Réflexions autour de Zweig

J’ai lu récemment Hommes et destins de Stefan Zweig, qui est une compilation d’articles et de discours rendant hommage à des hommes européens illustres, écrivains, philosophes ou politiciens. Stefan Zweig est un auteur autrichien né à la fin du XIXème siècle et qui s’est suicidé en 1942, et dont l’oeuvre toute entière était guidée par un esprit d’universalisme et de pacifisme. Cet ouvrage est une illustration de sa pensée, cherchant à montrer que le génie est international et que les plus grands esprits sont souvent cosmopolites.

Dans ce livre, l’un des textes m’a plus spécialement parlé : une courte biographie de Lafcadio Hearn, le premier Européen à s’être installé de son propre gré au Japon et qui n’en est plus jamais reparti. Le premier tatamisé de l’histoire, en quelque sorte. Sauf que sa vie ne se résume pas à cela : il est aussi, par son observation des détails, sa capacité à comprendre l’essence de la pensée japonaise, le premier grand vulgarisateur de cette civilisation grâce aux ouvrages qu’il a publiés sur le sujet. Lafcadio Hearn, pour tous les étudiants en japonais, c’est une effigie, un figure tutélaire, un modèle à suivre et pourtant indépassable, un héritage obligé. Un auteur capable de faire parler de manière très juste Zweig, qui n’a pourtant jamais mis les pieds là-bas, du Japon et de son âme :
“Par l’effet de ce mystérieux mimétisme entre l’artiste et son objet, les livres de Lafcadio Hearn ne donnent plus du tout l’impression d’être écrits avec une plume ; ils semblent bien plutôt dessinés avec tendresse dans une perspective rapprochée au moyen du fin pinceau à lavis des Japonais, dans des couleurs délicates […].”

On n’arrête pas le progrès

J’avoue, l’entrée en matière est un peu facile, mais depuis quelques temps, je songeais à vous chroniquer ma découverte émerveillée de ces nouveaux services sur internet. Je veux parler aujourd’hui de mon appartenance à une communauté bien connue, celle de FaceBook. J’ai beau connaître depuis longtemps, je suis un peu méfiante par rapport à la dispersion d’informations personnelles, et j’ai cédé il y a à peine deux semaines. Quoiqu’il en soit, me voici accrochée comme une gamine de 14 ans à son msn, regardant qui je vais bien pouvoir ajouter comme ami ou faisant combattre mon vampire-avatar. Une seconde crise d’adolescence en quelque sorte…
Autrement, j’ai découvert un remède bien pratique à l’ennui du travail de bureau : wikisource. Ce site a la bonne idée de mettre en ligne beaucoup de textes qui relèvent du domaine public, donc sans spolier les auteurs de leurs droits (merci les années de job d’été à la Sacem pour l’éthique). En revanche, comme c’est une lecture que je dois interrompre régulièrement, je n’ai choisi jusqu’à présent que de la lecture facile, comme Grimm ou la comtesse de Ségur (ah, les souvenirs d’enfance…). J’ai essayé Freud, mais ça marche moins bien, tout de suite.

Avec toutes ces nouveautés, j’avance d’un pas sur le chemin de la geek attitude. Mais j’ai encore un peu de route à faire.

Back to Whitechapel

Si ça continue, je vais créer une catégorie dévolue à Londres, à ce qu’on y fait, ce qu’on y trouve et ce qu’on y dépense… Après tout, à raison d’une visite mensuelle, ce qui est beaucoup plus que mes voyages au Japon (à quand remonte la dernière fois déjà ?), ce serait tout à fait normal. Je suis donc repartie à Londres jeudi dernier pour rentrer ce matin, pas très fraîche, un peu courbaturée par les sièges de l’Eurostar et chargée comme une mule.

Cette escapade a commencé jeudi soir, mais ça compte pour du beurre, parce que je suis arrivée trop tard. J’ai consacré la première partie de mon vendredi à arpenter Regent’s Street, entre les boutiques “internationales” (Apple et tout son foin autour de l’iPhone) et nationales. Depuis le temps que j’en entends parler, j’ai enfin mis les pieds chez Topshop, l’ami de la citadine.
Le magasin est très connu, surtout depuis que Kate Moss a dessiné des vêtements pour eux. Il recèle, sur une surface impressionnante, une foule d’accessoires, vêtements et chaussures. De quoi devenir dingue, très franchement. Je suis tombée en arrêt à plusieurs reprises devant plein de choses. J’ai resisté à la tentation des chaussures à talon, des robes et des petits chapeaux. Bon, j’avoue, j’ai craqué pour une bague fantaisie (5£, soit quasiment rien au vu des tarifs pratiqués dans la capitale anglaise).
La deuxième partie de l’après-midi a été beaucoup plus calme, quoique douchée par des trombes d’eau. Un arrêt au pub pour célébrer le début du week-end, un petit tour chez Virgin à la recherche de bonne musique (à 10£ les deux CD, c’est presque criminel de ne pas se laisser tenter), une escale chez Wittards pour le thé, avant de rentrer, trempés de la tête aux pieds. Soirée tranquille devant un programme télé comme seuls les Anglais savent faire : “40 awfully bad love songs”.

Samedi, nous partons pour le London Eye, la grande roue. Effarés par le monde et les temps d’attente, nous renonçons à l’attraction et nous rendons à la deuxième étape du jour : Harrod’s. Blindé, comme de bien entendu. Repli stratégique et exfiltration.
Suite des courses à Camden Town qui, à n’en pas douter, finira par devenir notre quartier général. L’endroit est encore plus bondé que dans mon souvenir, en même temps, c’est bientôt Noël et l’endroit n’est accessible que le week-end. Dan m’a offert la robe-qui-tue et que je cherchais pour m’habiller pendant les fêtes. Oui, chez moi aussi, jean au repas de famille = incident diplomatique caractérisé. Après avoir traîné quelques heures, nous rentrons sous la pluie battante (comme c’est original).

Dimanche, après avoir entendu souffler la tempête toute la nuit et une partie de la matinée, nous tentons une sortie lors d’une accalmie pour aller visiter le marché de Brick Lane, juste à côté de Whitechapel où habite Dan. Ce marché est l’endroit où les jeunes créateurs viennent exposer leurs oeuvres, du t-shirt brodé en passant par la broche faite d’objets du quotidien ou les chapeaux de toutes sortes. C’est aussi l’endroit où l’on trouve le plus de boutiques de fripes et de vêtements vintage, avec un choix énorme et de bonne qualité. Difficile de ne pas céder à la tentation mais en même temps… on n’a plus d’argent ! La question est réglée, mais le désir est toujours là. 😀

Ce matin, réveil à point d’heure (avant 5h) pour pouvoir attraper mon train. Miracle londonien : à 5h15 du matin, les métros fonctionnent et de manière régulière. La nouvelle gare de Saint Pancras est rutilante et la salle d’attente confortable. Plus que Paris Nord en tout cas.
Et c’est donc la tête emplie de souvenirs et le coeur un peu lourd que je reprends le travail, en comptant les jours qui me séparent des prochaines vacances.

Un secret

Il s’agit du dernier film de Claude Miller, adapté du roman éponyme de Philippe Grimbert. Il nous raconte l’histoire de François qui, au début des années 1960, apprend qu’il a un demi-frère caché, né du premier mariage de son père, et dont on lui a rien dit. Le film nous narre sa quête de la vérité, les liens entre son père, sa mère et la mère de son demi-frère, sur fond de seconde guerre mondiale et de déportation. Il nous montre également l’acharnement du père de François à faire disparaître son identité juive, jusqu’à changer de nom et faire baptiser son fils.
Les acteurs sont très bons, Patrick Bruel, à contre-emploi dans le rôle d’un juif qui n’assume pas ses origines, Ludivine Sagnier en femme qui se sent délaissée et Cécile de France en idole quasi inatteignable. Les scènes en couleur, tableaux du passé, alternent avec la représentation du présent du narrateur, en noir et blanc, ce qui renforce la révélation du secret, le rendant plus proche de nous, tandis que l’élément déclencheur est mis à distance. Le film nous montre aussi une reconstitution très vivante des années 1930 et 1940.
Un avertissement cependant : certaines scènes sont poignantes, et je pense ne pas avoir été la seule à pleurer dans la salle.

Expédition au supermarché

Les Parisiens le savent bien : faire les courses au supermarché, ça signifie aller le samedi matin avec son cabas en osier ou son sac en coton bio au Franprix ou au Monoprix pour remplir les placards pour la semaine. De toutes façons, si on oublie un truc, on ira au marché le lendemain. Hier, pourtant, j’ai franchi une étape dans ma vie de ménagère de moins de 50 ans : je suis allée au Carrefour de la Porte d’Auteuil.

Sur une idée de N-Chat (encore lui), je me suis levée à point d’heure pour éviter l’affluence, d’autant plus redoutable après dix jours de grève des transports. Bon, bien entendu, on a pris une heure de retard, entre le plein d’essence et la circulation épouvantable sur les Maréchaux. Arrivés à destination, après l’épreuve du parking, vient celle du caddie : et je réalise que ça fait vraiment une éternité que je ne suis pas allée dans un supermarché quand je constate que les caddies ont pris 20cm de long depuis ma dernière visite. Je jette un voile pudique sur la circulation dans les allées, la cohue aux caisses et l’encombrement dans les rayons. Tout au plus me bornerai-je à dire que j’ai survécu, ce qui n’est peut-être pas le cas de mon compte en banque.
Quoiqu’il en soit, après cette expérience traumatisante, j’attends le prochain ravitaillement pour retourner dans mon petit supermarché de proximité, où on trouve moins de trucs, certes, et plus chers, sans doute, mais où je ne risque pas de perdre une cheville ou d’empaler quelqu’un.

Les promesses de l’ombre

Même si le titre ne vous rappelle rien, vous avez sans doute entendu parler de ce film, puisqu’il s’agit du dernier opus de David Cronenberg, qui réunit ici un casting de rêve – Viggo Mortensen, Vincent Cassel et Naomi Watts, entre autres. L’histoire est simple : une jeune femme d’origine russe décède en couches et la sage-femme qui a assisté à sa mort décide de retrouver à tout prix la famille du nouveau-né. Pour ce faire, elle décide d’utiliser le journal intime de la défunte mais, celui-ci étant rédigé en russe, elle se tourne vers des personnes peu recommandables pour en effectuer la traduction…
A première vue, il pourrait s’agir d’un énième film sur la mafia russe, le milieu en général et les luttes d’influences entre les différents cartels en particulier. Mais le réalisateur s’attache surtout à montrer l’humanité dans ce qu’elle a de plus intime, de plus douloureux, en ce qu’elle est de plus minable et méprisable. Cronenberg nous livre un formidable portrait d’un homme engagé dans une lutte de pouvoir, tant par ambition personnelle que pour sa survie ; d’une femme qui, sous prétexte de veiller sur un enfant, se risque en eaux troubles ; d’un autre homme aux prises avec l’autorité paternelle et l’affirmation de soi. Les héros ne sont pas reluisants, mais ils exercent une formidable attraction sur le spectateur : lequel échouera, lequel réussira dans cette quête personnelle ? Qu’est-ce qui les pousse réellement à avancer et à agir ?
Ce film, d’une grande violence physique et psychologique – la défunte qui raconte son calvaire, de son départ de Russie à sa grossesse, guide la narration – fait écho à la précédente réalisation de Cronenberg, à laquelle participait déjà Viggo Mortensen : A history of violence. Comme ce film, Les promesses de l’ombre traite la brutalité avec une sorte d’esthétisme, filme les corps maltraités avec fascination, avec amour presque, sans pour autant tomber dans le voyeurisme. La question de l’identité et de la rédemption – symbolisée ici par les tatouages sensés raconter la vie de celui qui les porte – est au coeur du film et est traitée avec beaucoup de finesse. Faut-il ne plus s’appartenir pour savoir qui l’on est ?
Un excellent film, donc, que je recommande à tous – encore que : âmes sensibles, s’abstenir ! A noter que Cronenberg pense à son public féminin en nous montrant Viggo Mortensen dans le plus simple appareil au cours d’une scène de combat en passe de devenir culte.


Je ne résiste pas à la tentation 😉

Comment résister aux fêtes de fin d’année

Si comme moi vous angoissez dès la mi-octobre parce que votre grande-tante vous a demandé ce que vous souhaitiez à Noël, si vous avez résolu de vous y prendre à l’heure pour les cadeaux et que, comme d’habitude, vous finissez le 24 au matin en catastrophe, si vous vous sentez légèrement lassé par l’atmosphère mercantile de gaieté forcée, alors ce livre est pour vous. Tout en abordant avec humour et légèreté le thème des fêtes de fin d’année, de la liste de cadeaux au ménage du 1er janvier, l’auteur nous donne quelques conseils pour survivre, tant financièrement que familialement. On ne peut qu’éclater de rire à la liste de courses (penser aux 24 rouleaux de papier toilette et aux piles en tout genre) et au mode de fabrication de décoration faites maison (la crèche, par exemple). Enfin, l’auteur nous aidera à trancher face à ce dilemne récurrent des fêtes : huîtres ou saumon fumé ? dinde ou chapon ? DVD ou livre ? Alka seltzer ou citrate de bétaïne ?
Avec, en prime, les chants de Noël et les expressions “Joyeux Noël” et “Bonne année” traduites en plusieurs langues. Bonnes fêtes à tous !

Droit de réponse

Suite à un post d’Ei, je me permets une réponse. Ei, si jamais le fait d’avoir linké ton blog pose un problème, n’hésite pas à me le dire. 😉

Quatre emplois que j’ai fait dans ma vie :
1. Assistante de production
2. Pétasse Hôtesse d’accueil
3. Prof
4. Cuisinière (si, si, deux jours)

Quatre films que je regarderais encore et encore :
1. Robin des bois, prince des voleurs
2. Peau d’âne (ah, les robes de Catherine Deneuve…)
3. Princesse Mononoke
4. Le cinquième élément

Quatre endroits où j’ai vécu :
1. Paris
2. Aix-en-Provence
3. Versailles
4. Baar (Suisse, canton de Zug. Bon, pas vraiment vécu. Juste passé dix ans de vacances)

Quatre séries de télé que je regarde
1. NCIS
2. Cold Case
3. Les Experts
4. Kaamelott (plus trop maintenant)

Quatre endroits où je suis déjà allée en vacances:
1. Japon
2. Canada
3. Israël
4. Périgord

Chaque fois (ou presque) que je navigue sur internet:
1. Blogs d’Ei, Rafu, Lily, Arthagal, Nen&Zandera
2. Sites de journaux (Le Figaro, Le Monde, Libération)
3. Météo France
4. Gmail
5. [Bonus] RATP

Quatre mets que je ne mangerais jamais ou presque !
1. Le citron (ou presque)
2. Les abats
3. Le fromage qui pue
4. Les aliments parfumés au café

Mes quatre plats favoris:
1. Onigiri
2. Les frites de feu ma grand-mère
3. Le rosbeef (bien saignant)
4. Le gâteau au chocolat

Quatre endroits où j’aimerais être en ce moment :
1. A Londres (et dans les bras de quelqu’un)
2. A Tokyo
3. Aux caves (la danse une fois par semaine, ça suffit pas)
4. Dans mon lit

Quatre personnes qui me répondront (enfin j’espère) :
1. Lily
2. Rafu
3. Dan
4. Gaygory

Ils me feraient une agréable surprise en me répondant:
1. Sur mon blog (par ici les commentaires !)
2. Sur leur propre blog
3. Si d’autres personnes sont intéressées (Matou, Chacha…), qu’elles n’hésitent pas !
4. Ben c’est déjà pas mal

Voilà, voilà. Bon courage pour les réponses.

Voyage chez les frères Tang, suite

Ben oui, après ces courses gargantuesques, il fallait bien que j’utilise toute cette nourriture, ou une partie en tout cas. Mais comme je voulais tester des recettes et des ingrédients, j’avais besoin d’un cobaye. Celui-ci s’est manifesté en la personne de N-Chat, qui ne refuse jamais une invitation à manger.

Pour vous donner une idée, voici une petite description du repas, photos comprises. Si vous souhaitez les recettes, n’hésitez pas à demander !
– Gyôza (raviolis frits)
– Udon au potiron kabocha et enokitake
– Gâteau au macha

Voyage au pays des frères Tang

Aujourd’hui était le jour de mes courses annuelles chez Tang Frères, cet endroit merveilleux où l’on trouve de tout – ou presque – pour faire de la cuisine asiatique et où je ressors chargée comme une mule sans avoir l’impression d’être passée par l’essoreuse. Ce fut donc une joyeuse promenade, entre les montagnes de ramen instantanés, les multiples légumes inidentifiables (quelle est la différence entre des feuilles vertes et d’autres feuilles vertes ? bonne question), les fruits plus étranges les uns que les autres (durians qui puent, fruits du dragon…), les rangéees de bouteilles de sauce, les bacs de taille industrielle dévolus aux surgelés “bruts” (crevettes, poisson…) ou “finis” (dim sum, raviolis…), l’immense rayon boucherie (un jour, promis, j’essaierai de voir s’ils ont de la viande pour sukiyaki) et les caisses.
Conformément à mes habitudes, j’ai opéré une razzia en bonne et dûe forme. Des nouilles, du riz, des gyôza, des fruits, des légumes (du potiron japonais ! youpi !), de quoi accompagner tout ça (sauces et furikake), du tofu (ou du toufou comme dirait Myrrdhin) et des senbei. De quoi passer une partie de l’hiver sans être dépourvue.

Tiens, ça me rappelle une recette que j’avais créée à l’époque où j’avais décidé de ne plus manger les sandwiches et gâteaux du CROUS de l’Inalco.

Salade de fruits exotiques (pour une personne)
– 1/2 nashi (ou poire coréenne)
– 1 carambole (fruit en étoile)
– quelques physallis (fruits en cage)
– pépins de grenade
– jus de citron vert

Peler le nashi et le couper en morceaux, couper la carambole en tranches, sortir les physallis de leur enveloppe. Bien mélanger les fruits, ajouter des pépins de grenade à votre convenance (pour la couleur aussi bien que pour le goût). Arroser de jus de citron pour empêcher les fruits de noircir.
NB : vous pouvez aussi sucrer la salade selon votre goût.