Shenzhen

ShenzhenEnvoyé pour trois mois à Shenzhen, en Chine, pour superviser un studio de dessin animé, Guy Delisle raconte par le menu son quotidien et les rapports qu’il entretient tout au long de son séjour avec ses collègues et connaissances, malgré la barrière de la langue.


J’aime beaucoup Guy Delisle, en particulier son travail de témoignage. Ses carnets de Jérusalem ou ses chroniques birmanes sont absolument remarquables, autant pour la plongée qu’il offre dans le quotidien local  que pour la retranscription fidèle d’une atmosphère à un endroit et un moment donnés.
Shenzhen est le premier travail du dessinateur de ce genre, même si on ne retrouve pas encore tout à fait la narration fluide de ses derniers ouvrages. Publié en 2000 suite à une expérience vécue en 1997, la vision que cette histoire donne de la Chine est très datée, bien que, je pense, tout à fait pertinente pour l’époque. On suit la vie quotidienne monotone et guère engageante d’un expatrié dans une ville qui s’ouvre tout juste à l’Occident, où il est quasiment l’unique étranger et où la barrière de la langue, la réserve des Chinois à son égard et, en filigrane, l’oppression d’un régime totalitaire l’empêchent de nouer de véritables relations, ce qui conduit à des situations parfois ubuesques.
Même si ce tome n’est pas mon préféré de Guy Delisle, je ne peux que le conseiller, car il marque ses débuts de chroniqueur du quotidien à l’étranger.

Shenzhen est publié chez L’Association

Mémoires d’un bison

zeta acostaSan Francisco, été 1967. Rongé par les ulcères et la psychanalyse, Oscar Acosta plante son job d’avocat à l’aide sociale. Filant sur les routes de l’Ouest, halluciné, il se livre : l’enfance déçue, le malaise d’être né basané, son obésité, la découverte du sexe, le bal des drogues… – folies qui nourriront son œuvre, hantée par la discrimination raciale et la quête identitaire.


Lors de la ronde des poches organisée l’été dernier par Armalite, Audrey m’avait d’abord envoyé Quand l’empereur était un dieu, de Julie Otsuka que, malheureusement, j’avais déjà lu en VO à sa sortie. Du coup, elle a décidé de me renvoyer un livre. Je vous avoue que, lorsque j’ai parcouru la quatrième de couverture, j’ai eu un gros moment de doute : c’était typiquement le genre de lecture qui ne m’attirait pas du tout. J’ai posé le livre sur ma PAL, plus ou moins en évidence sur mon bureau, en attendant que l’inspiration vienne.

Bizarrement, la semaine dernière, j’ai décidé de m’y mettre. Malgré un premier chapitre particulièrement cru et “poisseux”, une écriture volontiers vulgaire et heurtée, un sujet qui ne me tentait pas plus que cela… je me suis accrochée et je n’ai plus lâché ce bouquin. En dehors des moments de “trip” qui ne sont pas vraiment mon délire (ah, ah), et qui m’ont rappelé la lecture de Bleu presque transparent il y a bientôt 15 ans, j’ai beaucoup aimé la quête du narrateur, Américain d’origine mexicaine, qui décide de tailler la route pour tenter de trouver qui il est. La pauvreté, le racisme (subi et appliqué aux autres), la tentative d’ascension sociale, le sentiment d’imposture, la révolte… Cela m’a ouvert les yeux sur tout un pan de la culture et de l’histoire américaine que j’ignorais.
Doté d’un grand sens de la mise en scène et de l’auto-dérision, ainsi que d’une certaine capacité à se fourrer dans des situations invraisemblables, Oscar Zeta Acosta nous livre en réalité un autoportrait sans concession, mettant en lumière l’impossible adaptation de celui qui ne sait que faire de ses origines. Même si cette lecture ne laisse pas indemne, même si elle n’épargne rien entre scènes de cul peu ragoûtantes, trips hallucinés et crises d’ulcères, je vous la recommande (à condition que vous n’ayez pas l’estomac fragile).

Avec neuf mois de retard, donc, un grand merci à Audrey pour son envoi !

2015 Reading Challenge : A memoir

Complot à Versailles

complot-c3a0-versailles
Ceci n’est pas tout à fait la couverture originelle, mais on s’en rapproche

1676. Cécile ne cesse de critiquer les nobles. Mais le jour où elle accompagne son amie Pauline, convoquée à la cour du roi Louis XIV pour y être demoiselle de la reine, tout change. Ensemble, elles sont aux premières loges pour observer les intrigues et manœuvres de la cour. Gare aux tourbillons des complots qui pourraient les entraîner bien malgré elles !


J’ai lu ce roman à sa sortie, en… 1993. Ce fut une révélation : l’intrigue, les personnages, le contexte historique bien expliqué sans être pédant, la mise en scène aussi bien dans les milieux populaires qu’à la cour, les liens amoureux, l’écriture agréable sans être simpliste… je suis tombée sous le charme de ce livre, et je ne m’en suis jamais remise.
Il fut mon doudou quand ça n’allait pas, mon échappatoire, ma part de rêve. J’aimais m’imaginer à la place des personnages, d’autant que j’habitais Versailles à l’époque, et qu’il m’était facile de me rendre sur les lieux de l’histoire. Je l’ai tellement lu que je le connais par cœur et que je peux en réciter des passages. Pour tout vous dire, j’ai même envisagé d’envoyer un message à l’auteur pour lui dire que je trouvais ce livre génial, mais je n’ai jamais osé. Mon choix d’écrire de la romance historique a sans doute été en partie influencé par ce roman.

Un seul regret : j’avais tellement aimé les personnages que je voulais les retrouver, mais peine perdue. Alors quelle ne fut pas ma joie quand, il y a deux semaines, Aurélia, ma super attachée de presse, m’a révélé qu’il existait non pas une, mais deux suites, publiées récemment. Je me suis donc jetée dessus, et ai avalé chaque tome en quelques heures.
La dame aux élixirs et L’aiguille empoisonnée reprennent les thèmes du complot et des poisons. Si La dame aux élixirs reprend tous les personnages déjà rencontrés dans Complot à Versailles, nous permettant de faire la lumière sur certains points demeurés en suspens (notamment la relation entre Pauline et Silvère qui ne cessait de me tracasser, adolescente) et en reprenant le parallèle entre la ville et la cour, et les privilégies face aux miséreux, j’ai un peu moins accroché à L’aiguille empoisonnée. Certes, on retrouve l’écriture élégante, la précision historique (j’ai appris des choses alors que cette période a très peu de secrets pour moi), les personnages que l’on connaît bien, mais j’ai trouvé que l’auteur se concentrait trop sur Cécile (et un peu Guillaume), au détriment des autres. Je trouve même que Pauline passe pour une idiote, ce qui m’a un peu attristée.

Néanmoins, la fin ouverte du troisième opus, ainsi que la référence à A la poursuite d’Olympe, autre roman historique de l’auteur qui se déroule quelques mois plus tard, me font espérer une suite supplémentaire. Que je lirai bien sûr avec passion.

Reading challenge 2015 : a book you can finish in a day

Je lis (j’écris) de la romance, et je t’emmerde

A l’occasion du Salon du Livre (où je serai en dédicace ce week-end, youhou), j’ai eu envie de monter au créneau pour le genre de littérature que j’aime. Ce n’est pas le seul, loin de là, mais c’est le plus mal aimé.

Qu’est-ce que la romance ?

Selon le site Romance Writers of America, une romance comporte deux éléments de base nécessaire : une histoire d’amour au centre du récit, et une fin satisfaisante et optimiste. Partant de là, on peut décliner sous toutes les coutures : historique, fantastique, contemporain, médical, érotique… les possibilités et les variations sont infinies.

Julia Quinn - Bridgerton 4

Mais… c’est pas un peu gnangnan ?

Si on part du principe que le bonheur c’est gnangnan et les sentiments amoureux, c’est tabou, oui. Je pense surtout que nous avons, ancrée en nous, l’idée qu’un roman a beaucoup plus de valeur s’il s’attarde sur les malheurs des personnages.

Alors c’est un truc de gonzesse ?

Voilà bien une idée qui me donne envie de hurler. Déjà, 10% des lectrices de romance sont des lecteurs (et si !), donc ce n’est pas “que pour les filles”. En outre, pourquoi ce genre est-il considéré comme féminin ? Parce que les sentiments, c’est bon pour les femmes ? Parce que, génétiquement, les hommes sont moins intéressés par les histoires d’amour et plus par les histoires de c*l ? Ou parce que, socialement, il est mal vu pour les hommes de s’intéresser aux émotions ?
La romance offre autant de héros que d’héroïnes, et interroge les états d’âme de tous les protagonistes. Peut-être que les hommes qui prétendent ne rien comprendre aux nanas pourraient essayer de lire un ou deux romans du genre et y verraient plus clair…

Eloisa James - Beast

C’est un gros ramassis de clichés, quand même

Plutôt que de clichés, il me semble plus pertinent de parler de “codes” de la romance : une attirance (ou une détestation) physique quasi immédiate, un hasard qui fait généralement (très) bien les choses, des baisers réticents qui s’enflamment très vite… C’est une façon comme une autre de poser les jalons, de montrer que les héros sont destinés l’un à l’autre et qu’ils doivent finir ensemble. Dans la vraie vie, si un mec essaie de m’embrasser à l’improviste, même si je le trouve canon, il va se retrouver avec ma main en travers de la figure !
Comme dans tous les genres, certains auteurs s’en tirent bien mieux que d’autres pour distiller les ingrédients indispensables ! Et leur plume est parfois bien plus fine que ce qu’on pourrait trouver au rayon “littérature générale”… L’important, c’est de savoir jouer avec les codes.

Oui, enfin, le mariage et le bébé à la fin, c’est quand même un peu réducteur, non ?

Ca, je pense que c’est parce que c’est un genre né dans les pays anglo-saxons, où ce modèle prédomine. A titre personnel, j’adorerais écrire une romance où les héros décident de se pacser à la fin (pour les impôts) et de voyager jusqu’à la fin de leurs jours, mais mon lectorat ne suivrait peut-être pas.
En outre, au-delà du final plus ou moins convenu, il y a surtout l’histoire d’un héros et d’une héroïne qui se font grandir mutuellement. Il est loin le temps où la dame attendait le bon vouloir de son chevalier blanc : désormais, elle se retrousse les manches et va le chercher par le col s’il le faut ! Il est beaucoup question, dans ces ouvrages, d’empowerment (émancipation, prise de pouvoir) de l’héroïne : comment elle se dégage de ses doutes, des conventions sociales, de tout ce qui la retient, non par l’action du héros, mais grâce à son soutien (et parfois même contre lui).

Lisa Kleypas Dream lake

Soit. Mais quand même, c’est pas très réaliste.

Parce qu’un mec qui lance des sorts en claquant des doigts ou une inspectrice de police qui arrête trois serial killers en autant de romans, c’est réaliste, peut-être ? Non, ce n’est pas réaliste, parce que ce n’est pas le but ! Le principe à l’origine de la romance, c’est d’offrir de l’évasion au lecteur, de l’arracher à son quotidien. Si j’ai envie de lire une histoire ancrée dans la réalité, je ne me tournerai ni vers la romance, ni vers la fantasy ou le polar.

Il y a des scènes érotiques dans la romance… en fait, c’est de la littérature érotique déguisée !

*Soupir*
*Gros soupir*
Oui, il y a des scènes érotiques, et plus que dans d’autres types de romans. Après, allez raconter une histoire d’amour sans la partie technique, c’est quand même plus compliqué (même si ça se fait, par exemple dans la romance dite “inspirationnelle”, où les héros s’effleurent à peine la main).
Au-delà de ces considérations, il faut quand même noter une chose : dans la romance, quand l’héroïne dit non, le héros s’arrête (si, si, même si après il doit dormir sur la béquille) ; quand les héros s’envoient en l’air, l’héroïne prend toujours son pied. Eeeeh oui. En fait, au cœur de l’érotisme de la romance, il y a le plaisir féminin, et le clitoris. Ca vous en bouche un coin ?
Et oui, c’est agréable à lire, mais ce n’est pas l’unique raison pour laquelle on lit ça (même si ça peut parfois avoir un excellent effet sur la libido).

Source
Source

C’est quoi le problème avec les couvertures ?

Ah, les couvertures de romance… tout un poème. D’abord, si l’on regarde ce que l’on publie depuis environ 5 à 10 ans, on s’aperçoit que les couvertures perdent peu à peu leur caractère kitsch, leurs héroïnes dépoitraillées et leurs héros torse nu (peu à peu, hein, ça existe toujours) sur fond de ciel enflammé et de camaïeu d’orange. Sarah Wendell, du blog Smart bitches, trashy books, a développé une théorie, selon laquelle les couvertures sont plus destinées aux libraires, et à l’idée (souvent pas très flatteuse) que ceux-ci se font de la romance. Et que comme celles-ci sont très reconnaissables, elles permettent d’identifier immédiatement le type d’ouvrage.

Alors pourquoi tu lis ça ?

J’ai toujours été fleur bleue : comme Obélix, je suis sensible aux histoires d’amour qui finissent bien, ça me met du baume au cœur. Je ne saurais pas vraiment dire d’où ça vient, et je ne suis pas certaine que ce soit le but de ce billet. J’ai lu beaucoup de shôjo manga pendant mon adolescence, avant de passer à la romance “classique” à l’âge adulte.
En outre, je lis ça pour éprouver des émotions fortes : je tremble, je frissonne, je ris, je pleure, je suis en colère en même temps que les héros (surtout les héroïnes). Je sais qu’à la fin tout ira bien, alors je m’abandonne au plaisir d’une histoire qui me fera sourire et me permettra de m’évader. C’est bon pour le moral, parfois pour la libido, et c’est facile à lire. Le premier livre que j’ai lu après mon accouchement, c’était une romance. Ce n’est pas un hasard.

Un peu de pub !
Un peu de pub !

Et pourquoi tu en écris ?

Parce que j’ai voulu passer de l’autre côté du miroir ! A force d’en lire (et d’en traduire), je me suis rendu compte que, moi aussi, j’avais des histoires à raconter, qui me permettraient de m’exprimer et de mêler plusieurs de mes passions.
Et puis, même si c’est pas le Pérou, c’est une source de revenus. Je ne vis pas que d’amour et d’eau fraîche.

Jour J, tome 19 – La vengeance de Jaurès

JourJ1931 juillet 1914. Raoul Villain assassine Jean Jaurès, le leader du parti socialiste. 1919, fin de la guerre, l’homme est jugé innocent. Libéré, il part vivre aux Baléares… jusqu’à son assassinat onze ans plus tard. Le meurtre, à l’origine voté par la SFIO (ancêtre du parti socialiste), est rapidement suivi d’une série de crimes signalée à Paris.


Après la grosse déception que fut Jour J tome 17 sur Napoléon, je me suis retenue d’exulter quand l’Anglais a rapporté ce nouvel opus vendredi soir. Pour tout dire, je l’ai un peu oublié dans un coin en préférant me concentrer sur ma lecture-doudou du moment.
Pourtant, j’ai fini par m’y mettre en début de semaine, et bien m’en a pris.

Tout d’abord, l’histoire est excellente, et tient la route : s’appuyant sur une véritable motion présentée au congrès de la SFIO proposant de faire assassiner Raoul Villain (motion rejetée, on s’en doute), les scénaristes nous embarquent dans une réécriture en apparence anodine, mais dont les conséquences seront d’importance.
On plonge dans le Paris des années 30, avec la lutte entre la Sûreté et la Police de Paris, le vocabulaire fleuri (déjà présent dans les tomes 3 et 4) et les tensions et les préoccupations politiques déjà présentes. Le contexte national et international est évoqué intelligemment, venant soutenir l’intrigue au lieu de l’écraser.
Pour ne rien gâcher, les dessins sont superbes – je n’ai d’ailleurs pas eu l’impression qu’ils avaient fait l’objet d’une coloration numérique – et sont, pour une fois, tout à fait à la hauteur de la couverture. Ils apportent une fraîcheur et un réalisme non négligeables au récit.
Quant au dénouement… on se surprend à souhaiter qu’il ait vraiment eu lieu…

En un mot : jetez-vous dessus, c’est un des meilleurs tomes de la série depuis bien longtemps. J’espère que Delcourt fera de nouveau appel à Séjourné sur un prochain tome, car j’ai adoré son travail, surtout quand il sert un scénario aussi bien ficelé. Du coup, je serai bien plus attentive aux prochains titres de la série.

Jour J, tome 19 – La vengeance de Jaurès, Duval & Pécaud, Séjourné, éditions Delcourt

Le restaurant de l’amour retrouvé

OgawaItoUne jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière.
Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.


Il y a des livres qui vous poursuivent, et celui-là en fait partie. Lors d’un de mes voyages au Japon en 2010, j’ai découvert dans l’avion le drama (téléfilm) qui s’en inspirait et j’en gardais un bon souvenir, celui d’une histoire assez légère autour de la cuisine dans le Japon rural. Puis Armalite en a parlé sur son blog. J’ai vu ensuite passer une ou deux autres critiques, je voyais le livre en librairie, mais… j’avais autre chose à lire. Jusqu’à ce que, pour Noël, Ioionette et SonMari m’en fassent cadeau. Je crois que ce roman était destiné à passer entre mes mains !

J’ai beaucoup aimé ce livre, et sans doute davantage que le drama. Le roman offre une étude de caractère plus fouillée que le téléfilm, et nous en apprend plus sur les motivations de Rinco, sur les raisons qui la poussent à proposer tel ou tel plat et sur son rapport à sa mère. Au lieu d’effleurer les sujets, l’auteur nous montre l’histoire des personnages qui gravitent autour de l’héroïne et la façon dont celle-ci influe sur leur vie.
La cuisine est un thème que j’adore et je ne pouvais être que satisfaite de ce roman qui s’attarde sur certains mets et leur fabrication sans jamais le faire de façon pesante. En outre, on plonge dans la vie lente et saisonnière d’un petit village de montagne avec sa galerie de personnages pittoresques.
Mais par-dessus tout, j’ai aimé la relation mère-fille décrite dans cette histoire, bien plus complexe qu’il n’y paraît. J’ai été très touchée du cheminement de Rinco qui, à l’origine, ne supporte pas sa génitrice et la considère comme une étrangère, pour finalement lui pardonner son attitude.

Donc, même si ce n’est pas le perdreau de l’année et que je ne suis certainement pas la première à vous parler de ce livre, je ne peux que vous le recommander !

Le restaurant de l’amour retrouvé, Ogawa Ito, éditions Philippe Picquier.

Reading Challenge 2015 : a book set in a different country (Japon)

La Ferme des Neshov

anne b ragdeAprès la découverte du terrible secret de famille qui lie les protagonistes de La Terre des mensonges, on retrouve dans La Ferme des Neshov les trois frères : Tor, Margido et Erlend. Tous sont confrontés à un moment de leur vie où ils doivent faire un choix important. Les Neshov parviendront-ils à surmonter leurs différences pour recréer des liens familiaux mis à rude épreuve depuis si longtemps ?


Ce roman est le second tome de la trilogie des Neshov. Il reprend l’histoire juste à l’endroit où celle-ci s’était arrêtée, après la révélation du secret familial. Chaque chapitre s’applique à suivre un des membres de cette famille : Tor, Margido, Erlend ou Torunn. On les retrouve dans leur vie quotidienne, on suit leurs réflexions sur les conséquences du premier tome. L’auteur reprend les thèmes qu’elle développait déjà dans La terre des mensonges : les secrets de famille, la transmission, le lien organique à la terre qui transcende le reste…
L’écriture est incisive. Pas de grandes descriptions ni de morceaux de bravoure, rien qu’une analyse très fine de la psyché des personnages. L’auteur est sans concession, ni complaisance, mais fait toutefois preuve de beaucoup d’humanité : le destin des héros la touche, nous touche. Elle ne s’érige pas en juge mais nous donne simplement à voir ce qui se passe. En outre, elle parvient à mettre en scène un couple homo à l’histoire émouvante bien que sans cliché et qui, paradoxalement, est la seule relation “saine” de tout le roman.

Un livre (une trilogie, même !) à lire d’urgence.

Reading Challenge 2015 : A book that was originally written in a different language (norvégien)

Reading challenge 2015

L’autre jour, en me promenant sur le blog de I’m Lizzie, j’ai découvert un “défi lecture” pour 2015. L’idée m’a beaucoup plu et, du coup, j’ai eu très envie de m’y mettre à mon tour. Compte tenu du fait que je vis toujours trois vies en une et que j’ai une Crevette qui me réclame pas mal d’énergie, je ne suis pas vraiment sûre de parvenir au bout. Sauf si je cumule. Par exemple “classic romance” et “auteur féminin” peuvent très bien donner un roman de Jane Austen. Ou encore, “un livre de plus de 500 pages”, “un auteur pas encore lu”, “un titre d’un seul mot”, ça peut faire “Ulysse” de James Joyce… Mais est-ce que ce ne serait pas tricher un peu…?

J’essaierai de vous tenir au courant au fil de mes lectures, j’ai même créé une catégorie spéciale pour ce faire. On se revoit en fin d’année pour le bilan ? Et si vous souhaitez vous y mettre aussi, n’hésitez pas, et faites-m’en part, que je me sente moins seule !

challenge lecture

Bordemarge

bordemarge-nuncqUn mousquetaire rebelle quitte le château de Bordemarge au galop. C’est Roxane, l’héritière légitime de la couronne, fuyant le duc Silas qui vient de s’emparer du trône.
Qui pourrait bien l’aider dans son combat pour la justice ? Une troupe extraordinaire de compagnons plus délirants les uns que les autres ! Car a Bordemarge tout est possible…
Mais c’est un monde imaginaire et ce genre d’aventures n’arrive que dans les romans de cape et d’épée. Violette le sait bien, elle qui n’aime pas du tout sa vie de bibliothécaire déprimée…
Elle est loin de se douter que l’aventure va lui tomber dessus… littéralement! Car pour échapper a ses ennemis, Roxane traverse un tableau magique et envoie Violette dans son royaume a sa place. Saura-t-elle dejouer les plans de l’infâme Silas et rendre son trône a Roxane ? Tout est possible, il suffit de le vouloir…


Emmanuelle Nuncq est un autre nom de plume de Camille Adler, dont j’avais particulièrement apprécié la romance historique il y a quelques mois. Bordemarge est son premier roman, et je dois dire qu’il m’a beaucoup plu !
L’idée de la rencontre entre fiction et réalité n’est certes pas neuve – qu’il me suffise de dire que je suis une grande admiratrice de Jasper Fforde devant l’éternelle – mais je l’ai trouvée habilement traitée, et de façon toute différente. L’auteur lâche la bride à son imagination et nous entraîne dans un univers de cape et d’épée où les incursions de personnes “réelles” ont donné lieu à des additions telles que le steampunk ou les héroïnes féminines fortes.
J’ai beaucoup apprécié le fait qu’on suive deux héroïnes en parallèle, l’une fictive, l’autre vivante, mais découvrant chacune le monde de l’autre. Violette, la bibliothécaire déprimée, nous permet de saisir les ficelles narratives de Bordemarge, et exploite celles-ci à son profit.
Enfin, et pour ne rien gâcher, l’écriture est, une fois encore, fine et très agréable. On sent que l’auteur a la passion de la littérature, et cela se retrouve dans sa plume sans qu’il y ait toutefois la moindre trace de pédantisme. En outre, l’histoire demeure facile d’accès et peut se lire sans doute dès le collège, même si les plus grands apprécieront les clins d’œil aux héros de notre enfance.

How to be a woman

MoranMême si elles ont le droit de vote et la pilule, et qu’aucune n’a été brûlée vive comme sorcière depuis 1727, la vie n’est pas tout à fait semée de roses pour les femmes modernes. Elles sont assaillies de doutes et de questions : pourquoi devraient-elles subir une épilation intégrale ? Pourquoi le soutien-gorge est-il douloureux ? Pourquoi ne cesse-t-on de parler de bébés ? Et est-ce que les hommes les détestent en secret ?


Ce livre m’a été conseillé par une amie américaine, qui m’en disait le plus grand bien. Rédigé par Caitlin Moran, une chroniqueuse musicale pour le Times, il traite de la condition féminine au sens le plus “matériel” : pourquoi faut-il porter un soutien-gorge, qu’est-ce qui nous oblige à nous faire épiler ou pourquoi est-il si cher d’être une femme, par exemple.

On pourrait dire que les sujets sont rebattus et qu’on les a déjà traités sous toutes les coutures. Certes. Mais ce livre ne se veut absolument pas une doctrine, une ligne de combat que toutes les femmes devraient adopter. Il se contente de poser les bonnes questions, de pousser à s’interroger, tout en faisant (beaucoup) rire.
Entre deux sujets “légers”, l’auteur aborde l’aspect de la reproduction (avec – et c’est à souligner – deux chapitres : pourquoi vous devriez et pourquoi vous ne devriez pas avoir d’enfants), de l’avortement, du mariage… Entremêlant ses réflexions d’épisodes tirés de sa propre expérience, elle parvient à nous faire rigoler en parlant de cystite ou de cuite.

Alors évidemment, pour celles qui sont déjà bien documentées sur la question, je ne pense pas que cet ouvrage fera la différence. Parfois, on a l’impression d’enfoncer des portes ouvertes. Et puis les 2-3 premiers chapitres ne m’ont pas particulièrement accrochée (je me suis même demandé ce que c’était que ce machin).
Toutefois, j’ai beaucoup aimé l’autodérision et la façon dont l’auteur nous interpelle tout en ayant l’air de ne pas y toucher. En outre, c’est vraiment bien écrit (et on progresse en argot et culture populaire britanniques), même si je doute fort qu’il existe une traduction. C’est une lecture que je ne peux donc que conseiller, surtout en guise d'”introduction au féminisme”.