donné lieu à un film, qui m’a beaucoup plu.
… dont l’intrigue se passe dans une prison ou un hôpital psychiatrique ?
Le rouge et le noir, de Stendhal. Pas complètement, mais en partie, l’histoire se déroule en prison. Je n’ai pas trouvé de meilleur exemple.
… dont l’intrigue se passe sur le lieu de travail du héros ?
Au bonheur des dames, d’Emile Zola. Le titre est en réalité le nom du grand magasin où travaillent et vivent les héros de ce roman qui est un de mes préférés de tous les temps.
… avec au moins une scène dans un restaurant ?
L’Assommoir, d’Emile Zola. Oui, encore lui. Mais j’aime beaucoup la scène du repas de mariage dans la brasserie de quartier – même si elle n’a pas le niveau de la scène du repas qui occupe le chapitre central du roman.
… qui se déroule dans plusieurs pays ?
Corinne ou l’Italie, de Mme de Staël. Un classique de la littérature romantique (au sens 19è siècle) où les personnages se rencontrent en Italie avant de voyager en France pour finir par se retrouver en Angleterre.
… qui se déroule sur une autre planète ?
Dune, de Frank Herbert. Un grand classique du genre que j’ai découvert tardivement mais qui n’a pas pris une ride.
Pfiooouuu, c’était long ! Voilà un bon moment que cet article traîne dans mes brouillons, mais c’est chose faite. Si vous êtes inspirés, n’hésitez pas à reprendre le concept, j’ai très envie de découvrir ce que vous lisez vous aussi.
Il y a quelques temps, j’avais proposé un concours sur ma page Facebook pour fêter les 400 “likes”. J’avais promis d’offrir une surprise à une de mes lectrices, ainsi que l’exemplaire de son choix de la trilogie. J’ai reçu pas mal de participations mais, une fois le tirage au sort effectué, j’ai été trèèès longue à préparer le colis. Quelque chose comme 6 semaines (faut pas être pressé). Je cherchais des choses bien spécifiques correspondant, selon moi, à l’atmosphère des romans et pouvant convenir au plus grand nombre.
Je ne vous fais pas languir davantage, voici ce que contenait le paquet :
On trouvait donc :
Le troisième et dernier tome de ma série “La famille d’Arsac”, Aventureuse Constance, dédicacé (eh, quand même !).
Deux marque-pages aux couleurs du 18ème siècle, l’un représentant une gravure de mode, l’autre un détail du très célèbre portrait à la rose de Marie-Antoinette.
Une carte postale, La liseuse, de Fragonard, avec un petit mot).
Du thé Dammann, “Nuit à Versailles” (thé vert parfumé bergamote, kiwi, pêche, fleur d’oranger, fleur de violette).
Des bonbons à la pomme “Délices de la Reine” qu’on ne trouve, à ma connaissance, que dans les boutiques du château de Versailles (même pas sur leur site marchand – assez nul, reconnaissons-le), et que j’étais bien contente de dénicher lors de notre balade dans les jardins.
Ma lectrice a été ravie et m’a envoyé un adorable petit mot pour me remercier. J’espère trouver d’autres idées une prochaine fois… Avez-vous des suggestions ?
Récurrentes dans les discours des hommes et femmes politiques de nos jours, les images aquatiques ont une longue histoire inégalement explorée. Alors que la place de l’eau dans les représentations politiques de l’Antiquité et du Moyen Age est assez bien connue, elle ne l’est guère en ce qui concerne l’époque moderne. Les puissants de ce long XVIIe siècle n’inventaient pas cette pratique, mais ils la cultivaient assez fréquemment et très subtilement.
Il s’agit d’un bref ouvrage historiographique des plus sérieux. On pourrait se dire que le sujet, extrêmement pointu, relève de l’anecdotique, mais le raisonnement développé dans ces pages est très intéressant. Au fil des pages, l’auteur nous explique l’utilisation des métaphores aquatiques au cours du 17ème siècle, métaphores qui sont en réalité de véritables programmes politiques. C’est clair, concis, bien écrit (surtout quand on sait que la langue maternelle de l’auteur est le hongrois) et on achève la lecture avec le sentiment d’avoir gagné en intelligence.
Bien évidemment, ce livre s’adresse avant tout à des historiens et passionnés d’histoire, mais je pense qu’il peut aussi toucher ceux que la “communication politique” intéresse : du dauphin “roi des poissons” aux fontaines allégoriques en passant par la “nef de l’état”, les images créées par l’Ancien Régime ont parfois survécu de façon surprenante.
Pour conclure, je dirai que c’est exactement le genre d’ouvrage que j’aurais adoré lire pendant ma prépa, quand je courais après les exemples pertinents et inédits pour illustrer cette f***ue dissertation sur l’unité du royaume !
Le pouvoir au fil de l’eau, Dénes Harai, Les Indes savantes
« Mon fils était à l’école. Je suis sortie en laissant la maison ouverte. Abandonner son fils : peut-on faire pire ? J’ai fait cela. Je savais où j’allais. Partir, repartir à zéro. Être prête à tout… »
Chaque année, quelque 100 000 japonais s’évaporent sans laisser de traces.
Débarrassés de leur passé, ils tentent de refaire leur vie en passagers clandestins de l’archipel.
Lié à la honte et au déshonneur, le phénomène est au coeur de la culture nippone. Léna Mauger, journaliste, et Stéphane Remael, photographe, ont enquêté sur la part d’ombre du Japon.
J’ai reçu ce livre pour mon anniversaire et, hier midi, ressentant le besoin de lire autre chose que de la littérature, je me suis plongée dedans. “Plongée” est bien le terme car j’ai été littéralement happée par cet ouvrage, sous-titré “Enquête sur le phénomène des disparitions volontaires”.
Pour être honnête, ces histoires de disparitions volontaires au Japon ne sont pas une nouveauté pour moi – je me souviens que le sujet a été évoqué à quelques reprises au détour d’un cours ou d’un séminaire à l’Inalco. Toutefois, à l’instar des enlèvements nord-coréens, cela reste un sujet dont on sait qu’il existe sans vraiment le traiter.
Ce livre est une excellente enquête sur la face cachée de ces disparitions : les motifs, les conséquences pour les disparus comme pour ceux qui restent, les bases sociologiques difficiles à appréhender pour un Occidental… C’est bien écrit, clair, concis, étayé par de nombreux témoignages et illustré de nombreux clichés. Ce travail en duo a le mérite d’éclairer une situation peu ou mal connue, y compris des Japonais eux-mêmes, et de le faire de façon intelligente.
A titre personnel, je regrette juste quelques poncifs du genre “Tokyo grouille, tentaculaire” ou “le baseball, pratiqué comme tous les loisirs avec l’esprit de vainqueur” (je dirais plutôt “comme n’importe quel sport” ?), et j’aurais aimé que la date de rédaction des articles (certains ont été publiés pour la première fois en 2009) soit précisée. Mais ne vous y trompez pas, c’est une lecture que je recommande !
Les évaporés du Japon – Enquête sur le phénomène des disparitions volontaires, Léna Mauger et Stéphane Remael, Les Arènes