L’Arabe du futur, tome 2

arabedufutur2Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L’Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient. Dans le premier tome (1978-1984) le petit Riad était balloté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie. Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père.


J’avais adoré le premier tome de cette chronique, sous-titrée “Une jeunesse au Moyen-Orient”, en dépit de sa crudité intermittente. Le dessin de Riad Sattouf peut paraître simple voire naïf, mais ce n’est qu’une façon de rendre son message plus percutant, je pense. J’apprécie l’emploi du noir et du blanc avec une touche de couleur selon l’endroit où l’on se trouve : rouge pour le village, bleu pour la France, doré pour Palmyre… A chacun correspond, me semble-t-il, une émotion dominante.
La peinture qu’il offre du Moyen-Orient, et en particulier de la Syrie, au début des années 80 fait froid dans le dos : l’éducation (ou plutôt le dressage), la haine des juifs, la propagande qui se niche dans les plus petits recoins, les crimes d’honneur… Toutefois, l’auteur nous croque avec tendresse ou émotion ses moments de complicité avec son père, ses jeux, sa découverte de l’écriture arabe… C’est une lecture ambivalente, entre souvenirs d’enfance et témoignage crucial sur l’établissement des dictatures “socialistes” (revendiquées comme telles) dans cette partie du monde.
Quoi qu’il en soit, le second tome est aussi bon que le premier, et je vous le recommande chaleureusement.

L’Arabe du futur, une jeunesse au Moyen-Orient, tomes 1 et 2, Riad Sattouf, Allary Editions

Jour J, tome 20 – Dragon rouge

JourJ201955. Suite aux tensions entre les USA et la Chine dues à l’intervention américaine à Diên Biên Phù, des pogroms anti-chinois frappent la communauté asiatique américaine. C’est alors qu’une jeune et riche Chinoise entre dans le bureau du détective privé Lawrence S. Ivory pour lui demander de retrouver son père disparu. Ivory, qui adore les causes perdues, accepte le contrat.


L’idée de départ est intéressante, mais je l’ai trouvée bizarrement exploitée : plutôt que de nous parler des conséquences de la victoire de Diên Biên Phû sur la France et le Vietnam, et sur la guerre qui aurait dû s’ensuivre, on se concentre sur les effets américains, en particulier dans le domaine politique. Néanmoins, l’intrigue est bien ficelée et retorse à souhait, et le personnage principal nous sert de savoureuses répliques qui m’ont pas mal fait sourire (dans le bon sens du terme).
Les réactions à la maison ont été mitigées : j’ai beaucoup aimé, l’Anglais a moins accroché (à l’inverse de La nuit des Tuileries, où les avis étaient contraires). Du coup, à chacun de voir selon sa sensibilité, mais je recommande ce tome. En espérant toutefois que les auteurs de cette excellente série se pencheront davantage sur le passé colonial de la France et en feront un thème central d’un autre album.

Jour J, tome 20 – Dragon rouge, éditions Delcourt

Connaissez-vous un roman qui…?

J’ai découvert ce tag sur le blog de Maghily pendant la semaine du Salon du Livre, et je me suis dit que c’était le moment idéal pour le lui piquer. En revanche, j’ai mis un (très) long moment à le boucler, comme vous pouvez le constater !

Une géniale librairie : Eliott Bay Book Company, à Seattle
Une géniale librairie : Eliott Bay Book Company, à Seattle
… se déroule dans votre pays ?

Les cinq quartiers de l’orange, de Joanne Harris. Reçu dans le cadre de la ronde des poches, ce roman se déroule en Touraine pendant la seconde guerre mondiale et mêle étroitement Occupation et nourriture. Une très jolie découverte.

… se déroule dans un endroit qui vous fait rêver ?

Pays de neige, de Kawabata Yasunari, qui a lieu dans un endroit particulier du Japon où j’aimerais me rendre (la région montagneuse de Niigata).

… dont l’intrigue se passe dans un château ?

Les mystères du château d’Udolphe, d’Ann Radcliffe. J’adore la littérature gothique, et j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman il y a une dizaine d’années (même si l’héroïne est quand même cruchasse).

… dont l’intrigue se passe à la montage ?

Les rivières pourpres, de Jean-Christophe Grangé. J’avais vu le film (qui bien entendu m’avait foutu la trouille), et j’ai découvert le roman dans la bibliothèque de mes grands-parents. C’était pas mal (heureusement que je connaissais la fin), mais je crois que j’ai encore plus eu la pétoche qu’avec le film.

… dont l’intrigue se passe à la plage ?

Le blé en herbe, de Colette. Lu dans l’avion du retour d’Eilat en… 1998 ; soit en 4h environ. Une belle histoire de transition de l’enfance à l’âge adulte entre une jeune homme et une jeune fille qui se connaissent depuis toujours et qui découvrent autre chose entre eux au cours de leurs vacances au bord de la mer.

… qui se déroule dans une grande ville ?

Les bébés de la consigne automatique, de Murakami Ryû. De la littérature japonaise des années 1980, très avant-gardiste, et qui fait un peu l’effet d’une claque en pleine gueule (voire deux). On referme ce livre – dont l’histoire se déroule en partie à Tokyo – avec un sentiment très étrange de malaise et de frustration.

… qui se déroule en Amérique ?

Croc-blanc, de Jack London, qui parle de la relation entre un jeune homme et un chien-loup pendant la ruée vers l’or. Comme tous les enfants de ma génération – ou presque – j’ai vu le film réalisé par Disney. J’ai découvert le roman plus tard, en 6è.

… qui se déroule en Europe ?

La ferme des Neshov, d’Anne B. Ragde, qui se déroule à la fois en Norvège et au Danemark. J’en ai fait la chronique ici.

… qui se déroule en Asie ?

Journal d’une accoucheuse, dont j’ai déjà parlé ici.

… qui se déroule en Afrique ?

Dans l’ombre de la lumière, de Claude Pujade-Regaud. Un magnifique roman sur la vie de Saint Augustin vue par la femme qui l’a aimé et a assisté à son évolution. L’histoire se situe essentiellement à Carthage, dans l’actuelle Tunisie. Je devrai faire un article dessus, tiens.

… dont l’intégralité de l’intrigue se passe en extérieur ?

Daphnis et Chloé, de Longus, un “roman” grec du IIè ou IIIè siècle qui narre les aventures pastorales des deux héros dans les paysage de la Grèce antique.

Photo prise dans une autre librairie de Seattle, et qui ne manque jamais de me faire rire
Photo prise dans une autre librairie de Seattle, et qui ne manque jamais de me faire rire
… avec au moins une scène dans un aéroport ?

Da Vinci Code, de Dan Brown. OK, c’est plutôt un aérodrome qu’un aéroport, mais je n’ai que cet exemple en tête – et Dieu sait que j’ai cherché !

… avec au moins une scène dans un train ?

When the emperor was divine, de Julie Otsuka, qui raconte les déboires d’une famille japonaise installée aux Etats-Unis pendant la guerre et leur internement dans des camps d’étrangers. J’avais reçu la version traduite de ce roman l’été dernier.

… avec au moins une scène dans un bateau ?

Le viking qui voulait épouser la fille de soie, de Katarina Mazetti. Un magnifique roman historique dont j’ai parlé l’été dernier, et qui m’a totalement transportée (ah, ah). A un moment donné, les personnages s’embarquent pour… je vous laisse découvrir la suite !

… avec au moins une scène dans un vaisseau spatial ?

Nicolas Eymerich, inquisiteur, de Valerio Evangelisti, où passé et futur s’entremêlent et auquel, je crois, je n’ai rien (ou si peu…) compris.

… qui se déroule dans un endroit qui existe mais dont vous n’aviez jamais entendu parler avant lecture ?

Vie de monsieur Legat, de Nicolas Cavaillès. Il s’agit en réalité d’une nouvelle, mais je n’avais pas de meilleur exemple à fournir. Une partie de l’histoire, celle d’un huguenot chassé de France par la révocation de l’Edit de Nantes, se déroule sur l’île Rodrigues, dans l’archipel des Mascareignes.

… qui se déroule près de chez vous ?

Intrigue à Versailles, d’Adrien Goetz. Certes, je n’habite plus Versailles, mais je n’en suis pas très loin et, en outre, j’ai travaillé au château, comme je l’expliquais ici.

… qui se déroule dans un endroit imaginaire ?

L’affaire Jane Eyre, de Jasper Fforde, premier tome de la série des Thursday Next (le nom de l’héroïne), qui voit le personnage principal évoluer dans un Royaume-Uni dystopique où la guerre de Crimée dure encore en 1984 et où on peut fabriquer soi-même son dodo dans sa cuisine, et capable de plonger littéralement dans les romans qu’elle lit. Si vous ne connaissez pas encore, je vous le conseille très fortement.

… dont l’intrigue se passe dans un internat ?

Les disparus de Saint-Agil, de Pierre Véry, racontant les disparitions successives de plusieurs pensionnaires d’un collège, soi-disant partis pour l’Amérique. Le roman a donné lieu à un film, qui m’a beaucoup plu.

… dont l’intrigue se passe dans une prison ou un hôpital psychiatrique ?

Le rouge et le noir, de Stendhal. Pas complètement, mais en partie, l’histoire se déroule en prison. Je n’ai pas trouvé de meilleur exemple.

… dont l’intrigue se passe sur le lieu de travail du héros ?

Au bonheur des dames, d’Emile Zola. Le titre est en réalité le nom du grand magasin où travaillent et vivent les héros de ce roman qui est un de mes préférés de tous les temps.

… avec au moins une scène dans un restaurant ?

L’Assommoir, d’Emile Zola. Oui, encore lui. Mais j’aime beaucoup la scène du repas de mariage dans la brasserie de quartier – même si elle n’a pas le niveau de la scène du repas qui occupe le chapitre central du roman.

… qui se déroule dans plusieurs pays ?

Corinne ou l’Italie, de Mme de Staël. Un classique de la littérature romantique (au sens 19è siècle) où les personnages se rencontrent en Italie avant de voyager en France pour finir par se retrouver en Angleterre.

… qui se déroule sur une autre planète ?

Dune, de Frank Herbert. Un grand classique du genre que j’ai découvert tardivement mais qui n’a pas pris une ride.

Pfiooouuu, c’était long ! Voilà un bon moment que cet article traîne dans mes brouillons, mais c’est chose faite. Si vous êtes inspirés, n’hésitez pas à reprendre le concept, j’ai très envie de découvrir ce que vous lisez vous aussi.

[Résultat concours] Jane Austen

Voilà, les participations sont closes. A défaut de main innocente (la Crevette n’est pas là), j’ai procédé à un tirage au sort dans mon béret, et voici les résultats.
Pour Insaisissable Mr Darcy :

photo 1 (6)La gagnante est Lily S.

Pour La conquête de Mr Darcy :

photo 2 (6)La gagnante est mademoiselle Mars.

Envoyez-moi votre adresse à kleoinparis [chez] gmail . com d’ici vendredi, sinon je procéderai à un nouveau tirage.
Merci à toutes d’avoir participé, et rassurez-vous : je vais sans doute mettre en jeu d’autres livres prochainement.

Un colis surprise

Il y a quelques temps, j’avais proposé un concours sur ma page Facebook pour fêter les 400 “likes”. J’avais promis d’offrir une surprise à une de mes lectrices, ainsi que l’exemplaire de son choix de la trilogie. J’ai reçu pas mal de participations mais, une fois le tirage au sort effectué, j’ai été trèèès longue à préparer le colis. Quelque chose comme 6 semaines (faut pas être pressé). Je cherchais des choses bien spécifiques correspondant, selon moi, à l’atmosphère des romans et pouvant convenir au plus grand nombre.
Je ne vous fais pas languir davantage, voici ce que contenait le paquet :

photo (42)On trouvait donc :

  • Le troisième et dernier tome de ma série “La famille d’Arsac”, Aventureuse Constance, dédicacé (eh, quand même !).
  • Deux marque-pages aux couleurs du 18ème siècle, l’un représentant une gravure de mode, l’autre un détail du très célèbre portrait à la rose de Marie-Antoinette.
  • Une carte postale, La liseuse, de Fragonard, avec un petit mot).
  • Du thé Dammann, “Nuit à Versailles” (thé vert parfumé bergamote, kiwi, pêche, fleur d’oranger, fleur de violette).
  • Des bonbons à la pomme “Délices de la Reine” qu’on ne trouve, à ma connaissance, que dans les boutiques du château de Versailles (même pas sur leur site marchand – assez nul, reconnaissons-le), et que j’étais bien contente de dénicher lors de notre balade dans les jardins.

Ma lectrice a été ravie et m’a envoyé un adorable petit mot pour me remercier. J’espère trouver d’autres idées une prochaine fois… Avez-vous des suggestions ?

[Concours] Gagnez des romans inspirés de Jane Austen

Quand je n’écris pas mes états d’âme ici, je traduis des bouquins – c’est même mon principal gagne-pain. Comme j’accumule les exemplaires justificatifs, je vous propose d’en gagner deux de la nouvelle collection J’ai Lu consacrée aux “suites” de Jane Austen. Voici ceux que je mets en jeu :

Insaissable Mr DarcyInsaisissable Mr Darcy
Et si la destinée d’Elizabeth et Darcy était contrariée ? Après le décès de son père, Elizabeth Bennet est envoyée comme gouvernante chez les Willstone. Ces derniers sont proches des vénérables familles Bingley et Darcy. Une fois n’est pas coutume, Elizabeth se retrouve dans le voisinage du séduisant mais terriblement insaisissable Fitzwilliam. Et pour ne rien arranger, la soeur de Mrs Willstone jette son dévolu sur ce dernier, redoublant de ruses pour le séduire. Avec le statut social qui est le sien, Elizabeth sait pertinemment que tout espoir concernant Mr Darcy est vain. D’ailleurs, c’est certain, il ne lui renouvellera jamais ses voeux. Car un an plus tôt, elle refusait sa main…


La conquête de Mr DarcyLa conquête de Mr Darcy
Dans le célèbre Orgueil et préjugés de Jane Austen, après que la belle mais impertinente Elizabeth a refusé sa demande en mariage, Mr Darcy, déçu, irrité, s’explique longuement dans une missive, puis se met en retrait. Et s’il existait une autre version selon laquelle Mr Darcy se montrait sous un jour nouveau ? Si, profondément bouleversé, il entendait les conseils de son cousin, qui l’exhorte à l’action, et se déterminait à conquérir le coeur de la jeune femme ? S’il redoublait d’efforts et de ruse pour faire changer Elizabeth d’avis ? Cette histoire existe, et elle raconte comment Mr Darcy va prouver son amour à l’intrépide Miss Bennet…


Pour participer, rien de plus simple : laissez-moi un commentaire en me disant quel ouvrage vous ferait plaisir (et oui, il faut choisir !) et pourquoi (je suis un peu sadique ^^). Vous avez jusqu’à dimanche soir pour ce faire, après quoi je procéderai au tirage au sort, dont je vous communiquerai les résultats.

Et pour vous faire une idée, voici les critiques rédigées par Claire, de Jane Austen lost in France, pour Insaisissable Mr Darcy et La conquête de Mr Darcy (par souci d’équité, je précise que Jane Austen is my wonderland a démoli ma trad sur le premier roman).

Le pouvoir au fil de l’eau : Usage politique des images aquatiques en France (1594-1715)

pouvoir au fil de l'eauRécurrentes dans les discours des hommes et femmes politiques de nos jours, les images aquatiques ont une longue histoire inégalement explorée. Alors que la place de l’eau dans les représentations politiques de l’Antiquité et du Moyen Age est assez bien connue, elle ne l’est guère en ce qui concerne l’époque moderne. Les puissants de ce long XVIIe siècle n’inventaient pas cette pratique, mais ils la cultivaient assez fréquemment et très subtilement.


Il s’agit d’un bref ouvrage historiographique des plus sérieux. On pourrait se dire que le sujet, extrêmement pointu, relève de l’anecdotique, mais le raisonnement développé dans ces pages est très intéressant. Au fil des pages, l’auteur nous explique l’utilisation des métaphores aquatiques au cours du 17ème siècle, métaphores qui sont en réalité de véritables programmes politiques. C’est clair, concis, bien écrit (surtout quand on sait que la langue maternelle de l’auteur est le hongrois) et on achève la lecture avec le sentiment d’avoir gagné en intelligence.
Bien évidemment, ce livre s’adresse avant tout à des historiens et passionnés d’histoire, mais je pense qu’il peut aussi toucher ceux que la “communication politique” intéresse : du dauphin “roi des poissons” aux fontaines allégoriques en passant par la “nef de l’état”, les images créées par l’Ancien Régime ont parfois survécu de façon surprenante.
Pour conclure, je dirai que c’est exactement le genre d’ouvrage que j’aurais adoré lire pendant ma prépa, quand je courais après les exemples pertinents et inédits pour illustrer cette f***ue dissertation sur l’unité du royaume !

Le pouvoir au fil de l’eau, Dénes Harai, Les Indes savantes

Imaginales 2015

affiche-2015-mutationsVoici deux-trois ans que, chaque fin mai, je vois passer les comptes-rendus et les statuts d’amis et de contacts se rendant aux Imaginales, pour généralement conclure par un “C’était génial mais trop court” collectif. Les Imaginales, c’est un festival de l’imaginaire, et notamment de la littérature de l’imaginaire, qui se tient tous les ans à Epinal.

Aussi quand, en janvier dernier, AnneEli m’a proposé de partager sa chambre (et son lit !) là-bas, je me suis dit que je n’allais pas mourir idiote et que ce serait l’occasion de voir “en vrai” plein de gens avec qui j’interagis de façon virtuelle.

Départ vendredi pour une arrivée en début d’après-midi. Cela fait deux jours que je m’interroge sur le contenu de ma valise vu le temps pour le moins changeant qu’on nous annonce et, bien évidemment, j’arrive trop couverte pour le soleil qui commence à taper. Le festival est installé dans le parc principal de la ville, sur la rive de la Moselle, et comprend à la fois une “bulle du livre” où l’on retrouve les auteurs en dédicace, les stands des petites maisons d’édition, quelques librairies d’occasion et… la buvette, ses fauteuils et sa terrasse, qui deviendront le QG du week-end.
Je discute avec mes connaissances et en fais de nouvelles pendant une bonne partie de l’après-midi, reçois une super nouvelle de boulot dont je ne veux rien dire pour l’instant et qui me fait sautiller sur mon fauteuil, au grand dam de mon aimable voisine, avant de remonter me rafraîchir pour le traditionnel dîner du vendredi à la crêperie. Comme je suis une fille chanceuse, je me retrouve coincée entre une galette au munster et une au roquefort. Nous bavassons et achevons relativement tôt la soirée au pub irlandais, car nous sommes en fait tous plus ou moins recrus de fatigue. AnneEli et moi regagnons notre chambre où nous discutons près d’une heure, jusqu’à ce que, ayant pitié de mes paupières qui se ferment toute seule, ma camarade de chambrée sonne l’heure du couvre-feu.

La place des Vosges, version locale
La place des Vosges, version locale

Samedi matin, j’ouvre l’œil beaucoup trop tôt, en ayant l’impression de sortir du coma (en fait, c’est juste que, n’ayant pas à me soucier du réveil de la Crevette, j’ai dormi très profondément et j’ai plus l’habitude). Nous partons sous un fin crachin humide et froid, et nous réfugions à la bulle du livre, dont nous ne bougerons pas beaucoup.
J’arpente un peu nonchalamment les allées tout en essayant de ne pas me faire alpaguer par les représentants des maisons d’édition, et finis par fouiller dans les bacs et dégoter un recueil de romans gothiques de la collection “Bouquins”, que j’avais offert à mon ex il y a fort fort longtemps, pour la modique somme de 5€.
En milieu de matinée, Lucy me rejoint et nous échangeons les dernières nouvelles depuis le Salon du Livre tout en faisant un sort à la délicieuse tablette de Zaabar à la fève tonka offerte par Gasparde. Il fait froid et les projets de pique-nique ne sont pas très engageants, nous finissons par nous replier dans la chambre après un détour au Monoprix. S’ensuit une longue discussion à trois avec AnneEli, avant de regagner le festival.
Pendant que Lucy est à la conférence de Kim Newman, j’en profite pour racheter Bordemarge, cette fois au format papier, pour réclamer une dédicace en bonne et due forme à Emmanuelle. Dans la foulée, je me fais dédicacer le dernier roman de Silène Edgar – croisée au petit déj mais qui ne m’a pas reconnue – Adèle ou les noces de la reine Margot.

Une auteur en dédicace se cache sous ce chapeau... sauras-tu la retrouver ?
Une auteur en dédicace se cache sous ce chapeau… sauras-tu la retrouver ?

Alors qu’on m’avait proposé – et que j’avais accepté – de participer au dîner Brage, je finis par renoncer quand, prise d’une inspiration soudaine, je m’aperçois qu’Armalite et Chouchou repartiront tôt le lendemain et que je serai sans doute plus à mon aise au milieu de mes connaissances qu’avec tous ces auteurs de fantasy qui se demanderont ce que je peux bien faire ici.
La nourriture est délicieuse (malheureusement, j’ai le temps de tout digérer entre chaque plat, si bien que je pars en ayant un peu faim), l’ambiance amicale, Hélie et moi échangeons des blagues particulièrement relevées (je suis particulièrement fière de mon “Indien vaut mieux que deux tu l’auras”), et la soirée est très réussie. Devant l’épuisement et le manque d’enthousiasme général, retour à l’hôtel et nouvelle discussion prolongée avec AnneEli.

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Dimanche, le réveil est difficile… Trois jours à ne pas dormir suffisamment et à crapahuter toute la journée, ça me fait un mois de sport. Nous regagnons la bulle pour le rituel rendez-vous et passons tranquillement la matinée à discuter. A l’heure du déjeuner, le soleil a eu le bon goût de se lever et nous colonisons la terrasse pour déguster le délicieux cake madeleine pommes-fraises de Ju’ Li’. A mesure que l’après-midi s’écoule, nous saluons les partants, tandis que je garde un oeil sur ma montre.
A 16h, il est temps de retrouver Editeur Chéri pour une parler boutique. Nous abordons mon prochain travail, ma traduction en cours, l’état des lieux de la romance, un projet qui me tient à coeur, de nouvelles pistes à explorer… Le bilan est plutôt positif quoiqu’un peu réservé. Tout en discutant, nous retrouvons le reste de l’équipe Brage pour récupérer nos bagages et rejoindre la gare.

Le dragon en origami qui montait la garde devant la place de Robin Hobb
Le dragon en origami qui montait la garde devant la place de Robin Hobb

Je lutte pour ne pas m’endormir dans le train et finis par regagner mes pénates en milieu de soirée, complètement claquée, mais pour découvrir que l’Anglais a rangé son bureau et notre chambre, et qu’il y a une bouteille de champagne au frigo.
Rétrospectivement, j’ai passé un bon week-end avec mes amis et mes nouvelles connaissances, et ce fut très agréable. Toutefois, vu que je me suis peu à peu désintéressée de la fantasy – j’étais une grande fan de Robin Hobb, j’avais largement la possibilité de lui faire dédicacer un bouquin, mais je ne l’ai pas fait, c’est dire – et que je m’étais fixée une limite très stricte sur les achats de livres, on aurait tout aussi bien pu louer une grande baraque dans un coin de France et passer le week-end à discuter, lire, boire du thé et manger un barbecue. Du coup, je réitérerai sans doute l’expérience, mais plus pour les rencontres que pour la culture !

A boire et à manger, tome 3 “Du pain sur la planche”

ABAM 3Comment faire du poireau le héros de l’apéro ? Quel mystère recèle la fabrication du cidre normand ? Où déguster un homard en toute simplicité ? Comment poussent les noix de cajou ? Peut-on sauver la quenelle des préjugés universels ? Comment préparer le vrai gratin dauphinois ? Et le Taboulé libanais ?


J’adore le travail de Guillaume Long. Pour tout vous dire, je me suis même offert, début janvier, une de ses illustrations (j’ai eu “yuzu” parce que “zeste” était déjà parti) parce que j’aime beaucoup sa façon de traiter de la nourriture et de la cuisine, ainsi que ses carnets de voyage (depuis le premier tome j’ai encore plus envie d’aller en Hongrie alors que c’est déjà en tête de ma wishlist).
Les albums d’ “A boire et à manger” reprennent les histoires publiées sur le blog, que je lis assidûment. Autant dire que je n’ai pas été surprise, mais je contribue avec plaisir à faire vivre un auteur que j’aime. Il y a tout de même quelques inédits sympas : un portrait chinois autour de la nourriture et une fiche-pratique sur les épices et les herbes aromatiques.
J’ai déjà testé certaines recette de cet ouvrage (en particulier les tagliatelles de la fin du monde, que je prépare religieusement tous les 31 décembre pour l’Anglais et moi), d’autres me font très envie, et les petites astuces et historiettes autour de la nourriture ne sont jamais perdues pour moi !

Une lecture très agréable, qui a l’immense privilège de trôner… dans mon étagère à livres de cuisine.

A boire et à manger, tome 3, “Du pain sur la planche”, Gallimard, 22,50€

Chat-Bouboule, chroniques d’un prédateur de salon

chat-bouboule1Après des millénaires d’évolution des espèces, le mécanisme de sélection naturelle s’échoue dans mon salon pour offrir à l’humanité un chat capable de se lécher l’arrière-train… par télépathie uniquement. Un florilège de gags consacrés au félin le plus célèbre et le plus malmené de la République-bananière-et-autoproclamée-du-Grumeauland.


Comme beaucoup, je suis une fidèle lectrice du Grumeauland, animé tous les lundis par Nathalie Jomard, et les scènes me font toujours beaucoup rire (plus jaune depuis que j’ai des enfants, bizarrement). Aussi, lorsque j’ai appris la sortie de cet album, me suis-je jetée dessus, car Chat-bouboule doit être mon personnage préféré.
On retrouve bien évidemment le style de Nathalie Jomard, des références à son blog, avec quelques apparitions en guest stars des grumeaux, c’est le même genre d’humour et chat-bouboule en prend pour son grade. Tous ceux qui ont vécu un jour avec un chat se retrouveront dans les situations décrites.
Après, ce n’est certainement pas l’album de l’année, mais on passe un bon moment, on rit, on sourit, et c’est déjà pas mal. En prime, je l’ai fait lire à l’Anglais que j’entendais rigoler tout seul dans son coin de canapé, ce qui est plutôt bon signe.

Chat-bouboule, chroniques d’un prédateur de salon, Nathalie Jomard, Michel Lafon