Le goût du Japon

Lundi soir, l’Anglais souhaitant célébrer son nouveau contrat – et peut-être éviter la vaisselle – nous sommes allés dîner près de la maison. Le restaurant, ouvert il y a un peu plus d’un an, nous avait toujours tentés sans que nous ayions jamais eu l’occasion de nous y rendre. La carte propose une cuisine franco-japonaise “inventive”.

Le lieu est magnifique, avec un immense comptoir en bois de bambou et de pin, des murs comme parcourus de vagues bleu-gris et des fenêtres opacifiées. Le chef cuisine devant nous, le service est discret et attentif… tout ici rappelle le Japon.
Je choisis un menu tandis que l’Anglais opte pour un plateau de sushis. Après un amuse-bouche de tôfu à l’huile de sésame et au yuzu, un superbe et immense plateau de sushis arrive : dorade, saumon, coquille saint-jacques… mais aussi anguille, maki au shiso et saumon à l’ananas et au pitaya. De mon côté, je commence avec une salade de magrets de canards présentée dans une galette de riz très fine et travaillée comme une draperie. Malgré les ingrédients très français, le goût est assurément japonais. Je poursuis avec un filet de pintade au gril, sauce teriyaki et petits légumes.
Le dessert est une révélation : une glace au sésame blanc, au goût très prononcé, accompagné d’une sorte de yôkan à la banane et aux noix. Avec en prime pour l’Anglais des fruits frais et des petits biscuits bicolores au macha. Tout le repas fut arrosé de saké (nihonshû) rare. Grâce à notre connaissance de la culture japonaise – certes l’Anglais n’est pas totalement tatamisé, mais il y met du coeur – nous avons attiré l’attention du maître d’hôtel qui nous a également fait goûté un autre saké…
Une délicieuse soirée, un repas mémorable, mais une adresse d’exception.

Pouchkine

En ce moment, belle-maman – la mère de l’Anglais, hein, pas Très belle maman qui sue sang et eau sur sa thèse – et moi procédons régulièrement à des échanges de livres. Nous avons en effet comme point commun d’avoir un profond attachement à une culture mal connue en France, au point d’en avoir appris la langue et de l’avoir intégrée à la vie quotidienne. Je parle bien entendu du Japon pour moi, et de la Russie pour belle-maman.

Ne connaissant rien à la littérature russe que Gogol et ses Nouvelles de Petersbourg (programme du bac lettres série L 2000), je souhaitais réparer cette inculture. Nous avons donc reçu des oeuvres de Tolstoï, Gogol, Boulgakine et Pouchkine. La rencontre avec ce dernier fut un coup de foudre.
Né à la fin du XVIIIème siècle dans une famille noble, Pouchkine a commencé très tôt sa carrière littéraire. Engagé politiquement, il sera surveillé et exilé par le gouvernement du tsar à plusieurs reprises. Unanimement célébré de son vivant, il a su mettre en scène la Russie de son époque, que ce soit grâce à des récits épiques, ironiques ou pittoresques. Il est également un grand poète et a contribué à donner à ce genre ses lettres de noblesse en Russie. En ce qui me concerne, ce fut une vraie découverte, grâce aux Récits de feu Ivan Petrovitch Bielkine, Doubrovski et La dame de pique.

Veggie chirashi

Spéciale dédicace à Très Belle Maman, végétarienne notoire. Je sais que tu aimes le poisson, donc le chirashi traditionnel, mais voici une recette pour changer un peu… Testée et approuvée par l’Anglais ! Les proportions sont données au jugé, j’ai totalement improvisé avec ce qu’il restait dans le frigo.


Ingrédients
– 1 1/2 mesure de riz cuit
– 1 tomate
– 1 poignée de fèves
– 3 oeufs
shôyu
mirin
– sucre en poudre
– sel
– vinaigre de riz
dashi no moto

Mélanger trois cuillères à soupe (CaS) de vinaigre avec le riz, bien répartir pour décoller les grains, conserver au frais. Couper la tomate en tranches. Faire cuire les fèves 5mn dans de l’eau bouillante salée.
Dans une casserole, faire chauffer doucement trois CaS de dashi avec 1 CaS de mirin, 1 cullière à café de shôyu, 1 CaC de sucre et un peu de sel. Quand le mélange est homogène, l’incorporer aux oeufs battus en omelette.
Faire chauffer un peu d’huile dans une poêle (j’ai utilisé de l’huile de sésame). Verser environ 1/4 du mélange omelette, laisser cuire de manière à former une couche uniforme. Quand celle-ci est bien cuite, la rouler sur elle-même à l’aide d’une spatule ou de baguettes. Ajouter 1/3 du mélange dans la poêle, soulever le rouleau d’omelette pour que l’oeuf passe en-dessous. Enrouler l’omelette déjà cuite dans la nouvelle couche d’oeuf. Renouveler l’opération encore une fois.
Disposer le riz dans un grand bol, ajouter les légumes et l’omelette coupée en tranches ou en lanières.

Encore un tag…

Il ne faudrait pas que cela devienne une habitude mais, dans sa grande mansuétude, Okayamarion m’a de nouveau taggée pour une connerie… Comme je ne suis jamais à court de débilités, je réponds.

“Tes 7 chansons préférées du moment, bien obligé puisque tu as la flemme d’en mettre d’autres sur ton lecteur, grosse mollasse que tu es” :
Flux, Bloc Party
I’m in love with my car, Queen
Totentanz, In Extremo
Crucify my love, X Japan
Hallelujah, Jeff Buckley
Paris, Yaël Naim
Working class hero, Green day

Je précise que certaines ne sont pas dans mon lecteur mp3, pour cause de plus de net à la maison depuis bientôt deux mois… Mais comme je les écoute avec plaisir au moins une fois par jour, je pense que ça vaut.
Et pour les petits chanceux qui n’ont rien à faire : j’aimerais avoir les réponses d’Imihel, Junta, Gaygory et Très Belle Maman.

Pommes à l’hypocras

Dimanche, l’Anglais a rapporté près d’un litre d’hypocras artisanal de ses aventures. Malheureusement, étant tous les deux malades et interdits d’alcool jusqu’à la semaine prochaine, nous ne pouvions pas le consommer dans l’immédiat, ce qui semblait compromettant pour la conservation du précieux nectar. C’est ainsi que j’ai eu l’idée de réaliser des pommes à l’hypocras d’après une recette attestée avec des poires.


Ingrédients
– 2 pommes
– 1/2 litre d’hypocras
– eau de rose
– amandes effilées
– cannelle en poudre

Laver et éplucher les pommes. Les disposer entières dans une casserole et arroser d’hypocras. Faire cuire à feu doux pendant au moins une heure, le temps que l’hypocras imbibe le fruit et se transforme en sirop. Servir chaud dans une assiette creuse, avec un filet d’eau de rose (attention, tout le monde n’aime pas ça). Décorer d’amandes effilées et de cannelle en poudre.

Fête de la musique

Suite de mon week-end de dingue, donc. Samedi, après avoir rangé mon lit dans la chambre, posé les morceaux de table dans le salon, et pendant que mon chéri était en route pour l’aventure dans la forêt, j’ai décidé de fêter la musique.

Depuis quelques semaines, rendez-vous était donné aux gargoteux et tavernistes en de multiples endroits. Entre bal renaissance, musique à Cluny ou danse sur les quais, il n’y avait que l’embarras du choix. J’ai fini par rejoindre Myrrdhin dans le quartier latin où le groupe l’Arbre de Sovenance donnait un concert pour faire la promotion de la librairie historique Buridan (fort belle au demeurant). Arrivée sur place, j’ai retrouvé nombre de gens des danseries, et les choses sérieuses ont commencé : bourrée, skarazula…
L’ambiance était festive et joyeuse, le public, d’abord un peu surpris, nous a bien soutenus. Nous avons même réussi à plusieurs reprises à convaincre certains de se joindre à nous pour une danse ou deux. Le meilleur moment à mes yeux fut celui où nous avons dansé une bourrée d’Avignon : outre que cette danse est une de mes préférées, la connivence était très bonne avec mes partenaires (Myrrdhin et Loghi) et l’ensemble des danseurs, au point que nous nous sommes mis à chanter. Le rythme, plus soutenu qu’à l’ordinaire, nous a épuisés, mais quelle fierté quand, à la fin, nous avons été ovationnés par le public !

Meublée

Vous n’êtes pas sans savoir que j’ai emménagé avec un Anglais dans le quinzième arrondissement il y a bientôt deux mois de cela… et ceux d’entre vous qui ont mis les pieds chez nous ont pu constater la pauvreté de l’ameublement, en particulier dans le salon.

Cette indigence est donc réparée depuis ce week-end. Flanquée de la reine mère et Roxy, je suis allée en Bretagne récupérer des meubles dont mon grand-père souhaitait se défaire en vue de son déménagement. Nous avons donc obtenu, outre un vrai lit, une table de salon et six chaises déjà accordés, deux tables de chevet, un coffre à vêtements et quelques menus accessoires… Bon, soyons francs, j’ai la ferme intention d’apporter ma touche personnelle auxdits meubles. J’ai même réussi à convaincre l’Anglais, et je pense que les week-ends estivaux seront consacrés à des ateliers “peinture et décoration” sur le balcon. Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas (le rose fluo et le flashy en général sont proscrits).

Déli(ce) d’initiés


Le titre est particulièrement ronflant, mais je suis un peu à court en ce moment. Et puis, je ne suis pas à Paris avant la fin du week-end, donc autant en profiter pour que me rappeler à votre bon souvenir. Vendredi dernier, donc, l’Anglais et moi traînassions du côté de l’Opéra en attendant l’heure du dîner, quand nous avons découvert une petite boutique spécialisée dans l’épicerie fine japonaise.
Emerveillée, découvrant chaque fois des produits plus appétissants et tentants, je finis par demander un livre de recettes au vendeur – mais un truc bien particulier, hein. Désolé, celui-ci s’excuse de ne pas avoir ce que je recherche mais nous offre en échange de déguster quelques produits…
Après avoir testé deux saké délicieux (dont un rouge !), nous enchaînons avec du mirin à boire, de l’ume-shû qui ne donne pas mal à la tête et du shôyu. C’est une révélation… Si nous pouvions, nous resterions toute la soirée dans la boutique à goûter les produits. En désespoir de cause, et parce que les diabolistes nous attendent, nous choisissons deux shôyu, l’un aromatisé au yûzu (cédrat japonais) et l’autre au kombu (algue laminaire).
Je n’ai testé que le yûzu shôyu, mais le résultat est concluant : la viande a un goût parfumé, légèrement acidulé, exotique… Une réussite !

Provins !

Samedi, nous sommes donc allés vivre la fameuse fête médiévale de Provins. Emportés par l’enthousiasme, nous avions choisi de partir tôt (8h30), ce qui, après une soirée un peu arrosée aux caves avec la famille de l’Anglais, était un peu héroïque. Nous récupérons Frédérie au passage, et arrivons sans heurt à 10h pile.

La tournée des boutiques démarre à peine et nous rencontrons déjà des têtes connues : après l’habilleuse de la licorne, nous avons la surprise de croiser notre corsetière préférée (et je n’ai toujours pas d’argent), puis Myrrdhin chargé de contrôler la zone. L’ambiance musicale est assurée par un groupe dynamique et bariolé, dommage que je ne connaisse pas leur nom…

Longue promenade en ville, où nous croisons au fur et à mesure la plupart des têtes connues qui nous avaient annoncé leur venue pour la fête : la Carité de Guingamor, les Renards… Dans la plupart des échoppes où nous avons nos habitudes nous sommes reconnus, mais il est vrai que le costume de l’Anglais est inratable.

Nous débouchons enfin sur les douves, et je réalise alors que l’an dernier j’ai raté une grosse partie de la fête… vu que je n’y étais pas descendue. Nous retrouvons le campement de la Rose et l’Epée, magnifique et immense, composé de différents amateurs éclairés. Sylve nous montre sa collection d’instruments chirurgicaux et nous explique l’art de la trépanation, un membre prépare le repas, un autre réalise des chaussures. Longue discussion sur l’art du cuir et les méthodes de travail pour les chaussures médiévales.

 

 

Le campement est accueillant, mais leurs membres ont quand même à cœur d’expliquer leur passion aux visiteurs, et nous nous éclipsons pour poursuivre la découverte des douves. Entre différentes échoppes, un groupe de bateleurs et musiciens attire la foule : alternant musique rythmée et jongleries, ils remportent l’adhésion du public.

Un peu plus loin, les passants sont attroupés autour de l’atelier du Grimeur – réalisateur des maquillages d’orcs à la Faille – et assistent à la transformation de clients à l’aide de prothèses en latex.

De retour dans la ville haute, je trouve enfin une costumière vendant des voiles pour compléter ma coiffure. En effet, celle trouvée à Orléans étant d’époque plus tardive que mon costume, je l’ai détournée et ai besoin de la « finir ». La dame de l’échoppe a la gentillesse de me confectionner un tour de tête en galon assorti à mon surcot, car je ne dispose pas d’épingle.

Et c’est alors que l’orage éclate… D’abord fine pluie, l’averse devient drue et nous force à nous abriter chez le vendeur d’hypocras. Profitant d’une accalmie, nous pensons avoir le temps de redescendre jusqu’à la voiture pour poser nos emplettes, mais sommes contraints de faire un arrêt au comptoir des colporteurs, un des derniers producteurs de Rose de Provins. Et pendant les longues minutes passées à l’intérieur, tandis que l’Anglais contemple, désolé, la rue se transformer en ruisseau, pendant que les gens toujours en plus grand nombre s’abritent dans la boutique, je fais l’acquisition d’eau de rose (à usage culinaire) et d’un bocal de confit de rose.

Nous parvenons, non sans mal, à rejoindre la voiture. Les rues en pente sont détrempées, mes chaussures médiévales glissent sur les bandes blanches, et je me réceptionne sur le genou, mais nous sommes enfin au sec pour quelques minutes pour dresser un petit inventaire. Parmi nos achats, on trouve deux bouteilles de sirop – lavande et fleurs d’hibiscus – une bouteille de vinaigre à l’ail des ours, un pot de confit de thym-citron pour Très Belle-maman et des bouteilles d’hypocras et de moretum.

 

Le ciel s’éclaircit enfin, nous retournons constater l’étendue des dégâts – et mes chaussures font « sprotch sprotch » à chaque pas. De retour à la Rose et l’Epée, rebaptisé campement de le rizière, Sylve nous offre de partager le déjeuner – un délicieux poulet aux navets et châtaignes, aromatisé d’une sauce au citron et amandes.

 

La fin d’après-midi est consacrée aux courses de l’Anglais, qui a renoncé pour le moment à se trouver des bottes pour finir son costume. Après de nombreuses hésitations, il opte pour une peau de renard – mais je n’ai pas le droit de poster la photo ici – et pour des armes en latex – l’appel du GN a retenti. Nous croisons les lépreux, qui déambulent sans mot dire mais en faisant tourner leurs crécelles.

Alors que nous finissons nos achats, la pluie reprend… Abrités sous un auvent du campement des renards, l’Anglais et moi finissons par craquer et décidons de rentrer. Le temps de retrouver Frédérie, dire au revoir aux personnes que nous croisons… Il est 18h au moment où nous démarrons la voiture et où le ciel s’éclaircit enfin. Mais nous sommes recrus de fatigue, et la perspective de patauger dans la boue de la place du Châtel pour le bal du soir ne nous amuse que moyennement. A notre arrivée, l’Anglais finira par m’avouer qu’il souffre en réalité de migraine… depuis le milieu de l’après-midi. Malgré les caprices du ciel, ce fut une excellente journée, clôturée par une couronne aux pétales de rose (oui, la même que l’an dernier).