Pouchkine

En ce moment, belle-maman – la mère de l’Anglais, hein, pas Très belle maman qui sue sang et eau sur sa thèse – et moi procédons régulièrement à des échanges de livres. Nous avons en effet comme point commun d’avoir un profond attachement à une culture mal connue en France, au point d’en avoir appris la langue et de l’avoir intégrée à la vie quotidienne. Je parle bien entendu du Japon pour moi, et de la Russie pour belle-maman.

Ne connaissant rien à la littérature russe que Gogol et ses Nouvelles de Petersbourg (programme du bac lettres série L 2000), je souhaitais réparer cette inculture. Nous avons donc reçu des oeuvres de Tolstoï, Gogol, Boulgakine et Pouchkine. La rencontre avec ce dernier fut un coup de foudre.
Né à la fin du XVIIIème siècle dans une famille noble, Pouchkine a commencé très tôt sa carrière littéraire. Engagé politiquement, il sera surveillé et exilé par le gouvernement du tsar à plusieurs reprises. Unanimement célébré de son vivant, il a su mettre en scène la Russie de son époque, que ce soit grâce à des récits épiques, ironiques ou pittoresques. Il est également un grand poète et a contribué à donner à ce genre ses lettres de noblesse en Russie. En ce qui me concerne, ce fut une vraie découverte, grâce aux Récits de feu Ivan Petrovitch Bielkine, Doubrovski et La dame de pique.

Tentation…

Depuis quelques semaines, un livre me fait de l’oeil : les séries complètes des pin-ups de Gil Elvgren, éditées chez Taschen. Elvgren était un artiste américain qui a travaillé des années 1930 aux années 1970, que ce soit pour des magazines ou des publicités – il a réalisé des campagnes pour Coca-Cola ou pour General Motors. Son oeuvre reste surtout connue pour ces pin-ups, jeunes femmes court vêtues et pulpeuses qui appartiennent à l’imaginaire américain de l’après-guerre.
Un tel choix de ma part peut sembler surprenant, mais j’avoue que j’ai toujours été réceptive à cette esthétique. Il est en effet plus facile de s’identifier à ces images qui ont des proportions “humaines” qu’aux mannequins qui défilent sur les podiums. Et puis, il y a un petit côté Dita qui sommeille en moi, reconnaissons-le. Bon, je n’ai pas encore craqué, mais c’est une question de jours. Et puis l’Anglais n’est pas contre cet achat, loin s’en faut, donc je ne peux obtenir aucun soutien de sa part.

La cellulite c’est comme la mafia…

… ça n’existe pas. Non, ce n’est pas mon nouveau leitmotiv – je n’arrête pas d’essayer de me persuader que la cellulite est un truc normal qui n’a pas empêché les femmes de vivre pendant des millénaires – mais le titre d’un roman découvert la semaine dernière.

Rédigé par une bloggueuse italienne du nom du Pulsatilla – ça ne s’invente pas – ce court roman met en scène l’auteur dans sa vie quotidienne de femme, et ses combats pour survivre dans notre monde impitoyâââ-bleuh. Dans un style enjoué et alerte, elle revient avec humour sur ces petits riens qui nous gâchent la vie – les règles, le coiffeur, la mode en général – tout en admettant être la première à tomber dans le panneau dès qu’il y a une nouveauté à tester. On rit franchement à son exposé sur la gastronomie de sa région natale (les Pouilles), ses improbables rencontres amoureuses et sa tendance à essayer tous les régimes possibles et imaginables.
Bien entendu, comme souvent dans ce genre de livres, on ne peut éviter quelques longueurs, mais elles sont rares – et souvent liées au fait que nous ne sommes pas italianophones. L’auteur, rencontrée au cours d’une séance de dédicace, est drôle, attachante, joyeuse, ce qui rend son propos crédible. Un morceau de bonne humeur à savourer sans se prendre la tête !

Mademoiselle Else

Mademoiselle Else est un court roman d’Arthur Schnitzler publié au cours de l’entre-deux-guerres. Il relate, sous la forme d’un monologue intérieur, parfois interrompu par des moments de discussion, une journée dans la vie d’Else, fille d’un avocat réputé. Après avoir reçu une lettre l’informant de la ruine prochaine de son père, Else se voit forcée de réclamer l’aide de Dorsday, un riche marchand d’art qui passe ses vacances dans le même hôtel qu’elle. Ce dernier accepte, à la condition de pouvoir contempler la jeune fille nue pendant un quart d’heure. Prise entre le désir de sauver son père, l’impossibilité d’accepter l’offre de Dorsday et de nombreuses contradictions, Else finit par se déshabiller dans les salons de l’hôtel avant de se suicider avec des somnifères.

Sur une trame en apparence simple, Arthur Schnitzler développe une analyse perspicace des pensées d’une jeune fille confrontée à un dilemne insolvable. Il parvient à retranscrire tous les aspects de la personnalité de l’héroïne – sa timidité, sa révolte, sa soumission aux ordres familiaux, sa sensualité… – et le conflit qui l’habite. La forme originale du monologue intérieur, qui n’est pas sans rappeler le stream of consciousness si cher à mes professeurs d’anglais, la concision du style, la galerie de portraits épinglant la grande bourgeoisie autrichienne, les liens avec la psychanalyse et avec le travail de Freud… tout cela contribue à faire de ce texte une oeuvre marquante et enrichissante.

Ma vie est tout à fait fascinante

Ce n’est pas à proprement parler un livre, ni une “vraie” BD, mais plutôt des scènes de la vie quotidienne dessinées. Ma vie est tout à fait fascinante, de Pénélope Baugieu, est une succession de petits évènements marquants, pleins d’humour et vraiment rafraîchissants. On ne peut s’empêcher de rire quand la narratrice évoque sa relation avec son ami, ses rendez-vous à la banque ou chez le médecin (“J’veux pas y alleeeer”) ou sa propension naturelle à être bordélique.
Allez savoir pourquoi, beaucoup de filles se reconnaissent au fil des pages (la caissière du Virgin s’est mise à rire avec moi en évoquant tel ou tel strip), et les hommes y reconnaissent aussi leurs copines.
Le dessin est simple mais fluide, coloré, enjoué, et parvient à suggérer beaucoup de choses en peu de traits. La forte dimension autobiographique est, quant à elle, renforcée par le blog que tient l’auteur et permet d’ancrer encore plus le récit dans la réalité quotidienne.

Henri le lapin à grosses couilles

Suite à notre visite du Salon du livre, nous avons reçu un drôle de petit ouvrage lundi soir, entre deux photos de la nouvelle nièce de l’Anglais. Le titre ne manque pas d’interpeller, surtout quand il s’agit d’un livre illustré qui semble destiné aux enfants.
Le but affiché est d’expliquer l’acceptation de la différence au moyen de l’histoire d’Henri, affublé d’une énoooorme paire de… bref, inutile d’en rajouter, c’est dans le titre. Le pauvre Henri souffre beaucoup, car il ne peut pas danser, pas prendre le taxi et se fait insulter dans la rue. Mais un jour, il se rend compte que sa difformité lui permet de se rendre utile… et lui permet de rencontrer l’amour.
L’histoire est sympathique, les illustrations jolies, l’humour transparaît dans les pages tout en traitant un sujet un peu difficile. Une bonne lecture, un livre à offrir, mais sans doute pas à votre belle-mère.

Salon du livre 2008

La semaine dernière, le dernier salon où l’on causait, the place to be, c’était le Salon du livre. Cette institution, qui réunit une semaine durant tout le petit monde de l’édition et du multimédia dans un hall du parc des expositions de la porte de Versailles, est l’endroit où les auteurs viennent rappeler leur existence ) leurs lecteurs et à leur éditeur.

Jeudi soir, nous étions invités à l’inauguration du salon grâce à la bienveillance de la soeur de l’Anglais. Néanmoins, la pluie battante, l’attente annoncée d’au moins une demi-heure et deux doigts (les miens) coincés dans la fenêtre ont fini par nous dissuader de nous y rendre. Au lieu de quoi, nous sommes allés en taverne, si c’est pas malheureux quand tant de culture nous tendait les bras.

Nous avons donc tenté une seconde approche samedi, munis de précieux sésames frappés de la mention “entrée gratuite”. Après une dizaine de minutes d’attente et pas mal de contrôles de sécurité, nous pénétrons enfin dans le saint des saints de la littérature hexagonale et partons à la recherche du stand des éditions Au diable Vauvert. C’est là que nous retrouvons les parents, la soeur et le beau-frère de l’Anglais, ces derniers travaillant pour ladite maison d’édition.

Les beaux-parents nous accordent une heure et demie de promenade dans les allées… De toutes manières, n’ayant pas d’argent, nous ne risquons pas d’acheter grand-chose. Nous déambulons vers Actes Sud, puis La Martinière et Albin Michel. A chaque fois des livres tous plus attirants les uns que les autres, des couvertures chamarrées, des titres évocateurs… A chaque fois la même conclusion : on n’a pas d’argent, et quoiqu’il en soit, y’a plus de place à la maison.
C’est alors que, dans les dix dernières minutes du temps réglementaire, nous faisons un crochet par le stand des éditions Bragelonne – spécialisée dans la science-fiction et l’heroic fantasy. Emerveillés par tant de livres, nous nous égarons entre les étals jusqu’à apercevoir le tableau des horaires de dédicaces… pour découvrir que Raymond E. Feist, grand monsieur de la fantasy, dédicace ce jour même à 17h. Emotion, chambardement des emplois du temps…

Après négociation, l’Anglais se dévoue pour retourner au salon en fin d’après-midi et obtenir nos dédicaces. Ce sera Krondor : la Trahison pour lui et Faërie pour moi. Avec un bouquet de roses.

Le Rêve

Malgré mon grand amour pour l’oeuvre de Zola, je constate que je ne vous ai toujours pas infligé de chronique de ses oeuvres. C’est chose faite à présent. Cette nuit, j’ai fini Le Rêve, quinzième volume de la série des Rougon-Macquart, principale oeuvre de Zola. L’écrivain s’était en effet attaché à raconter l’Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, en faisant une violente charge contre le régime de Napoléon III.
Contrairement à la majorité des romans de cette série – ou tout du moins des plus connus – cet ouvrage ne cherche pas à montrer la réalité dans ce qu’elle a de plus glauque. L’auteur cherche ici à mettre en exergue la délicatesse des sentiments, la finesse des décors, la noblesse d’âme des personnages… Bien entendu, on retrouve le style propre à Zola, les descriptions virulentes, pleines de verbes et d’adjectifs rares, la catastrophe que l’on sent arriver, le style qui pouvait paraître cru à ses contemporains et qui nous semble parfois compassé. Mais quoiqu’il en soit, il s’agit, à mes yeux, d’un de ses plus beaux romans.

La question, cruciale chez Zola, d’une fin heureuse est ici ambiguë. Je me souviens d’une réponse que m’avait faite Dolorès de la Mancha (Sénéchal de la cour de Seine-et-Marne, comprenne qui pourra) il y a quelques années : “Cela finit bien… si l’on considère que ce n’est qu’un rêve.” et je trouve cette formulation tout à fait adaptée.

Où l’on reparle de vampires…

Souvenez-vous, l’été dernier je vous parlais d’une histoire de vampires, qui confrontait une lycéenne à son amour vampirique, mais la laissait écartelée par son amitié pour un loup-garou – qui a dit “simple” ? Voici donc le dernier volume des aventures de Bella et Edward, et je n’ai pas été déçue. Le rythme est toujours aussi soutenu, les péripéties, pourtant nombreuses, s’enchaînent avec fluidité, et il est vraiment difficile de décrocher. En outre, on en apprend un  peu plus sur les autres personnages, qu’ils soient vampires ou garous, ce qui est appréciable. En revanche, l’aspect humain de l’histoire est peu à peu abandonné, comme des évènements de plus en plus lointains et négligeables.
Le dénouement est celui que j’attendais, même s’il n’est peut-être pas le plus inventif. Il me convient tout à fait, en indécrottable fleur bleue que je suis. Je suis un peu triste de devoir quitter tous ces personnages, mais je me console en pensant que le tournage du film tiré des romans commencera dans quelques semaines.

Aki Shimazaki

Aki Shimazaki est un auteur canadien d’origine japonaise, qui écrit en français. Elle publie depuis 1999 de courts romans, regroupés sous le titre générique Le poids des secrets, et qui explorent les thèmes de la mémoire, de l’identité, du mensonge, de la quête des origines. Les deux premiers volumes de la série, Tsubaki et Hamaguri se penchent sur les conséquences des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki à travers l’histoire d’un frère et d’une soeur séparés par la fin de la guerre. Ces récits, menés à la première personne, sont des petits bijoux de finesse, très proches de la littérature japonaise contemporaine, s’attardant sur les détails de la vie quotidienne, un dessin ou un paysage.

Le troisième volet de la série, Tsubame, vient de paraître en poche, et s’intéresse désormais à un pan méconnu et honteux de l’histoire japonaise récente : les rapports avec la Corée. L’héroïne est ici une jeune Coréenne dont la famille s’est installée au Japon, et qui reçoit une éducation anti-colonialiste. Toute sa vie se trouve bouleversée par le tremblement de terre du Kantô, en 1923, et elle est alors confrontée à un choix cruel, tiraillée entre son attachement au Japon et sa loyauté à la Corée.