The Irrepressibles

Vendredi dernier – je sais, ça fait loin, mais on a vécu quelques aventures – dans le cadre du festival Paris Quartier d’été, Lou nous a emmenés voir un concert d’un groupe relativement inconnu (en tout cas, de moi). Ce que j’adore avec Lou, c’est que chaque fois que je la vois, j’ai l’impression d’avoir fait le plein de culture gé pour les six mois à venir.

Bref. Il s’agissait d’aller écouter The Irrepressibles dans les jardins du Palais-Royal. Le groupe est composé d’un chanteur-compositeur-guitariste, Jamie McDermott, et de neuf musiciens utilisant des instruments classiques – piano, percussions, violon, alto, violoncelle, contrebasse, flûte, clarinette, hautbois. Le personnage central du groupe est un mélange détonnant de David Bowie période Ziggy Stardust (ah, le maquillage et les costumes), de Anthony and the Johnsons pour la voix et d’encore autre chose que j’ai du mal à identifier, je le reconnais. Le groupe présentait son album Mirror Mirror et a fait du concert une véritable performance artistique.

Car tout, dans le spectacle, est pensé dans les moindres détails : des costumes de scène extrêmement travaillés avec une dominante dans des teintes chair, gris, noir, des franges, du bouillonné, des maquillages qui ne sont pas sans évoquer des masques vénitiens, des chorégraphies très saccadées et parfaitement coordonnées entre tous les musiciens, les lumières qui changent à chaque morceau… On se serait un peu cru dans un film expressionniste, un rêve étrange et fascinant, un concert baroque et un opéra rock. Impossible d’être plus ou moins détaillé, de faire moins de références. C’est inclassable, iconoclaste, rafraîchissant.
Le concert s’est terminé dans un tonnerre d’applaudissements et une standing ovation, amplement mérités. Un seul doute demeure à la sortie : mais comment ont-ils trouvé des musiciennes aussi belles (elles sont toutes super bien faites) et talentueuses (musique, chant, danse…) ?
Et pour un petit aperçu, c’est ici.

Inception

La chronique cinéma fait son grand retour, et avec un film qui marquera les esprits. Depuis deux semaines que le dernier opus de Christopher Nolan est sorti, tout mon entourage ne fait que dire à quel point c’est réussi, c’est bien fait, remarquable, etc. Ce que nous sommes allés vérifier hier soir.

L’histoire est assez complexe et difficile à résumer sans trahir l’intrigue. Bon, je vais faire une tentative. Dom a une capacité particulière : il peut s’introduire dans les rêves des autres et dérober ce qui se cache dans leur subconscient. Jusqu’au jour où il est embauché pour non pas dérober une idée, mais pour en implanter une, ce que l’on appelle l’inception. Le processus, extrêmement compliqué, exige qu’il compose une équipe, qu’il va embarquer dans une aventure dans l’imaginaire.

Bon voilà, c’est pas forcément bien résumé, mais c’était difficile de faire mieux sans dévoiler toute l’intrigue. Quoiqu’il en soit, j’ai beaucoup aimé ce film, dont le scénario est à la fois complexe, inventif, tout en parvenant à garder une trame assez simple. Les différentes péripéties pourraient être comparées à des ornements qui fleurissent, mais qui prennent leur racine sur la même base. Alors qu’il était très difficile de raconter une histoire qui se passe en grande partie en rêve, et de faire perdre pied à la narration, Christopher Nolan réussit sans problème, et désoriente ses spectateurs sans les perdre.

Les effets spéciaux, qui sont pour beaucoup dans la “vraisemblance” du film, sont très bien faits sans être envahissants. Mais je pense que l’une des grandes forces du film repose sur son casting. Outre Leonardo diCaprio et Marion Cotillard dont on nous a rebattu les oreilles –  à juste titre, même si je confesse que pour moi DiCaprio était meilleur dans Shutter Island – il ne faut pas oublier Ellen Page, Cilian Murphy et, cerise sur le gâteau si je puis dire, Ken Watanabe, toujours aussi bon acteur, même en anglais.
Le Compositeur avait fait remarquer il y a quelques jours l’importance de la musique composée par Hans Zimmer, qui enveloppe le film sans l’écraser et tout en parvenant à faire passer les émotions. Je suis d’accord – le thème principal est juste assez imposant et angoissant pour l’atmosphère – même si d’autres musiques de film ont pu être aussi emblématique. Sinon, je me pose une grande question : le choix de la chanson phare est-il un clin d’oeil ?

Pour ce qui est de la fin, il est évident qu’elle peut être soumise à de nombreuses interprétations, et sans doute est-ce sur quoi repose le succès du film. Où s’arrête le rêve, où commence la réalité ? En tout cas, c’est aussi une merveilleuse manière de montrer que nos rêves révèlent ce que nous avons de plus enfoui, de plus secret et de plus inconscient.

Fête des Remparts – Dinan 2010

Non, je ne suis pas morte étouffée par un ventilateur défectueux, ni par une crise cardiaque provoquée par le dernier Predator. J’ai juste eu une grosse flemme, et pas grand-chose à raconter.
Le week-end dernier, l’Anglais et moi nous sommes rendus à la fête médiévale de Dinan, qui a la particularité de n’avoir lieu qu’une fois tous les deux ans, et que nous avions déjà visitée en 2008. Comme la dernière fois, nous avons pu abuser de l’hospitalité de l’un des cousins de l’Anglais, qui habite avec sa famille à quelques kilomètres de la ville, dans une jolie maison avec un beau jardin plein d’hortensias (oui, en Bretagne, ça sent le cliché, mais c’était vraiment ça).

En deux ans, nous avons fait pas mal de progrès en matière de costumes et de reconstitution. Cette année, nous sommes venus avec l’idée de “représenter” deux époques, le XIème siècle anglo-saxon et le XVème siècle bourguignon (dirons-nous). Samedi fut pour moi l’occasion d’étrenner ma nouvelle robe saxonne, réalisée par l’Anglais pendant nos vacances (oui, je l’exploite honteusement). Elle n’était pas totalement finie, mais je peux déjà dire que j’ai reçu beaucoup de compliments, et que j’étais très fière car c’est le premier costume complet (chemise, robe, chausses et accessoires) entrièrement réalisé par mes soins – et ceux de l’Anglais et sa mère.

La fête était sympathique, mais nous avons eu une sensation de “manque” : pas beaucoup d’échoppes intéressantes (deux, en fait), des spectacles très orientés vers les familles avec enfants, peu de gens “bien” costumés… En effet, même si le comité des fêtes se montre “inflexible” quant à l’obligation du costume pour ne pas payer l’entrée, elle l’est beaucoup moins sur la qualité dudit costume. On retrouve énormément de robes en rideaux de grand-mère, de tuniques en acrylique, de moines à perruque, ou équivalents.

Samedi soir, après une pause bien méritée passée à goûter le cidre maison et à fabriquer du vin de noix – à l’heure où j’écris, l’Anglais a toujours les mains tachées de brun, malgré les étrillages répétés, retour en ville pour le bal. Mais soit je me fais vieille, soit je suis juste trop fatiguée, je n’ai pas du tout dansé, me contentant de discuter avec les amis que nous avons retrouvés là-bas. Et parfois, des conversations bien éloignées du sujet de la fête ! Qu’à cela ne tienne, la soirée fut chaleureuse et drôle, malgré quelques individus copieusement imbibés dans les rues quand nous sommes partis.

Dimanche matin, la pluie s’est invitée. Mais ce n’était qu’une bruine bretonne – car il est bien connu qu’en Bretagne il ne pleut que sur les imbéciles – qui s’est dissipée dans la matinée. L’Anglais voulait à toute force prendre des photos du campement tatare/russe (oui, les deux populations cohabitaient à l’exception de leurs trois batailles quotidiennes), et nous avons donc passé plus d’une heure sur place à prendre des photos, baver devant les magnifiques costumes, imaginer nos propres créations, regarder la bataille… D’ailleurs, ce spectacle était sacrément idiot. Si on ne peut pas remettre en doute la qualité d’interprétation et de reconstitution des compagnies, le scénario créé par un Français était tout simplement risible. Dans le fin fond de la steppe russe au début du XIIIème siècle, deux templiers se poursuivent suite au vol du trésor de la commanderie par l’un d’entre eux, et chacun se retrouve dans un camp : l’un russe, l’autre tatare. Il est question d’honneur bafoué, de Bretagne, de mort qui revient à la vie en pleine bataille, de trésor du temple et de Philippe le Bel… un peu n’importe quoi, osons le dire. Mais bon, à l’arrivée, nous en avons pris plein les mirettes, alors c’est l’essentiel.

Que serait une fête médiévale sans shopping ? Celle-ci n’a pas dérogé à la règle, même si nous avons été particulièrement économes : un peu d’hypocras et de colindrum, des épices, un sac de voyage en toile de lin (à moi mes aiguilles et ma laine à broder) et… des bières bretonnes et des conserves de la Belle-îloise. On ne se refait pas.
En partant, nous avons eu la joie de recevoir de la part de nos hôtes un gros bouquet de menthe fraîche ainsi que quelques brins de bergamote, qui ont embaumé la voiture sur le trajet du retour. J’espère que l’Anglais ne tardera pas à convertir ces merveilles en boisson rafraîchissante et revigorante. Un trajet étonnamment rapide, le Mont-Saint-Michel dans le lointain, des souvenirs plein la tête, tout cela nous a offert une belle échappée dans ce mois de juillet déjà bien entamé.

Predators

Hier soir, l’Anglais et moi avons entamé la série des navets de l’été, avec le nouvel épisode de la franchise Predator. Si j’ai vu le premier avec Arnold Schwarzenegger et les deux Alien Vs Predator, je n’ai pas vu celui avec Danny Glover. Qu’à cela ne tienne, il ne devrait pas être trop difficile de comprendre l’histoire.

Plusieurs humains se réveillent au milieu de ce qui ressemble à la jungle amazonienne. La plupart d’entre eux sont des soldats venus des quatre coins du globe, où ils intervenaient sur des conflits, mais d’autres semblent plus difficiles à identifier. Après un moment de perplexité, ils découvrent qu’ils ont vraisemblablement été choisis pour participer à une chasse d’un genre nouveau. Jusqu’à réaliser qu’ils sont là pour servir de gibier…

C’est un très bon film du genre. J’avoue que l’on se demande au début ce qu’Adrien Brody fabrique ici, dans un film d’action à zéro neurone. Et bien, le voir jouer le gros dur qui ne pense qu’à lui, ça fonctionne. Il est crédible (hormis peut-être ses tablettes de chocolat qui semblent trop découpées pour être vraies), de même que les autres acteurs. On soulignera aussi la présence de Machette, le pseudo-héros de la bande-annonce qui précède Planète Terreur.

Les effets spéciaux sont bien entendu au rendez-vous, et de grande qualité. Si le film n’a pas été directement réalisé par Robert Rodriguez, on sent bien sa “patte”, qu’il s’agisse du gore, des effets spéciaux, ou de l’humour qui tombe quand on ne s’y attend pas toujours. Un bon film pour passer l’été au frais dans une salle obscure, et qui ne dépareille pas avec la série Prédator.

Dreamlands

Après trois semaines de silence, je suis enfin de retour, quelle joie ! Mais que voulez-vous, entre les vacances, et la venue à Paris de B., ami très proche que je n’avais pas vu depuis plus de cinq ans, mon coeur n’a pas balancé longtemps, et j’ai été ravie de faire quelques infidélités à ce blog. En tout cas, en attendant une éventuelle mise à jour sur les différentes vieilles pierres visitées pendant deux semaines au fin fond de la France, je vous livre mes impressions sur une exposition en cours au Centre Pompidou.

Mercredi 14 juillet. B. et moi sommes déterminés à visiter le Musée des Arts Décoratifs, mais suite aux orages violents de la fin de matinée, celui-ci est fermé pour raisons de sécurité. Du coup, nous nous dirigeons vers Beaubourg, bondé, et après de longues minutes d’attente, plongeons vers l’exposition Dreamlands. L’idée est, à partir du Dreamland construit au début du XXème siècle à Coney Island, et dont le but était de présenter un panorama de l’architecture et des paysages du monde entier, de faire une incursion dans cet univers très particulier de l’utopie urbaine contemporaine.
C’était une très belle exposition, mêlant agréablement de nombreux supports : diapositives, maquettes, collages, photos (dont beaucoup de clichés de Martin Parr), montages vidéo, et même une application3D conçue pour SecondLife. La réflexion se porte sur la manière d’envisager la ville non plus comme un mal nécessaire, ou le théâtre d’embellissements officiels, mais comme un lieu d’échange et de culture, d’art de masse et de réflexion. On retrouve ainsi les créations de Dali pour le Forum d’art contemporain de New York en 1939, ou des projets regroupant architectes, peintres, sculpteurs autour de projets de Luna Park ou de ville de divertissement.
Au coeur de ces villes conçues pour le divertissement, on retrouve Las Vegas, érigée en projet artistique à part entière par certains au cours des années 1960-1970, et son fameux Strip, l’artère principale bordée de néons. Les nombreux clichés présentés insistent sur le côté à la fois faux et onirique des lieux, et établissent un lien avec Dubaï, également surgie du désert pour devenir une sorte de fantasme urbain.

Quoiqu’il en soit, c’était vraiment une exposition très intéressante, à la fois colorée, drôle et sérieuse, sur un thème qui paraît couler de source pour nous autres citadins.

Tokyo en cinq jour – Jour 5

Jour 5
Même les meilleures choses ont une fin, et ce séjour n’échappe malheureusement pas à la règle. Aujourd’hui, c’est dimanche, et nous décidons de faire un peu les puces pour trouver, si ce n’est de vieux kimonos (parce que j’en ai déjà un dans la valise et qu’elle va finir par exploser), du moins des accessoires et/ou un obi pour aller avec mon acquisition de la veille.
Pour cela nous décidons de nous rendre au sanctuaire Hanazono, juste à côté de notre hôtel. En effet, au Japon, la plupart des marchés aux puces sont hébergés par des temples ou des sanctuaires un à deux dimanches par mois et, coup de chance, celui-ci est accessible le 5ème dimanche soit… aujourd’hui. Il est 8h du matin et, quand même, il y a du monde dans les rues.
En arrivant sur place, nous découvrons pourquoi : le sanctuaire accueille un “matsuri”, à la fois célébration religieuse et fête foraine, avec prêtres en grande tenue qui déplacent des chars décorés, membres de la communauté de quartier en uniforme pour encadrer le cortège qui passera dans les rues, vendeurs de nourriture et de souvenirs… L’endroit est bondé, des responsables énoncent des remerciements à l’ensemble des gens qui ont aidé à l’organisation et au bon déroulement du festival, le défilé se met en place. Ce mois-ci, en effet, on célèbre Inari, divinité (entre autres) des récoltes et de l’abondance et représentée sous les traits d’un renard.

Du coup, un peu dépités, nous enchaînons avec l’autre sanctuaire qui accueillerait des puces ce dimanche. Ca tombe bien, il se trouve vers Harajuku-Omotesandô, où je comptais de toute façon terminer mon shopping. Le sanctuaire en question, un petit refuge de verdure et de calme dans ce quartier pour le moins frénétique, est beau et… complètement désert. Nous observons un peu les carpes – c’est un peu un sport national ici – avant de nous diriger vers La boutique à touristes de Tokyo : l’Oriental Bazaar.
Et là, le miracle s’opère ! Alors que nous nous asseyons pour siroter un oolong glacé, des marchands sont en train d’installer des dizaines de kimono, obi, yukata, accessoires… juste à côté de nous. Nous allons d’abord faire des courses à la boutique, car je recherche des choses assez spécifique : un jûban (vêtement de dessous) pour le furisode acheté hier et un nouvel obi (j’en ai trouvé un rouge à motifs géométriques or et argent). De retour sur le pavé, la surface d’exposition a triplé, et l’Anglais accepte de passer près d’une heure avec moi à farfouiller tous les obi pour trouver la perle rare. Ce que nous trouvons. Avec un kimono pour homme, et encore d’autres accessoires.

Nous rentrons à l’hôtel pour tenter de faire rentrer nos nouvelles acquisitions dans les valises, avant de ressortir pour retrouver Shigeko, ma plus ancienne amie japonaise. Nous passons une soirée très agréable dans un restaurant de viande grillée, à parler mi-anglais mi-japonais, à comparer les sociétés japonaise et française, à parler nourriture… Le temps passe beaucoup trop vite, il faut déjà rentrer. Demain matin, destination l’aéroport dès 7h du matin !

Robin des bois

Dimanche, l’Anglais et moi sommes enfin allés voir le dernier film de Ridley Scott dont on a tant parlé lors du festival de Cannes. J’avoue que nous y allions en sachant que nous serions déçus quoiqu’il arrive, d’autant que la bande-annonce nous avait fait redouter le pire par rapport au scénario. Et bien nous avons eu raison : c’était pire.

XIIème siècle. Après dix années passées à faire la guerre dans l’armée de Richard Coeur de Lion, Robin Longstride, archer, retourne en Angleterre en se faisant passer pour Robert Loxley. Après un arrêt à la cour (je ne peux pas trop en dire), il se rend sur les terres de Loxley, pour remettre un message au père et à l’épouse de celui dont il a usurpé l’identité. Malgré lui, il va se retrouver lié à ces terres et aux habitants.

J’évite de trop en dire, mais après tout, tout le monde connaît à peu près les personnages du mythe de Robin des Bois. En l’occurrence, j’ai été abasourdie par la platitude du scénario, digne d’un roman harlequin – le héros qui dort par terre dans la chambre de l’héroïne, les changements d’identité – ou complètement incompatible avec l’état d’esprit d’un personnage médiéval – “Nous voulons la liberté pour tous !”  Bah voyons.
Le problème de Ridley Scott, qu’on trouvait déjà dans Gladiator – ah, le sénateur romain qui s’exclame “Mais César, nous sommes le peuple !” – et dans Kingdom of Heaven – Nous nous battrons tous, chevaliers ou pas – c’est qu’il tient absolument à faire passer un énorme message de “paix, amour, fraternité entre les peuples et mort aux tyrans” dans la bouche de ses héros, alors que c’est généralement incompatible avec l’environnement qu’il leur choisit.
Sinon, je n’ai pas trop compris l’histoire des orphelins du village qui partent vivre dans la forêt, qui ne parlent jamais, et dont la présence rappelle très fortement celle des “monstres” dans Le village de Shyamalan. A un moment donné, ces orphelins – qui pillent pour manger – débarquent d’on sait où montés sur des petits chevaux… On nage en plein délire.

D’un point de vue historique, alors là… Je sais que je vais faire ma râleuse, et que certains trouveront peut-être cela totalement snob, mais c’est pas grave, j’ai envie. Ne serait-ce que parce que l’un des arguments marketing majeurs reposait sur l’historicité voulue par Ridley Scott. Ah bah bien sûr. Nous sommes en plein XIIème siècle, mais les costumes ressemblent pour beaucoup à des costumes XVème – ne parlons pas de la cour, où c’est un joyeux mélange de pseudo-médiéval, de Tudor et de byzantin – Lady Marianne est une femme mariée mais elle se promène cheveux lâchés dans le dos, on joue au luth des airs qui ressemblent fortement à une chanson des années 80…
Sinon, le bon sens semble avoir manqué quelque part : les Français tentent de débarquer sur une plage cernée par des falaises, le roi de France dans sa nef sur une mer assez agitée porte un lourd manteau de velours fleurdelysé (!), les rois ont droit à une cotte de maille dorée (!!), on brûle le corps d’un chrétien alors qu’il n’y a ni maladie ni vengeance… Je pense que je pourrais en citer encore.
En d’autres termes, au-delà de la franche partie de rigolade (parce que vient un moment où il faut prendre tout ça au second degré), je me suis sérieusement ennuyée, et j’ai trouvé que ce film ne valait pas les éloges qu’il avait reçus. Tant qu’à se faire un film historique de Ridley Scott, autant choisir Kingdom of Heaven, c’est mieux.

Kaguyahime

Un article aux sonorités japonaises – sous tous les sens du terme –  pour vous parler de mon escapade à l’Opéra hier soir. Sur les conseils de Lou qui l’avait vu la semaine dernière, je me suis offert, un peu sur un coup de tête, une place pour aller voir le ballet contemporain Kaguyahime, chorégraphié par Jiri Kyllian, à Bastille.

L’histoire est inspirée d’une légende populaire au Japon – la première histoire en prose japonaise, datée du Xème siècle – connue sous le nom du Conte du coupeur de bambous. Il était une fois un couple de gens âgés qui n’avaient pas d’enfant et vivaient modestement. Un jour, l’homme, parti couper des bambous, découvrit dans un bambou une petite fille à la beauté remarquable, à qui l’on donna le nom de Nayotake no Kaguhime, “Claire demoiselle des bambous graciles”. Mais sa beauté attirait les prétendants, qu’elle éconduisit tous. Loin de se calmer, les prétendants déclenchèrent une guerre, que seule l’intervention de l’empereur permit de faire cesser. Ce dernier succomba également au charme de Kaguyahime, mais celle-ci lui révéla sa vraie nature : habitante de la lune, elle n’était sur terre que par accident, et repartirait à la prochaine pleine lune. L’empereur la fit enfermer pour qu’une telle chose n’arrive pas, mais toutes ses précautions ne servirent à rien, et la jeune fille repartit vers la lune comme annoncé.
Pour tous ceux qui trouvent ma narration brouillonne, ou qui voudraient avoir une approche plus littéraire, vous pouvez lire Le conte du coupeur de bambous de Tanizaki Jun.ichiro, édité chez Folio 2€. Oui, je fais de la pub éhontément, et je ne suis même pas payée pour ça, mais Tanizaki est mon auteur japonais préféré.

Le ballet se déroule sur une musique presque exclusivement composée de percussions. L’ensemble Kodô, spécialisé dans les performances de percussions japonaises, et un ensemble de percussionnistes “classiques”, composé de différents interprètes d’univers différents. A cela s’ajoutent trois interprètes de gagaku, la musique japonaise de cour, très particulière, car totalement différente de ce dont notre oreille occidentale a l’habitude. Ici, les instruments étaient l’orgue à bouche, la flûte et un petit hautbois.
La danse présente les tableaux successifs : l’arrivée de Kaguyahime, ses prétendants, la guerre, l’empereur… D’abord très lent, le rythme gagne en puissance, pour atteindre deux sommets : le combat entre les prétendants à la fin du premier acte, et la guerre au début du second. L’intensité des percussions, la force de l’interprétation des musiciens, le spectacle tant sur scène que dans la fosse d’orchestre… tout cela m’a un peu fait oublier les danseurs, je l’avoue, alors même qu’ils étaient remarquables.

Quoiqu’il en soit, si vous aimez la danse contemporaine, le Japon ou les percussions, ou même tout cela à la fois, n’hésitez pas à y aller, le spectacle dure jusqu’au 15 juillet.

Fêtes johanniques de Reims

Depuis le temps qu’il traînait cet article-là, j’arrive enfin à le publier. Le premier week-end de juin, la Rose et l’Epée était en animation médiévale aux fêtes johanniques de Reims. Oui, il n’y a pas qu’Orléans qui a le privilège de célébrer la Pucelle la plus célèbre de France (on compte aussi Compiègne et peut-être Rouen, mais j’en suis moins sûre). Après avoir donc délivré Orléans, la joyeuse équipe s’est mise en route vers Reims pour faire sacrer Charles VII.

Du coup, pour fêter ça, on organise une fête médiéval avec marché, défilé, messe solennelle dans la cathédrale, tout ça, tout ça. Ca ne nous change pas vraiment d’Orléans. Et nous étions là, pour faire l’animation. Autant vous prévenir tout de suite : c’était la pire anim’ de ma vie.
Départ de Paris le vendredi soir : 30mn de retard pour l’Anglais et moi qui devons attendre les gamelles (suite à une histoire de porte de parking coincée), suivies d’un accident sur le périph’ et d’embouteillages sur l’A4, un grand classique. On doit monter le camp sur de l’asphalte, mais qu’à cela ne tienne, nous étions prévenus, on a apporté la perceuse.
En revanche, tout le reste part à vau-l’eau : les organisateurs ? quels organisateurs ? Ben ils sont rentrés chez eux après 19h (ça tombe bien, on est arrivés vers 21h). Les sanitaires ? Quels sanitaires ? Ah, vous parlez sans doute des toilettes publics (et payants). Le sommeil ? Quel sommeil ? Car oui, comment voulez-vous dormir quand vous êtes installés à 20m du parking sur lequel les cars ont fait la navette toute la nuit pour que les étudiants de Sup de Co Reims puissent aller prendre leur cuite en toute sécurité ? Je HAIS Sup de Co Reims pour toujours et à jamais.

Samedi matin : pas fermé l’oeil, très mauvaise humeur, levés à 6h30. A la maréchaussée qui passe enfin s’assurer que tout va bien braves citoyens, nous demandons pourquoi ils ne sont pas intervenus. “Fallait appeler le 17.” Restons calmes, il n’est pas encore 7h. L’heure tourne et nous avons deux problèmes de plus en plus pressants : pas d’eau ni de bois. Entendez par là que pour le petit dej, c’est mal parti. Après un premier organisateur d’une incurie incroyable (en gros, strictement rien à f*** de nos problèmes, on ne lui rapporte pas d’argent), un second nous fait livrer le bois et installer l’eau vers 9h30 et nous apprend qu’une école à quelques rues de là nous est ouverte pour les sanitaires.
La journée s’écoule difficilement : il fait une chaleur épouvantable et je suis aux cuisines, le bois est encore vert et dégage une fumée très irritante, et… la présidente a eu la bonne idée de nous faire faire des beignets ! Trois heures au-dessus de la marmite d’huile. Le cuistot en chef tombe d’épuisement (et d’intoxication) vers 18h30, j’ai tout juste le courage de commencer le dîner avant de m’effondrer à mon tour.

En comparaison, la nuit de samedi à dimanche est presque tranquille : nous sommes tellement épuisés que nous dormons d’une traite. Au lever grosse inquiétude : l’orage menace. Nous commençons à ranger et démonter une tente jusqu’à nous rendre compte… que la présidente a oublié de fermer sa voiture à clé hier soir, et qu’elle s’est donc fait voler, entre autres, son GPS et la clé du box où sont rangées nos affaires à Paris. Ambiance.
Comme hier, très peu de monde sur le camp, ambiance foire à la saucisse chez les exposants, ambiance Action Française ailleurs… Et à midi : l’Orage. Avec une majuscule tellement il est énorme. En quelques minutes, il faut rattraper l’auvent qui s’envole, fermer les échoppes, déménager tout le matériel à l’abri… et manger sur nos genoux, parce que le déjeuner était déjà prêt.

Forcément, une telle journée n’était pas faite pour calmer nos nerfs déjà bien éprouvés, et le démontage et le retour au box furent encore l’occasion de belles engueulades et de quelques drames. En tout cas, une chose est sûre : Reims, plus jamais ! Et n’y allez pas, c’est pourri (en revanche la cathédrale est magnifique).

Tokyo en cinq jours – Jour 4

Jour 4
Après la vie quotidienne hier, place au Japon et à ses cérémonies, sous toutes ses formes. On utilise parfois en études japonaises l’expression d’ “empire des rites” pour parler de ce pays, et c’est avec raison. Je pense que c’est là qu’il faut chercher une des raisons de ma passion pour ce pays. Les rites, les rituels, en ce qu’ils ont de codifié, de répétitif, d’encadré, ont un côté sécurisant et apaisant. Dans L’année où j’ai vécu selon la Bible, A. J. Jacobs ne dit pas autre chose quand il parle des obligations bibliques auxquelles il doit se conformer. Bref.
Toujours est-il que c’est pour apaiser un des aspects de ma passion pour les rites japonais que j’ai décidé de traîner l’Anglais dans la moitié des grands magasin de Ginza ce matin : je cherche un kimono. Pour tout ce qui concerne ce vêtement et (quelques-unes de) ses particularités, vous pouvez jeter un oeil à un vieil article que j’ai commis il y a deux ans. Sinon, la plupart de mes lecteurs savent déjà qu’il s’agit d’une de mes marottes. Je possède un vieux tomesode qui a connu des jours meilleurs, ainsi qu’un obi tout ramollo et pas mal d’accessoires, mais il me manque encore pas mal de choses dont je veux faire l’acquisition.

Ginza a souvent été comparé aux Champs Elysées depuis les années 1980. A tort, selon moi. Déjà, Ginza, c’est un quartier, et pas une avenue – bon soit, c’est surtout deux grandes artères qui abritent beaucoup de magasins de luxe et de grands magasins très chics, en plus du kabuki-za, le théâtre national consacré à cet art. Ensuite, Ginza c’est froid et c’est un coin à vieux (et surtout à vieilles) pleins de frics et à touristes. Mais qu’à cela ne tienne, je trouverai sans doute mon bonheur ici.
Sauf qu’en fait non. Après avoir parcouru trois magasins, je dois me rendre à l’évidence : les rayons spécialisés pour les kimonos sont soit inexistants, soit affreusement moches/réducteurs. En désespoir de cause, nous décidons de repartir à Shibuya, où nous serons peut-être plus chanceux. A Shibuya, nous faisons de nouveau chou blanc : il y a un bien des rayons pour les yukata – kimono léger en coton pour les fêtes d’été – dans les magasins Marui, mais ce n’est pas ce que je cherche non plus. Nous finissons par “échouer” à Shinjuku, non sans nous être arrêtés au McDo – je ne pouvais pas laisser l’Anglais repartir sans avoir goûté le Mac Teriyaki. Et le miracle s’opère. Nous trouvons le bon stand.

Déjà, je peux m’estimer chanceuse, le Japon est le pays du client roi : j’ai beau avoir une tête d’Occidentale repérable à 50 mètres, la vendeuse est aux petits soins pour moi, ne semble pas s’étonner le moins du monde que je demande à voir des furisode… Elle pousse même la gentillesse et l’amabilité jusqu’à me sortir plus de kimono que nécessaire parce que “même s’ils sont trop chers, c’est joli à essayer” ! Et finalement, mon choix se porte sur le premier qu’elle m’avait conseillé : un magnifique furisode bleu à motifs de sakura. Moi qui voulais éviter de tomber dans le cliché, c’est raté ! Mais qu’à cela ne tienne, il est superbe et j’en suis très heureuse.
Je complète mes courses par divers accessoires – cordons, obi-ita… plus une paire de zôri que l’Anglais décide de m’offrir. Nous avons le privilège d’admirer la diligence des vendeuses, qui se mettent à deux pour emballer mes achats (parce qu’aujourd’hui il pleut, donc j’ai droit à une protection supplémentaire), puis nous rentrons à l’hôtel, car déjà il faut se préparer pour la seconde partie de la journée…

Car la raison première de notre visite au Japon, c’est d’abord le mariage d’un couple d’amis à moi. Lui est japonais, elle est chinoise, et ils se sont déjà mariés “religieusement” à Shanghai le mois dernier – j’étais invitée aussi, mais mes finances n’arrivaient pas à suivre. Du coup, ce soir, il s’agit juste d’une réception pour les amis et les collègues. Et là, nous allons pouvoir constater que la différence culturelle n’est pas un vain mot.
J’ai beau savoir à quoi m’attendre, me retrouver à 5 gaijin dans la foule et la seule femme, ça fait bizarre. Les gens sont même persuadés que l’invité est l’Anglais et que je suis là à titre de “compagne”. Le réception est en fait le prétexte à mettre les mariés en représentation devant leurs invités : discours, séances de pose avec tout le monde (on fait même la queue pour ça)… le tout en japonais. Je vous laisse imaginer le bonheur de l’Anglais qui ne suit rien aux débats – j’ai moi-même beaucoup de mal car le langage est très codifié et formel.
Mais n’allez pas croire que la soirée est triste, voire guindée ! Déjà, les mariés ont organisé un petit quizz pour leurs invités : vont-ils avoir les mêmes réponses à des questions aussi cruciales que “Quel est le plat préféré de Yoshi quand Shengya cuisine ?” ou “Quelle activité voulez-vous que vos enfants pratiquent plus tard ?” Etrangement, l’erreur n’est pas forcément là où on le penserait. A un moment, les collègues et amis du mariés se lancent dans une session danse de boys band + karaoke, avant d’inviter le marié à y prendre part lui-même !
Bon, de notre point de vue, la grosse déception vient du buffet : le thème est scandinave ! Faire 10.000km pour manger des harengs marinés, c’est un peu… bof. Surtout alors que les parents de l’Anglais nous ont emmenés dîner au restaurant Copenhague le mois dernier (non je ne fais pas ma snob, j’énonce juste un fait).
Le cocktail est assez bref (18h-20h30), mais je crois que cela a suffi à mon cher et tendre comme incursion dans l’univers bien particulier des mariages asiatiques. Les mariés sont allés boire un verre ou deux (ou plus) avec leurs invités à l’issue de la soirée, mais nous avons renoncé : trop fatigués et pas très envie d’arpenter les rues alors que je ne suis pas assez couverte (ben oui, j’ai fait mes bagages en pensant qu’on aurait 25-30°, pas 20° et de la pluie).