Tartuffe

Hier soir, grâce à une amie, j’ai été invitée à la Comédie-Française pour assister à une représentation de Tartuffe. Je ne sais pas vous mais, personnellement, des pièces de Molière, j’en ai étudié une par an de la 6ème à la 2nde – et celle-ci, en particulier, fut l’objet d’un trimestre la dernière année. Même si mes années de lycée sont loin derrière moi, je gardais tout de même assez de souvenirs de cours pour savoir à quoi m’attendre.

Tartuffe

Dans la maison d’Orgon, deux camps s’opposent : celui du maître de maison et de sa mère, qui ne jurent que par Tartuffe, un homme qui se dit dévot et prend lentement mais sûrement l’ascendant sur eux et la maisonnée, et tous les autres, épouse, enfants, domestiques, qui n’en peuvent plus des manières de l’hypocrite personnage. Mais Orgon est aveuglé de passion pour son “frère” ainsi qu’il l’appelle, au point de vouloir lui donner sa fille en mariage et de déshériter son fils à son profit. Seule Elmire, sa femme, parviendra à lui ouvrir les yeux en révélant la vrai nature de Tartuffe.

Cette pièce a connu une histoire compliquée, faite de soubresauts et de cabales, dont je vous épargnerai les détails ici. Toujours est-il que, plus de trois siècles après sa création, elle a toujours le même à-propos, la même puissance comique et trouve une résonance jusqu’à nos jours. On rit franchement de situations qui pourraient exister à notre époque, quoique peut-être dans un autre contexte que celui de la religion.

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La version présentée ce soir est excellente : les acteurs sont très bons (en même temps, au Français…), la mise en scène est bien faite, avec juste ce qu’il faut de modernité pour dépoussiérer l’oeuvre, le décor est génial, sans doute un de mes plus gros coups de coeur de la soirée : une pièce dotée de deux portes et donnant sur d’autres pièces en enfilade où évoluent les acteurs. Les portes claquent, on se poursuit, on se fuit, on s’embrasse, on se jette des reparties cinglantes et des objets à la figure… Franchement, j’ai passé un très grand moment.
Un tout petit bémol, néanmoins : selon l’endroit où se placent les acteurs, l’acoustique change. Alors qu’elle est très bonne dans la majorité des cas, les voix paraissent parfois étouffées voire donnent l’impression de faire vibrer le bois. Mais je vous rassure, c’est assez ponctuel.

Maintenant, effet KissCool : mon cerveau m’a parlé en alexandrins tout le reste de la soirée et une partie de la matinée. Quel frimeur.

Tartuffe, Comédie-Française (salle Richelieu), jusqu’au 16 février 2015
Les images qui illustrent cet article sont tirées du site de la Comédie-Française.

Cycle Beethoven à l’Opéra de Paris (2/5) : 1ère et 3ème symphonies

Vendredi soir, c’était déjà l’avant-dernier spectacle compris dans notre abonnement (la date tardive de réservation a limité notre choix, ainsi que des impératifs de jours de la semaine et de périodes de l’année, entre l’emploi du temps professionnel de Leen et mes obligations avec la Crevette). Cette fois-ci, ni ballet, ni opéra, mais un concert symphonique consacré à Beethoven.

Philippe Jordan, chef d’orchestre et directeur de la musique de l’Opéra, a choisi cette année de mettre en lumière le célèbre compositeur en dirigeant l’intégralité des symphonies au cours de l’année (il y en a neuf, quand même).

Philippe Jordan (source)
Philippe Jordan (source)

A titre personnel, je suis venue à la musique classique toute petite grâce à Beethoven, ne serait-ce que parce que les trois premières ouvertures de l’opéra Fidelio portent (presque) mon prénom et qu’à 4-5 ans, l’effet d’identification joue à fond. Si je connais mal ses sonates et ses quatuors, j’ai beaucoup écouté ses symphonies, et j’ai une tendresse particulière pour la troisième, dite Eroica. Je ne pouvais donc pas ne pas assister à au moins l’un des concerts programmés cette année.

C’était magistral. Je ne trouve pas d’autre mot.
Tout d’abord, Jordan dirige sans partition. Aussi incroyable que cela puisse paraître, pas une seule fois il n’a besoin de ce soutien. Du coup, c’est comme si la musique naissait de son mouvement, de ses gestes même, comme s’il intimait à chaque instrument de se faire entendre ou de se taire. La prouesse est déjà impressionnante mais, après quelques recherches, il semblerait que le chef dirige également les opéras de Wagner par cœur (ce qui me laisse pantoise).
L’interprétation était remarquable : la première symphonie, très influencée par la musique du 18ème siècle, Mozart ou Haydn, est légère, presque sautillante, joyeuse pourrait-on dire. Cela se retrouvait aussi dans les gestes du chef d’orchestre, dans une façon presque primesautière de diriger ses musiciens.

Après l’entracte, vient le “gros morceau”, pourrait-on dire. La troisième symphonie a été composée au tournant du 19ème siècle, et était, à l’origine, dédiée à Napoléon Bonaparte (on raconte que Beethoven, grand admirateur de la Révolution, aurait raturé avec rage la dédicace lorsqu’il apprit que son héros s’était fait couronner empereur, l’accusant de verser dans la tyrannie). Pour moi, c’est une “madeleine musicale”, un des premiers grands morceaux avec lesquels j’ai fait mon éducation classique, une symphonie que j’ai tellement écoutée que je la connais par cœur. C’est dire si mes attentes étaient élevées et si Jordan était guetté au tournant.
Première constatation : la direction est plus “carrée” que sur la première symphonie, la gestuelle a changé, les mouvements semblent plus saccadés. Pourtant, moi qui ai écouté en boucle l’enregistrement de Karajan, je ne peux m’empêcher de lui trouver une subtilité que je n’avais jamais entendue avant. Cette interprétation m’a littéralement prise aux tripes, retournée, me faisant parfois monter les larmes aux yeux. Cela faisait très longtemps qu’il ne m’avait pas été donné de vivre une telle émotion à l’opéra.

Du coup, je vais essayer de décrocher des places pour les concerts de mai et juin (décembre s’annonce compliqué).
Le bonus ? Vous pouvez retrouver le concert gratuitement sur le site d’Arte pendant deux mois.

Rain

Dimanche soir, troisième spectacle de notre abonnement : nous sommes allées voir Rain, un ballet contemporain de la chorégraphe belge Anne Teresa de Kersmaeker. Pour être honnête, je suis une bille en danse contemporaine, et j’ai seulement entendu parler de cette artiste lorsqu’elle a porté plainte contre Beyoncé pour plagiat (à juste titre, d’ailleurs…). Voyez plutôt :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=PDT0m514TMw[/youtube]

Toujours est-il que j’y allais sans trop savoir à quoi m’attendre. La musique, composée par Steve Reich, est interprétée (entre autres) par quatre pianos, cinq xylophones, des percussionnistes et des choristes. Le résultat est assez déroutant, très contemporain et hypnotique (franchement hypnotique, même : vu que j’étais crevée, j’ai cru que j’allais m’endormir par moment). L’impression générale est celle d’une vague qui monte lentement, explose et retombe.
Sur la scène, à peine agrémentée de quelques chaises, d’un rideau de franges et d’un dessin géométrique au sol censé représenter les déplacements des danseurs, le groupe se meut tantôt à l’unisson, tantôt chacun dans son coin.

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Au final, c’est une belle représentation : beaucoup d’énergie, une irruption de la couleur par moments, une sorte de célébration de la vie et de l’amour… Bien entendu, je ne fais que livrer mon interprétation personnelle, je ne sais pas du tout quelles étaient les intentions d’Anne Teresa de Kersmaeker lorsqu’elle a créé ce ballet.
Mon sentiment général, à la fin de la représentation (corroboré par Leen, je me suis sentie moins seule), pourrait se résumer ainsi : c’était très beau mais j’ai rien compris. Quoi qu’il en soit, c’est un ballet court (un peu plus d’une heure), et je recommande car cela me semble être une bonne introduction à la danse contemporaine, et aussi parce que le ballet de l’Opéra est remarquable.

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Rain, est visible jusqu’à ce soir à l’Opéra de Paris.
Toutes les photos sont issues de la page consacrée au ballet sur le site de l’Opéra.

Shelby Earl

Lors de nos vacances à Seattle en 2012 (soit pendant la pause de ce blog), l’Anglais et moi sommes partis faire une cure musique-librairies-bouffe. Autant vous dire qu’on a été gâtés, voire pire. Le dernier soir, monsieur – qui m’avait fait assister à Bumbershoot pendant trois jours –  absolument tenu à aller au Crocodile, resto-salle de spectacle mythique de la ville, qui a notamment accueilli les débuts de Nirvana (pour vous situer : il y a des clichés du groupe dans la salle de resto, et une de Courtney Love dans les toilettes des filles). Nous nous sommes donc rendus là-bas pour écouter The White Buffalo (c’est très bien) et sa première partie, Shelby Earl.

Mesdames et messieurs, ceci est une photo d'archive un peu pourrie
Mesdames et messieurs, ceci est une photo d’archive un peu pourrie

A l’époque, la chanteuse venait tout juste de quitter définitivement son travail pour se lancer à plein temps dans la musique. Originaire de la ville, elle commençait à se construire un nom (elle a d’ailleurs été programmée à Bumbershoot cette année). Nous sommes tombés sous le charme de sa voix, ses mélodies et ses textes et nous sommes offert son premier album, qui a longtemps rythmé nos voyages en voiture (parmi d’autres acquisitions). Un second album est sorti, que l’Anglais a commandé via Facebook, mais nous n’avons jamais eu l’occasion de la revoir sur scène.
Jusqu’à vendredi.

Shelby Earl

Il y a quelques mois, Shelby Earl a annoncé qu’elle effectuerait une petite tournée en Europe, et cherchait des “points de chute”. A Paris, elle a été accueillie chez un particulier jeudi soir, et dans une petite salle associative, l’Ogresse, vendredi. Nous nous sommes donc arrangés pour faire garder la Crevette et nous rendre au concert.
Malheureusement, comme souvent avec les associations, quelque chose a coincé. En l’occurrence, le concert était annoncé à 21h30, sur la page de la salle comme sur celle de la chanteuse, mais les organisateurs ont, j’ignore pourquoi, compris que cela débutait à 20h30. Après négociation, il semblerait que l’attente ait pu durer jusqu’à 21h, mais pas au-delà… Fort dommage pour nous, qui sommes arrivés à 21h35, et avons donc raté les trois quarts du set ! Je crois que si l’Anglais avait eu le responsable de ce carnage sous la main, il l’aurait étranglé sur place…

Au final, la salle est toute petite mais l’acoustique était bonne. En revanche, compte tenu du peu de publicité et du fait que le concert avait lieu le soir d’Halloween dans un endroit un peu difficile à trouver, nous n’étions qu’une quinzaine de spectateurs. Voilà qui est très regrettable. Heureusement, nous avons pu entendre “Swift arrows”, le titre préféré de l’Anglais, “Under evergreen” que nous aimons beaucoup, ainsi qu’une nouvelle chanson, qui sera sur le troisième album. Et comme j’ai raté ma préférée, je vous la mets là.

[youtube]http://youtu.be/RWtT4vXDh9k[/youtube]

Tosca

Dimanche après-midi, donc, c’était opéra. Une fois encore, nous avions choisi une oeuvre italienne, quoique beaucoup plus tragique que la précédente.

Rome, 1800. Au milieu des intrigues politiques et au cours de la journée de la bataille de Marengo, Floria Tosca, cantatrice jalouse, va condamner son amant, Mario Cavaradossi, peintre, poussée à la trahison par le chef de la police, Scarpia. Je schématise beaucoup, mais si j’entre dans les détails, on n’est pas rendu.
En fait, comme dans 90% (à vue de nez) des opéras, c’est une histoire tragique qui finit mal. Le happy end, ça fait beaucoup moins vendre.

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L’interprétation est magistrale : Marcela Alvarez en Cavaradossi, Martina Serafin en Tosca et Ludovic Tézier en Scarpia sont remarquables de justesse, de puissance, de nuance et de passion. Qu’il s’agisse d’échanger des serments amoureux à la limite du comique, de pousser des cris de souffrance ou de manifester la colère, tous les chanteurs vivent et font vivre les émotions de leurs personnages.
A ce titre, je salue la performance du deuxième acte, car je pense que mimer la scène où Scarpia tente de violer Tosca doit être extrêmement éprouvante.

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Au-delà de l’argument, il s’agit d’un plaidoyer politique, composé à la fin du 19ème siècle, contre la domination de Rome par l’Eglise et, surtout, pour la république et l’unité italienne. Puccini plante le décor d’une Rome sous domination policière plus ou moins fantasmée, où il fait la part belle aux artistes, dont l’engagement politique les mènera à la perte.
L’interprétation du metteur en scène, qui a choisi de placer une immense croix sur la scène, laquelle écrase ou domine alternativement  l’espace et les personnages, m’a paru un peu lourde (ah, ah). On sent une relecture assez anti-cléricale qui, je pense, n’était pas le propos original de l’oeuvre, mais il y a une part de grandiose comme de dépouillement à laquelle je ne suis pas du tout restée insensible.
Les moments instrumentaux, assez nombreux, sont bien mis en scène, que l’on montre un personnage abîmé en prière, en proie à la panique ou au désespoir.

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Est-ce que je recommande ? Oui, tout à fait. Même si c’est une oeuvre un peu plus exigeante que Le barbier de Séville, elle reste très abordable, dont l’histoire est lisible. Divisée en trois actes séparés par un entracte, elle a le mérite de ne pas lasser. Même si l’ambiance n’est pas à la réjouissance, on ne reste pas de marbre et on vibre au rythme de l’action et de ce déchaînement de passion.
Un bémol néanmoins : à la fin de la représentation, le chef de choeur n’a pas été invité à saluer au même titre que les autres artistes.

Toutes les photos sont tirées du site de l’Opéra de Paris.

Le barbier de Séville

Il y a trois semaines, Leen et moi nous sommes assises dans mon canapé avec un ordinateur sur les genoux et, en désespoir de cause, nous sommes offert un abonnement à l’opéra pour la nouvelle saison. Cela faisait plusieurs mois que la chose traînait, nous n’avons donc pas pu obtenir tout ce que nous voulions (éternels regrets pour “L’enlèvement au sérail” – si une bonne âme me lit…) mais notre sélection tient quand même la route et, hier soir, c’était notre première sortie.

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“Le barbier de Séville” de Gioacchino Rossini est très fidèlement adapté de la pièce de Beaumarchais, que je me souviens avoir adorée quand je l’ai étudiée au lycée (oui, c’était au siècle dernier, mais j’ai bonne mémoire). Le comte Almaviva est amoureux de Rosine, jalousement gardée enfermée par son tuteur, Bartolo, qui souhaite l’épouser lui-même. Afin d’être aimé pour lui-même et non pour son titre, le comte se fait passer pour un étudiant du nom de Lindoro, mais ses tentatives pour attirer l’attention de la belle sont rendues difficiles par la méfiance du barbon. C’est alors que survient Figaro, ancien valet d’Almaviva devenu barbier, qui mettra sa ruse et sa roublardise au service des amants.

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Ce contexte est prétexte à une musique légère et entraînante – quoi que jamais facile, il n’y a qu’à écouter la partition de Figaro – et à une ambiance proche de la comédie de boulevard : les portes claquent, les personnages crient, s’abreuvent d’injures et se glissent des mots doux, les bons mots fusent… Pas un moment l’on ne s’ennuie, alors que le premier acte dure quand même 1h30.

Les interprètes étaient tous excellents. Outre Dalibor Jenis, considéré – à juste titre – comme un des meilleurs interprètes de Figaro à l’heure actuelle, et Karine Deshayes qui jouait Rosine, je tiens à tirer mon chapeau à René Barbera, le Comte, qui nous a fait prévenir au début du spectacle qu’il était souffrant mais a tenu à se produire (et heureusement pour nous: c’était remarquable). Tous sont d’excellents chanteurs, mais également des acteurs consommés.

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Je ne peux pas finir cette petite présentation sans m’attarder sur les décors et les lumières, car ceux-ci font partie intégrante du spectacle et servent l’histoire à merveille. L’opéra tout entier se déroule dans la “maison” de Bartolo – devenue un immeuble HLM dans une banlieue quelconque. Alors qu’au début, on n’en voit que la façade, où se meuvent les membres du chœur comme les personnages principaux, on découvre vite qu’un (gros) morceau du bâtiment se détache et tourne sur lui-même, révélant des cages d’escalier, une loge, l’appartement du tuteur… Et les chanteurs évoluent dans ce décor sans cesse en mouvement, passant d’un niveau à l’autre, tandis qu’au-dessus d’eux, dans les quartiers de Berta, la suivante de Rosine, ou dehors devant l’immeuble, on assiste à des scènes de la vie quotidienne : Figaro qui vient la coiffer, Berta qui fait sa gym devant la télé (et se fait mal au dos), les gens qui viennent boire à la terrasse du café, le vieux qui fait sa sieste dans son pliant…
L’éclairage quant à lui sert de repère temporel – il évolue tout au long de la pièce, pour reproduire l’avancée de la journée – et souligne également les moments forts de l’histoire. La clôture du premier acte, où toutes les lampes se mettent à clignoter dans un apparent désordre pendant que tous les interprètes racontent qu’ils sont en train de devenir fous est tout simplement géniale.

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Pour conclure, je dirai qu’il faut absolument y aller, ou du moins essayer de voir le spectacle dans cette mise en scène. Je n’avais pas autant ri depuis “L’Italienne à Alger” du même Rossini en 2004 et, plus récemment, “La fille du régiment” de Donizetti en 2012. La preuve qu’on n’est pas forcé de s’emmerder ni de pleurer à l’opéra.

Toutes les photos de cet article viennent de cette page.

Week-end à New York : Aladdin, la comédie musicale

aladdinSamedi soir, donc, après notre folle balade dans Brooklyn, nous nous sommes rendus au New Amsterdam Theatre pour assister à une comédie musicale. Difficile de partir à New York – surtout en étant logé à côté de Times Square – et de ne pas en voir une ! Nous avions commencé par envisager “The book of Mormon”, une comédie satirique par les auteurs de South Park sur les mormons dont on dit le plus grand bien… Las, à 170$ la place la moins chère (soit au fond de la troisième mezzanine), il n’en était pas question. En outre, à cause de la grève, je n’avais pas voulu réserver de places à l’avance (et j’ai bien fait, car j’aurais réservé pour jeudi, et nous serions arrivés trop tard), aussi avons-nous dû quand même payer le prix fort (mais pour des places sacrément meilleures).

Plusieurs personnes m’avaient conseillé “Aladdin”, adapté du dessin animé de Disney et récompensé par un Tony Award en juin dernier. Le spectacle n’a débuté qu’en mars, c’est donc avec le cast original que nous aurons l’occasion de le voir.

Arabian nights
Arabian nights

L’histoire est calquée presque intégralement sur le dessin animé, avec toutefois quelques modifications : c’est le génie qui chante “Arabian nights” en guise d’introduction, Aladdin s’est vu adjoindre trois comparses plutôt drôles, de même que Jasmine (mais pour le coup, ses dames d’honneur n’ont strictement aucun intérêt), Abou a disparu et Iago est désormais un humain qui répète tout ce que dit Jaffar.
Quant aux chansons, outre celles du film que nous connaissons tous (du moins les gens de ma génération), certaines ont été ajoutées pour les besoins de la narration ou pour étoffer les personnages. Ainsi, Aladdin chante “Proud of your boy” en l’honneur de sa mère disparue peu auparavant (c’est très Disney, bien orchestré, bien chanté, mais sans plus), Jasmine et ses suivantes ont une chanson, ainsi que les amis d’Aladdin (“High adventure”, à mon avis le meilleur ajout, très vivante, qui se veut une parodie de la chanson/musique de western, et qui nous a fait beaucoup rire).

Friend like me
Friend like me

La mise en scène est enlevé, tous les artistes sont excellents (en même temps, on est à Broadway, c’est un peu un pré-requis). Mention spéciale à James Monroe Iglehart qui interprète le génie avec brio, et sans doute avec un peu d’improvisation, ce qui n’aurait sans doute pas déplu à Robin Williams…
Les effets spéciaux sont excellents : outre le décor mouvant pour symboliser le pied des bâtiments puis leurs toits, la caverne aux merveilles est extrêmement bien rendue, libérant ses surprises au fur et à mesure, quelques images vidéo sont intelligemment insérées pour rendre la séquence de divination. J’ai eu un gros coup de coeur pour la scène du tapis volant avec le duo Jasmine / Aladdin : je n’ai absolument pas compris comment cet engin se soulevait du sol ! Très certainement pas des câbles, mais ni moi ni l’Anglais ne sommes parvenus à les discerner.

A whole new world
A whole new world

Pour conclure, je ne dirai qu’une chose : si vous avez la chance de vous rendre à New York (ou à Londres dans quelques mois, je ne serai pas surprise que le spectacle y soit monté), courez-y. Ce sont deux heures de bonne humeur, de rire, de retour en enfance (et de boissons hors de prix, mais ceci est une autre histoire). J’espère sincèrement qu’une adaptation française (ou même un passage du cast original en France) est envisagée, à l’instar de “La belle et la bête”, car je suis sûre qu’elle ravira tout le monde, enfants comme adultes.

[youtube]http://youtu.be/5rbgOZinbTI[/youtube]

Le couronnement de Poppée

A défaut d’avoir beaucoup d’activités cette semaine, je recycle mes dernières aventures.

Cette année encore, j’avais souscrit un abonnement à l’Opéra de Paris avec des amies. Nous étions cinq et avions prévu de voir sept spectacles. Bien entendu, celui que j’attendais le plus (“La flûte enchantée”, l’un de mes opéras préférés) m’a été interdit puisque je venais d’accoucher.

Fin juin, donc, en clôture de la saison, nous sommes allées voir “L’Incoronazione di Poppea”, de Monteverdi, considéré comme le premier opéra moderne. Pour être honnête, j’adore la musique baroque, mais les quelques commentaires glanés çà et là n’étaient guère encourageants : en gros, on risquait de s’emmerder franchement pendant trois heures (en buvant des coups à l’entracte pour tenir). Le principal truc à retenir, c’était “les costumes sont beaux”. Ah bah oui. Ca va nous occuper, tiens.

La fosse d'orchestre est un peu vide...
La fosse d’orchestre est un peu vide…

Première constatation : il y a à peine une douzaine de musiciens dans la fosse. Bah oui, on est encore loin de l’orchestre symphonique. Mais cela change agréablement, la musique me paraît plus douce, presque “floue”.

Seconde constatation quand le rideau se lève : j’avais oublié que je n’aime pas les mises en scène de Bob Wilson. C’est dommage. En gros, le maquillage est exagéré comme pour des acteurs de kabuki, les costumes sont renaissance (qu’on m’explique pourquoi vu que c’est une oeuvre du 17ème siècle censée se dérouler dans la Rome antique…) et les poses sont statiques. Je pense que l’idée est de mettre l’emphase sur le côté implacable de l’histoire et la détermination de l’héroïne à devenir reine, mais je trouve ça lourd. Après, mes co-spectatrices ont adoré. Je dois vraiment être hermétique à l’art contemporain.

Et là j'ai entendu "Le monologue shakespearien" de Vincent Delerm
Et là j’ai entendu “Le monologue shakespearien” de Vincent Delerm

En revanche… on ne s’est pas ennuyées une seconde. Malgré son (très) long argument, l’histoire se déroule sans anicroche, mêlant drame et comédie. L’un des aspects que j’ai préféré était l’inversion des rôles : deux rôles masculins (dont l’un des héros) étaient tenus par des femmes, tandis que les deux rôles de servantes/nourrices étaient tenus par des hommes. Ces derniers sont d’ailleurs les véritables ressorts comiques de l’intrigue, jouant à merveille les vieilles acariâtres. Pour ne rien gâcher, l’interprétation est remarquable. Les chanteurs enchaînaient les morceaux de bravoure avec une aisance impressionnante et les musiciens n’étaient pas en reste. Bon, on a eu une pensée émue pour les deux cornistes à bouquin : ils intervenaient cinq minutes dans l’avant-dernier morceau, et on les a surpris à suivre le match de l’équipe de France sur leur téléphone…

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Au final, la soirée fut une grande réussite, couronnée de champagne pour célébrer la fin de la saison et le probable départ de Cha² sous d’autres cieux. L’an prochain, sans doute pas d’abonnement car on s’y est prises très tard (je crois même que c’est mort), mais j’essaierai de continuer à fréquenter les lieux, car c’est vraiment le genre de soirée qui me vide la tête au bon sens du terme.

Concert au Studio Campus

Samedi soir, c’était l’occasion d’aller applaudir mon Anglais préféré alors qu’il se donnait en spectacle sur la scène du Studio Campus avec ses deux nouveaux groupes. En effet, si vous avez un peu suivi l’actualité facebookienne, vous n’aurez pas manqué de noter que le Guitariste (et chanteur) de La Queue du Lézard est parti vivre dans le sud avec sa guitare. Du coup, depuis la rentrée, il a fallu trouver à s’occuper. Trois groupes étaient au programme.

Tout d’abord Io, dont c’était la première scène. Composé de trois musiciens (dont mon Anglais et son ancien batteur) et d’une chanteuse, le groupe propose des sonorités mêlant funk, blues et électro. Une vraie recherche musicale, y compris de la chanteuse qui n’est pas juste là à pousser la chansonnette, mais participe activement, improvise, joue avec le public… Il y a encore des choses à améliorer, mais le potentiel est là.

Pour suivre, le groupe Mojito Royal, composé de deux membres d’un ancien groupe du guitariste d’Io (vous suivez ? moi plus trop, en fait). Parce que le monde de la musique, c’est pire que Dallas : même si vous suivez tous les épisodes, il vous manquera toujours la raison pour laquelle Machin a trouvé que Bidule jouait comme un pied et que Truc se la pète. Bref. Pour être honnête, mon morceau préféré, c’est leur reprise de Cobra (oui, le “Venu de nul-leuh part c’est Coobra”). En revanche, leur reprise de Roxanne est… une tragédie ? un blasphème ? une abomination ? Désolée, mais j’adore cette chanson, alors forcément…

Last but not least, KMO, groupe qui n’était pas inconnu, puisqu’il a partagé la scène avec feu La Queue du Lézard. Beaucoup plus orienté punk-rock, l’ambiance est sur scène, et les musiciens assurent le spectacle (moi, subjective ? rhooo). C’est pêchu, vivant, sympathique, et surtout, ça ne se prend pas au sérieux. Ah, et ça défonce les tympans, aussi.

Get well soon

Vendredi soir, suivant une fois de plus Lou et C.euh dans leurs folles aventures, je me suis laissée entraîner à LaPlage de Glazart, pour le concert de Get Well Soon, un groupe “de rock allemand dépressif”. Avec deux camarades de jeu pareilles, ce ne pouvait être que fun et enrichissant pour ma culture personnelle.

Le lieu, tout d’abord, est assez particulier : l’été, la salle de concert Glazart (où, dans une autre vie, j’avais participé à une démonstration de culture japonaise traditionnelle) ouvre le terrain de derrière, le rebaptise “LaPlage” et y propose des concerts et des sets de DJ. En vrai, on se croirait un peu dans un club Mickey pour adultes : sable et lattes de bois par terre, transats et fauteuils en rotin, bar à alcool, grillades, et aire de pétanque. Sans oublier la petite cabane à merchandising. Gros coup de chance : alors que le temps à Paris était plus que douteux depuis une semaine, il a fait très beau, et nous avons pu profiter du concert dans le soleil couchant puis sous les étoiles, ce qui était vraiment dépaysant.

Première partie, un chanteur folk nommé Thos Henley. Il a l’air très jeune, tout frêle, mais a une très belle voix. Après, il faut aimer le folk, et je n’ai pas senti mes collègues emballées. Personnellement, j’ai bien aimé, surtout quand, à la fin de son set, il a décidé de faire la dernière chanson devant la scène, au milieu du public et sans micro. Il fallait quand même oser.

Puis viennent les stars de la soirée : cinq musiciens emmenés par un chanteur-guitariste-compositeur. Tous sont multi-instrumentistes (percussions, trompette, basse pour l’un ; violon, cymbales, voix pour une autre…) et vraiment doués. Les chansons sont belles, mélancoliques, avec une orchestration vraiment complexe – du travail d’artiste en quelque sorte. A la fin, Konstantin (le chanteur) pousse même la chansonnette en français… Et non que je n’apprécie pas le français chanté avec un accent (au contraire, ça a son charme), mais tout de suite, les paroles sont plus compréhensibles… et on a bien plus envie de se suicider. J’exagère un peu, certes, mais c’est l’idée générale. Il faut quand même souligner que leur chanson la plus appréciée ce soir a été “I sold my hands for food so please feed me” (et passez-moi une corde pendant que vous y êtes).
Le mot de la fin est pour Louise : “c’était quand même plus dépressif et allemand que rock, ce soir”. Mais c’est pas grave, c’était bien, une belle soirée et de la bonne musique.