Récital Diana Damrau à l’opéra Garnier

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Diana Damrau est une soprano allemande nommée “Singer of the year” en 2008 et “Best female singer” en 2014. A titre personnel, je l’ai découverte dans une vidéo où elle interprétait la Reine de la Nuit dans La flûte enchantée. J’ai eu la chance de l’entendre en récital il y a trois ans – spectacle auquel j’avais traîné Monsieur, qui avait reconnu que c’était beau mais que, quand même, “Le public parisien est à chier”.
Cette année, quand nous avons vu que l’artiste revenait pour un récital à Paris, Leen et moi avons décidé d’inclure ce spectacle à notre abonnement.


Le programme réunit Diana Damrau et le pianiste autrichien Helmut Deutsch autour d’airs célébrant le printemps et l’amour. On retrouve donc Schubert, Liszt, Richard Strauss et Rachmaninov pour des chansons en allemand, italien et russe.
C’est très beau. Diana Damrau a une maîtrise parfaite de sa voix, les notes sont justes, tombent pile, durent exactement ce qu’il faut… On pourrait croire à me lire que c’est calibré, mais l’artiste vit réellement ce qu’elle interprète et donne une intensité incroyable à ces airs. En outre, on sent une profonde communion avec Helmut Deutsch, et tous deux témoignent d’une grande complicité sur scène et s’exaltent l’un l’autre.
Un bémol néanmoins : pour l’italien comme pour le russe, les premiers vers étaient fortement teintés d’accent allemand – accent qui disparaît rapidement mais fut tout de même très audible.

Le public ne s’y est pourtant pas trompé en réclamant – et obtenant – quatre rappels différents. C’était une belle soirée qui nous a transportés.

Cyrano de Bergerac à la Comédie-Française

cyranoCyrano de Bergerac est un soldat, un cadet de Gascogne, bretteur, hâbleur, poète et rebelle, toujours enclin à épingler les gens d’un bon mot ou d’un coup d’estoc. Seule à échapper à ses foudres, la précieuse Roxane, sa cousine, dont il est secrètement amoureux. Toutefois, cette dernière n’a d’yeux que pour Christian, un jeune cadet, malheureusement dénué de tout esprit.
Cyrano, qui a promis à Roxane de protéger son amant, propose à ce dernier un marché : “Je serai ton esprit, tu seras ma beauté”. Tous deux courtiseront la belle, l’un avec ses mots, l’autre avec ses traits…


C’est l’histoire d’une pièce que nous avons failli ne jamais voir. La veille de la représentation, notre baby-sitter a dû annuler pour cause d’urgence urgentissime. Heureusement, Leen a pu nous dépanner. Las, le jour même, Monsieur était malade et coincé dans la salle d’attente du médecin (qui avait 1h30 de retard, un record), Leen est arrivée juste à temps pour cause de véto en retard… par un miracle inattendu, nous sommes arrivés à l’heure au théâtre, mais le retour nous a réservé une dernière surprise : travaux sur la voie, bus de remplacement, près de 25mn d’attente… on a pris un taxi.

Bon, c’est bien joli, me direz-vous, et la pièce ?
Comme presque tous les gens de ma génération (je dis “presque”, car ce n’était pas le cas de l’Anglais), je connais Cyrano de Bergerac grâce à l’interprétation de Gérard Depardieu dans le magnifique film de Jean-Paul Rappeneau. Celui-ci m’a transportée quand je l’ai vu au cinéma – j’étais petite – et m’a toujours fait un effet incroyable, au point que j’en connais toujours des vers par cœur (je n’ai lu l’oeuvre originale qu’une seule fois).
Compte tenu du nombre de personnages et de décors, je m’interrogeais sur la façon de représenter cela au théâtre (surtout le premier acte), mais j’ai été ravie : la transposition du sujet dans l’époque même de Rostand, émaillée de références aux Comédiens-Français m’a emportée. C’est drôle, intelligent, bien fichu, l’espace est parfaitement occupé, y compris les sous-sols et les hauteurs (si, si).

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Quant à l’interprétation, elle est exceptionnelle. Michel Vuillermoz utilise toute la palette des émotions humaines et fait de son Cyrano un héros juste et entier, sans pour autant donner dans la caricature. Le personnage se met à nu, expose ses faiblesses autant que ses torts, mais parvient à rester magnifique jusqu’au bout.
N’oublions bien évidemment pas le reste de la distribution (c’est l’avantage, au Français, les comédiens sont toujours bons) : Françoise Gillard en Roxane aveugle jusqu’au bout, et Hervé Pierre en Ragueneau tantôt truculent, tantôt désabusé soutiennent parfaitement son jeu. Même Loïc Corbery, pourtant dans un rôle moins flamboyant, parvient à communiquer le mal-être et l’angoisse de son personnage de plus en plus en décalage avec celle qu’il aime. Didier Sandre me fait toujours de l’effet depuis son interprétation de Louis XIV dans L’allée du roi, alors je suis partiale (mais il était aussi génial).

J’ai adoré les lumières, l’ambiance sonore et musicale, les décors (ah, la rôtisserie des poètes ! le siège d’Arras, mélange de radeau de la Méduse et tranchées de la Grande Guerre !), l’évident enthousiasme des comédiens de s’emparer de ce texte, la musicalité et l’intelligence des vers de Rostand, le rire, bien sûr, mais aussi l’émotion palpable.

Bref, c’était génial. Je vous dirais bien d’y courir, malheureusement, toutes les places sont vendues, il vous reste à prier pour que la pièce soit remontée à la saison prochaine.
En revanche, après avoir vu la pièce, je ne sais pas de quel œil je reverrai le film…

Saison 2016-2017 à l’Opéra de Paris : mes envies

Hier matin avait lieu la traditionnelle conférence de presse pour annoncer le contenu de la prochaine saison à l’Opéra de Paris et, comme je suis un peu monomaniaque, j’ai décidé de la suivre sur Twitter. Bon, au bout d’une petite demi-heure, j’ai découvert que l’intégralité du programme avait été éventé la veille sur un forum dédié à l’opéra, si bien que j’ai pu aller un peu plus vite que la musique (aha), mais c’était une expérience marrante, d’autant que j’échangeais en même temps avec Leen, ma co-opéra.

Opéra 16-17
Ceci est bel et bien l’affiche de la nouvelle saison…

Quoi qu’il en soit, après diverses exclamations extatiques de part et d’autre du téléphone et des blagues fumeuses sur le brushing de Roberto Alagna (oui, j’avoue), voici ma wishlist-de-la-mort, en attendant la confrontation avec la réalité (et la carte bleue).

Opéra

  • Eliogabalo, de Francesco Cavalli. Un opéra baroque du 17ème siècle sur le travestissement jamais monté en France. Ce n’est même pas négociable, j’y vais.
  • Samson et Dalila, de Camille Saint-Saëns. Je ne connais quasiment rien à son oeuvre (Le carnaval des animaux beaucoup plus depuis quelques mois, bizarrement) mais j’ai très envie de découvrir, et Leen fait des bonds de cabri depuis qu’elle a écouté les différentes voix du cast.
  • Lohengrin, de Richard Wagner. Il y a deux ans, je n’avais jamais rien entendu de ce compositeur à part la “Chevauchée des walkyries”, aujourd’hui j’estime que son oeuvre est incontournable (la preuve, on va écouter Les maîtres chanteurs de Nuremberg en mars). Du coup, je pense qu’on va y aller.
  • Les fêtes d’Hébé, de Jean-Philippe Rameau. Opéra baroque. Voilà qui me suffit, surtout si le cast et la mise en scène sont à la hauteur du génial Platée vu à la rentrée.
  • La fille de neige, de Rimski-Korsakov. D’après le metteur en scène “ce n’est pas un opéra pour les enfants, c’est très sensuel” (comprendre : “C’est pas Frozen“). Moi, ça me tente bien, neige, feu, sensualité…
  • Eugène Onéguine, de Tchaïkovski. J’aime beaucoup cette histoire, et puis j’ai envie de fêter comme il se doit le retour de l’opéra russe à l’ONP après deux ans d’absence.
  • Trompe-la-Mort, de Luca Francesconi. Oeuvre de commande en français, inspirée du roman de Balzac, et dont ce sera la création mondiale. Je reconnais que ça titille ma curiosité.
  • Cavalleria rusticana (de Pietro Mascagni) / Sancta Susanna (de Paul Hindemith). Je ne connais aucune de ces deux œuvres, mais j’aime l’idée qu’elles soient présentées ensemble avec, comme fil rouge, le destin tragique de deux femmes.

Ballet

  • Sleeping Beauty, par l’American Ballet Theatre. J’ai vu quelques images, ça a l’air sublime, et suffisamment classique pour que j’accroche.
  • Le lac des cygnes. Oui, bon, je sais, c’est ultra-classique. Mais c’est une oeuvre majeure du ballet de l’Opéra de Paris et je ne l’ai vue qu’une fois à la télé il y a 25 ans.
  • Le songe d’une nuit d’été, de George Balanchine. Un clin d’oeil à notre mariage, dont c’était le thème 🙂

Autres

  • Deux récitals me font de l’oeil : ceux de Ludovic Tézier et de Juan Diego Flores (que j’envisage d’aller voir au château de Versailles cet été, alors du coup…).
  • Béatrice et Benedict, d’Hector Berlioz, en version de concert. Eventuellement, s’il me reste des sous et du temps. Hum, pas sûr.

Y a-t-il des amateurs d’opéra / ballet parmi vous ? Sur quoi se porteraient vos choix ?

Werther

Au 18ème siècle, en Allemagne, le jeune Werther tombe amoureux de Charlotte, fille du Bailli d’une petite ville, après l’avoir observée s’occuper de ses frères et soeurs comme “une petite maman”. Il lui déclare sa flamme, mais cette dernière lui apprend qu’elle est fiancée à Albert. Werther l’enjoint de respecter son engagement, non sans jurer qu’il en mourra…


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Adapté de l’oeuvre de Goethe, cet opéra en français est de facture “moderne” si j’ose dire : une fois encore, les grandes arias ont disparu et les personnages font avancer l’intrigue à mesure qu’ils chantent. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de morceau de bravoure !
La mise en scène, élégante et dépouillée, met l’accent sur le côté intime du drame plus que sur son aspect romantique échevelé. Les décors évoquent les saisons qui passent par un détail (la verdure sur un mur, les feuilles mortes), tout en mettant les solistes au cœur de l’action.
Une petite critique cependant : la fontaine qui coule pendant la première demi-heure m’a beaucoup distraite (et a rappelé ma vessie à mon attention).

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Les interprètes sont d’ailleurs remarquables : c’est la première fois que j’entends un triomphe pareil à l’opéra de Paris. Piotr Beczala nous offre un Werther tout en nuance et en puissance, auquel répond sans rougir Elina Garanca – leurs duos donnaient des frissons.
Les seconds rôles n’étaient pas en reste, avec une Sophie qui semblait virevolter d’une note à l’autre sans effort apparent, et un Albert tout en retenue, incarnation de la droiture morale.
Enfin, le chœur d’enfants et l’orchestre étaient à la hauteur du reste, quasi-angélique pour l’un, sonore pour l’autre.

Vous l’aurez compris, j’ai passé un excellent moment, et je vous encourage, si vous le pouvez, à aller assister à ce spectacle !

Musiques pour Saint-Cyr

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Vendredi dernier, bravant les pannes d’aiguillage, la pluie et les embouteillages, Lucy et moi sommes allées au château de Versailles assister à un concert dans la chapelle royale.
Le programme se proposait de faire revivre des airs composés pour la Maison royale de Saint-Cyr, grand oeuvre de Madame de Maintenon, épouse secrète de Louis XIV. Saint-Cyr, qui éduquait les jeunes filles pauvres de la noblesse, a bénéficié à ses débuts du soutien indéfectible du pouvoir royal et, partant, des artistes attachés à celui-ci. Le plus célèbre, Racine, écrivit Esther et Athalie pour les élèves, mais aussi des cantiques spirituels.
Ce sont ces cantiques, mis en musique par Collasse, ainsi que des motets de Nivers et Clérambault, que nous allions écouter.

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L’avantage de Versailles, c’est que quel que soit le lieu du spectacle, le cadre seul permet d’en prendre plein les yeux. La chapelle royale est vraiment belle, avec son immense fresque au plafond, ses colonnes, son maître-autel etses grandes orgues.
Mais là, on en a aussi pris plein les oreilles, grâce à l’ensemble baroque La Rêveuse et aux Pages et Chantres du centre de musique baroque de Versailles. La pureté des voix répondait à l’élégance de la musique et à la majesté du cadre si bien que, l’espace d’un instant, on aurait pu se croire ailleurs. Les jeunes solistes étaient impressionnants de maîtrise et de sensibilité – je pense notamment au Magnificat interprété a capella, qui donnait des frissons.

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Point intéressant : vu que nous sommes arrivées avec un quart d’heure de retard, on nous a placées en tribune latérale pour la première moitié du spectacle, avant de gagner nos places dans la nef pour la seconde partie. Au final, l’acoustique était meilleure en haut (ce qui est logique, vu que Louis XIV siégeait à la tribune) alors que les places sont moins chère (la visibilité vers l’autel est réduite, mais on peut admirer le plafond).

La damnation de Faust

Adapté du roman de Goethe, cet opéra de Berlioz narre les aventures du Docteur Faust qui, ayant perdu goût à la vie, se voit tenté par Mephistophélès : d’abord par les plaisirs de la vie comme la boisson, puis par l’amour parfait incarné par Marguerite. A l’origine réticent, le héros finit par céder, mais abandonne sa conquête, laquelle se trouve ensuite condamnée à mort car elle a empoisonné sa mère par accident. Cherchant à la racheter, Faust signe un pacte avec Mephisto et se trouve précipité aux enfers, tandis que Marguerite est accueillie au Paradis.


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Les artistes qui interviennent dans le spectacle sont tous remarquables. Depuis les choeurs et l’orchestre en passant par les différents solistes – mention spéciale à Bryn Terfel, excellent en Mephisto – on est ravi du début à la fin, tant par la netteté des voix que par la sensibilité qui imprime toute l’oeuvre. La musique est belle, parfois très connue (mais si, dans La grande vadrouille, quand Louis de Funès s’exclame “Je ne veux que Berlioz et moi”), et s’écoute avec beaucoup de plaisir.
Après, on peut reprocher à l’oeuvre d’être un peu décousue, alternant longs passages instrumentaux et dialogues chantés, mais cela reste un monument de la musique que je suis ravie d’avoir pu découvrir.

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Toutefois, la mise en scène… Le postulat de départ est : qui est le Faust de notre temps ? Le choix s’est porté, à tort ou à raison, sur Stephen Hawking (personnellement, je ne suis pas convaincue), si bien qu’un “double” du scientifique accompagne l’interprète de Faust en fauteuil roulant pendant tout le spectacle. En outre, l’action est déplacée à la veille du départ de la mission Mars One (prévu en 2025), même si j’avoue ne pas avoir trop compris pourquoi.
Enfin, tout le spectacle est rythmé par des intermèdes dansés. L’idée est bonne et s’inscrit, au moins en partie, dans la narration originale de l’oeuvre, mais là, cela ne m’a ni parlé ni touchée.
En fait, toute la mise en scène m’a paru profondément pédante et creuse. A force de vouloir rajouter des références, des messages et des interprétations, le sens de l’oeuvre se perd, et le décalage est tel qu’on ne peut être touché un seul instant par les simagrées qui se déroulent sur scène. Voilà qui est très dommage car, si l’oeuvre se prête très certainement à des réécritures contemporaines, celle-ci est juste incompréhensible.

La damnation de Faust, Berlioz, jusqu’au 29 décembre à l’Opéra Bastille

Le Misanthrope

LeMisanthropeJeudi soir, grâce à l’Américaine qui accompagnait ses étudiants, j’ai pu retourner à la Comédie-Française pour assister à la représentation d’une nouvelle pièce de Molière, Le Misanthrope.
Alceste hait l’humanité tout entière, il dénonce l’hypocrisie, la couardise et la compromission. Mais il aime pourtant Célimène, coquette et médisante. Le vertueux se lance ainsi dans des combats perdus d’avance qui l’acculent à la fuite…


Alors que la pièce est célèbre, j’avoue que je ne l’avais jamais vue ni lue. Pour être honnête, je n’en connaissais même pas l’argument. Et ce n’est pas faute, comme à peu près 90% des élèves de France et de Navarre, d’avoir étudié Molière à l’école ! Cette oeuvre est plus sérieuse que la majeure partie de la production de l’auteur, qui vécut, l’année de sa composition, plusieurs trahisons personnelles. On y relève une amertume qui s’exprime essentiellement dans le personnage principal, mais pas seulement.

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La version proposée cette saison est… longue, avouons-le. Si les acteurs sont, comme toujours, excellents, le metteur en scène a pris le parti d’étirer certains moments pour renforcer la tension dramatique. Or, cela fonctionne bien pendant toute la première moitié de la pièce, qui demeure assez enlevée, mais s’enlise lentement mais sûrement dans la seconde (surtout quand on a un train à attraper à l’autre bout de Paris).
Certains choix sont toutefois bien vus : avoir déplacé le cadre dans une gentilhommière, probablement pendant les années 1950-60, est intelligent, car cela permet de souligner la modernité du propos. De même, la scène du repas est très vivante et offre un excellent moment de comédie.
Toutefois, et c’est sans doute aussi un des problèmes de la pièce, le personnage d’Alceste est profondément antipathique et, à un moment donné, on a juste envie de dire aux autres “Mais laissez-le se démerder tout seul !”. Sa volonté de prendre en défaut tout et tout le monde est fatigante, et l’on a du mal à comprendre pourquoi les personnages qui évoluent autour de lui persistent à le trouver “aimable”.

Du coup, je suis très mitigée sur cette pièce. D’un côté, je suis ravie d’avoir pu écouter la langue de Molière, surtout quand elle est si bien interprétée. De l’autre, je me suis quand même un peu ennuyée, et c’est fort triste. Peut-être faudra-t-il retenter ma chance avec une autre mise en scène à l’occasion ?

Le Misanthrope, Molière, Salle Richelieu, jusqu’au 8 décembre

Madame Butterfly

L’univers est parfois étrange. La première fois que je suis allée à l’opéra, c’était au début de mon année de 1ère où, encouragée par la lecture de Zweig, j’avais demandé à mon père de m’y emmener. Une semaine plus tard, nous étions au parterre pour écouter “Madama Butterfly” donc je ne savais rien. Hier soir, j’ai accompagné ma belle-mère, qui n’avait jamais vu cette oeuvre en “live”, à une nouvelle représentation… dans la même mise en scène (celle de Robert Wilson) !

Cheryl Barker (Cio-Cio San) Carl Tanner (F. B. Pinkerton)

Début du 20ème siècle. B. F. Pinkerton, officier de la marine américaine en séjour à Nagasaki, contracte un “mariage” temporaire avec Butterfly (aussi appelée Cio-cio-san – prononcez à l’italienne, ça donne tcho-tcho-san ; en japonais, “chô” veut dire “papillon). Cette dernière, âgée d’à peine 15 ans, est une geisha un peu naïve, très amoureuse, et s’est convertie au christianisme pour se conformer aux moeurs de son “époux”. Mais sa famille l’apprend et la renie. Le couple vit néanmoins dans le bonheur.
Nous retrouvons Butterfly plus tard, alors que Pinkerton est reparti aux Etats-Unis depuis trois ans. Vivant dans le déni, refusant de reconnaître que son mari l’a abandonnée et qu’elle n’est donc plus mariée, elle persiste à croire à son retour, d’autant qu’elle a eu un fils de lui. Le jour tant désiré arrive, mais l’officier ne se montre pas…

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Dix-sept ans (et oui…) après avoir vu cet opéra pour la première fois, je dois vous avouer un truc : je ne suis pas hyper fan de Puccini. Il faudrait que j’essaie d’autres œuvres, mais là, je l’ai trouvé assez pompier, à grand renfort de “poum-poum-poum” très caractéristiques de son époque. Toutefois, certains airs sont assez remarquables, imitant parfaitement la musique japonaise – ou du moins l’idée que l’Occident s’en fait – sans avoir recours à des instruments exotiques. On s’aperçoit aussi que le compositeur s’est amusé à insérer des phrases musicales tirées de la marche nuptiale ou de l’hymne américain, et cela marche. On est désormais dans de la musique exclusivement narrative, l’âge des grandes arias est clairement révolue, mais il y a tout de même des morceaux de bravoure.
Oksana Dyka en Butterfly est très bien, et tient toute la seconde partie sur ses épaules, bien plus que Piero Pettri en Pinkerton, qui était à la ramasse pendant le premier acte (ça s’est amélioré). J’ai en revanche beaucoup apprécié Gabriele Viviani en Sharpless, le consul américain, dont le timbre n’était pas noyé par l’orchestre (qui jouait fort).

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Photo Florian Kleinefenn – Source

Côté mise en scène… je suis plus partagée. Si les décors sont toujours magnifiques d’épure et de suggestion, j’ai tiqué sur les costumes, en particulier ceux du chœur. En effet, je les ai trouvés… datés, et j’ai clairement eu l’impression de me trouver face à une interprétation “zen” du Japon des années 80 (je ne sais pas si je suis très claire).
De plus, le jeu continuel de lumière projeté sur l’écran du fond, servant à la fois à illustrer les heures du jour et de la nuit, mais aussi les sentiments et les tensions dramatiques, m’a un peu fatigué les yeux ! Il me semble qu’on pourrait y apporter plus de subtilité.

Au final, il est assez drôle de constater que les adaptations de cet opéra reflètent généralement l’image exotique que l’Occident se fait du Japon. Il ne serait pas surprenant de découvrir, d’ici quelques années, une version totalement modernisée avec gadget électroniques et cosplay.
Cet opéra, bien qu’il ne fasse pas partie de mes préférés, tient néanmoins une place assez symbolique à mes yeux, quand on sait de quelle passion j’ai été prise pour le Japon, et que j’ai étudié l’image du Japon en France à partir de ce genre de représentations…

Madame Butterfly, Opéra Bastille, jusqu’au 13 octobre

Visite de l’Opéra Bastille

Il y a dix jours, à l’occasion de la journée des abonnés, l’Opéra de Paris m’a offert deux places pour visiter Bastille. Entendons-nous bien, elles ne sont pas tout à fait tombée toutes crues dans ma boîte aux lettres, il a fallu que je m’inscrive assez longtemps à l’avance.

J’avais choisi un horaire qui me semblait “neutre”, 13h, soit généralement en plein repas dominical, mais c’était sans compter l’acharnement des gens : pour un groupe de 30 maximum, nous avons fini à… 34. Notre guide était très gentille mais avait mal à la gorge, ce qui nous forçait à la coller au maximum pour ne rien perdre de ses explications.

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Première partie dans la salle, vide, immense, qui peut accueillir 2700 spectateurs. Je suis déjà venue, mais ça n’en reste pas moins impressionnant de découvrir l’endroit (quasi) désert, rideau relevé et décor en place. Bon, je suis tellement absorbée par cette visite que je rate une marche et m’explose le tibia dans un coin de fauteuil (en poirier de Chine, s’il vous plaît). Dix jours plus tard, j’ai encore des marques bleuâtres du meilleur effet.

L'arrière-scène (les clichés sont mauvais, c'est à cause de la lumière)
L’arrière-scène (les clichés sont mauvais, c’est à cause de la lumière)

Puis nous passons de l’autre côté du miroir du rideau, et découvrons l’arrière-scène, monumentale. En effet, celle-ci fait six fois la surface de la scène “visible”, ce qui permet de stocker le décor d’un autre spectacle (j’ai donc pu voir ceux de “Madame Butterfly” que j’irai écouter demain), mais aussi d’accueillir une seconde scène de répétition. On nous explique la machinerie, la façon dont les décors sont placés sur des chariots et descendus au -6, si bien qu’il faut à peine une heure pour changer la scène du tout au tout.
Nous poursuivons dans les ateliers “Matériaux composites”, “Menuiserie”, “Peinture” et “Sculpture”. Si, à mon grand regret, nous ne pourrons pas accéder aux ateliers costumes et perruques, je suis ravie de découvrir ces endroits où se crée une partie de la magie de scène. Nous sommes quasi sous les toits et, en dépit du temps maussade, les verrières déversent une lumière claire.

L'envers du décor...
L’envers du décor..

Il ne faut pas avoir le vertige, car nous allons désormais au fameux -6, l’endroit où l’on assemble les décors avant de les remonter jusqu’à la scène. Au détour de couloirs, nous entrapercevons des salles de répétition, des espaces relativement confinés… jusqu’à débarquer dans une sorte de hangar à avion. Au-dessus de nos têtes, le plafond (le sol de la scène) se situe à 12m de hauteur.
L’endroit se divise en deux parties : d’un côté, brillamment éclairé, l’espace de réception et d’assemblage des décors (ceux-ci sont stockés hors de Paris) ; de l’autre, le vide technique (le monte-charge), plongé dans l’obscurité. C’est sur cette dernière note un peu irréelle, où le silence et la pénombre prennent le dessus, que nous achevons cette visite.

C’était bien, beau, instructif, et en même temps très frustrant. On a fait si peu de choses en 1h30 ! Du coup, je me demande si je ne vais pas m’offrir une nouvelle visite.

Platée

Mercredi soir, c’était la reprise de la saison d’opéra avec Leen. Pour bien commencer l’année, nous avions jeté notre dévolu sur une oeuvre de Jean-Philippe Rameau, compositeur français du 18ème siècle.

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Après un prologue où l’on assiste à la naissance de la Comédie, on décide de présenter un divertissement sur la façon dont Jupiter guérit Junon, son épouse, de sa jalousie maladive. Pour ce faire, le roi des dieux entreprend de séduire Platée, reine des grenouilles réputée pour sa laideur, et de le convaincre de l’épouser. Au dernier moment, Junon, furieuse, arrache le voile de la fiancée et éclate de rire, définitivement remise de ses accès de colère. Platée, quant à elle, regagne son marais sous les quolibets.

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Non, ce n’est pas une histoire gentille, et de nos jours, on pourrait estimer qu’elle est franchement cruelle. Toutefois, on rit beaucoup dans cet opéra, aux dépens de tous les protagonistes.
La mise en scène est vive et drôle, le décor – un théâtre qui évolue au fur et à mesure de l’histoire – joue sur l’ambiguïté de la musique baroque en France (spectacle pour le roi ou roi qui se donne en spectacle ?) tout en mettant en valeur la modernité de la musique de Rameau. Les costumes sont bien trouvés, les chorégraphies des parties dansées (très présentes dans ce genre d’oeuvre) rappelant des “scènes de la vie conjugale” soulignent le propos sans l’alourdir… Une vraie réussite.
Quant aux interprètes, ils rivalisent d’excellence. C’était la première fois que j’entendais vraiment Julie Fuchs, dans le rôle de la Comédie et, surtout, de la Folie, et elle est à couper le souffle. La virtuosité avec laquelle elle enchaîne les notes plus aiguës les unes que les autres donne le vertige, d’autant que je suis convaincue qu’une partie de son interprétation laisse place à l’improvisation. Enfin, j’ai une mention spéciale pour Philippe Talbot (oui, c’est un homme), dont la Platée est drôle, touchante, grotesque, comique… et sacrément sportive ! J’avoue être restée en admiration en le voyant sauter les marches deux à deux sans perdre son souffle en plein milieu d’un air.

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Au final, c’est un petit bijou de bonne humeur et de bonne musique, et je ne peux que vous conseiller d’y aller.
Platée, Opéra national de Paris, jusqu’au 8 octobre

Note : en dépit de mes recherches, j’ai été incapable de trouver des photos du spectacle sur le site de l’Opéra, les rares illustrations viennent donc du site opera-online.