« Mon fils était à l’école. Je suis sortie en laissant la maison ouverte. Abandonner son fils : peut-on faire pire ? J’ai fait cela. Je savais où j’allais. Partir, repartir à zéro. Être prête à tout… »
Chaque année, quelque 100 000 japonais s’évaporent sans laisser de traces.
Débarrassés de leur passé, ils tentent de refaire leur vie en passagers clandestins de l’archipel.
Lié à la honte et au déshonneur, le phénomène est au coeur de la culture nippone. Léna Mauger, journaliste, et Stéphane Remael, photographe, ont enquêté sur la part d’ombre du Japon.
J’ai reçu ce livre pour mon anniversaire et, hier midi, ressentant le besoin de lire autre chose que de la littérature, je me suis plongée dedans. “Plongée” est bien le terme car j’ai été littéralement happée par cet ouvrage, sous-titré “Enquête sur le phénomène des disparitions volontaires”.
Pour être honnête, ces histoires de disparitions volontaires au Japon ne sont pas une nouveauté pour moi – je me souviens que le sujet a été évoqué à quelques reprises au détour d’un cours ou d’un séminaire à l’Inalco. Toutefois, à l’instar des enlèvements nord-coréens, cela reste un sujet dont on sait qu’il existe sans vraiment le traiter.
Ce livre est une excellente enquête sur la face cachée de ces disparitions : les motifs, les conséquences pour les disparus comme pour ceux qui restent, les bases sociologiques difficiles à appréhender pour un Occidental… C’est bien écrit, clair, concis, étayé par de nombreux témoignages et illustré de nombreux clichés. Ce travail en duo a le mérite d’éclairer une situation peu ou mal connue, y compris des Japonais eux-mêmes, et de le faire de façon intelligente.
A titre personnel, je regrette juste quelques poncifs du genre “Tokyo grouille, tentaculaire” ou “le baseball, pratiqué comme tous les loisirs avec l’esprit de vainqueur” (je dirais plutôt “comme n’importe quel sport” ?), et j’aurais aimé que la date de rédaction des articles (certains ont été publiés pour la première fois en 2009) soit précisée. Mais ne vous y trompez pas, c’est une lecture que je recommande !
Les évaporés du Japon – Enquête sur le phénomène des disparitions volontaires, Léna Mauger et Stéphane Remael, Les Arènes
En 1789, quand la Révolution française éclate, Axel von Kemp a vingt ans et se morfond dans son château de Regel, près de Berlin. Botaniste mais aussi éminent prospecteur minier des gisements de Saxe, cet ami de Goethe qui, rêve de liberté sexuelle et de grands voyages exotiques finit par s’embarquer avec son amie de coeur, Lottie, une jeune femme juive aussi excentrique que profondément désespérée. Bardé d’instruments de mesure de toutes sortes, d’herbiers et d’un véritable laboratoire de chimie, leur tandem va arpenter, à pied ou à cheval, la majeure partie de l’Amérique du Sud, depuis le Venezuela, où tous deux débarqueront au terme d’une traversée épique sur un navire négrier, jusqu’au plus haut volcan des Andes, en passant par la remontée de l’Orénoque en pirogue. Dans les mystères de la jungle obscure, qu’ils vivront comme une épreuve initiatique bouleversant leur sexualité, ils trouveront enfin une forme d’épanouissement existentiel et intellectuel sous le signe du romantisme, quand l’écologie naissait à peine et que les poètes allemands pensaient ardemment l’union de l’homme et de la nature.
Rétrospectivement, je trouve la quatrième de couverture un peu trop enthousiaste et détaillée par rapport à ce qui se déroule vraiment. J’ai passé près de 100 pages à attendre que les héros partent pour de bon et, soyons honnêtes, j’ai failli décrocher. Non que ce soit mauvais, loin de là, mais j’avais l’impression de m’être fait arnaquer.
En outre, le choix de l’auteur d’employer une langue résolument contemporaine m’a parfois fait grincer des dents car je trouvais que cela créait des dissonances dans le récit. Et l’obsession des personnages pour le sexe, l’abstinence, le désir m’a parue lourde. Plutôt que le voyage et le dépaysement, il s’agit du véritable fil conducteur du roman.
Toutefois ce n’est pas du tout un mauvais livre. Les descriptions extrêmement évocatrices, en “bien” comme en “mal” : on souffre et on se réjouit avec les personnages, on ressent de façon quasi viscérale ce qui les touche, on se prend le réalisme de plein fouet. Mais le véritable thème de cette histoire, la plongée abrupte dans la psyché d’Axel et Lottie, homme efféminé, femme asexuée, et la réflexion sur la place de l’homme et de la femme dans la société et dans l’inconscient. De ce point de vue, le voyage est d’une justesse qui confine à la violence.
Au final, je ne sais pas du tout quoi en penser ! Je dirais que c’est une lecture très intéressante, si tant est qu’on soit prêt à se laisser bousculer voire malmener. Et surtout, oubliez la quatrième de couverture.
Le chaste monde, Régine Detambel, Actes Sud
Reading Challenge 2015 : a book based entirely on its cover
Envoyé pour trois mois à Shenzhen, en Chine, pour superviser un studio de dessin animé, Guy Delisle raconte par le menu son quotidien et les rapports qu’il entretient tout au long de son séjour avec ses collègues et connaissances, malgré la barrière de la langue.
J’aime beaucoup Guy Delisle, en particulier son travail de témoignage. Ses carnets de Jérusalem ou ses chroniques birmanes sont absolument remarquables, autant pour la plongée qu’il offre dans le quotidien local que pour la retranscription fidèle d’une atmosphère à un endroit et un moment donnés.
Shenzhen est le premier travail du dessinateur de ce genre, même si on ne retrouve pas encore tout à fait la narration fluide de ses derniers ouvrages. Publié en 2000 suite à une expérience vécue en 1997, la vision que cette histoire donne de la Chine est très datée, bien que, je pense, tout à fait pertinente pour l’époque. On suit la vie quotidienne monotone et guère engageante d’un expatrié dans une ville qui s’ouvre tout juste à l’Occident, où il est quasiment l’unique étranger et où la barrière de la langue, la réserve des Chinois à son égard et, en filigrane, l’oppression d’un régime totalitaire l’empêchent de nouer de véritables relations, ce qui conduit à des situations parfois ubuesques.
Même si ce tome n’est pas mon préféré de Guy Delisle, je ne peux que le conseiller, car il marque ses débuts de chroniqueur du quotidien à l’étranger.
San Francisco, été 1967. Rongé par les ulcères et la psychanalyse, Oscar Acosta plante son job d’avocat à l’aide sociale. Filant sur les routes de l’Ouest, halluciné, il se livre : l’enfance déçue, le malaise d’être né basané, son obésité, la découverte du sexe, le bal des drogues… – folies qui nourriront son œuvre, hantée par la discrimination raciale et la quête identitaire.
Lors de la ronde des poches organisée l’été dernier par Armalite, Audrey m’avait d’abord envoyé Quand l’empereur était un dieu, de Julie Otsuka que, malheureusement, j’avais déjà lu en VO à sa sortie. Du coup, elle a décidé de me renvoyer un livre. Je vous avoue que, lorsque j’ai parcouru la quatrième de couverture, j’ai eu un gros moment de doute : c’était typiquement le genre de lecture qui ne m’attirait pas du tout. J’ai posé le livre sur ma PAL, plus ou moins en évidence sur mon bureau, en attendant que l’inspiration vienne.
Bizarrement, la semaine dernière, j’ai décidé de m’y mettre. Malgré un premier chapitre particulièrement cru et “poisseux”, une écriture volontiers vulgaire et heurtée, un sujet qui ne me tentait pas plus que cela… je me suis accrochée et je n’ai plus lâché ce bouquin. En dehors des moments de “trip” qui ne sont pas vraiment mon délire (ah, ah), et qui m’ont rappelé la lecture de Bleu presque transparent il y a bientôt 15 ans, j’ai beaucoup aimé la quête du narrateur, Américain d’origine mexicaine, qui décide de tailler la route pour tenter de trouver qui il est. La pauvreté, le racisme (subi et appliqué aux autres), la tentative d’ascension sociale, le sentiment d’imposture, la révolte… Cela m’a ouvert les yeux sur tout un pan de la culture et de l’histoire américaine que j’ignorais.
Doté d’un grand sens de la mise en scène et de l’auto-dérision, ainsi que d’une certaine capacité à se fourrer dans des situations invraisemblables, Oscar Zeta Acosta nous livre en réalité un autoportrait sans concession, mettant en lumière l’impossible adaptation de celui qui ne sait que faire de ses origines. Même si cette lecture ne laisse pas indemne, même si elle n’épargne rien entre scènes de cul peu ragoûtantes, trips hallucinés et crises d’ulcères, je vous la recommande (à condition que vous n’ayez pas l’estomac fragile).
Avec neuf mois de retard, donc, un grand merci à Audrey pour son envoi !
Arsène Lupin revient. Un héros des années 10, lui ? Oui : des années 2010 ! Le gentleman-cambrioleur, plus sportif, gouailleur, élégant et désinvolte que jamais, détrousse les réseaux sociaux, enlève les scénaristes de sa série télévisée favorite, s’attaque au changement climatique, s’envole vers les émirats, et va jusqu’à faire invalider les comptes de campagnes du nouveau président de la République…
J’aime, que dis-je, j’adore le personnage d’Arsène Lupin et les romans rédigés par son “biographe” Maurice Leblanc. J’ai lu et relu certaines de ses aventures, les apprenant par cœur, tandis que d’autres me glaçaient d’effroi (L’île aux trente cercueils, au hasard). J’ai détesté (le mot est faible) le film de 2004 avec Romain Duris.
A côté de cela, j’aime d’amour Adrien Goetz et sa série historico-artistico-policière des Pénélope – j’avais chroniquéIntrigue à l’anglaise et Intrigue à Versailles, entre autres. Alors, lorsque j’ai découvert que l’un de mes écrivains favoris avait décidé de ressusciter le héros de mon adolescence, je me suis ruée sur ce livre.
Bien m’en a pris ! C’est un livre formidable : sans se départir de son style, fait de phrases claires, d’aimable ironie et de considérations artistiques, Goetz parvient à rendre à Lupin sa verve et son caractère. On croirait lire une oeuvre posthume et oubliée de Maurice Leblanc.
Chaque chapitre, dont le titre reprend celui d’une aventure passée (“La demoiselle aux yeux verts”, “Le bouchon de cristal”…), constitue une histoire indépendante, mais tous sont reliés par un fil rouge. L’auteur prend également soin de faire des allusions à la vie artistique et culturelle actuelle : Christian de Porzamparc devient Tristan de Paremparz, Herlock Sholmès est un héros de la BBC, Jirô Taniguchi est Juzo Tadamichi…. et ça marche.
Je n’ai pas pu lâcher ce roman, qui se lit tout seul et est assez court. C’est drôle, intelligent, divertissant, très bien fait. Je vous le recommande donc chaudement.
La nouvelle vie d’Arsène Lupin, Adrien Goetz, Grasset
2015 Reading Challenge : a book by an author you love that you haven’t read yet
C’est l’histoire d’une rencontre. La rencontre d’un père et de sa petite fille pas comme les autres. Pour Fabien, l’annonce de la trisomie de Julia, c’est le monde qui s’écroule. Comment faire face au handicap de son enfant ? Comment apprendre à l’aimer ? Entre colère, doute, moments de tristesse et bonheurs inattendus, l’auteur raconte le difficile chemin d’acceptation qui le mènera vers sa fille. Une histoire d’amour, à la fois touchante et drôle, tendre et sincère, sur le thème universel de la différence.
J’avais entendu parler de ce livre il y a quelques temps, même si je ne me souviens plus dans quel contexte. Toujours est-il que ce matin, avant de partir, l’Anglais me l’a mis entre les mains, en me disant que c’était vachement bien. J’ai commencé à le feuilleter… et je n’ai pas pu le lâcher.
Fabien Toulmé raconte sans fard ni complaisance sa réaction à l’annonce de la maladie de sa fille, la colère, l’incompréhension, le désamour, la douleur… On suite l’évolution de Julia, de la grossesse à la petite enfance, les étapes franchies lentement et difficilement, l’accompagnement à mettre en place, le pesant regard des autres, mais aussi l’immense soutien et tout l’amour qu’il finit par recevoir et éprouver, en particulier avec sa fille.
C’est un livre magnifique. Le trait est simple mais juste, les situations extrêmement touchantes. Il émane de cet ouvrage une puissance incroyable, très forte en émotions. Si forte, d’ailleurs, que j’en ai pleuré à la fin. Pourtant, le propos ne se veut ni moralisateur, ni misérabiliste, loin de là ; il est surtout question d’optimisme, d’enthousiasme même. C’est également un excellent moyen de sensibiliser les gens au sujet de la trisomie 21 et de dissiper les clichés (que j’avais).
A mettre entre toutes les mains, donc (avec une boîte de kleenex).
Ce n’est pas toi que j’attendais, Fabien Toulmé, éditions Delcourt, 18,95€
Ceci n’est pas tout à fait la couverture originelle, mais on s’en rapproche
1676. Cécile ne cesse de critiquer les nobles. Mais le jour où elle accompagne son amie Pauline, convoquée à la cour du roi Louis XIV pour y être demoiselle de la reine, tout change. Ensemble, elles sont aux premières loges pour observer les intrigues et manœuvres de la cour. Gare aux tourbillons des complots qui pourraient les entraîner bien malgré elles !
J’ai lu ce roman à sa sortie, en… 1993. Ce fut une révélation : l’intrigue, les personnages, le contexte historique bien expliqué sans être pédant, la mise en scène aussi bien dans les milieux populaires qu’à la cour, les liens amoureux, l’écriture agréable sans être simpliste… je suis tombée sous le charme de ce livre, et je ne m’en suis jamais remise.
Il fut mon doudou quand ça n’allait pas, mon échappatoire, ma part de rêve. J’aimais m’imaginer à la place des personnages, d’autant que j’habitais Versailles à l’époque, et qu’il m’était facile de me rendre sur les lieux de l’histoire. Je l’ai tellement lu que je le connais par cœur et que je peux en réciter des passages. Pour tout vous dire, j’ai même envisagé d’envoyer un message à l’auteur pour lui dire que je trouvais ce livre génial, mais je n’ai jamais osé. Mon choix d’écrire de la romance historique a sans doute été en partie influencé par ce roman.
Un seul regret : j’avais tellement aimé les personnages que je voulais les retrouver, mais peine perdue. Alors quelle ne fut pas ma joie quand, il y a deux semaines, Aurélia, ma super attachée de presse, m’a révélé qu’il existait non pas une, mais deux suites, publiées récemment. Je me suis donc jetée dessus, et ai avalé chaque tome en quelques heures. La dame aux élixirs et L’aiguille empoisonnée reprennent les thèmes du complot et des poisons. Si La dame aux élixirs reprend tous les personnages déjà rencontrés dans Complot à Versailles, nous permettant de faire la lumière sur certains points demeurés en suspens (notamment la relation entre Pauline et Silvère qui ne cessait de me tracasser, adolescente) et en reprenant le parallèle entre la ville et la cour, et les privilégies face aux miséreux, j’ai un peu moins accroché à L’aiguille empoisonnée. Certes, on retrouve l’écriture élégante, la précision historique (j’ai appris des choses alors que cette période a très peu de secrets pour moi), les personnages que l’on connaît bien, mais j’ai trouvé que l’auteur se concentrait trop sur Cécile (et un peu Guillaume), au détriment des autres. Je trouve même que Pauline passe pour une idiote, ce qui m’a un peu attristée.
Néanmoins, la fin ouverte du troisième opus, ainsi que la référence à A la poursuite d’Olympe, autre roman historique de l’auteur qui se déroule quelques mois plus tard, me font espérer une suite supplémentaire. Que je lirai bien sûr avec passion.
Reading challenge 2015 : a book you can finish in a day
A l’occasion du Salon du Livre (où je serai en dédicace ce week-end, youhou), j’ai eu envie de monter au créneau pour le genre de littérature que j’aime. Ce n’est pas le seul, loin de là, mais c’est le plus mal aimé.
Qu’est-ce que la romance ?
Selon le site Romance Writers of America, une romance comporte deux éléments de base nécessaire : une histoire d’amour au centre du récit, et une fin satisfaisante et optimiste. Partant de là, on peut décliner sous toutes les coutures : historique, fantastique, contemporain, médical, érotique… les possibilités et les variations sont infinies.
Mais… c’est pas un peu gnangnan ?
Si on part du principe que le bonheur c’est gnangnan et les sentiments amoureux, c’est tabou, oui. Je pense surtout que nous avons, ancrée en nous, l’idée qu’un roman a beaucoup plus de valeur s’il s’attarde sur les malheurs des personnages.
Alors c’est un truc de gonzesse ?
Voilà bien une idée qui me donne envie de hurler. Déjà, 10% des lectrices de romance sont des lecteurs (et si !), donc ce n’est pas “que pour les filles”. En outre, pourquoi ce genre est-il considéré comme féminin ? Parce que les sentiments, c’est bon pour les femmes ? Parce que, génétiquement, les hommes sont moins intéressés par les histoires d’amour et plus par les histoires de c*l ? Ou parce que, socialement, il est mal vu pour les hommes de s’intéresser aux émotions ?
La romance offre autant de héros que d’héroïnes, et interroge les états d’âme de tous les protagonistes. Peut-être que les hommes qui prétendent ne rien comprendre aux nanas pourraient essayer de lire un ou deux romans du genre et y verraient plus clair…
C’est un gros ramassis de clichés, quand même
Plutôt que de clichés, il me semble plus pertinent de parler de “codes” de la romance : une attirance (ou une détestation) physique quasi immédiate, un hasard qui fait généralement (très) bien les choses, des baisers réticents qui s’enflamment très vite… C’est une façon comme une autre de poser les jalons, de montrer que les héros sont destinés l’un à l’autre et qu’ils doivent finir ensemble. Dans la vraie vie, si un mec essaie de m’embrasser à l’improviste, même si je le trouve canon, il va se retrouver avec ma main en travers de la figure !
Comme dans tous les genres, certains auteurs s’en tirent bien mieux que d’autres pour distiller les ingrédients indispensables ! Et leur plume est parfois bien plus fine que ce qu’on pourrait trouver au rayon “littérature générale”… L’important, c’est de savoir jouer avec les codes.
Oui, enfin, le mariage et le bébé à la fin, c’est quand même un peu réducteur, non ?
Ca, je pense que c’est parce que c’est un genre né dans les pays anglo-saxons, où ce modèle prédomine. A titre personnel, j’adorerais écrire une romance où les héros décident de se pacser à la fin (pour les impôts) et de voyager jusqu’à la fin de leurs jours, mais mon lectorat ne suivrait peut-être pas.
En outre, au-delà du final plus ou moins convenu, il y a surtout l’histoire d’un héros et d’une héroïne qui se font grandir mutuellement. Il est loin le temps où la dame attendait le bon vouloir de son chevalier blanc : désormais, elle se retrousse les manches et va le chercher par le col s’il le faut ! Il est beaucoup question, dans ces ouvrages, d’empowerment (émancipation, prise de pouvoir) de l’héroïne : comment elle se dégage de ses doutes, des conventions sociales, de tout ce qui la retient, non par l’action du héros, mais grâce à son soutien (et parfois même contre lui).
Soit. Mais quand même, c’est pas très réaliste.
Parce qu’un mec qui lance des sorts en claquant des doigts ou une inspectrice de police qui arrête trois serial killers en autant de romans, c’est réaliste, peut-être ? Non, ce n’est pas réaliste, parce que ce n’est pas le but ! Le principe à l’origine de la romance, c’est d’offrir de l’évasion au lecteur, de l’arracher à son quotidien. Si j’ai envie de lire une histoire ancrée dans la réalité, je ne me tournerai ni vers la romance, ni vers la fantasy ou le polar.
Il y a des scènes érotiques dans la romance… en fait, c’est de la littérature érotique déguisée !
*Soupir*
*Gros soupir*
Oui, il y a des scènes érotiques, et plus que dans d’autres types de romans. Après, allez raconter une histoire d’amour sans la partie technique, c’est quand même plus compliqué (même si ça se fait, par exemple dans la romance dite “inspirationnelle”, où les héros s’effleurent à peine la main).
Au-delà de ces considérations, il faut quand même noter une chose : dans la romance, quand l’héroïne dit non, le héros s’arrête (si, si, même si après il doit dormir sur la béquille) ; quand les héros s’envoient en l’air, l’héroïne prend toujours son pied. Eeeeh oui. En fait, au cœur de l’érotisme de la romance, il y a le plaisir féminin, et le clitoris. Ca vous en bouche un coin ?
Et oui, c’est agréable à lire, mais ce n’est pas l’unique raison pour laquelle on lit ça (même si ça peut parfois avoir un excellent effet sur la libido).
Ah, les couvertures de romance… tout un poème. D’abord, si l’on regarde ce que l’on publie depuis environ 5 à 10 ans, on s’aperçoit que les couvertures perdent peu à peu leur caractère kitsch, leurs héroïnes dépoitraillées et leurs héros torse nu (peu à peu, hein, ça existe toujours) sur fond de ciel enflammé et de camaïeu d’orange. Sarah Wendell, du blog Smart bitches, trashy books, a développé une théorie, selon laquelle les couvertures sont plus destinées aux libraires, et à l’idée (souvent pas très flatteuse) que ceux-ci se font de la romance. Et que comme celles-ci sont très reconnaissables, elles permettent d’identifier immédiatement le type d’ouvrage.
Alors pourquoi tu lis ça ?
J’ai toujours été fleur bleue : comme Obélix, je suis sensible aux histoires d’amour qui finissent bien, ça me met du baume au cœur. Je ne saurais pas vraiment dire d’où ça vient, et je ne suis pas certaine que ce soit le but de ce billet. J’ai lu beaucoup de shôjo manga pendant mon adolescence, avant de passer à la romance “classique” à l’âge adulte.
En outre, je lis ça pour éprouver des émotions fortes : je tremble, je frissonne, je ris, je pleure, je suis en colère en même temps que les héros (surtout les héroïnes). Je sais qu’à la fin tout ira bien, alors je m’abandonne au plaisir d’une histoire qui me fera sourire et me permettra de m’évader. C’est bon pour le moral, parfois pour la libido, et c’est facile à lire. Le premier livre que j’ai lu après mon accouchement, c’était une romance. Ce n’est pas un hasard.
Un peu de pub !
Et pourquoi tu en écris ?
Parce que j’ai voulu passer de l’autre côté du miroir ! A force d’en lire (et d’en traduire), je me suis rendu compte que, moi aussi, j’avais des histoires à raconter, qui me permettraient de m’exprimer et de mêler plusieurs de mes passions.
Et puis, même si c’est pas le Pérou, c’est une source de revenus. Je ne vis pas que d’amour et d’eau fraîche.
John Coal est une étoile montante du cinéma. Déjà riche et célèbre, il accepte à contrecœur un rôle dans le prochain film d’un réalisateur renommé. Le sujet La vie du Poverello, François d’Assise… John va découvrir et incarner le personnage de François. Sa jeunesse frivole, ses doutes, sa conversion radicale… puis son rayonnement auprès de ses frères et de ceux qui l’approchent.
Huit cents ans les séparent. Mais les questions et les choix de François sont-ils pour autant si éloignés de ceux de John ?
Je n’avais jamais entendu parler de l’auteur-dessinateur, Robin, mais il était en dédicace dans une librairie de ma ville aujourd’hui. Après avoir un peu feuilleté son travail (il y avait également des albums jeunesse), j’ai craqué et me suis offert cet ouvrage, sorti en octobre dernier.
La trop jolie dédicace
Le trait, fin et parfois à la limite de l’esquisse, m’a beaucoup rappelé le travail de Sempé, même si l’on n’est pas du tout ici dans la caricature. Toute l’histoire est présentée de façon monochrome : noir et bleu, ou noir et jaune-brun. Ce procédé sert parfaitement la narration, qui alterne réalité et scènes tournées pour le film sur Saint François.
L’histoire est intéressante, on sent que l’auteur s’est bien documenté sur François d’Assise. J’aime le point de vue du réalisateur – qui est certainement celui de Robin – où celui-ci explique qu’il a choisi un personnage si particulier, non pour des raisons religieuses, mais parce que le message de dépouillement et d’abandon des biens terrestres peut trouver des résonances encore aujourd’hui chez beaucoup de gens. Ce propos est justement illustré par l’acteur qui, un peu malgré lui, sent “déteindre” sur lui le personnage qu’il doit incarner.
De façon plus accessoire, j’ai beaucoup apprécié le point de vue “depuis les coulisses” offert par les scènes de tournage, qui permettent de relier la “réalité” à la “fiction” (deux termes très poreux et une jolie mise en abîme dans cette phrase, tiens).
Au final, c’est une belle (et longue ! près de 600 pages) lecture, qui a fait le régal de ma soirée. Je l’ai refermé avec le sourire aux lèvres, avec l’impression d’avoir fait un joli voyage.
Poverello, Robin, Bayard BD, 22,90€
Site de l’auteur : http://robin-gindre.blogspot.fr/
Reading challenge 2015 : a graphic novel
Edit du dimanche matin : visiblement, cette histoire m’a tellement marquée que j’en ai rêvé cette nuit (bon, ça peut aussi être un effet de la fatigue).
31 juillet 1914. Raoul Villain assassine Jean Jaurès, le leader du parti socialiste. 1919, fin de la guerre, l’homme est jugé innocent. Libéré, il part vivre aux Baléares… jusqu’à son assassinat onze ans plus tard. Le meurtre, à l’origine voté par la SFIO (ancêtre du parti socialiste), est rapidement suivi d’une série de crimes signalée à Paris.
Après la grosse déception que fut Jour J tome 17 sur Napoléon, je me suis retenue d’exulter quand l’Anglais a rapporté ce nouvel opus vendredi soir. Pour tout dire, je l’ai un peu oublié dans un coin en préférant me concentrer sur ma lecture-doudou du moment.
Pourtant, j’ai fini par m’y mettre en début de semaine, et bien m’en a pris.
Tout d’abord, l’histoire est excellente, et tient la route : s’appuyant sur une véritable motion présentée au congrès de la SFIO proposant de faire assassiner Raoul Villain (motion rejetée, on s’en doute), les scénaristes nous embarquent dans une réécriture en apparence anodine, mais dont les conséquences seront d’importance.
On plonge dans le Paris des années 30, avec la lutte entre la Sûreté et la Police de Paris, le vocabulaire fleuri (déjà présent dans les tomes 3 et 4) et les tensions et les préoccupations politiques déjà présentes. Le contexte national et international est évoqué intelligemment, venant soutenir l’intrigue au lieu de l’écraser.
Pour ne rien gâcher, les dessins sont superbes – je n’ai d’ailleurs pas eu l’impression qu’ils avaient fait l’objet d’une coloration numérique – et sont, pour une fois, tout à fait à la hauteur de la couverture. Ils apportent une fraîcheur et un réalisme non négligeables au récit.
Quant au dénouement… on se surprend à souhaiter qu’il ait vraiment eu lieu…
En un mot : jetez-vous dessus, c’est un des meilleurs tomes de la série depuis bien longtemps. J’espère que Delcourt fera de nouveau appel à Séjourné sur un prochain tome, car j’ai adoré son travail, surtout quand il sert un scénario aussi bien ficelé. Du coup, je serai bien plus attentive aux prochains titres de la série.
Jour J, tome 19 – La vengeance de Jaurès, Duval & Pécaud, Séjourné, éditions Delcourt