Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l’enfance dans sa cage d’or à Saigon, l’arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d’un bateau au large du golfe de Siam, l’internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec.
Ce livre a atterri un peu par hasard dans ma PAL : l’an dernier, mon père – qui réside au Canada, je le rappelle – me l’a fait parvenir, dédicacé, en me précisant que ma belle-mère avait rencontré l’auteur. Et pendant longtemps, l’ouvrage a tranquillement pris la poussière dans un coin du salon, attendant mon bon vouloir.
Celui-ci est venu par l’intermédiaire d’une copine, Karine du blog Mon coin lecture, qui ne tarissait pas d’éloge sur l’auteur, tant au plan littéraire qu’humain. Aussi ai-je fini par me décider à l’emporter lors des dernières vacances…
Effectivement, c’est bien. Les chapitres, très courts, alternent entre souvenirs du Vietnam d’avant les communistes, parfois même des souvenirs de famille antérieurs à la naissance de l’auteur, et des tranches de vie au Québec, après la fuite. Boat people, Kim Thuy raconte de façon très factuelle la noirceur des camps de réfugiés, les difficultés de la traversée en mer, l’adaptation parfois rude à son nouveau pays… Pourtant, à aucun moment elle ne donne dans le misérabilisme ni dans l’apitoiement.
De la même façon, elle évoque des épisodes cruels de sa vie “d’après”, en particulier l’autisme de son fils, avec beaucoup de pudeur et de vérité, sans pathos. Dans une langue toujours précise, ciselée, pure même, Kim Thuy peint à petites touches un autoportrait et, au-delà, un portrait de femme résiliente et pleine de ressources.
C’est une lecture rapide mais qui touche profondément, et que je ne peux que vous recommander.
Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.
J’ai repéré ce livre dès sa sortie : outre sa couverture à la fois intrigante et envoûtante, j’ai toujours été fascinée par l’incendie du Bazar de la Charité, depuis que j’ai découvert ce drame dans un livre de ma mère à l’adolescence. Du coup, j’étais franchement curieuse de voir ce que l’auteur en ferait.
Après quelques tergiversations devant le prix du grand format – et la montagne que représente ma PAL – j’ai fini par me l’offrir vendredi dernier, et l’ai attaqué dimanche après-midi dans le TGV qui me ramenait à Paris.
C’est un roman magnifique. L’auteur parvient à se couler avec grâce dans le style de la fin du 19ème siècle tout en parvenant à rester parfaitement limpide. La narration est fluide, les personnages construits, le socle historique solide, le récit fouillé…
J’ai été happée par ce roman, par ce portrait de femmes écrasées par leur classe sociale et ses conventions, étouffées par leur condition féminine et leurs aspirations contradictoires. Les personnages masculins, bien qu’un peu en retrait, ne sont pas moins travaillés et mis en valeur. Du moment où j’ai ouvert ce livre, je n’ai eu de cesse de le finir, et j’ai avalé les 500 et quelques pages en environ 36h (parce qu’il faut bien dormir et bosser, parfois).
Certains aspects de l’histoire, en rapport avec la maladie mentale – ou ce qui était considéré comme tel à l’époque, m’ont beaucoup touchée, sans doute parce que je me suis totalement identifiée au personnage qui s’y retrouve confronté. Cela m’a ébranlée mais a également nourri mes réflexions (au point de faire un lapsus lors de ma séance d’hier).
Je ne peux que recommander La part des flammes. Dans sa postface, Gaëlle Nohant précise avoir passé quatre années à travailler à son écriture. Si je ne peux que me réjouir du résultat, j’avoue espérer égoïstement qu’elle ne nous fera pas trop attendre pour publier sa prochaine oeuvre.
La part des flammes, Gaëlle Nohant, Le Livre de Poche
Un vilain oiseau survole le monde, faisant caca sur d’autres animaux, jusqu’au jour où il va trop loin…
Ce vilain oiseau retiendra-t-il la leçon, une bonne fois pour toutes ?
Samedi après-midi, en nous promenant dans notre librairie fétiche, j’ai embarqué ce livre pour la Crevette (qui réclamait un T’choupi à cors et à cris). Vu que mademoiselle est en phase d’acquisition de la propreté, je me suis dit qu’une histoire qui dédramatiserait la question ne pourrait pas nous faire de mal.
Les graphismes sont beaux : colorés, simples sans être simplistes, expressifs. L’histoire, racontée à la première personne, est rigolote : sous ses dehors un peu scatos, ce vilain oiseau se révèle franchement sympathique.
Quant à la chute, que j’attendais plutôt morale, elle m’a complètement prise par surprise (je n’ai pas feuilleté jusqu’au bout), et m’a fait beaucoup rire. Mademoiselle aussi, d’ailleurs, qui hurle de rire à chaque fois que nous arrivons à la fin.
Un vrai coup de cœur, donc, que ce vilain oiseau-là !
Quel vilain oiseau !, Sean Taylor, Dan Widdowson, Circonflexe, 13€
Tahar Ben Jelloun a choisi de réécrire dix contes de Perrault (Riquet à la houppe, Le Petit Poucet, Barbe-Bleue, La Belle au bois dormant, Les Fées, Le Chat botté, Peau d’âne, Le Petit Chaperon rouge, Les Souhaits ridicules et Cendrillon) en les installant dans un contexte ” arabe et musulman “, en les orientalisant en quelque sorte.
J’adore les contes de fées, je m’en suis souvent fait l’écho – c’est une des raisons pour lesquelles j’ai beaucoup aimé la trilogie Poison, Charme, Beauté de Sarah Pinborough. Alors, quand j’ai aperçu ce recueil sur la table de mon libraire l’autre jour, je n’ai fait ni une, ni deux, et je l’ai embarqué en pensant aussi rayer une catégorie du Reading challenge.
L’idée de l’auteur de transposer ces contes si connus dans un univers “exotique” inspiré de la culture arabo-musulmane est excellente (le petit chaperon rouge devient la petite à la burka rouge), et est justifiée par le fait que celui-ci souhaitait montrer cette culture sous un jour plus favorable que celui de l’obscurantisme et de la pauvreté. On trouve donc des personnages ouverts, tolérants, féministes, humanistes… et on y prend plaisir. En outre, Ben Jelloun ajoute généralement un “twist” au conte traditionnel, ce qui le modernise et le rapproche de nous.
Bien sûr, on pourrait arguer qu’il s’agit d’une lecture très optimiste et légère de l’univers dans lequel ces contes sont transposés. Mais je pense sincèrement que c’était déjà le cas de Perrault lorsqu’il décrivait une Europe de fantaisie pleine de forêts, de châteaux enchantés et de belles princesses. Si vous aimez les contes, je vous recommande donc vivement cette lecture à la fois agréable et rapide.
Louis, fils d’un boulanger bordelais, part effectuer son service militaire quelques jours seulement après avoir été brillamment reçu au baccalauréat. En ce début de l’été 1914, l’ambiance est encore à l’insouciance et, malgré ses craintes, il est fier d’accomplir son devoir de citoyen. Lorsque la guerre éclate et que son régiment est envoyé sur le front, Louis espère pouvoir servir sa patrie du mieux possible. A Francfort, Ludwig, étudiant en droit, est impatient de recevoir son ordre de mobilisation, même si le départ pour le front l’éloignera de sa bien-aimée. Devenir un soldat allemand lui donne le sentiment d’être enfin pleinement accepté par son pays. Ce roman aborde un aspect de la Première Guerre mondiale méconnu et pourtant lourd de conséquences, celui des Juifs qui participèrent aux combats, animés par un profond désir de reconnaissance.
Lorsque j’ai aperçu la couverture de ce roman, je m’en suis saisie et l’ai immédiatement ajouté à mon panier alors que ma PAL débordait déjà. J’adore les romans historiques, et la possibilité d’en lire un sur les Juifs d’Europe qui ne parlerait pas de la Shoah m’enthousiasmait, en dépit du sujet guère plus réjouissant.
Qu’il est doux et beau de mourir pour sa patrie débute comme la guerre de 14 : l’auteur nous fait vivre l’insouciance, puis la fièvre nationaliste et patriotique qui s’empare des population, d’un côté de la frontière comme de l’autre. Surtout, il donne à voir le fervent désir des Juifs, où qu’ils résident, d’être intégrés et considérés comme des citoyens à part entière (en France l’affaire Dreyfus n’est pas si loin, et en Allemagne les Juifs n’ont pas le droit d’être officiers supérieurs).
Peu à peu, l’histoire s’enfonce dans la guerre, ses horreurs, ses bizarreries, son attente et ses coups de semonce. L’auteur s’est visiblement bien documenté et nous permet de suivre les combats par les yeux des Allemands comme des Français pendant les quatre années de conflit. Et alors que je pensais lire un récit de frères ennemis, je me suis plutôt retrouvée face à deux personnages qui interrogeaient leur judéité, leur rapport à la religion et la foi (tous deux se revendiquent laïques), et de quelle façon la guerre et le comportement de leur entourage (familial, amoureux ou militaire) les renvoyait à cette condition.
Si j’ai dû interrompre ma lecture après les attentats du 13 novembre, on peut tout de même dire que j’ai dévoré ce roman et qu’il m’a beaucoup plu. Attention, compte tenu du contexte choisi, et de ce qu’on sait de la suite, ce n’est pas vraiment un récit optimiste…
Deux petits bémols : l’épilogue rédigé pour l’édition française n’apporte, selon moi, que peu de chose au roman, à part éventuellement un peu plus d’épaisseur au personnage de Louis, bien que ce ne soit pas nécessaire. Et j’ai relevé une bonne demi-douzaine de coquilles dont certaines m’ont brûlé les yeux (une ou deux n’auraient d’ailleurs jamais dû passer au crible d’un correcteur Word).
Mais quoi qu’il en soit, si des sujets comme le judaïsme, la Première guerre mondiale ou l’intégration vous parlent, je pense que ce livre vous plaira.
Qu’il est doux et beau de mourir pour sa patrie, Avi Primor, Piranha, 25€
Fin juin, je vous parlais d’un challenge consistant à vider sa PAL (pile à lire) pendant l’été. Après avoir dressé un état des lieux assez inquiétant, je m’étais interdit de racheter des livres tant que le défi ne serait pas achevé.
Trois mois plus tard, force est de constater que le résultat est mi-figue mi-raisin. Si j’ai pu éliminer une douzaine de bouquins de ma PAL, je n’avais pas prévu que j’en rapporterais 17 (dix-sept) de mon voyage aux Etats-Unis, ni qu’on m’en prêterait d’autres. De plus, après avoir établi ma liste, je me suis rendu compte que j’avais encore oublié d’autres ouvrages sous mon lit, dans mes toilettes (oui, et alors ?) ou dans un coin de sac à main. Et puis, je l’avoue, j’ai parfois cédé aux sirènes de la librairie : j’ai dévoré les nouvelles de ma copine Angéla Morelli (je vous en reparlerai sans doute), me suis offert quelques romances supplémentaires (des fois que ça manque) et un ou deux bouquins qui me faisaient de l’oeil.
Au final, si seuls 13 titres ont disparu de ma pile, ce ne sont pas les seuls que j’ai lus. Et puis il existe une certaine “injustice” : s’il est facile d’écluser un petit recueil de nouvelles, avaler les 600 pages en souffrance des Misérables m’a pris une dizaine de jours. De même, j’ai pu avancer dans certains ouvrages mais pas forcément les terminer parce que leur lecture exige une concentration qui me fait parfois défaut depuis la rentrée.
En revanche, j’ai bien aimé l’idée de se constituer une PAL et d’en rayer au fur et à mesure les titres qui ont été lus. Du coup, j’ai créé une page dédiée.
Des milliers de livres ont étudié les effets des parents sur leurs enfants. Mais presque aucun n’a songé à demander: quels effets les enfants ont-ils sur leurs parents?
Jennifer Senior tente de répondre à cette question, en isolant et analysant les nombreuses façons dont les enfants modifient la vie de leurs parents, qu’il s’agisse du couple, du travail, des habitudes, des loisirs, de l’amitié ou de la perception de soi.
Je crois avoir déjà parlé de mon amie Lou², la fille au super-pouvoir : celui de m’offrir des bouquins dont j’ignore l’existence mais qui vont me parler. Celui-ci ne fait pas exception à la règle : je l’ai reçu en début d’année, alors que je me posais (encore) (et toujours) plein de questions sur ma place et mon rôle de mère, avec en guise d’explication : “l’interview de l’auteur était réjouissante, j’espère que le livre le sera aussi”.
Le postulat de base de Jennifer Senior, journaliste de formation, est que l’arrivée d’un enfant dans la vie de ses parents bouscule de nombreuses choses. On perd en sommeil, en autonomie, le mariage et la vie sociale en prennent un coup, l’adolescence est généralement un moment difficile à passer… voilà pour la partie “no fun”. Mais elle souligne aussi le bonheur que procurent les enfants à ceux qui prennent soin d’eux, qu’il s’agisse d’assister à leurs progrès, de ressentir de la fierté pour leurs réussites ou juste de faire l’imbécile en leur compagnie (la partie “all joy”, si vous avez suivi).
Cet ouvrage est assez intéressant et facile à lire, même si je trouve que l’auteur puise à un peu trop de sources différentes pour étayer à tout prix son propos. En outre, et c’est normal, elle s’intéresse essentiellement au modèle américain, faisant l’éloge notamment des systèmes scandinaves et français (en revanche, j’aimerais que son amie me file les coordonnées de sa crèche à 100€/mois en plein Paris…).
Toutefois, j’ai apprécié cette lecture parce qu’elle remet en perspective certaines choses : l’enfance telle que nous la concevons aujourd’hui est une invention moderne, issue de la seconde guerre mondiale. C’est donc un modèle neuf où nous n’avons guère de repères. Elle résume aussi le concept d’enfant devenu “inutile” et paradoxalement couvé, comparativement à l’enfant autrefois “utile” et autonome. Et j’avoue que ces rappels et ces explications des bases de notre rapport à l’enfance et à l’éducation ont été plus que bienvenus pour moi.
All joy and no fun, The paradox of modern parenthood, Jennifer Senior, Ecco
Adèle a 13 ans. Elle est perdue depuis le décès de sa grand-mère six mois plus tôt. Ses parents ont toujours été très pris par leur carrière et ne comprennent plus rien à leur fille, en pleine crise d adolescence. À l’école, Adèle est une élève moyenne, plus intéressée par les histoires avec les garçons que par le livre qu elle va devoir pendant les vacances : La Reine Margot, d’Alexandre Dumas. Préférant l’imaginaire à la réalité, Adèle se met à rêver la nuit qu elle est un personnage du roman. Elle rencontre au cours de ses rêves le beau Samuel, dont elle tombe amoureuse. Elle va assister au mariage de Margot, danser pendant les noces, constater les problèmes entre Catholiques et Protestants Mais Adèle commence à perdre pied. Ce qu’elle vit dans ses rêves est tellement plus intense que son quotidien qu’elle n a plus très envie de se réveiller.
J’avais découvert avec ravissement 14-14 co-écrit par Silène Edgar, auteur de ce nouveau roman, et je vous en avais fait part dans ces pages. C’est donc les yeux fermés que j’ai acheté ce nouveau tome, profitant au passage de la présence de Silène aux Imaginales pour me le faire dédicacer. Et je n’ai pas été déçue.
Exploitant de nouveau le thème de l’uchronie, le roman nous fait suivre en parallèle l’histoire d’Adèle, collégienne un peu paumée du XXIè siècle, et celle de son alter ego, transportée par la magie du rêve à la cour de Charles IX en 1572. La reconstitution proposée est bien plus celle du roman de Dumas que l’histoire réelle, toutefois l’auteur rétablit la vérité historique grâce aux recherches effectuées par l’héroïne pour tâcher de comprendre le nouveau monde qui l’entoure.
Confrontée aux jeux de pouvoirs et à l’intolérance religieuse, Adèle pose un regard neuf sur cette époque complexe tout en laissant aux lecteurs le soin de juger la situation et d’établir des parallèles (ou non) avec notre actualité. L’écriture est fine, et le roman se lit d’une traite, si bien que je vous le conseille vivement (il m’a fallu quelques heures pour le dévorer).
En bonus, la fin assez inattendue est très touchante et m’a tiré quelques larmes.
Adèle et les noces de la Reine Margot, Silène Edgar, Castelmore
Non, il ne s’agit pas de ma dernière lubie – encore que… – mais bien du titre de ma dernière lecture, qui fut un véritable coup de cœur. Je vous raconte pourquoi.
Trois femmes intrépides, trois siècles et une chocolatière de porcelaine : la folle aventure du chocolat en Europe.Désir de chocolat, c’est l’histoire de Sara, de Cándida et de Mariana, trois jolies femmes qui, à trois époques différentes, ont un jour croisé le chemin d’une chocolatière de porcelaine fabriquée pour Madame Adélaïde de France au XVIIIe siècle. La première entretient une liaison sulfureuse avec l’inventeur de trois chocolats parfumés aux épices. La deuxième, en quête de sensations plus fortes qu’un délicat breuvage, s’enfuit avec un ténor napolitain. La troisième devient la cible d’une série de complots quand les rois de France et d’Angleterre veulent s’approprier sa merveilleuse machine à broyer les fèves de cacao.
Passées les cinquante premières pages dans lesquelles j’ai eu du mal à me plonger (mais peut-être était-ce dû à la période qui n’était pas idéale pour moi), j’ai littéralement dévoré ce roman. Découpé comme une pièce de théâtre ou un opéra, en trois actes, deux intermèdes et un finale, il retrace l’histoire de la chocolatière (l’ustensile) en porcelaine de Madame Adélaïde, fille de Louis XV.
Chaque acte correspond à une héroïne, à des périodes différentes, et l’auteur prend le parti de nous faire remonter le temps : de nos jours jusqu’à la conception de l’objet. Les intermèdes sont là pour expliciter les marques laissées par le temps sur la chocolatière. Outre la délicieuse évocation du chocolat qui imprègne littéralement les pages, ce récit fait la part belle à trois femmes déterminées qui cherchent à établir leurs propres règles dans un monde qui voit leurs pratiques d’un mauvais œil, et nous livre de beaux portraits.
A titre personnel, j’ai eu un gros faible pour le deuxième acte, qui mêle amour, chocolat et opéra (le livre parfait, quoi), mais tous se valent autant par l’histoire qu’ils racontent que par le choix de l’auteur de changer de style selon l’héroïne et la période envisagée. On sent que Care Santos s’est follement amusée à faire évoluer sa plume au gré des situations, et on prend énormément de plaisir à la suivre.
Mais je vous mets en garde : assurez-vous d’avoir du (bon) chocolat à disposition, car vous serez vous-même étreint d’un “désir de chocolat”.
Un petit bémol : à la fin de l’édition française, j’ai relevé deux coquilles à la suite, ce qui m’a un peu chagrinée. Et dans le finale, l’auteur s’est légèrement emmêlé les pinceaux dans la filiation de Madame Adélaïde, mais je pense que la plupart des lecteurs ne remarqueront rien.
Désir de chocolat, Care Santos, Robert Laffont, 22€
Reading Challenge 2015 : a book with a love triangle
J’ai découvert ce tag sur le blog de Maghily pendant la semaine du Salon du Livre, et je me suis dit que c’était le moment idéal pour le lui piquer. En revanche, j’ai mis un (très) long moment à le boucler, comme vous pouvez le constater !
Une géniale librairie : Eliott Bay Book Company, à Seattle
… se déroule dans votre pays ?
Les cinq quartiers de l’orange, de Joanne Harris. Reçu dans le cadre de la ronde des poches, ce roman se déroule en Touraine pendant la seconde guerre mondiale et mêle étroitement Occupation et nourriture. Une très jolie découverte.
… se déroule dans un endroit qui vous fait rêver ?
Pays de neige, de Kawabata Yasunari, qui a lieu dans un endroit particulier du Japon où j’aimerais me rendre (la région montagneuse de Niigata).
… dont l’intrigue se passe dans un château ?
Les mystères du château d’Udolphe, d’Ann Radcliffe. J’adore la littérature gothique, et j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman il y a une dizaine d’années (même si l’héroïne est quand même cruchasse).
… dont l’intrigue se passe à la montage ?
Les rivières pourpres, de Jean-Christophe Grangé. J’avais vu le film (qui bien entendu m’avait foutu la trouille), et j’ai découvert le roman dans la bibliothèque de mes grands-parents. C’était pas mal (heureusement que je connaissais la fin), mais je crois que j’ai encore plus eu la pétoche qu’avec le film.
… dont l’intrigue se passe à la plage ?
Le blé en herbe, de Colette. Lu dans l’avion du retour d’Eilat en… 1998 ; soit en 4h environ. Une belle histoire de transition de l’enfance à l’âge adulte entre une jeune homme et une jeune fille qui se connaissent depuis toujours et qui découvrent autre chose entre eux au cours de leurs vacances au bord de la mer.
… qui se déroule dans une grande ville ?
Les bébés de la consigne automatique, de Murakami Ryû. De la littérature japonaise des années 1980, très avant-gardiste, et qui fait un peu l’effet d’une claque en pleine gueule (voire deux). On referme ce livre – dont l’histoire se déroule en partie à Tokyo – avec un sentiment très étrange de malaise et de frustration.
… qui se déroule en Amérique ?
Croc-blanc, de Jack London, qui parle de la relation entre un jeune homme et un chien-loup pendant la ruée vers l’or. Comme tous les enfants de ma génération – ou presque – j’ai vu le film réalisé par Disney. J’ai découvert le roman plus tard, en 6è.
… qui se déroule en Europe ?
La ferme des Neshov, d’Anne B. Ragde, qui se déroule à la fois en Norvège et au Danemark. J’en ai fait la chronique ici.
… qui se déroule en Asie ?
Journal d’une accoucheuse, dont j’ai déjà parlé ici.
… qui se déroule en Afrique ?
Dans l’ombre de la lumière, de Claude Pujade-Regaud. Un magnifique roman sur la vie de Saint Augustin vue par la femme qui l’a aimé et a assisté à son évolution. L’histoire se situe essentiellement à Carthage, dans l’actuelle Tunisie. Je devrai faire un article dessus, tiens.
… dont l’intégralité de l’intrigue se passe en extérieur ?
Daphnis et Chloé, de Longus, un “roman” grec du IIè ou IIIè siècle qui narre les aventures pastorales des deux héros dans les paysage de la Grèce antique.
Photo prise dans une autre librairie de Seattle, et qui ne manque jamais de me faire rire
… avec au moins une scène dans un aéroport ?
Da Vinci Code, de Dan Brown. OK, c’est plutôt un aérodrome qu’un aéroport, mais je n’ai que cet exemple en tête – et Dieu sait que j’ai cherché !
… avec au moins une scène dans un train ?
When the emperor was divine, de Julie Otsuka, qui raconte les déboires d’une famille japonaise installée aux Etats-Unis pendant la guerre et leur internement dans des camps d’étrangers. J’avais reçu la version traduite de ce roman l’été dernier.
… avec au moins une scène dans un bateau ?
Le viking qui voulait épouser la fille de soie, de Katarina Mazetti. Un magnifique roman historique dont j’ai parlé l’été dernier, et qui m’a totalement transportée (ah, ah). A un moment donné, les personnages s’embarquent pour… je vous laisse découvrir la suite !
… avec au moins une scène dans un vaisseau spatial ?
Nicolas Eymerich, inquisiteur, de Valerio Evangelisti, où passé et futur s’entremêlent et auquel, je crois, je n’ai rien (ou si peu…) compris.
… qui se déroule dans un endroit qui existe mais dont vous n’aviez jamais entendu parler avant lecture ?
Vie de monsieur Legat, de Nicolas Cavaillès. Il s’agit en réalité d’une nouvelle, mais je n’avais pas de meilleur exemple à fournir. Une partie de l’histoire, celle d’un huguenot chassé de France par la révocation de l’Edit de Nantes, se déroule sur l’île Rodrigues, dans l’archipel des Mascareignes.
… qui se déroule près de chez vous ?
Intrigue à Versailles, d’Adrien Goetz. Certes, je n’habite plus Versailles, mais je n’en suis pas très loin et, en outre, j’ai travaillé au château, comme je l’expliquais ici.
… qui se déroule dans un endroit imaginaire ?
L’affaire Jane Eyre, de Jasper Fforde, premier tome de la série des Thursday Next (le nom de l’héroïne), qui voit le personnage principal évoluer dans un Royaume-Uni dystopique où la guerre de Crimée dure encore en 1984 et où on peut fabriquer soi-même son dodo dans sa cuisine, et capable de plonger littéralement dans les romans qu’elle lit. Si vous ne connaissez pas encore, je vous le conseille très fortement.
… dont l’intrigue se passe dans un internat ?
Les disparus de Saint-Agil, de Pierre Véry, racontant les disparitions successives de plusieurs pensionnaires d’un collège, soi-disant partis pour l’Amérique. Le roman a donné lieu à un film, qui m’a beaucoup plu.
… dont l’intrigue se passe dans une prison ou un hôpital psychiatrique ?
Le rouge et le noir, de Stendhal. Pas complètement, mais en partie, l’histoire se déroule en prison. Je n’ai pas trouvé de meilleur exemple.
… dont l’intrigue se passe sur le lieu de travail du héros ?
Au bonheur des dames, d’Emile Zola. Le titre est en réalité le nom du grand magasin où travaillent et vivent les héros de ce roman qui est un de mes préférés de tous les temps.
… avec au moins une scène dans un restaurant ?
L’Assommoir, d’Emile Zola. Oui, encore lui. Mais j’aime beaucoup la scène du repas de mariage dans la brasserie de quartier – même si elle n’a pas le niveau de la scène du repas qui occupe le chapitre central du roman.
… qui se déroule dans plusieurs pays ?
Corinne ou l’Italie, de Mme de Staël. Un classique de la littérature romantique (au sens 19è siècle) où les personnages se rencontrent en Italie avant de voyager en France pour finir par se retrouver en Angleterre.
… qui se déroule sur une autre planète ?
Dune, de Frank Herbert. Un grand classique du genre que j’ai découvert tardivement mais qui n’a pas pris une ride.
Pfiooouuu, c’était long ! Voilà un bon moment que cet article traîne dans mes brouillons, mais c’est chose faite. Si vous êtes inspirés, n’hésitez pas à reprendre le concept, j’ai très envie de découvrir ce que vous lisez vous aussi.