DDR Revival

Dimanche, Junta et moi nous sommes enfin retrouvés pour une partie de DDR, programmée depuis des mois. DDR, ou Dance Dance Revolution est, comme certains le savent, un jeu dont le principe consiste à frapper du pied les flèches de la plate-forme, au rythme de la musique (hystérique, reconnaissons-le) et des figures imposées par le logiciel. Dit comme cela, ça peut paraître bizarre, mais en fait c’est marrant.
Tellement, que Junta et moi sommes des adeptes de ce jeu depuis plus de six ans – et oui, le temps passe vite – et que nous pouvons nous défendre sans trop de problème sur une borne, parfois même réaliser une figure ou deux quand on connaît bien la chanson.

Sauf que, les vacances scolaires et la journée maussade aidant, la salle d’arcade était bondée et la borne DDR encerclée de joueurs portant tous le même t-shirt. Prudence ! Il s’agit d’une team, un groupe de joueurs qui participent aux concours nationaux et internationaux. Junta et moi échangeons un regard résigné, avant de déposer le jeton qui nous donnera droit à jouer dans environ 20 minutes (le système de priorités et premier arrivé, premier servi est bien fait, faut pas croire).
C’est alors qu’un gentil membre de la team nous accoste pour nous annoncer que comme ils font un concours, on peut jouer tout de suite, ça permettra aux joueurs suivants de se préparer. Hahaha. Jouer devant un groupe de quasi-pro, c’est un peu la honte, quoi. C’est comme faire trois figures et demie en patin à glace devant Surya Bonali : on se sent con. Mais bon, on est là, on y reste et la partie démarre…
Soyons francs, on ne s’en est pas trop mal sortis, surtout après plus de six mois d’interruption. Seul subsiste un sentiment de malaise et, surtout, l’impression d’avoir sacrément vieilli : tous les joueurs autour de nous ont moins de 20 ans, et une partie nous achève. Sic transit gloria mundi, hein.

Mongol

Encore un film à grand spectacle, me direz-vous. Oui et non. S’il est évident que conter la vie du redoutable Genghis Khan, son unification des tribus mongoles et turques et sa conquête du monde peut donner lieu à tourner une fresque épique avec beaucoup d’effets spéciaux et peu de scénario, il n’en est rien ici. Le pari du réalisateur (russe) est tout de même difficile à tenir : car le film, dont les premiers rôles sont tenus par des acteurs japonais, coréen ou chinois, réussit tout de même le tour de force d’être captivant alors qu’il est entièrement en mongol. Vous lisez bien.
Première partie d’une triologie annoncée, Mongol raconte l’enfance de Genghis Khan, qui porte alors le nom de Temugin, jusqu’à la victoire qui lui permet d’unifier tous les Mongols. On suit donc son itinéraire, le choix de son épouse alors qu’il est encore enfant, les humiliations après la mort de son père, khan du clan, remplacé par un autre, et même sa détention en Chine.
Le film est une grande réussite. Les paysages sont magnifiques (le tournage a eu lieu au Kazakhstant et en Russie), les acteurs excellents (même si ma compréhension du mongol est limitée, avouons-le), les costumes et les reconstitutions visiblement très fidèles à ce qu’il en était à l’époque. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’une telle épopée, l’accent est mis non pas sur l’aspect guerrier de Temugin, mais sur la construction de sa personnalité et ce qui le différencie des autres chefs mongols.
On peut cependant reprocher au scénario de faire quelques sérieuses entorses à la réalité historique (je sais, c’est une obsession chez moi). En outre, ceux qui attendent un vrai film d’action risquent d’être déçus. En revanche, c’est un dépaysement total, un voyage à l’autre bout du monde que je vous recommande vivement.

Ma vie est tout à fait fascinante

Ce n’est pas à proprement parler un livre, ni une “vraie” BD, mais plutôt des scènes de la vie quotidienne dessinées. Ma vie est tout à fait fascinante, de Pénélope Baugieu, est une succession de petits évènements marquants, pleins d’humour et vraiment rafraîchissants. On ne peut s’empêcher de rire quand la narratrice évoque sa relation avec son ami, ses rendez-vous à la banque ou chez le médecin (“J’veux pas y alleeeer”) ou sa propension naturelle à être bordélique.
Allez savoir pourquoi, beaucoup de filles se reconnaissent au fil des pages (la caissière du Virgin s’est mise à rire avec moi en évoquant tel ou tel strip), et les hommes y reconnaissent aussi leurs copines.
Le dessin est simple mais fluide, coloré, enjoué, et parvient à suggérer beaucoup de choses en peu de traits. La forte dimension autobiographique est, quant à elle, renforcée par le blog que tient l’auteur et permet d’ancrer encore plus le récit dans la réalité quotidienne.

Dîner en amoureux

Jeudi dernier, nous avons appris l’embauche de l’Anglais après quelques semaines de recherches, et avions décidé de fêter cela dignement. Après une soirée en taverne plutôt réussie, nous avons opté pour un dîner en amoureux, orchestré par mes soins.
Je vous en propose donc le menu et les recettes, sachant que tout avait été élaboré autour d’un vin rosé. Je n’ai malheureusement pas de photos à vous offrir, mon appareil ayant disparu en même temps que mon sac ce week-end.


Tartare de saumon fumé

Détailler environ 90g de saumon fumé (idéalement des chutes, moins chères mais tout aussi gouteuses) en petits morceaux. Dans un bol, mélanger le saumon avec une cuillère à soupe de crème fraîche, de la ciboulette, un peu d’aneth et de poivre. Réserver au frais au moins un quart d’heure.
Faire réchauffer des minis blinis et les servir chauds avec le tartare bien froid.

Poulet miel et balsamique

Cette recette n’est pas de moi, mais adaptée d’un livre.
Couper 200g de poulet en bouchées. Dans une poêle, faire chauffer un peu d’huile d’olive et y faire cuire le poulet avec deux échalotes coupées et une cuillères à soupe de sucre en poudre. Au bout de 10mn, déglacer le poulet avec une cuillère ou deux de vinaigre balsamique, laisser cuire encore 5mn. Ajouter une cuillère à soupe de miel ainsi que des herbes de Provence.
On peut servir ce plat avec du boulghour (blé concassé) ou des pâtes fraîches.

Madeleines vanille et chocolat

A nouveau, cette recette n’est pas de moi. Je l’ai trouvée sur marmiton, et je l’ai adaptée en ajoutant un sachet de sucre vanillé à la place de l’eau de fleurs d’oranger et deux cuillères à soupe de chocolat en poudre dans la pâte.

Pontoise, acte II

Aujourd’hui, deuxième expédition de l’année à Pontoise, soit l’endroit où l’on retrouve le plus de tavernistes au mètre carré. Arrivée vers 10h30 et début de la tournée des bonjours ; après un peu d’attente dans l’air matinal, c’est le début des courses.

Nous commençons par déambuler dans les allées pour saluer nos connaissances et découvrir les nouveautés et les habitués. Puis la promenade prend un tour plus sérieux et les courses commencent : l’Anglais fait l’acquisition d’une paire de gants pour l’escrime, puis passe commande d’un baudrier. De son côté, Macchia achète de quoi se restaurer et nous permet de goûter un délicieux gâteau aux épices et au safran – penser à trouver la recette. Au détour d’une allée, le photographe d’un magazine d’histoire vivante nous propose de poser pour lui.
Alors qu’Ei fait l’acquisition d’une coiffe pour se couvrir la tête en bonne chrétienne – kof, kof, kof – je craque pour une nouvelle bourse en velours bleu, que l’Anglais finit par m’offrir. Au même stand, nous découvrons le Blut des Nidhoegen, boisson néerlandaise à base de vin rouge, de miel et de cerise. Et c’est là que tout dérape : nous commençons à acheter de quoi nourrir un régiment, dévalisant les échopes de nourriture et de boisson historiques.
Au rayon boissons, outre le vin doux à la cerise, nous repartons avec de l’hypocras blanc et du moretum à la cerise et à l’églantine. Pour la nourriture, nous commençons avec les pâtés médiévaux : poulet à l’hysope, canard à la sauge, foies de volaille aux raisins et épices, épices et cassis. Puis, vient un énorme ensemble de condiments romains : champignons à la romaine, sauce au fenouil, sauce aux dattes, concassée d’olives, coings au citron, pois chiche au cumin, bouquet garni et sel aux épices.

Heureux d’avoir réalisé ces achats en évitant la ruine, nous retournons à la voiture pour découvrir que celle-ci a été forcée… On nous a donc volé un autoradio, beaucoup de CD, la veste de Macchia (avec cartes bancaires et téléphones) et mon sac (avec portefeuille, téléphone Orange, appareil photo, clés de maison et brosse à cheveux). Ce dernier épisode, même s’il n’est pas dramatique, reste pénible, surtout pour Macchia qui nous avait confié ses affaires. Le reste de la journée est consacré à récupérer les clés auprès de mon proprio, faire opposition, résilier mon abonnement téléphone et porter plainte au commissariat. Et se louer un DVD, pour décompresser.

Mark Knopfler à Bercy

Hier soir, l’Anglais et moi avons eu l’occasion d’aller entendre Mark Knopfler, ancien guitariste du groupe Dire Straits, en concert à Bercy. Un tel choix de notre part peut sembler surprenant compte tenu de nos âges, mais en réalité, l’Anglais est un grand fan de l’artiste et ces places nous ont été données par ses parents retenus à Orléans. Pour ma part, c’était surtout l’occasion de découvrir un artiste que je connaissais mal et dont j’avais beaucoup entendu parlé.
Après une première partie fort sympathique – un duo de guitares assez blues – l’homme entre et la salle est debout. Bon, Bercy c’est grand et nous sommes installés très haut, la mise en scène est old school c’est-à-dire sans écran, donc on ne le voit pas beaucoup, mais quà cela ne tienne, l’ambiance est là. Entouré de six instrumentistes talentueux et polyvalents, Knopfler assure le spectacle, alternant anciens morceaux et compositions récentes, presque tous agrémentés de longs solos de guitare, parfois d’autres instruments.
Le public, littéralement transporté, est comblé lors du rappel : 30 minutes de musique avec des classiques et des improvisations solo ou de l’ensemble des musiciens.
Un réelle découverte pour moi, malgré un bémol : l’acoustique du POPB est définitivement mauvaise. Sur les chansons les plus douces, on entend clairement un écho qui gâche quelque peu le morceau. Un concert dans une salle plus petite ou avec une meilleure acoustique aurait sans doute été plus agréable.

Val-de-Loire carolingien

Petite excursion dans l’Orléannais ce week-end – je sais, c’est redondant, mais mes beaux-parents ont des arguments solides – qui nous a été prétexte à découvrir le patrimoine médiéval de la région. Le Val-de-Loire était une région très dynamique dès l’époque antique, et ce dynamisme a été encourage à l’époque mérovingienne, notamment par l’Eglise qui cherchait à affermir sa position.
C’est un évêque et missus dominicus de Charlemagne qui a fondé l’oratoire de Germigny-des-Prés, dont on peut encore admirer une partie aujourd’hui. Bien que transformé en église paroissiale, l’oratoire est encore bien visible, qu’il s’agisse des colonnes gravées ou de la remarquable mosaïque représentant les anges encadrant l’arche d’alliance.
Le commentaire est bien fait, nous mettant dans l’ambiance grâce à des extraits musicaux. La traditionnelle publicité pour la boutique de l’oratoire est même rythmée par les mesures d’un branle d’Ecosse !

Seconde étape de la promenade à l’abbaye de Fleury, aujourd’hui Saint-Benoît-sur-Loire. L’abbaye, fondée au VIIème siècle, suivit d’abord la règle monastique rédigée par Saint Colomban avant d’adopter celle de Saint Benoît. Quand le monastère du Mont-Cassin, où était enterré Saint Benoît, fut laissé à l’abandon, les moines de Fleury rapportèrent sont corps jusqu’à leur abbaye, et l’endroit changea de nom.
Les bâtiments sont magnifiques, même si des travaux de rénovation en cachent une partie en ce moment. On peut notamment admirer de très beaux chapiteaux historiés représentant des scènes de l’Apocalypse ou de la vie de Jésus (la fuite en Egypte). L’autre partie remarquable de la façade se situe sur le tympan ouest, orné de bas-relief représentant le Christ en gloire entouré des quatre évangélistes et des saints.
La visite de l’église a malheureusement été écourtée car les moines y célébraient la messe – Saint-Benoît accueille encore une trentaine de bénédictins. Cependant, cela nous a permis d’écouter une belle interprétation de chants grégoriens par le choeur des religieux.
Une très belle visite malgré le froid et le vent !

Disco

Mercredi soir, aucune envie de réfléchir et plutôt envie de se détendre, nous sommes donc allés au cinéma voir Disco, le dernier opus de Fabien Onteniente – connu pour Jet-Set et People, entre autres.
Didier Graindorge, alias Didier Travolta, a connu son heure de gloire dans les années 1970 lorsqu’il était meneur d’un groupe de danseurs de disco, les Bee Kings, avec lequel il écumait les concours de danse de la région du Havre. Aujourd’hui, au chômage, il doit absolument trouver un moyen d’emmener son fils en vacances sinon il ne le verra pas. C’est alors que Jean-François Jackson lui donne un coup de pouce : celui-ci vient de racheter la discothèque Gin Fizz et veut relancer les concours de danse disco. Le premier prix en est un voyage en Australie, ce qui pousse Didier à reformer son groupe et à solliciter l’aide d’une professeur de danse… classique.

Le film est sympathique, une jolie comédie pleine de bons sentiments, qui présente tout de même un casting redoutable : outre Frank Dubosc dans le rôle principal, on note la présence de Samuel Le Bihan en docker syndicaliste et danseur disco, Emmanuelle Béart (qui devrait faire un procès à son chirurgien esthétique), François-Xavier Demaison en archétype du riche désagréable, Gérard Depardieu en directeur de boîte de nuit (et en chemise léopard)… Certaines scènes sont franchement drôles, les chorégraphies endiablées et la bande-son agréable pour peu que l’on apprécie l’époque. Malheureusement, cela ne fait pas oublier certaines longueurs dans le scénario et quelques gros clichés : les riches sont mesquins, ne manquent pas une occasion de se moquer des pauvres gens ; si l’on accepte les différences, tout le monde peut s’apprécier…
Un bon divertissement, mais sans doute pas la comédie de l’année.

La réponse de l’Anglais

Bonne lecture… A suivre, la réponse d’Ei.


Je suis épuisé… Essayez de suivre pendant deux jours une marche forcée avec les fers aux pieds et les mains liées. Alors quand en plus on a une constitution comme la mienne ça relève de l’exploit. Ils me sont tombés dessus il y a deux jours alors que je me reposais tranquillement sur un coté de la route, sans me laisser le temps de m’expliquer, ils m’ont intégré à un groupe d’hommes et femmes prisonniers, qui m’ont tous regardé avec méfiance, refusant de me parler. Depuis ils me frappent dès que j’ouvre la bouche, alors je me tais. Quand je suis tombé il y a quelques heures ils ont frappé dans mes côtes à coups de pieds. On m’a traité de barbare, mais au moins chez nous les prisonniers sont mieux traités que ça, ne serait-ce que pour qu’ils puissent venir grossir les rangs de nos hordes.
Nous débouchons dans une clairière, aménagée en campement. Rien à voir avec nos forteresses, cette odeur… Ah enfin, je l’ai retrouvée… Oui ma compagne de toujours, c’est son odeur, enfin… Après tant de recherches j’ai enfin pu la retrouver, elle me manquait tant que j’ai quitté mes steppes et ma taïga.

Les soldats me conduisent vers une femme, lui tend mon bâton et ma dague. « On a trouvé ce barbare à deux jours de marche en direction d’Aoni, sans doute un espion, dans le doute on a préféré vous l’amenez pour l’interroger … » Je ne prête plus attention a leur paroles vides de sens. Je sens mon apparence provoquer attirance et répulsion à la fois. Ma tunique noire à bordures rouge sang ainsi que ma cape ornée d’une peau d’un loup des neiges, avec ma peau au teint blafard et mes cheveux noirs qui retombent devant mes yeux gris. Mon regard se fixe sur la tente derrière eux. Ca y est je t’ai retrouvée, ma compagne de toujours.

Je suis Evgueiev de la tribu des Ashakry. Je viens de ces contrées du Nord Est, où les hommes sont vêtus de fourrure et où les enfants apprennent à manier la hache dès 8 ans. Nos guerriers sont des géants de 2 mètres dont les hurlements et la charge ferait trembler n’importe quelle armée entraînée. C’est sûr que quand tu en fais qu’un mètre soixante comme moi et que tu boîtes un peu, tu risques plus de finir comme cuisinier ou paysan pour approvisionner les troupes. C’était sans compter sur un soutien du destin puisque mon oncle, Iegor, était l’un de nos sorciers. Quand mes cousins ont commencé à jouer avec leurs haches en bois, Iegor est simplement venu voir mes parents et ma confié un bébé lynx. Il m’a dit d’en prendre soin comme si c’était mon frère, ce que j’ai fait. Quand il a considéré qu’il était temps pour moi de devenir son apprenti, il m’a fait l’égorger. Il paraît que ce jour-là mes yeux noirs sont devenus gris, moi je ne me souviens plus. Pour moi c’est ce jour-là que je L’ai rencontrée, ce jour où ma tribu a appris que je serai leur prochain sorcier de la mort, ou nécromancien comme disent les « civilisés » avec cette once de terreur dans la voix.

Mon frère lynx ne m’a jamais quitté depuis, son crâne sert de boucle à ma besace, qui contient mes parchemins d’études. Ses pattes sont le manche de ma dague que le soldat tend à sa maîtresse, avec une lame d’acier ashkary, après tout je suis quelqu’un d’important chez moi. Pendant presque 12 années j’ai vécu avec la mort, compris sa méthode, son ironie. Je ne la crains plus, un jour nous nous retrouverons pour de bon, comme tous ces gens ici, ce garde arrogant, ces paysans affolés, cette jeune commandant, j’esquisse un sourire ironique, il se battent mais au final eux, leurs ennemis, tout le monde tombera.

Aujourd’hui je peux commander aux corps et aux esprits morts, je n’ai pas le talent de mon oncle mais cela viendra. Il y a 6 mois Iegor m’a fait entrer dans son ultime refuge, il semblait épuisé. Il m’a dit que la mort sa compagne de toujours avait abandonné la contrée et qu’il sentait ses forces s’épuiser, il m’a dit de partir à sa recherche, en me confiant ce bâton surmonté d’une pierre blanche. Depuis j’ai exploré leur « royaume », et cherché en vain jusqu’à ce matin.

Mes lèvres esquissent un sourire fatigué, la jeune femme s’approche de moi, mon bâton noir dans une main. Lorsqu’elle est à moins d’un mètre de moi, une flamme froide et verte entoure la pierre…

Quand elle se tient devant moi, je ne lui laisse pas le temps de commencer à parler…

« Je suis Evegueiev, de la tribu Ashkary et je ne suis pas votre ennemi. »

Le camp

Une fois n’est pas coutume, j’en appelle à mon lectorat, peu nombreux, certes, mais fidèle. Je souhaiterais reprendre une idée d’Ei : le feu de camp littéraire. Je m’explique : il s’agit de mettre un texte en ligne et de vous le faire poursuivre, en mettant en scène vos “avatars”, autrement dit un personnage auquel vous pourriez vous identifier, voire le personnage que vous vous êtes construit (suivez mon regard). Mon propre avatar est bien connu de certains, et je compte beaucoup sur la participation d’Imihel.
L’histoire se déroule dans un univers med-fan assez simple, mais n’hésitez pas à me demander des détails. Enfin, je précise que l’Anglais et Ei ont déjà répondu, puisque l’idée date d’il y a bien deux mois, donc je vous demanderai d’attendre que j’aie posté leurs textes pour commencer les vôtres.
Même si vous ne voulez pas continuer l’histoire, je serais ravie d’avoir vos commentaires (“c’est bien” “c’est pourri” et toute cette sorte de choses).


Le soleil se lève à peine. Dans la fraîcheur du petit matin, je parcours le camp qui s’éveille lentement. La journée promet d’être magnifique, un jour éclatant. Instinctivement, je me tourne en direction d’Aoni, la ville bleue, le cœur du royaume, l’âme de notre peuple. La ville aux reflets célestes est la plupart du temps hors de vue, mais par temps très clair, je peux deviner la lumière si particulière qui en émane. Il y a si longtemps que je ne l’ai vue… Une pensée funeste hante parfois mon esprit, une pensée que je tente de repousser fermement : peut-être ne la verrai-je plus jamais, ou n’en verrai-je que les vestiges. Mais rien de cela aujourd’hui : la lumière est éclatante et, encore une fois, je m’efforcerai de distinguer les contours bleu opalescent de ma cité.

La rumeur qui monte du camp augmente doucement : les soldats s’éveillent, les gardes se relaient, partout la vie quotidienne s’organise. Mes pas me conduisent presque inconsciemment jusqu’à notre infirmerie, où s’affairent déjà plusieurs guérisseurs. Le plus âgé d’entre eux me salue d’un vague signe de tête et me désigne silencieusement celle que je suis venue voir. Une de nos plus jeunes recrues, pas plus de quinze ans. Elle n’a pas repris connaissance depuis qu’on l’a retrouvée voici trois jours, égarée à plusieurs dizaines de lieues d’ici après avoir perdu son groupe. Je ne peux m’empêcher de maudire cette guerre que je n’ai pas voulue, cette guerre qui me force à envoyer des enfants auprès de nos ennemis et qui les tue. Cette guerre que je mène malgré moi, mais qui me fait sacrifier des innocents. Un rapide regard me convainc que je n’ai plus rien à faire ici pour le moment. Ils me préviendront quand elle se réveillera ou que nous devrons honorer sa mémoire.

Dehors, la lumière m’éblouit un instant, contrastant avec la pénombre où j’étais réfugiée. Le jour est totalement levé, le camp tout à fait éveillé et en train. Chacun vaque à ses occupations avec plus ou moins d’entrain. Les adultes ont le visage fermé, certains encore engoncés dans des cauchemars que nous revivons tous, nuit après nuit ; mais les enfants crient et jouent comme ils en ont l’habitude, leur gaîté nous gagne peu à peu. Ce camp ressemble de plus en plus à une immense ville de toile et de planches. Chaque jour apporte son lot de réfugiés ou de combattants. Bientôt nous devrons nous séparer, envoyer les plus vulnérables vers le sud, tandis que les guerriers se regrouperont ici.

Des visages familiers me saluent, des civils pressés me frôlent tout en prenant garde à ne pas m’effleurer, jusqu’à ce qu’une femme âgée s’approche suffisamment pour me prendre la main et la porter à son front, en signe de respect. Rien ne me distingue pourtant des autres soldats rassemblés ici : la même tenue de toile, le même plastron de cuir, les mêmes armes ; seule me distingue la pierre bleue qui scintille à mon cou, même dissimulée dans les plis de ma chemise. Ce bleu qui fait la fierté d’Aoni, ce bleu symbole du royaume. Mon royaume.

Mon nom est Caïtness, fille d’Eternité. Aujourd’hui ce titre, qui me désigne héritière du royaume d’Ehenea, n’a plus de sens. Le royaume envahi, les souverains assassinés, la capitale livrée au pillage et aux soudards, tel est mon héritage. Mes parents disparus, je suis devenue la nouvelle reine, mais une reine sans royaume, en fuite, son peuple dispersé dans les provinces les plus reculées et les royaumes avoisinants, une reine seule, sans appui ou presque. Voilà plus d’un an que je consume mes forces à récupérer mes terres, à tenter de soulager la souffrance des miens, mais mes moyens sont si dérisoires… Parfois, j’ai envie de céder au découragement, de cesser de me battre, mais je n’en ai même pas le droit.

Un bruit s’élève soudain de la lisière de la forêt. Ce sont nos guetteurs qui nous préviennent d’un danger. Habituée à ce genre d’alerte, la population du camp se met à l’abri, tandis que les soldats prennent leurs positions, que ce soit pour attaquer les visiteurs ou pour protéger les nôtres. Plusieurs flèches fichées en terre nous apprennent l’arrivée d’un groupe d’une dizaine de personnes. Puis un cri :

« Mettez vos armes en évidence ! Disposez-vous en ligne ! »

Ce groupe est étrange… Il est formé de personnes hétéroclites, mais il ne ressemble pas à un de ces groupes de réfugiés ou de volontaires que nous accueillons si souvent. Entourée de quelques-uns de mes hommes, je vais à la rencontre des arrivants pour en apprendre plus sur leurs identités et leurs intentions.