En février dernier, je vous avais déjà parlé de la future saison à l’Opéra de Paris et de mes envies – il s’avère que j’en ai concrétisé pas mal, je vous en reparlerai au fil de l’année. Du coup, lorsque j’ai reçu le programme pour l’opéra de Versailles, j’ai décidé de faire de même.
Opéra
Monsieur de Pourceaugnac, de Lully et Molière. Parce que bon, deux monstres sacrés du 17è siècle, le tout dirigé par William Christie, ça ne se refuse pas. Et parce que j’ai un peu étudié l’oeuvre au collège.
Armide, de Lully. Que je n’ai toujours pas vu alors que c’est un peu LA référence en la matière. Et puis c’est une production de l’Opera Atelier Toronto, la plus belle ville du monde (joke inside).
Orfeo, de Luigi Rossi. Parce qu’il est programmé dans le cadre du tricentenaire Louis XIV.
Je ne suis pas très branchée opéras en version de concert, car j’estime que ça gâche une partie du plaisir. Du coup, je ne pense pas aller en voir.
En outre, l’opéra de Versailles ne présente que trois ballets dans l’année, qui ne me tentent pas plus que ça (encore que, le Béjart Ballet Lausanne, c’est toujours un plaisir).
Concerts
L’autre point fort de Versailles, selon moi. Certes, il faut aimer la musique baroque, mais les lieux et les styles sont très divers, et les meilleurs artistes se produisent.
Les funérailles royales de Louis XIV. Parce que j’ai rien dans mon agenda en novembre.
Grande messe vénitienne pour la naissance de Louis XIV. Ai-je déjà mentionné que c’était le tricentenaire ?
Musique pour Saint-Cyr. Parce que j’ai trop regardé L’allée du roi, et parce que je sais que quelqu’un de ma connaissance sera très intéressé à l’idée de m’accompagner.
Cecilia Bartoli : St Petersburg. J’ignorais même l’existence du baroque russe, mais ça me donne drôlement envie de m’y mettre.
Bach : Variations Goldberg. Bon, j’ai déjà mis C.euh sur le coup. Alexandre Tharaud et Bach sur la scène de l’Opéra royal, ça ne se refuse pas.
Maintenant, il ne me reste plus qu’à faire un casse pour financer tout ça, et prier pour que tout coïncide avec mon emploi du temps chargé à Paris.
Suite à la magnifique interprétation des symphonies n°2 et 3 à l’automne dernier, j’avais très envie d’assister à un autre concert du cycle Beethoven – tout particulièrement la très célèbre Pastorale, pour laquelle j’ai, comme beaucoup, un petit faible. Malheureusement, il n’y avait plus de places disponibles quand j’ai envisagé d’en commander, et j’ai lâché l’affaire.
Courant février, mon père a eu de la chance sur la bourse aux billets de l’Opéra, et m’a dégoté une excellente place au premier balcon.
Beethoven composant la symphonie pastorale
Je ne connaissais pas du tout la huitième symphonie – qui fut interprétée en premier – mais je l’ai beaucoup aimée. Tour à tour douce ou entraînante, on note clairement une différence avec les œuvres plus anciennes du compositeur. Si sa “patte” est toujours reconnaissable, je trouve que cette symphonie annonce déjà l’évolution de la musique classique au 19ème siècle, avec des intonations presque martiales par moments.
Mais passons au morceau de bravoure tant attendu (et redouté) : la 6ème symphonie. Si je vous dis “Pastorale”, je suis sûre que la première chose qui vous vient à l’esprit, c’est ça :
[youtube]https://youtu.be/-koZBg0iOrw[/youtube]
Allez, avouez. Moi-même, j’ai tellement regardé cette partie du film que je revois les images dès que j’entends les notes de la symphonie. Du coup, j’attendais beaucoup de l’interprétation dirigée par Philippe Jordan, tout en redoutant d’être déçue – d’autant que j’ai énormément écouté l’enregistrement d’Herbert von Karajan, une référence en la matière.
Mais en fait non. Ce n’était pas forcément ce que j’attendais – une interprétation qui allait me prendre aux tripes et me surprendre totalement – mais j’ai passé un moment remarquable. La musique semblait sauter, rebondir, s’envoler dans la salle, glissant des doigts du chef d’orchestre aux instruments des musiciens. Les passages les plus célèbres – la fête campagnarde, l’orage… – m’ont vraiment fait vibrer. Je crois que, au bout du compte, ma réaction a été différente de celle que j’ai vécue en écoutant la 3ème symphonie parce que ces deux morceaux ne suscitent pas les mêmes échos en moi.
Philippe Jordan, mon idole
Du coup, cette sortie m’a mise de bonne humeur, et m’a donné envie de jouer les prolongations. Même si mon abonnement est arrivé à son terme pour la saison, je viens de prendre deux places pour la symphonie n°9 pour l’Anglais et moi.
Dimanche, c’était (déjà) le dernier spectacle de notre abonnement. Une fois n’est pas coutume, j’avais convaincu Leen d’aller voir un ballet “traditionnel”, Paquita. A l’origine, c’est un ballet romantique, comme La Sylphide, que j’avais eu le plaisir de voir il y a deux ans, tombé dans l’oubli et ressuscité par le danseur et chorégraphe Pierre Lacotte.
Dans une Espagne pittoresque où les Français de Napoléon font encore la loi, nous suivons les amours contrariées de Lucien, jeune noble français, et Paquita, gitane, jusqu’au triomphe de la vérité et des sentiments.
Sur cette trame extrêmement simple, les danseurs enchaînent danses d’ensemble, pas de deux, pas de trois, mais aussi des séquences à la limite du mime. Par moments, on esquisse un sourire devant une scène à la limite du vaudeville.
Mais pas une seule fois on ne s’ennuie ! Les costumes, les lumières, les décors, tout contribue à créer une ambiance magique et à transporter le spectateur dans un autre univers joyeux et coloré pendant deux heures. Les interprètes sont bons et enchaînent les morceaux de bravoure sous les applaudissements enthousiastes du public. A titre personnel, j’ai beaucoup apprécié le mélange “danses classiques” et “danses de groupe” telles que quadrille ou polonaise.
On passe un excellent moment, c’est beau et, au moment de sortir, le soleil a remplacé les nuages pluvieux. Cerise sur le gâteau : on voit des hussards faire des sauts de cabri. Que demander de plus ?
A la réflexion, je sais ce qu’on pourrait demander de plus : que l’Opéra de Paris fasse quelque chose pour l’assise des spectateurs. Nous étions dans l’amphithéâtre, et jouissions donc d’une vue excellente sur la scène, mais à quel prix : strapontin dur, moulure au-dessus de la tête qui m’a empêchée de me tenir droite pendant tout le spectacle, espace pour les jambes inexistant et impossibilité de toucher le sol lorsqu’on est assis ! Je me doute qu’à l’origine l’endroit était prévu pour un public debout, mais c’est une forme raffinée de torture, tout de même.
A Athènes, Thésée s’apprête à célébrer ses noces avec Hippolyte, la reine des Amazones. Dans la forêt avoisinante, Obéron, roi des elfes, se dispute avec Titania, sa femme, au sujet de leurs nombreuses conquêtes passées et présentes. Ajoutons deux couples d’amoureux contrariés – Hermia, qui est amoureuse de Lysandre mais promise à Démétrius, lequel est aimé d’Héléna – et des artisans partis répéter une tragédie pour les noces de leur duc, avec le truculent Bottom. Tout ce petit monde finit par se retrouver dans la forêt, où les sortilèges d’Obéron, aidé par le lutin Puck, vont semer la confusion au cours d’une nuit dont personne ne saura vraiment si elle est un rêve, un jeu ou un fantasme. Un songe ?
C’était remarquable. Outre la pièce – que je n’ai lue qu’une seule fois il y a une bonne quinzaine d’années – qui est extrêmement drôle, les acteurs étaient talentueux et se donnaient à fond. J’ai adoré la mise en scène, qui intégrait certains personnages dans la salle (et qui m’a permis de faire la bise à Michel Vuillermoz, moment d’émotion), et dépoussiérait franchement le côté quelque peu pompeux qu’on aurait pu redouter, d’autant que la nature même du théâtre élisabéthain se prête mieux, je trouve, à l’inventivité que notre théâtre classique. En outre, la traduction a été modernisée juste ce qu’il faut pour rendre le propos encore plus pertinent.
Nous avons été conquis : je n’avais pas ri comme ça, et a fortiori au théâtre, depuis Aucassin et Nicolette en novembre dernier. A la fin, j’en avais les larmes aux yeux et j’avais du mal à respirer. Mention spéciale aux acteurs qui interprètent Puck et Obéron, qui font preuve d’un talent comique et d’une endurance à toute épreuve.
Si vous en avez la chance de dénicher des places, courez-y. La pièce est à l’affiche jusqu’au 25 mai.
Encore une sortie, et culturelle, en plus ! Je pense qu’il va neiger…
Hier, je suis donc allée visiter l’exposition “Déboutonner la mode” au musée des Arts Décoratifs car, même si je n’étais pas plus intéressée que cela, une amie me l’avait recommandée pour mes recherches romanesques.
L’exposition part de la collection de boutons de Loïc Allio, acquise récemment par le musée. Après une rapide introduction sur les matières employées pour la fabrication du bouton – allant du bois au plastique en passant par la paille, la passementerie, le verre, les métaux… – on suit un parcours chronologique débutant vers 1750.
D’ornement exclusivement réservé aux hommes, on en suit l’évolution et la façon dont l’anglomanie permet aux femmes de s’approprier l’accessoire (grâce par exemple à la robe redingote).
Robe redingote, vers 1790
L’exposition présente les différents corps de métiers impliqués dans la fabrication du bouton – où l’on s’aperçoit qu’en fonction de la matière, ce n’étaient pas les mêmes artisans – les modes – “à la Buffon”, ornés de rébus, à l’antique – et même les implications politiques (pendant la Révolution). Ensuite, on voit comment le bouton remplace peu à peu le laçage, notamment dans l’habillement féminin, devenant symbole de maîtrise du corps et du vêtement.
Robe redingote “à la hussarde” vers 1820
Dans la seconde partie de l’exposition, consacrée au XXème siècle, le classement chronologique, s’il est toujours présent, cède peu à peu la place aux grands noms de la couture, notamment française. On se concentre peu à peu sur le rapport de Balenciaga, Courrèges, Saint-Laurent et consorts à cet ornement. La façon dont ils en ont usé, leurs rapports avec leurs fournisseurs, l’influence toujours croissante des artistes…
Boutons allégoriques, 18ème siècle
Au final, j’ai trouvé cette exposition pas inintéressante mais assez brouillonne. Les cartels étaient parfois très succincts (“boutons” – ah merci, j’aurais pas cru), souvent très éloignés des objets présentés (il fallait faire plusieurs allers-retours pour mettre en rapport l’objet et son explication, au point que j’ai parfois lâché l’affaire), la numérotation ne correspondait pas toujours. En outre, comme ce sont des objets de dimensions modestes, les visiteurs se pressent tous aux mêmes endroits et l’oeil finit par se fatiguer. Je n’ai également pas trop accroché au parti pris de ne plus présenter que des créateurs contemporains à la fin, comme s’il fallait se ménager les maisons de couture.
Enfin – mais là ça n’a rien à voir – j’ai trouvé le public particulièrement malappris : des gens dont le téléphone a sonné plusieurs fois (et qui ont tenu leur conversation de sorte que tout le monde suivait), d’autres qui parlaient très fort ou prenaient des photos avec le “flash” de l’iPhone… Bof.
C’était donc un bilan en demi-teinte pour moi. Je me demande s’il n’aurait pas été plus pertinent de scinder l’exposition en deux : une pour la mode ancienne, une pour les créateurs contemporains ?
Déboutonner la mode, jusqu’au 19 juillet 2015, Musée des Arts Décoratifs (11€)
A force de me vanter ici et là que je vais à l’opéra comme je respire ou presque, plusieurs personnes m’ont demandé de leur donner quelques clés pour assister à un spectacle. Je ne suis pas une spécialiste, mais juste une amatrice, il n’est pas question de faire une revue de puriste, simplement de fournir quelques explications que j’estime nécessaires.
L’opéra, on y comprend rien.
Les principales langues de l’opéra sont le français, l’italien et l’allemand, mais on trouve aussi des œuvres en russe, en anglais, en tchèque… Mais nul besoin de connaître la langue ! Les salles proposent un surtitrage lumineux, en anglais et français. Et puis, ne nous voilons pas la face : les chanteurs répètent souvent la même phrase.
Pour ce qui est de l’histoire, le plus simple est de s’offrir un programme : plutôt que de lire l’intégralité du livret (qui peut être long), parcourez l’argument (le mot savant pour “résumé”) qui tient généralement sur une ou deux pages. L’avantage, c’est que vous saurez aussi où en est l’histoire et s’il y a encore longtemps à attendre avant la fin du premier acte pour aller aux toilettes.
L’opéra, c’est pour les riches
Le prix des places peut grimper très vite mais, ce que l’on oublie souvent, c’est que l’Opéra de Paris est une salle de spectacle subventionnée par l’Etat. Du coup, il existe plusieurs astuces pour obtenir des places moins chères : les abonnements jeunes pour les moins de 28 ans, les places de dernière minute (souvent avec visibilité limitée), certains lundis ou samedis après-midi moins chers que d’autres…
On est bien assis, au moins ?
Là, ça dépend. Question rembourrage, on est largement mieux assis à Bastille qu’à Garnier, ne serait-ce que parce que les critères de confort ont évolué en un siècle.
Niveau visibilité, à part quelques places très hautes et complètement sur le côté à Bastille, on voit l’essentiel de la scène et le surtitrage.
En revanche, Garnier est un théâtre à l’italienne : on y allait autant pour voir que pour être vu, si bien que, depuis les loges de côté, on distingue mieux les autres spectateurs que la scène. Un conseil si vous choisissez des places petit budget : optez pour l’amphithéâtre (tout en haut) plutôt que pour les fonds de loges. L’amphithéâtre fait mal aux fesses, on a les genoux dans le dos du voisin de devant, mais on distingue la scène. Les fonds de loges donnent surtout envie de décapiter les personnes devant soi parce qu’on n’y voit rien.
On donne un pourboire ?
Ah non ! Si le champagne coûte un rein et qu’il faudra hypothéquer votre maison pour vous offrir un sandwich, on ne donne pas de pourboire dans les théâtres nationaux, dont fait partie l’Opéra de Paris. Et on attend que les hôtes vous installent en vous remettant un petit dépliant avec la distribution du jour.
Je suis en retard, je fais quoi ?
Honnêtement, vous êtes dans la merde. Si la plupart des salles de spectacle commencent avec un peu de retard, et vous permettent souvent de gagner votre place alors que le rideau est déjà levé, ce n’est pas le cas à l’Opéra de Paris. Sitôt les lumières éteintes, impossible d’entrer dans la salle avant l’entracte (s’il y en a un) et vous n’aurez même pas la possibilité de flâner à la boutique, qui sera en train de fermer.
En plus ça commence tôt : 19h30 en règle générale, voire plus tôt pour des spectacles très longs (l’idée étant que les spectateurs puissent repartir en transport).
Et alors, on va voir quoi ?
Quand on est novice, à moins de vraiment vouloir se dépayser, j’ai tendance à conseiller un classique, en italien la plupart du temps. Les opéras de Verdi comme La Traviata (qui reprend l’histoire de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils), Rigoletto ou Il trovatore. C’est monumental, ça fait “boum-boum” mais c’est plein d’airs très connus.
Dans la saison 2015-2016, j’aurais aussi tendance à recommander Le barbier de Séville (Il Barbiere di Seviglia) de Rossini et Don Giovanni de Mozart.
Une autre possibilité serait de choisir un opéra en français dont le plus connu, Carmen, est souvent repris dans différentes salles (pas à l’ONP l’an prochain, malheureusement). Ou alors, un opéra en allemand comme La flûte enchantée, à l’affiche d’avril à juin cette année, très abordable et qui finit bien (si, si).
Et si on préfère le ballet ?
Je suis moins calée mais, une fois encore, si vous souhaitez vous initier, voir un joli ballet avec de beaux costumes, choisissez un classique du répertoire avec une chorégraphie de Noureev, effet garanti. Cette saison, vous pouvez choisir l’indémodable Lac des cygnes, ou des ballets (un peu) moins célèbres comme Paquita ou La fille mal gardée. La saison prochaine, je recommande La Bayadère (superbe) ou un grand classique de l’époque romantique, Giselle.
Si vous êtes d’humeur contemporaine, n’hésitez pas à vous tourner vers des noms connus comme Pina Bausch, Anne Teresa de Kersmaeker, William Forsythe… L’avantage de la technologie aujourd’hui, c’est que vous pouvez toujours trouver des extraits sur youtube.
Y’a pas moyen de combiner les deux ?
Si ! L’an prochain, l’ONP a décidé de monter Iolanta / Casse-Noisettes, un opéra qui précède un ballet, deux œuvres de Tchaïkovski. C’est une forme tombée en désuétude et remise au goût du jour, si bien que les places commencent déjà à se faire rare, mais tentez le coup.
Comment on réserve ?
Soit vous prenez un abonnement dès maintenant pour la saison 2015-2016 (dépêchez-vous, les places partent très vite cette année, ce doit être l’effet Benjamin Millepied), mais cela implique de réserver plusieurs spectacles. Soit vous guettez l’ouverture des réservations pour les spectacles au fur et à mesure de l’année (à partir de mai-juin, généralement, et étalée sur neuf mois environ). A moins que vous aimiez vous déplacer pour acheter votre place au guichet, j’aurais tendance à conseiller la réservation internet.
Par ailleurs, des places sont encore disponibles pour les spectacles de cette saison, jusqu’en juillet.
Enfin, tous les ans, l’ONP propose un spectacle gratuit pour les festivités du 14 juillet (même si je crois que ça tombe le 13 cette année). Premier arrivé, premier servi !
J’ai mon billet, c’est pour ce soir. Je garde mon jean et mes baskets ?
Même si a priori on ne vous dira rien, il est possible que vous attiriez quelques regards en coin. Sans aller jusqu’au costume-cravate si vous ne vous sentez pas de le faire, n’hésitez pas à sortir votre paire de mocassins des dimanches avec un pull sans trou, ou une tenue pour laquelle vous cherchiez une occasion (cette très jolie robe portée à un mariage il y a deux ans et que vous aimeriez bien remettre, mais au boulot, c’est un peu too much). Blague à part, un jean passe très bien avec une jolie chemise et des chaussures pas trop moches. On n’est plus à l’époque robe de soirée et frac !
Je conclus en vous signalant qu’il y a une excellente FAQ sur le site de l’opéra, qui vous dira sans doute d’autres choses que j’aurais oubliée.
Cette année encore, nous avons célébré la Saint-Valentin de façon peu conventionnelle, puisque nous allions au Zénith écouter les Dropkick Murphys (comme il y a deux ans, tiens). Cette fois-ci, la tournée n’était pas soutenue par un album mais réunissait, autour du thème “celtic punk invasion” les groupes Blood or Whiskey et The Mahones autour des têtes d’affiche.
Le concert était annoncé pour 19h30 et a débuté avec un petit quart d’heure de retard avec… Bryan McPherson. Apparemment, c’est un ami des Dropkicks qui avait l’occasion de monter sur scène ce soir, et ce n’était pas forcément prévu. Quoi qu’il en soit, c’est bien : tout seul avec sa guitare mais doté d’une voix puissante, il envoie du très bon rock, aux accents très américains. Le set a été de courte durée, mais franchement appréciable.
Vient ensuite Lion’s Law. Contrairement à ce que pourraient laisser penser leur nom et leurs chansons, interprétées en anglais, ils sont français. C’est du bon punk “à l’ancienne” ai-je envie de dire et, de façon surprenante, j’ai beaucoup accroché. Les musiciens sont excellents et se donnent à fond, et le chanteur a plutôt un bon accent.
Puis c’est le début de la tournée à proprement parler. D’abord Blood or Whiskey, pas mal du tout, mais j’ai énormément de mal à comprendre ce que dit le chanteur, que ce soit pendant qu’il chante ou lorsqu’il parle. Y aurait-il un problème de son (ou aurais-je déjà des acouphènes) ? En revanche, leur set est relativement court (une demi-douzaine de chansons, je dirais). Mention spéciale à un “Je suis Charlie” pas super bien prononcé mais audible.
C’est ensuite au tour de The Mahones, très attendu, y compris par moi, car j’avais entendu une de leurs chansons récemment, et qu’elle m’avait beaucoup plu. Le groupe inclut par ailleurs la seule fille parmi tous les artistes, et celle-ci, à l’accordéon, fait preuve d’une énergie incroyable. Las ! Encore une fois, j’ai trouvé le son bizarrement réglé, on entendait assez peu les voix, quasiment pas l’accordéon… décevant ! Et je n’ai pas autant accroché que je m’y attendais.
Photo trouvée sur la page FB des Dropkick Murphys
Il est 22h30 et je bâille à me décrocher la mâchoire (oui, il y avait pédiatre ce matin, et rappels de vaccins) lorsque les stars de la soirée arrivent enfin. L’atmosphère change immédiatement, la foule hurle et trépigne, et moi avec eux. Au programme, un gros best of, qu’il s’agisse de titres originaux ou de reprises devenues légendaires : Rose tattoo, Johnny I hardly knew ya, Going out in style, Kiss me I’m shitfaced… Pour être honnête, je connais seulement entre un tiers et la moitié de la setlist par cœur, mais ça restait très bien et très pro. En revanche, il n’y a quasiment pas de temps mort entre deux chansons pour permettre aux chanteurs de s’exprimer (c’est dommage, moi j’aime bien qu’on me parle), et Al Barr, le chanteur principal, donnait l’impression d’être sur le point de perdre sa voix (celle-ci était bien plus rauque qu’en temps normal).
Au final, le groupe a assuré et mis l’ambiance, mais on sentait un peu la volonté de faire tenir le maximum de titres dans 1h30 de set, ce qui est un peu dommage.
Et franchement, quatre premières parties, c’est sans doute deux de trop…
Comme tous les ans, j’attendais avec impatience l’annonce de la nouvelle programmation à l’Opéra de Paris. Cette fois-ci, elle est tombée extrêmement tôt : le 4 février, soit avec plus d’un mois d’avance comparé à l’an dernier !
Je n’ai pas trop eu le temps de suivre la conférence de presse, tellement j’étais absorbée par le travail mais, ce week-end, j’ai reçu le programme et m’y suis un peu plongée. Comme on pouvait s’y attendre, l’arrivée de Benjamin Millepied dépoussière sacrément la danse, et il me semble évident que Philippe Jordan (mon chouchou absolu depuis que je l’ai entendu diriger Beethoven) a décidé de lui emboîter le pas. Les nouvelles productions proposées sont audacieuses et contemporaines, et ce que j’ai pu apercevoir m’a mise en appétit.
Du coup, je vous propose une petite sélection de ce que je voudrais voir (bien entendu, il me sera impossible de tout faire, pour de vulgaires questions budgétaires – j’aime être assise un peu confortablement et bénéficier du surtitrage, je m’embourgeoise…), sans la moindre prétention à l’exhaustivité ou à l’analyse.
Opéra
Platée : musique baroque, opéra Garnier, Jean-Philippe Rameau et Marc Minkowski. Quarté gagnant. Plus sérieusement, j’adore la musique baroque et, même si j’adore aller en écouter à Versailles, c’est plus facile d’aller à Garnier. Et les places sont moins chères.
Moses und Aron, Schönberg : je n’y connais rien, mais Philippe Jordan himself a dit : “N’ayez pas peur de Schönberg”. Je pense que c’est un signe.
La damnation de Faust, Berlioz : “Je ne veux que Berlioz et moi !” Plus sérieusement, c’est un classique que je connais très mal et que j’ai très envie de découvrir.
Werther, Massenet : parce qu’un peu d’opéra en français, ça ne peut pas faire de mal.
Die Meistersinger von Nürnberg. J’accuse C.euh de m’avoir convertie à Wagner. En plus c’est Jordan qui dirige, et le voir tout faire de tête, ça promet d’être grandiose.
Bon, ça dure 5h45 mais quand on aime, on ne compte pas.
Rigoletto, Verdi. Un peu de classique dans cet univers ultra-contemporain.
Lear, Reiman. Comme pour Schönberg, j’y connais rien, mais j’aime l’idée d’un opéra adapté d’une pièce de Shakespeare.
Et non, je ne retournerai pas voir Aïda dans la mise en scène d’Olivier Py. Bordel.
Ballets
Avant toute chose, je tiens à préciser que je suis assez hermétique à la danse contemporaine. Je peux trouver ça très beau, mais le sens me passe parfois complètement au-dessus. Mais il faut vivre dangereusement, alors jetons-nous à l’eau.
Batsheva Dance Company. Depuis le temps que j’entends chanter les louanges de la danse contemporaine israélienne (je connais même le nom de la troupe, c’est dire), il faudrait que je jette un œil pour voir.
English National Ballet. Parce que j’ai très envie de retourner à Londres, et que je sens que c’est pas encore pour tout de suite, alors ça me permettra de faire comme si.
Giselle. Après La Sylphide, que j’avais adoré, et Paquita en mai prochain, qui devrait beaucoup me plaire, j’ai très envie de continuer ma découverte des grands ballets romantiques.
Dans l’absolu, j’assisterais volontiers au gala d’ouverture de la saison, mais quelque chose me souffle que ce sera hors de prix (l’événement dispose de son propre site internet, c’est mauvais signe).
Récitals
Les concerts proposés cette année ne me tentent qu’à moitié (mais je suis sûre que je ne dirais pas non si on m’offrait des places), en revanche les récitals, dont les deux que j’ai sélectionnés, vont mettre en avant du beau linge.
Diana Damrau / Helmut Deutsch. J’ai déjà eu l’occasion d’écouter la dame en récital à Garnier (accompagnée à la harpe par Xavier de Maistre) et j’avais été soufflée. Alors je suis plus que partante pour revivre ça !
Renée Fleming / Philippe Jordan. Je ne m’épancherai pas encore sur Jordan (je sens monter en moi la ferveur de la groupie…), mais j’ai découvert Renée Fleming dans Capriccio il y a… une bonne dizaine d’années, je crois. Pour vous donner une idée, c’est elle qui a interprété l’hymne américain en ouverture du Superbowl en 2014 (on a les références culturelles que l’on peut).
Voilà ! Ca en fait des choses et des sous à dépenser. Je vais peut-être ouvrir une cagnotte, des fois que. Ou épouser un banquier.
Oh wait…
Hier, nous avons eu l’occasion d’utiliser un de nos cadeaux de Noël : nous avions reçu de (très bonnes) places pour assister au concert de Queen + Adam Lambert. Ainsi que je le disais il y a peu, Queen est mon groupe préféré à la vie, à la mort, et il en va de même pour monsieur.
Après la mort de Freddie Mercury, le groupe a cessé les concerts pendant un long moment, avant de remonter sur scène, d’abord avec Paul Rodgers, puis, aujourd’hui, avec Adam Lambert. Ce dernier a été découvert par Brian May et Roger Taylor à l’occasion de American Idol en 2009, et a la lourde tâche de remplacer Freddie au chant.
Oui, je prends des photos pourries avec mon téléphone (et je n’en prends pas beaucoup, je préfère beugler)
Mais en vrai, ça donne quoi ? Freddie Mercury n’est-il pas insurpassable ?
Freddie est irremplaçable, c’est évident. Mais Adam Lambert ne démérite pas, bien au contraire. Déjà, il ne “fait pas du Freddie” ; son jeu de scène, de même que sa panoplie, ressemble plutôt à un mélange d’Elvis et de George Michael revisité (si, si). Il monte très haut dans les aigus, avec beaucoup de profondeur, sans donner l’impression de forcer. En revanche, il descend moins bas. On sent bien qu’il est content d’être là, et il n’oublie pas de rendre hommage à Mercury – ce que beaucoup de fans attendent, je pense. A titre personnel, j’ai beaucoup aimé son interprétation de Killer Queen, étendu sur un sofa capitonné, agitant un éventail doré. On était vraiment dans l’atmosphère du groupe sans tomber dans la parodie.
Et les vieilles légendes ?
Il faut être honnête, Roger Taylor a vieilli, même s’il a visiblement perdu du poids depuis la cérémonie d’ouverture des JO de Londres. Il assure toujours à la batterie, mais a besoin d’être secondé par un musicien plus jeune. S’il chante sans souci les chœurs – et que c’est un réel plaisir de retrouver sa voix – on a noté qu’il avait eu un peu de mal lorsqu’il a interprété seul A kind of magic. Après, ça ne veut pas dire non plus qu’il est cacochyme !
Brian May, à part les cheveux blancs, on dirait qu’il n’a pas pris une ride. Le même visage taillé à coups de serpe, le même enthousiasme sur scène, beaucoup d’énergie… (J’ajouterais : le même interlude pour son solo où il a réussi à nous glisser les notes de Frère Jacques.)
@DianaKat1
La setlist est constituée à 90% de très gros hits : One vision, Fat-bottomed girls, Save me… Nous avons eu droit à plusieurs interludes : solo de May, solo de Taylor avec l’autre batteur et le bassiste… Mais le moment qui, selon moi, était le plus chargé en émotion, fut celui où Brian May est venu sur le proscenium chanter avec une guitare sèche. Entre quelques mots en français et un selfie à 360° (que monsieur soupçonne d’avoir été pris en 3D), il nous a interprété Love of my life (avec toute la salle qui chantait le refrain… et une apparition surprise sur l’écran). Puis, accompagné de tous les musiciens (mais sans Lambert), il a entonné ’39, cette géniale chanson de voyage dans le temps qui nous a servi à ouvrir le bal de notre mariage (quand je vous disais que Queen et nous…).
Après plus de 2h de show, le rappel nous a permis d’achever nos cordes vocales sur We will rock you et We are the champions (et puis God save the queen, mais le public connaissait moins bien les paroles qu’à Wembley…).
Alors, est-ce que ça en valait la peine ? Oui ! Si je puis dire, on en a eu pour notre argent. Outre le côté “karaoké géant” qui nous a permis de nous époumoner sur les plus grands titres du groupe, nous avons eu une petite dose d’émotion, avons pu écouter la Red Special en vrai et, compte tenu des dimensions relativement restreintes de la salle, avoir l’impression d’être dans un concert à taille humaine (en dépit de certains réglages son pas franchement heureux).
La semaine dernière, alors que nous étions au téléphone, l’Anglais est passé devant une affiche pour un spectacle au théâtre : “Tiens, Aucassin et Nicolette, un chantefable du 13ème siècle, ça te tente ?”. Sachant que c’est par cette oeuvre que je suis venue à la littérature médiévale – je l’ai découverte par l’intermédiaire de ma petite soeur, qui l’étudiait à l’école primaire – et que je l’ai lue un certain nombre de fois, j’ai dit banco.
Pour être honnête, j’étais très curieuse de savoir comment le texte serait adapté car, pour moi, c’est une oeuvre difficile à envisager autrement que par l’écrit – et ce d’autant plus que la metteuse en scène proposait sa traduction. Je n’ai pas du tout été déçue.
Aucassin et Nicolette raconte l’histoire de deux jeunes gens, le fils du comte de Beaucaire, et la filleule d’un vicomte local, ancienne captive sarrasine. Ils sont amoureux, mais leurs parents sont contre leur union car elle représenterait une grave mésalliance pour Aucassin. Après avoir enduré l’enfermement, ils s’enfuient jusqu’à trouver le moyen d’être ensemble et de se marier.
Le texte original mêle récit parlé et chant (ce qui est précisé dans toutes les éditions du texte). Toutefois, comme la musique ne nous est pas parvenue, il est assez difficile de s’imaginer ces différentes parties. C’est pourtant ainsi qu’est constitué le spectacle, et ça fonctionne.
Sur scène, les deux comédiens parlent, exposent la situation, avant d’interpréter les personnages. Les deux héros sont joués par Stéphanie Gagneux qui, selon le côté où elle se tourne et les accessoires qu’elle arbore, change de personnalité, de voix, de carrure… L’autre acteur, Brock, prend en charge tous les personnages secondaires, sautant hardiment d’un accent à l’autre, ainsi que certains bruitages – mention spéciale à l’imitation de la vièle à roue, où l’Anglais et moi riions aux larmes tellement ça rappelait une veillée de campement médiéval.
Car là est l’autre force du spectacle : avec peu de moyens, mais avec des bruitages parfaitement bien trouvés, quelques instruments de musique et deux-trois accessoires, les acteurs parviennent à faire vivre toute une galerie de personnages, à raconter l’histoire sans faiblir, nous faisant passer du rire à l’émotion, dans la plus pure tradition du théâtre de rue. Alors que j’avais toujours envisager l’oeuvre au premier degré, je m’aperçois qu’on l’aurait très certainement racontée de cette façon à l’époque médiévale.
Au final, il faut y aller! Courez-y, c’est un excellent moment à passer, dans une petite salle intimiste où vous aurez l’impression de pouvoir toucher les comédiens. En outre, jusqu’à dimanche, les places sont à 35% de réduction.
Aucassin et Nicolette, Théâtre de poche Montparnasse.
Du mardi au samedi, à 19h, le dimanche à 17h30.
Places de 10 à 24€