Cette année, le printemps tombe en septembre

Ben oui, parce que figurez-vous que maintenant que la Crevette est chez la nounou toute la journée, j’ai vachement plus de temps de cerveau disponible pour faire ce que j’ai à faire (finir une trad, un roman, faire le ménage… oh, wait). Compte tenu de l’ampleur des dégâts – six mois à expédier les affaires courantes et à déplacer des monceaux de trucs de la table à l’étagère au pied du lit au bureau et de nouveau à la table – j’ai enrôlé Belle-Maman.

Mon état d'esprit depuis quelques semaines
Mon état d’esprit depuis quelques semaines

Que les choses soient claires : j’adore ma belle-mère, et ce sans la moindre ironie de ma part. Mais pour vous donner une idée, elle est du genre à mettre la théière (en porcelaine) dans le lave-vaisselle pour remplir la place (moi aussi, j’en ai eu des frissons d’angoisse), et m’a appelée hier soir pour savoir ce qu’elle devait apporter (un deuxième aspirateur ? un balai-brosse ? des produits ménagers ?).
Si jamais je ne donne pas signe de vie d’ici vendredi, formez une expédition de sauvetage.

La collection automne-hiver 2014 d’Eric Bompard

Ceci est ma première rubrique “mode”, donc je vous demande votre indulgence, vu que je suis néophyte en la matière (et qu’en général c’est un sujet que je n’aborde pas). Bref. Hier, j’ai découvert le nouveau catalogue d’Eric Bompard dans ma boîte aux lettres et j’ai décidé, après l’avoir passé en revue, de vous montrer ma modeste sélection.
La marque est spécialisée dans le cachemire assez voire très haut de gamme et, pour moi qui suis une frileuse patentée (ma mère prétend que j’ai du jus de navet dans les veines), c’est un peu la matière ultime de l’hiver. Bien sûr, je n’ai absolument pas les moyens de me payer les modèles présentés, mais ça ne fait jamais de mal de se rincer l’oeil.
Dernier point, et non des moindres : le catalogue est fourni avec un nuancier et des fils de chaque couleur (joie extrême de la fille qui craint toujours de se planter quand elle fait ses courses par correspondance).

 ras-de-cou-pois-3dCe pull est la première pièce qui m’a attirée. Tout me plaît : la couleur rose poudré, les détails des petites boules et le fait qu’il s’agisse d’un cachemire 16 fils (donc très chaud). Malheureusement, ce dernier point fait aussi son prix, et cette merveille est strictement hors de mes moyens. Dommage, je l’aurais adoré avec un jean ou une robe noire.

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En parlant de robe noire, je trouve celle-ci ravissante. J’apprécie le côté “dentelle” des manches et du haut du buste, même si j’aurais peur des courants d’air (je suis terriblement pragmatique en matière de mode). Mais avec de belles bottes cavalières, je suis sûre que ce serait ultra-confortable et élégant.

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En matière de manteaux, je suis plutôt traditionaliste (rapport aux courants d’air susmentionnés), mais je me sentirais sans doute capable d’affronter la b(r)ise dans cette magnifique cape.

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Mon deuxième énorme coup de coeur de la collection, c’est cette superbe étole. J’ai un gros faible pour les motifs “ciel étoilé / galaxie” depuis quelques mois, mais je n’ai pas encore osé sauter le pas. Avec cet accessoire, cela me paraît plus aisé qu’avec une robe, par exemple. Et puis à force d’être statique quand je travaille, je finis mes journées emmitouflée dans plusieurs épaisseurs, et les châles me sauvent la vie.

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Et parce que je suis aussi bonne copine, j’ai sélectionné ce t-shirt en pensant à Isa. Je ne saurais pas comment porter cette pièce, mais je suis sûre qu’elle aurait des propositions à nous faire !

Bon voilà. Maintenant, la triste réalité, c’est que je suis dotée d’une Crevette avec option “gerboulis” intégrée, et que, si ça ne me dérange pas trop sur un t-shirt H&M, je ne sais pas comment je réagirais si elle me repeignait un vêtement aussi coûteux…

Où l’été décide jouer les prolongations

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Emballer la crème solaire de la Crevette avec son gel pour les dents et lui enfiler une robe légère à 8h du matin. Ouvrir la fenêtre de la chambre et sortir sans prendre la peine de la fermer ; l’entendre grincer régulièrement pendant la journée en se disant qu’il faudrait graisser les charnières – et puis peut-être pas, en fait : chaque fois qu’elle fait du bruit, ça me rappelle qu’il fait assez beau pour qu’elle soit ouverte.

Entendre un chat miauler dans la rue, descendre s’assurer que tout va bien, et se retrouver à faire ami-ami pendant 5 minutes. Partir à un rendez-vous en sandales et jupe légère, et surtout sans gilet (impensable pour moi). Exhumer les lunettes de soleil qu’on avait remisées un peu vite dans le tiroir de l’entrée en se disant que c’était fini pour cette année. S’attacher les cheveux en catastrophe parce qu’il risque de faire chaud dans les transports. Acheter une robe pour la Crevette – rose, certes, mais à carreaux et ornée d’un hibou. En rentrant, découvrir avec stupeur un autre chat (le nôtre) planqué dans les pulls, par 25°.

Travailler, mais pas autant qu’on l’aurait souhaité, toujours le nez un peu l’air avec ce beau temps. Discuter grossesse royale et ménage avec mon psy, indépendance de l’Ecosse, grossesse royale et vie amoureuse avec les copines, Crevette et grossesses royales avec la nounou (y aurait-il un thème aujourd’hui ?). Se dire qu’on irait bien faire une sieste ou boire un verre en terrasse pour finalement décider d’avancer le plus possible dans la trad. Récupérer la Crevette au square et passer une demi-heure à discuter à l’heure où le soleil est encore présent mais la lumière plus douce et la température plus clémente.

Recevoir une super proposition de la part d’Editeur Chéri pour octobre, mais chut. Coucher la Crevette qui s’est endormie sur son biberon, contempler le bordel de la maison en se disant que ce n’est pas si grave pour l’instant – mercredi, c’est jour de grand ménage. Mettre Les Guignols en pause pour l’Anglais et envisager de se verser un petit verre de vin pour faire couler la soirée.
Aujourd’hui, c’était presque les vacances, et malgré la montagne de boulot que j’ai l’impression d’attaquer à la petite cuillère, c’était une chouette journée.

The tea caddy

Aujourd’hui, je devais retrouver des amies pour le thé, et l’une d’entre nous a suggéré que nous nous rendions au Tea Caddy, un salon du quartier latin. Je n’aime pas forcément l’enchevêtrement de petites rues dénaturées par les vendeurs de kebabs, les restaurants faussement typiques et les boutiques de souvenirs moches, mais le lieu se trouve un peu à l’écart, non loin de la librairie Shakespeare & Co. et de l’église Saint-Julien-le-Pauvre.

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L’endroit est petit et un peu sombre, lambrissé de bois et doté de fenêtres à carreaux de verre dépoli mais, grâce au temps clément, la lumière naturelle entrait à flots et la majeure partie de la clientèle a décidé de s’installer en terrasse.
Nous avons commandé chacune un thé, Marion et Noriko ont choisi les scones à la crème et à la confiture de fraises tandis que, fidèle à moi-même, j’ai opté pour le gâteau au chocolat noir. Eh bien laissez-moi vous dire que je n’ai pas très faim ce soir.

Le gâteau au chocolat noir
Le gâteau au chocolat noir

Le thé était bon, mais je pense que tout ce chocolat en a un peu effacé le goût, aussi ne saurais-je être plus précise. J’avais choisi un thé noir à la rose, aux baies de sureau et à la fraise, et au moins la crainte que le mélange soit écœurant ne s’est pas confirmée !
Mais ce qui m’a le plus plu au cours de cette après-midi, c’est l’accueil discret et pas trop insistant. En outre, nous avons passé deux heures et demie à papoter sans rien commander de plus – je pense qu’au bout d’une heure le thé était définitivement trop froid – et personne ne nous a fait sentir que nous étions importunes ou qu’il fallait envisager de partir parce que d’autres attendaient. Certes, la salle était en partie vide, mais c’était franchement appréciable de ne pas se faire rappeler à l’ordre.

Dernier point, et non des moindres : la boutique dispose d’un site internet marchand.

The Tea Caddy – 14 rue Saint-Julien-le-Pauvre 75005 Paris

Où il est question de livres…

Une amie m’a taggée sur Facebook tout à l’heure, et comme je n’ai que des idées d’articles sérieux en ce moment, je me suis dit qu’un peu de fraîcheur et de spontanéité ne nuiraient pas à l’ambiance…
La règle : faites une liste de dix livres qui vous ont marqué(e) d’une manière ou d’une autre. Ne réfléchissez pas trop longtemps et surtout ne pensez pas au “bon” ou “mauvais” livre.

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Donc, ma sélection :
1/ Au bonheur des dames, Emile Zola
2/ Sense and sensibility, Jane Austen
3/ Le monde d’hier, Souvenirs d’un Européen, Stefan Zweig
4/ Irrésistible Mirabel, Loretta Chase
5/ Reine des orages, Marion Zimmer Bradley
6/ Fille de l’empire, Raymond E. Feist et Janny Wurts
7/ Du côté de chez Swann, Marcel Proust
8/ The handmaid’s tale, Margaret Atwood
9/ Complot à Versailles, Annie Jay
10/ Serena, Martine Desèvre

Il y a à boire et à manger dans cette sélection, mais on notera une prédominance d’héroïnes fortes, dont on raconte la lutte pour se frayer un chemin dans un univers hostile et généralement féminin. Il faut peut-être y discerner quelque chose…

Hug your loved ones

Hier soir, l’un de mes collègues est décédé. Un crabe dans le cœur. Il avait 36 ans.
Je ne le connaissais pas personnellement, j’avais surtout accès à son travail, et nous échangions plus ou moins régulièrement par mail ou téléphone. On a dû se croiser une ou deux fois à la machine à café (il vivait en province et moi je suis à temps partiel).
De lui, je garde le souvenir de quelqu’un d’intelligent, drôle, capable d’expliquer simplement des choses techniques auxquelles je ne comprenais rien. Je le charriais sur sa grammaire parfois aléatoire et il me répondait en rigolant. Je parlais de lui avec ma sœur (elle a beaucoup travaillé avec lui) et de ma sœur avec lui. C’était quelqu’un qui me paraissait profondément humain et pas du tout imbu de lui-même.

Hier soir, quand ma sœur m’a appris la nouvelle, j’ai raccroché et je suis allée serrer mon Anglais dans mes bras. Et puis, comme elle dormait déjà, je me suis contentée d’envoyer plein d’amour à ma Crevette, et de profiter d’elle ce matin et ce soir. Je n’ose même pas imaginer la douleur que ses parents doivent éprouver.
C’est la leçon à en tirer : dites aux gens que vous aimez que vous les aimez, prenez-les dans vos bras et profitez du temps passé avec eux. Parce que ça passe toujours trop vite.

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Et faites un don à la recherche contre le cancer.

Idées reçues sur le japonais

nihongoHier après-midi, alors que j’étais dans le métro, j’ai surpris une conversation entre deux jeunes gens (enfin, “surpris”… je pense que la moitié du wagon en a profité), dont la teneur m’a un peu hérissée. J’ai entendu pas mal de conneries autour de la langue japonaise, essentiellement des idées reçues, et j’avais envie de mettre les choses à plat.
Si j’avais eu plus de deux stations, je pense que j’aurais attrapé les deux interlocuteurs entre quatre-z’yeux pour leur apprendre la vie, la vraie. Bref.

“Moi j’préfère apprendre le japonais que l’anglais”.
Hem. Déjà, l’anglais “standard” est juste la langue la plus parlée au monde, celle qui normalement peut te permettre de te dépatouiller à peu près partout. A l’inverse, le japonais est parlé par 125 millions de personnes dans le monde, ET C’EST TOUT. Le Japon ayant perdu ses colonies (ou les nôtres) à la fin de la seconde guerre mondiale, aucun autre pays ne parle le japonais. Incroyable, non.
De plus, si tu n’es pas prêt à apprendre une langue dont la structure grammaticale, la pensée, le vocabulaire (en grande partie tiré de mots français), l’alphabet, etc. sont similaires aux nôtres, comment diable vas-tu te mettre à une langue qui nécessite de découvrir une nouvelle grammaire, trois systèmes d’écriture (oui, trois : deux syllabaires, plus les kanji), des degrés de politesse et des concepts qui n’existent pas chez nous, des structures franchement alambiquées, j’en passe et des meilleures ?
La seule chose que je suis prête à concéder, c’est que le japonais est plus facile à prononcer que l’anglais quand on est Français (et encore, je jetterai un voile pudique sur les “h” aspirés). Point barre.
Enfin, sache une chose : plus on parle de langues étrangères, plus il est facile d’en apprendre de nouvelles. A titre personnel, j’ai intégré le truc des “particules” (qui généralement indiquent la fonction grammaticale du mot/groupe de mots dans la phrase) grâce à mes déclinaisons latines.

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“Tu vois, quand je regarde One Piece, je reconnais des mots comme “Matsumoto-san”, c’est trop cool.”
Je ne jetterai jamais la pierre à quelqu’un sur les raisons qui l’ont poussé à suivre tel ou tel enseignement. Personnellement, je me suis mise au japonais parce que j’aimais les sushis, les manga et la littérature japonaise classique. Ma belle-mère s’est mise au russe parce qu’elle n’a pas entendu son nom pour les cours d’allemand (elle est devenue interprète et a rencontré mon beau-père en URSS, comme quoi).
Toutefois, si ta seule motivation pour apprendre la japonais, c’est pouvoir lire les manga en VO et comprendre les paroles des groupes de J-Pop, ça ne va pas suffire. Il existe deux façons d’apprendre la langue, du moins en région parisienne : à la fac ou dans des cours d’initiation. Ces derniers sont bien (je ne les ai pas testés, mais j’en ai eu des retours positifs), si l’on part du principe que ce n’est qu’une initiation et que ça permettra de tenir une conversation basique.
La fac, en revanche, c’est du sérieux. En région parisienne (je ne parle que de cela car c’est mon unique référence), c’est soit à l’INALCO, soit à Paris 7. Dans les deux cas, c’est une formation extrêmement variée mais très orientée “littéraire”. Apprendre le japonais à la fac, c’est comme faire des études LEA d’allemand ou d’espagnol : on bouffe du texte, de la traduction, de la compréhension écrite et orale et de la civilisation. Vous avez très peu de chance d’apprendre à déchiffrer un manga. Mais attendez-vous à un cours magistral sur la notion comparée d’art et d’artisanat au Japon. Tout de suite, ça calme.
Accessoirement, le japonais enseigné à la fac est le japonais dit “standard”, qui sert avant tout à lire des textes et faire des recherches. Contrairement au japonais de la culture populaire qui est essentiellement une langue parlée qui ne s’enseigne pas vraiment…
Qui plus est, les débouchés sont maigres, surtout si on ne fait que ça : interprétariat, traduction, enseignement (si on est très bon), serveur dans un resto de la rue Sainte-Anne. Je caricature à peine.

Source
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“Nan mais j’m’en fous. Au pire, tu pars au Japon et t’apprends sur le tas.”
Encore une fois, tout dépend de l’usage que tu veux faire du japonais. Partir au Japon n’est pas une mauvaise idée en soi, mais il faut savoir à quoi s’attendre. Si tu pars avec un visa vacances/travail, 95% des boulots qu’on va te proposer, c’est… professeur d’anglais (par “professeur”, comprendre “baragouineur payé au lance-pierre pour faire gazouiller 25 mômes ou une demi-douzaine de vieilles pendant 50 minutes”). Difficile de progresser en japonais dans ces conditions.
En plus, au Japon, les étrangers ont tendance à vivre entre eux car il est très difficile de se faire des relations quand on ne parle pas japonais. Ou alors, il faut travailler dans une société japonaise, mais en général, ça implique de savoir faire autre chose que simplement aligner trois mots en idiome local (ingénieur, ça marche bien comme boulot). Et nous revoilà à la case départ.
Après, on y arrive. Apprendre sur le tas, ça se fait, il y a même des gens qui s’en sortent très bien et qui, au bout de plusieurs années (attention, le visa vacances-travail n’est pas renouvelable !), parlent comme les locaux. C’est là le hic : ils parlent, mais ils ne lisent ni n’écrivent, ou alors peu/mal. Et mine de rien, ça limite grandement les interactions et la vie quotidienne.

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Conclusion
Je ne cherche pas à décourager les gens, ni à dire qu’hors la fac point de salut. Il faut d’abord et avant tout déterminer ce qu’on veut, avant de faire ses choix en conséquence. Est-ce que tu veux comprendre les manga et les dessins animés ou découvrir la culture japonaise en profondeur ? Est-ce que tu perçois cet apprentissage comme un passe-temps ou comme un choix de carrière ? Dans ce second cas, prépare-toi à en chier un peu et demande-toi ce que tu peux apporter de plus à un employeur en dehors de ta connaissance du japonais (tu veux devenir assistant de direction trilingue, tu travailles dans la restauration ou le luxe, tu es animateur pour le cinéma…).

Pour moi, apprendre le japonais a été une formidable ouverture intellectuelle. J’ai découvert une culture extrêmement riche, grâce à un enseignement complet et exigeant. Mais la langue japonaise est vraiment complexe et nécessite une vigilance de tous les instants : presque sept ans après avoir quitté la fac, j’ai de plus en plus de mal à déchiffrer mes kanji, et je ne parle pas de les écrire. Seul l’oral prédomine, souvent grâce à un bon dictionnaire et à un petit verre de saké.
Ce sont des choses à savoir avant de se lancer là-dedans, mais quand on a mordu à l’hameçon, cela peut être à la fois gratifiant et particulièrement addictif !

15 jours

C’est ce qu’il aura fallu pour que je perde tout le bienfait de nos géniales trois semaines de vacances. Une vraie arnaque, si vous voulez mon avis. Le souci, c’est que la tendance n’est pas près de s’inverser.

Source
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Depuis que nous sommes rentrés, j’ai l’impression de ressembler au lapin d’Alice : je cours toujours quelque part, au sens propre ou figuré. La Crevette va enfin chez la nounou mais, jusqu’à mercredi, seulement le matin, et les quelques heures dont je dispose filent à toute allure. Garder un semblant d’ordre dans l’appartement s’apparente aux douze travaux d’Hercule (ou à remplir le tonneau des Danaïdes, j’ai pas encore choisi) : dès qu’on range un truc, deux autres apparaissent. A croire qu’aucune surface ne peut rester vierge de bordel (il n’y a qu’à voir mon bureau…).
Je me bats avec toutes les administrations possibles et imaginables : CAF, Ursaaf, Agessa… pour différents papiers / justificatifs / règlements à fournir (vous avez déjà essayé de joindre quelqu’un à la CAF ? Ca demande d’être particulièrement retors…).

Niveau boulot, ce n’est guère plus brillant : il me reste exactement trois mois pour boucler ma nouvelle trad (il y près de 600 pages, j’en ai éclusé 50, à moi les week-ends de novembre travaillés), et j’ai tellement de retard dans mon prochain roman que ça ressemble plutôt à une grève reconductible (ou alors je suis en avance sur le suivant, au choix…). Comme si ça ne suffisait pas, j’ai été prise d’une idée brillante en juin dernier qui devrait m’en rajouter une couche (j’aime les défis) et je n’ai pas la moindre idée de la façon dont je vais pouvoir gérer tout ça. Ah oui, et je suis toujours salariée à temps partiel deux jours par semaine.

Enfin, des nouvelles pas très réjouissantes (rien de grave, hein, mais disons qu’on attendait mieux) sur la santé de la Crevette m’ont mis un gros coup au moral vendredi. Cela m’a même rendue démesurément triste, et je me demande si je ne suis pas en train de me cuisiner un petit burn out dans mon coin.

Mais je retourne voir mon psy cet après-midi : décharger tout ça devrait me faire du bien. Enfin, j’espère.

“L’insoumise”

DesevreEn France, sous le règne de François Ier, Raphaëlle Aslet, orpheline spoliée de ses biens, est initiée à l’art de l’orfèvrerie. A dix-huit ans, elle est passée maître dans la création de joyaux originaux. Résolue à vivre de sa pratique, elle se rend à Paris afin d’y exercer ses talents. Mais dans une corporation où l’art est uniquement professé par des hommes, elle doit affronter la misogynie : ambitions, rivalités, vengeances… les orfèvres cherchent à l’évincer par tous les moyens. A cette malveillance s’ajoute la jalousie de Margaux, l’épouse du chevalier Guillaume de Valras dont Raphaëlle est éperdument amoureuse.


J’ai découvert l’unique autre roman de Martine Desèvre, Serena, lors d’un séjour en Thaïlande (enfin, au Club Med) quand j’avais 14 ans. J’en gardais le souvenir d’une histoire haletante et épique – au point de pourchasser ce livre sur les sites spécialisés pendant des années – et j’ai toujours espéré qu’elle publie un autre roman. Chose faite cette année, et la version poche est sortie juste à temps pour les vacances. Je me suis donc ruée dessus telle l’affamée, et je n’ai pas été déçue, bien au contraire.

A titre personnel, j’adore les romans historiques, à condition qu’ils soient bien documentés et, de préférence, bien écrits. Mais là, quel plaisir ! J’ai dévoré les aventures de Raphaëlle, jeune femme au tempérament fougueux mais qui vit à l’écart de la société très normée de cette époque charnière, tant au plan politique qu’artistique ou religieux. C’est une femme qui cherche à exercer un métier d’homme, qui veut se tailler une place dans une période qui ne laisse encore que peu de place à l’indépendance.
L’auteur a une capacité à nous plonger dans la vie quotidienne des nobles, de la cour, mais aussi des artisans, décrivant par le menu leur façon de travailler ou de commercer, la manière dont étaient organisées les corporations… Le contexte politique – guerres d’Italie et rivalité avec Charles Quint – et religieux – apparition de la Réforme – est également bien expliqué sans que cela soit fait de façon pédante ou scolaire.
Enfin, l’histoire est haletante, qu’il s’agisse du destin professionnel de l’héroïne comme de son histoire d’amour – qui n’est pas forcément au premier plan du roman – et on ne peut s’empêcher de tourner les pages pour arriver au chapitre suivant. Je n’ai qu’un seul petit bémol : j’ai trouvé que l’auteur s’acharnait un peu trop sur l’héroïne à la fin, et j’aurais souhaité un dénouement plus apaisé. Par ailleurs, ne vous fiez pas à la couverture qui montre une jeune femme blonde aux yeux bleus (l’héroïne est rousse aux yeux verts…) dans une tenue que l’on pourrait qualifier de mauvaise réinterprétation de la mode “médiévale”, le contenu est bien meilleur.
Quoi qu’il en soit, c’est un très bon roman, que je vous recommande si vous êtes fan du genre.

L’insoumise, Martine Desèvre, J’ai Lu

L’écriture, cette emmerdeuse

Il y a quelques semaines, je discutais brièvement avec un ami qui exprimait sa curiosité sur les raisons du long hiatus (quasiment trois ans et demi, quand même) de ce blog.

Source
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Je n’ai pas décidé volontairement d’interrompre mes publications – je n’y avais même pas songé, pour être honnête. En revanche, plusieurs événements, pas forcément liés, se sont conjugués et ont fini par avoir raison de mon envie d’écrire.

  • Depuis mars 2010, j’ai entamé une reconversion professionnelle dans la traduction littéraire (je travaillais le soir et le week-end chez moi). Le souci, c’est que certains de mes collègues du boulot “officiel” lisaient ce blog et que je n’avais pas envie d’être interrogée à la machine à café sur mes activités. Même si ça n’empiétait pas sur mon travail, on aurait toujours pu s’interroger sur ma motivation (très médiocre, il faut bien l’avouer) ou sur ma charge de travail (très fluctuante mais en expansion massive depuis fin 2008). Du coup, alors que j’aurais aimé aborder ce sujet, je me suis complètement auto-censurée.
  • Conséquence de cette reconversion, ma vie sociale et culturelle s’est méchamment cassé la figure. Forcément, quand on bosse toute la journée et qu’on en remet une couche tous les soirs (sauf le jeudi pour la soirée médiévale) et le week-end, on est crevé et on préfère regarder la télé que se traîner dehors.
  • En mai 2010, l’Anglais m’a demandée mariage (la cérémonie a eu lieu un an plus tard), mais je refusais d’en parler en ligne, car j’estimais que cela relevait trop de la sphère privée. Du coup, cela faisait encore un sujet de censure !
  • Je m’étais fixé un quota de deux à trois articles par semaine, mais j’avais de plus en plus de mal à remplir cette condition. En outre, c’était devenu une corvée de toujours penser à ce dont je pourrais parler. Quand il n’y a pas de plaisir, cela ne sert à rien de s’acharner.
  • Mais le plus gros déclencheur, que je ne m’explique toujours pas complètement, a été le voyage au Japon effectué avec une amie en novembre 2010. Elle m’avait demandé de lui servir de guide, moyennant quoi je voyageais à ses frais (si). Le souci, c’est que cela faussé la relation qui ne pouvait plus tout à fait être amicale, vu que l’une était redevable à l’autre (à mon sens). Du coup, je me pliais avec plus ou moins de bonne grâce à ses exigences, tout en n’était pas toujours la plus aimable.
    L’autre souci, c’est que cette amie, qui attendait ce voyage depuis quinze ans, a très mal vécu ce séjour : la ville grouillante et indifférente (Tokyo, c’est immense, moche et déboussolant, même si c’est une ville géniale à vivre), la perte totale de repères, que ce soit physiques (le soleil se lève à 5h du mat et se couche à 18h dernier carat), linguistiques ou humains, le décalage très fort entre le Japon fantasmé et le Japon réel (c’est un vrai problème, un peu comme pour les Japonais qui arrivent à Paris en fantasmant sur “Amélie Poulain”)… Je crois qu’elle a très difficilement supporté le fait d’être quasi-entièrement dépendante de moi, elle qui a toujours été autonome et celle sur laquelle on se repose.
    A notre retour, on ne s’est plus parlé, et les choses ne se sont jamais vraiment améliorées. On ne fait plus que se croiser, on se salue, on échange les dernières nouvelles et c’est tout. J’ai vécu ce voyage comme un véritable échec personnel, car je me découvrais incapable de faire aimer ce pays que j’adore à quelqu’un qui était déjà presque converti. A l’époque, j’étais censée passer un entretien peu après notre retour, pour une agence spécialisée dans les voyages très orientés culture, mais je n’y suis jamais allée.

Et puis, insidieusement, ça a recommencé à me travailler. J’avais de nouveau envie de parler sur ce blog, mais je me retenais en me disant que ça demanderait beaucoup de temps et d’investissement. Surtout qu’autour de moi, la quasi-totalité de mes copines se mettaient à écrire ! Et voilà, un beau jour de juin, j’ai fini par décréter qu’il fallait que je m’y remette maintenant-tout-de-suite.
Pourquoi ce déblocage ? Alors là, bonne question…