Allô, tonton Sigmund ?

Au début du mois, cela a fait dix ans que j’ai débuté mon analyse. Vous lisez bien : cela fait dix ans que, deux fois par semaine, je m’allonge sur un divan et que je paie quelqu’un pour m’écouter déblatérer sur tout et sur rien. Je préfère ne même pas essayer de calculer la somme que j’ai engloutie là-dedans, sinon je vais commencer à avoir le tournis. D’un autre côté, comme je n’ai jamais eu l’ambition d’être propriétaire, ce n’est pas si grave.

Mes copines savent toujours quoi me rapporter comme souvenir de vacances...
Mes copines savent toujours quoi me rapporter comme souvenir de vacances…

Il y a dix ans, donc, je rentrais du Japon, dans un état plus que moyen : après une parenthèse de huit mois – absolument pas rose mais sacrément dépaysante – je me prenais en pleine figure tous les problèmes que j’avais mis de côté en partant. Et bizarrement, ni le temps ni l’éloignement n’avait aidé à les résoudre. Lorsque je me suis aperçu que je n’avais aucune envie de fêter mon anniversaire et que j’envisageais plus ou moins sérieusement de me jeter dans la Seine, j’ai pris les choses en mains.
Il faut savoir que j’avais déjà consulté une psychologue à 15 ans et que, même si cette rencontre avait été bénéfique sur le coup, elle n’avait pas traité la cause, seulement quelques symptômes. Par ailleurs, la psychanalyse m’avait toujours fascinée : c’est d’ailleurs le seul cours de mon année de philo en terminale que je me souviens avoir compris d’un bout à l’autre…
On pourrait donc dire que le terrain était préparé.

Concrètement, comment ça se passe ? J’arrive et je dis ce qui me passe par la tête. Parfois, ça sort. Souvent, ça bloque. Comme ma psy est lacanienne mais trop (je ne vais pas entrer dans les détails, pour moi ce sont un peu des querelles de clocher), elle essaie de me poser des questions, souvent les mêmes : est-ce que j’ai fait des rêves, est-ce que j’ai quelque chose à dire, comment s’est déroulé tel événement que j’ai abordé la fois précédente… Tout peut paraître décousu, voire carrément incohérent, mais l’association d’idées est la base du travail psychanalytique : la question est de savoir pourquoi vous établissez tel lien entre deux idées a priori indépendantes.

Sigmund_Freud_LIFELa personne qui vous accompagne n’est pas là pour vous juger mais pour vous pousser à la réflexion, dans et hors de son cabinet. Celle-ci peut en effet se prolonger par des lectures, des rêves…

Mais alors, est-ce efficace ? Il est très difficile de répondre à cette question parce que, dans mon cas, j’estime que c’est (très) efficace. Toutefois, l’analyse ne propose pas de solution concrète (se focaliser sur le positif, faire des exercices…) et est donc difficilement quantifiable. Je me souviens qu’au début, chaque fois qu’on posait la question et qu’on me demandait un exemple lorsque je répondais par la positive, j’étais incapable de trouver une réponse. Aujourd’hui encore, je peux dire que certaines choses sont résolues et que d’autres sont en cours, mais sans entrer dans les détails (à la fois parce que cela relève de l’intime et parce que cela demeure flou).
Pourquoi est-ce aussi long ? Dix ans, ce n’est pas rien… Au moment où j’ai débuté, je pensais en avoir pour environ 7 ans (au moins, je savais que je ne m’engageais pas pour 6 mois). Aujourd’hui… je préfère ne pas faire de pronostic ! En ce qui me concerne, cela prend du temps parce que, paradoxalement, je suis très réfractaire à ce travail ; il n’est pas rare que je sois incapable de dire quoi que ce soit, ou que mon cerveau me mette de la musique abrutissante en fond sonore pour m’empêcher d’accéder à ce qui fait problème. Du coup, je perds beaucoup de temps.

N’y a-t-il pas une forme de dépendance ? C’est possible. Il n’est pas rare que je me dise “Il faudra que j’en parle à ma psy” en pensant à quelque chose. Mais à mon avis, c’est plutôt une sorte de “servitude volontaire” et non une manipulation quelconque ; je sais que je suis libre de partir, mais je reviens quand même. Comme je le répète souvent, le jour où j’arrêterai, je ne saurai pas quoi faire de tout ce temps ni de tout cet argent.
Alors tout est rose ? Certainement pas ! Il m’arrive très souvent de douter, de m’interroger. Certaines pistes lancées par ma psy ou vérités que je découvre moi-même sont parfois très difficiles à avaler (quand on se rend compte qu’on est moins tolérant qu’on ne le voudrait, quand le “diagnostic” d’hystérie m’a été annoncé) ; le pire c’est que, plus je les nie violemment, plus cela veut dire qu’elles font mouche. J’ai parfois envie de tout laisser tomber et de partir en claquant la porte. Pourtant, après mûre réflexion, j’ai décidé que, même si ce n’était pas idéal, je me portais mieux en consultant qu’en étant livrée à moi-même pour gérer les problèmes.

Au final, c’est un choix coûteux (en temps, en argent, mais aussi d’un point de vue émotionnel) mais que j’ai fini par assumer. Je ne pense pas que c’est une solution qui convienne à tout le monde, pour plein de raisons, mais elle a nettement ma préférence. Et depuis quelques temps, j’ai aussi appris à chercher ailleurs, en parallèle, les indices qui me permettront d’avancer.

Le chaste monde

le chaste mondeEn 1789, quand la Révolution française éclate, Axel von Kemp a vingt ans et se morfond dans son château de Regel, près de Berlin. Botaniste mais aussi éminent prospecteur minier des gisements de Saxe, cet ami de Goethe qui, rêve de liberté sexuelle et de grands voyages exotiques finit par s’embarquer avec son amie de coeur, Lottie, une jeune femme juive aussi excentrique que profondément désespérée. Bardé d’instruments de mesure de toutes sortes, d’herbiers et d’un véritable laboratoire de chimie, leur tandem va arpenter, à pied ou à cheval, la majeure partie de l’Amérique du Sud, depuis le Venezuela, où tous deux débarqueront au terme d’une traversée épique sur un navire négrier, jusqu’au plus haut volcan des Andes, en passant par la remontée de l’Orénoque en pirogue. Dans les mystères de la jungle obscure, qu’ils vivront comme une épreuve initiatique bouleversant leur sexualité, ils trouveront enfin une forme d’épanouissement existentiel et intellectuel sous le signe du romantisme, quand l’écologie naissait à peine et que les poètes allemands pensaient ardemment l’union de l’homme et de la nature.


Rétrospectivement, je trouve la quatrième de couverture un peu trop enthousiaste et détaillée par rapport à ce qui se déroule vraiment. J’ai passé près de 100 pages à attendre que les héros partent pour de bon et, soyons honnêtes, j’ai failli décrocher. Non que ce soit mauvais, loin de là, mais j’avais l’impression de m’être fait arnaquer.
En outre, le choix de l’auteur d’employer une langue résolument contemporaine m’a parfois fait grincer des dents car je trouvais que cela créait des dissonances dans le récit. Et l’obsession des personnages pour le sexe, l’abstinence, le désir m’a parue lourde. Plutôt que le voyage et le dépaysement, il s’agit du véritable fil conducteur du roman.

Toutefois ce n’est pas du tout un mauvais livre. Les descriptions extrêmement évocatrices, en “bien” comme en “mal” : on souffre et on se réjouit avec les personnages, on ressent de façon quasi viscérale ce qui les touche, on se prend le réalisme de plein fouet. Mais le véritable thème de cette histoire, la plongée abrupte dans la psyché d’Axel et Lottie, homme efféminé, femme asexuée, et la réflexion sur la place de l’homme et de la femme dans la société et dans l’inconscient. De ce point de vue, le voyage est d’une justesse qui confine à la violence.

Au final, je ne sais pas du tout quoi en penser ! Je dirais que c’est une lecture très intéressante, si tant est qu’on soit prêt à se laisser bousculer voire malmener. Et surtout, oubliez la quatrième de couverture.

Le chaste monde, Régine Detambel, Actes Sud
Reading Challenge 2015 :  a book based entirely on its cover

Rappel : swap voyage

Source
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Petit rappel : il vous reste une semaine pour faire parvenir votre colis de swap à votre binôme. Sauf si, bien évidemment, vous avez convenu d’une autre date ou d’une remise en mains propres.
Joyeux colis !

10 Things I liked this week #30

Cette semaine, on a un peu fait les montagnes russes : pas mal d’inquiétudes, du soulagement, des moments forts mais tristes, des rires, du soleil… Malgré tout, il y a des choses à retenir.

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  • Lundi, je me suis lancée dans le challenge Instagram d’Armalite. SI certains thèmes m’inspirent plus que d’autres, je m’amuse beaucoup et je suis très curieuse de voir ce que publient les autres.
  • Mardi, la Crevette a perdu environ 1 kg de plâtre. Bon, on a passé les deux soirées suivantes aux urgences parce qu’on s’inquiétait de certaines conséquences, mais ce n’est rien de grave, nous avons désormais l’esprit (presque) libre !
  • Mardi toujours, Nelly a eu l’extrême gentillesse d’envoyer un mail collectif pour nous remercier des petits mots reçus à l’occasion de la ronde des cartes d’anniversaire.
  • Mercredi soir, nous avons dû annuler notre dîner en catastrophe (un petit tour aux urgences ?). Epuisés, l’Anglais et moi nous sommes délassés en jouant au baccalauréat (même que j’ai perdu, pfff).
  • Jeudi, nouveau passage aux urgences, mais début du week-end. Monsieur a refait ses sublimes frites au four pour fêter ça.
  • Jeudi toujours, j’ai reçu ma Gambettes Box de mai. Je ne suis que moyennement convaincue, vu que j’ai du mal à enfiler une taille L, mais suite à mon article sur les collants qui filent, c’était une belle coïncidence.
  • Vendredi soir, ma mère a embarqué la Crevette pour un séjour express chez elle. Du coup nous sommes allés au cinéma manger un burger.
  • Samedi matin, pendant que l’Anglais était au golf, j’ai trié mes livres. Bilan, environ deux cartons à revendre (dont une dizaine de volumes en anglais). Pas sûr que j’aie le temps d’aller chez Gibert la semaine prochaine, mais je compte bien en tirer quelques sous rapidement.
  • Dimanche midi, nous avons fait une sortie en famille à la Ménagerie du Jardin des Plantes, la première de la Crevette. Beau temps, délicieux sandwichs maison, découverte des perruches et du baudet du Poitou… c’était parfait !
  • Pendant la semaine, plusieurs de mes lectrices ont pris la peine de m’envoyer des messages pour me dire que mon dernier roman leur avait beaucoup plu. Je suis drôlement fière.

Voilà pour cette fois ! La semaine prochaine devrait être chargée dans le bon sens du terme, rendez-vous dimanche pour le bilan.

Les jardins du roi

Souhaitant profiter d’une de nos rares soirées à deux, Monsieur et moi sommes allés au cinéma hier soir. Après Avengers, j’avais proposé Les jardins du roi : Alan Rickman et Kate Winslet dans un film en costumes qui parlerait de Versailles, ça ne pouvait pas être mauvais. Nous avions tort. C’était pire.

jardins du roiAu XVIIème siècle, Louis XIV ordonne à son jardinier royal, André Le Nôtre, d’y créer un véritable Eden. Recherchant l’originalité, Le Nôtre fait appel à Sabine de Barra en vue de la création de la salle de bal extérieure. Mais l’audacieuse architecte paysagiste va vite apprendre qu’à la cour, le talent ne suffit pas et qu’il faut aussi savoir naviguer dans ses intrigues. Et tandis que son prestige grandit, elle se sent de plus en plus attirée par Le Nôtre…


Par où commencer ? Par la scène d’introduction, peut-être : en 1682, à Paris, dans la chambre d’un hôtel particulier bourgeois, semble-t-il, Louis XIV est réveillé par ses enfants, notamment son fils qui lui annonce qu’il a souillé sa chemise (je vous jure que je n’invente rien). Bon. Petit rappel : en 1682, Louis XIV a 44 ans et n’a plus qu’un enfant légitime, le Grand Dauphin, déjà adulte. Mais c’est un parti pris, soit.
Les incohérences temporelles s’enchaînent : le Roi-Soleil réside au Louvre, en plein cœur de Paris (il est de notoriété publique qu’il n’aimait pas la ville et que la cour était itinérante), dans des appartements à la déco 17è-18è, Marie-Thérèse d’Autriche (la reine) meurt un an trop tôt, André Le Nôtre est un jeune premier (il a 70 ans à l’époque…). Les plus grands dignitaires de la cour s’interpellent quasiment en se tapant dans le dos, la princesse Palatine (belle-soeur du roi) se fait appeler “Palatine” et non “Madame”, cette dernière entretient d’ailleurs une relation très amicale avec Mme de Montespan (alors qu’elles ne pouvaient pas s’encadrer et que, quand le fils de la Palatine a annoncé qu’il acceptait d’épouser la fille bâtarde de Louis XIV et la Montespan, elle lui a retourné une gifle en pleine galerie des glaces)… J’en passe.
Mais on va encore dire que je suis une history geek, que je raffine et qu’en faisant abstraction de mon foutu oeil critique, on peut passer un bon moment.

LES JARDINS DU ROI PHOTO4Même pas. Déjà, le scénario est tellement évident et cousu de fil blanc qu’au bout de cinq minutes on a pigé le moindre rebondissement. En fait, si vous avez vu la bande-annonce, vous avez vu le film.
On se dit qu’on va explorer des thèmes comme la place de la femme dans la société du 17è siècle, la lutte de l’héroïne pour s’imposer dans un univers d’hommes où il est évident qu’on la méprise, le rapport de l’être humain à la nature qu’il admire tout en voulant la domestiquer, la vie à la cour où il faut concilier exigences royales et réalités matérielles. Oui, mais non.

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Qu’à cela ne tienne, on se plongera dans une belle histoire d’amour. Ou pas. Ainsi, on sent que tout le monde pousse Le Nôtre et Sabine dans les bras l’un de l’autre mais qu’eux-mêmes ne savent pas trop quoi faire. La scène où ils passent enfin à l’acte doit être la scène de cul la plus emmerdante que j’aie vue au cinéma. Les éventuelles difficultés (Le Nôtre est marié, mine de rien) sont évacuées d’un claquement de doigt, le deuil de l’héroïne, qui la poursuit depuis plus d’1h30, est réglé en quelques plans…

LES JARDINS DU ROI PHOTO2

Il y a de l’intrigue, alors ? Une histoire de jalousie entre la légitime et la maîtresse, d’ambitions adverses peut-être ? Euh… Oui, vaguement. Mais c’est tellement mal introduit et avec un deus ex machina (moi quand je sabote un chantier, j’oublie toujours mon gant si reconnaissable sur les lieux du crime…) tellement téléphoné que c’en est risible.
En outre, les répliques tombent à plat, le scénario lance des pistes sans les explorer ou en te disant “c’est comme ça” (les acteurs ont l’air de se comprendre à demi-mot mais toi, non), la fin est bâclée et invraisemblable (tu viens de danser avec le roi qui vient de te féliciter pour l’oeuvre de ta vie, mais tu te barres dans les bois), le montage est dépourvu d’imagination (voire carrément scolaire).

Non mais sérieusement ?
Non mais sérieusement ?

Mais le pire… Le pire, ce sont les costumes. Je pense qu’il faudrait pendre le responsable de cette débâcle absolue.
Je m’explique : compte tenu de la mode assez peu flatteuse, surtout pour les hommes dans les années 1680 (la rhingrave n’a jamais avantagé personne, je pense), les costumiers choisissent généralement d’habiller les personnages à la mode de 1700 parce que c’est plus seyant. Soit. C’est un parti pris tout à fait compréhensible vu que les esthétiques évoluent nettement et que le rendu nous perturberait sans doute trop pour nous intéresser à l’histoire.
Mais là, le souci, c’est qu’on trouve des éléments allant de la Renaissance au 19ème siècle ! A un moment donné, Palatine se balade en chausses et pourpoint (pourquoi ?) à la mode de Henri III (en gros : culotte très bouffante et très courte rembourrée de crin). L’instant d’après, l’épouse de Le Nôtre porte une robe qui paraît montée sur un vertugadin (Renaissance) mais ornée de perles à la façon d’une robe de soirée Belle Epoque. Il n’y a pas deux tenues raccord, je passe sur les laçages dans le dos bien visibles, les tenues où la jupe et le corsage ont du jeu et laissent voir un espace de plusieurs centimètres, les corsets portés sur les robes, les coiffures invraisemblables (Kate Winslet se balade tête nue en pleine rue, ça ne dérange personne, puis elle arbore une horreur 1910).
La note finale vient des tissus : si les actrices font l’effort de porter des corsets (alléluïa), leurs robes sont taillées dans des étoffes de mauvaise qualité qui plissent ou font ressortir les détails de leurs sous-vêtements. Les motifs choisis sont particulièrement hideux, tendance rideau de grand-mère (Le Nôtre porte même un ensemble veste et gilet à motifs géométriques…), on trouve des rayures et des carreaux partout (motifs qui n’apparaîtront qu’un voire deux siècles plus tard), tout fait toc. Même Alan Rickman, censé incarner Louis XIV, porte une veste et un gilet mal taillés !

Arrêtez-moi si je dis une connerie, mais ceci est un corset 18ème
Arrêtez-moi si je dis une connerie, mais ceci est un corset 18ème

Au final, c’est un désastre, et je me suis excusée à de multiples reprises d’y avoir emmené l’Anglais. Nous avons failli partir au bout d’une demi-heure, malheureusement un couple s’était installé entre nous et la sortie. Comme lors de la scène de l’orage, le film prend l’eau de toutes parts, et le spectateur avec.
Plutôt que de payer le billet, offrez-vous une place pour admirer les Grandes Eaux musicales de Versailles. Vous pourrez même admirer le fameux bosquet de la salle de bal.

L’Alphabet costumé – D

Continuons sur notre lancée et rattrapons le train en marche. Après vous avoir donné hier mon interprétation du C, je vous livre celle du D : la débutante. Oui, c’était facile, mais j’avais une jolie robe de soirée récupérée en braderie et jamais utilisée, c’était l’occasion. Je précise que les photos du C et du D ont été prises à quelques minutes d’intervalle.

D - Débutante

Shenzhen

ShenzhenEnvoyé pour trois mois à Shenzhen, en Chine, pour superviser un studio de dessin animé, Guy Delisle raconte par le menu son quotidien et les rapports qu’il entretient tout au long de son séjour avec ses collègues et connaissances, malgré la barrière de la langue.


J’aime beaucoup Guy Delisle, en particulier son travail de témoignage. Ses carnets de Jérusalem ou ses chroniques birmanes sont absolument remarquables, autant pour la plongée qu’il offre dans le quotidien local  que pour la retranscription fidèle d’une atmosphère à un endroit et un moment donnés.
Shenzhen est le premier travail du dessinateur de ce genre, même si on ne retrouve pas encore tout à fait la narration fluide de ses derniers ouvrages. Publié en 2000 suite à une expérience vécue en 1997, la vision que cette histoire donne de la Chine est très datée, bien que, je pense, tout à fait pertinente pour l’époque. On suit la vie quotidienne monotone et guère engageante d’un expatrié dans une ville qui s’ouvre tout juste à l’Occident, où il est quasiment l’unique étranger et où la barrière de la langue, la réserve des Chinois à son égard et, en filigrane, l’oppression d’un régime totalitaire l’empêchent de nouer de véritables relations, ce qui conduit à des situations parfois ubuesques.
Même si ce tome n’est pas mon préféré de Guy Delisle, je ne peux que le conseiller, car il marque ses débuts de chroniqueur du quotidien à l’étranger.

Shenzhen est publié chez L’Association

L’alphabet costumé – C

Avec à peine dix jours de retard pour cause de manque d’inspiration et de photographe en début de semaine dernière, puis méchante crève plus tard, je vous livre ma version du C. En chemise, corset et cheveux, on pourrait se croire à une autre époque (si l’on fait abstraction du magnifique radiateur électrique, bien entendu).

C - corset, chemise et cheveux

Comment ruiner ses collants

En cette fin d’hiver ce début de printemps, j’ai du mal à retenir un frisson d’angoisse quand il s’agit de trouver un collant adapté à la température et aux aléas climatiques du jour. Car ma réserve diminue à vue d’oeil, victime des accidents ou incidents les plus idiots ou insolites, que je vous propose de passer en revue (je précise que ces scènes ont été réalisées sans trucage).

Source
Source
  • Le grand classique reste quand, au moment d’enfiler la bête, votre montre / bague / bracelet se prend dans les mailles. – 1 paire.
  • Vous avez un chat, que vous adorez et qui vous le rend bien (surtout à l’heure des croquettes). L’aimable animal vient poser son séant sur vos genoux pour réclamer des caresses et, grisé de tant d’attentions, se fait les joyeusement les griffes sur vos cuisses. Outre que le collant protège moins bien qu’un jean, il est aussi moins résistant. – 2 paires (et des griffures en prime).
  • Vous avez assorti vos collants à de jolies chaussures à talons. Bon, les talons sont un peu vieux et ont le bord un peu écrasé et coupant. Croisant négligemment les jambes, votre talon accroche le collant… et c’est fini. – 3 paires.
  • Par un hasard aussi moche qu’improbable, vous possédez un accessoire avec des scratchs (dans mon cas, le sac à langer). Dans un moment d’inattention, l’un d’entre eux se colle amoureusement à votre mollet. Vous vivez de longues secondes de désarroi, à vous demander s’il faut tirer délicatement, arracher d’un coup sec ou si, éventuellement, vous pourriez lancer une nouvelle mode. Ne cherchez pas, aucune de ces solutions n’est la bonne. – 4 paires.
  • Dans la Gambettes Box, un magnifique collant 20 deniers vous tendait les bras. Certes, les tailles sont un peu fluctuantes et vous n’êtes pas certaine d’être à l’aise mais, quand même, après tous ces collants opaques, un peu de légèreté sera la bienvenue. C’est bon, ça passe, jusqu’au moment où vous avez l’idée saugrenue de faire quelque chose : au premier geste un peu énergique, votre fesse traverse le vêtement, terminé. – 5 paires.
  • Bonus : vous avez un enfant plâtré qui adore faire des câlins sur vos genoux. C’est dommage, vos collants apprécient beaucoup moins que vous cette soudaine et affectueuse promiscuité. – 6 paires (bave et petits doigts poisseux dans les cheveux en option).

Bien évidemment, je n’aborde pas le traditionnel trou né au fond d’une chaussure (mes boots percent tous mes collants, je n’ai jamais compris pourquoi), le gadin (de préférence dans l’escalier) ou l’amoureux trop empressé (ah c’est sûr que les collants Chantal Thomass font leur effet… mais pas deux fois).
Et vous, quelles sont vos histoires ?

Avengers 2 : Age of Ultron

Jeudi dernier – oui, ça commence à dater – l’Anglais et moi sommes allés au cinéma. J’étais un peu fiévreuse, un peu patraque, mais vu comme ces occasions de sortie sont rares, nous avons décidé d’en profiter et d’aller voir le dernier film de super-héros à la mode.

avengers-2-age-of-ultronAlors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine. Afin d’empêcher celui-ci d’accomplir ses sombres desseins, des alliances inattendues se scellent, les entraînant dans une incroyable aventure et une haletante course contre le temps…


Par où commencer ? Le film est long (2h20) et gagnerait à être raccourci, en particulier les scènes de baston interminables et inutiles. En outre, la caméra affolée qui suit le personnage pour rentabiliser au maximum le tarif de la version 3D peut vite donner mal à la tête et/ou au coeur. Par moments, les effets spéciaux sont tellement présents qu’on les distingue à l’oeil nu sur grand écran (je ne vous raconte pas ce que ça va donner sur une télé HD, on aura l’impression d’être dans une cinématique de jeu vidéo…).
Mais bon, après tout, c’est pour ça qu’on vient, et si ce n’est pas ma tasse de thé, tant pis pour moi.

ultron

En revanche, plusieurs choses m’ont prodigieusement agacée. Tout d’abord, le scénario est complètement inepte : les personnages (en particulier Tony Stark que j’apprécie en général beaucoup pour le côté cabotin de Robert Downey Jr.) passent leur temps à enchaîner les décisions stupides ou absurdes, et les rebondissements sont à la fois ultra-prévisibles et à la limite du foutage de gueule. Que l’histoire soit cousue de fil blanc, soit. Que l’ensemble tienne avec de grosses ficelles, à la rigueur. Mais là, ce ne sont plus des ficelles mais des câbles en acier…

Autre point qui m’a fait grincer des dents : une bonne partie de l’action est censée se déroulée en Europe centrale/de l’est, d’où sont originaires les deux nouveaux méchants. Donc, naturellement, ceux-ci, bien qu’incarnés par des acteurs américains, roulent les r à chaque phrase (on se croirait dans un vieux James Bond – pourquoi ne pas recruter des acteurs bulgares, hongrois ou autre ? hein ?). En plus, pour les costumiers, qui dit Europe de l’est dit pays sous-développé, donc tout le monde est habillé dans le style années 90s. Je vous jure. Entre les cheveux aux pointes platine ébouriffées + vieux jogging et la combo robe + pendentifs longs + cheveux qui dégoulinent + maquillage pseudo-gothique, on s’y croirait ! Avant même de m’apercevoir que le film était réalisé par Joss Whedon, je me suis dit que Scarlet Witch ressemblait quand même beaucoup à Charisma Carpenter dans Buffy (et l’actrice joue comme un pied, mais ceci est une autre histoire).

Non mais sérieux ?
Non mais sérieux ?

Mais au final, ce qui m’a le plus agacée, c’est le sexisme ambiant. Déjà, les deux principaux personnages féminins sont gratifiés de décolletés fort suggestifs (c’est pas neuf mais ça me tape sur les nerfs) et mis en scène dans des postures invraisemblables (rappelez-vous the Hawkeye initiative). Ensuite, la remplaçante de l’agent Coulson, au lieu de se comporter comme ce dernier, a plutôt un rôle d’assistante/secrétaire de Stark, vu que Pepper Potts est désormais trop occupée à diriger le monde (du coup, on ne la voit pas). Mais, surtout (et là je reconnais que j’ai mis du temps à réagir), lors d’une scène de drague entre Black Widow et Hulk (cherchez pas), celle-ci avoue qu’elle est aussi un monstre car elle “ne peut pas avoir d’enfant”. Je… Pardon ? J’adore être mère (enfin, ça dépend des jours) mais jamais je n’irai traiter une femme qui ne peut/veut pas avoir d’enfant de monstre ! Bref.

Bien entendu, je me gratte toujours le dos dans cette position (et je n'attrape jamais mal à la gorge même dans la neige)
Bien entendu, je me gratte toujours le dos dans cette position (et je n’attrape jamais mal à la gorge même dans la neige)

Le pire c’est que, au final, je n’ai pas passé un mauvais moment (enfin, la deuxième heure, si, parce la fièvre remontait). Ca m’a vidé la tête et j’ai rigolé aux blagues quand il fallait, et je suis quasiment certaine que j’irai voir la suite. Mais je dois être désormais trop vieille et/ou trop critique pour apprécier pleinement ce genre de divertissement.