Hier soir, l’un de mes collègues est décédé. Un crabe dans le cœur. Il avait 36 ans.
Je ne le connaissais pas personnellement, j’avais surtout accès à son travail, et nous échangions plus ou moins régulièrement par mail ou téléphone. On a dû se croiser une ou deux fois à la machine à café (il vivait en province et moi je suis à temps partiel).
De lui, je garde le souvenir de quelqu’un d’intelligent, drôle, capable d’expliquer simplement des choses techniques auxquelles je ne comprenais rien. Je le charriais sur sa grammaire parfois aléatoire et il me répondait en rigolant. Je parlais de lui avec ma sœur (elle a beaucoup travaillé avec lui) et de ma sœur avec lui. C’était quelqu’un qui me paraissait profondément humain et pas du tout imbu de lui-même.
Hier soir, quand ma sœur m’a appris la nouvelle, j’ai raccroché et je suis allée serrer mon Anglais dans mes bras. Et puis, comme elle dormait déjà, je me suis contentée d’envoyer plein d’amour à ma Crevette, et de profiter d’elle ce matin et ce soir. Je n’ose même pas imaginer la douleur que ses parents doivent éprouver.
C’est la leçon à en tirer : dites aux gens que vous aimez que vous les aimez, prenez-les dans vos bras et profitez du temps passé avec eux. Parce que ça passe toujours trop vite.
Hier après-midi, alors que j’étais dans le métro, j’ai surpris une conversation entre deux jeunes gens (enfin, “surpris”… je pense que la moitié du wagon en a profité), dont la teneur m’a un peu hérissée. J’ai entendu pas mal de conneries autour de la langue japonaise, essentiellement des idées reçues, et j’avais envie de mettre les choses à plat.
Si j’avais eu plus de deux stations, je pense que j’aurais attrapé les deux interlocuteurs entre quatre-z’yeux pour leur apprendre la vie, la vraie. Bref.
“Moi j’préfère apprendre le japonais que l’anglais”. Hem. Déjà, l’anglais “standard” est juste la langue la plus parlée au monde, celle qui normalement peut te permettre de te dépatouiller à peu près partout. A l’inverse, le japonais est parlé par 125 millions de personnes dans le monde, ET C’EST TOUT. Le Japon ayant perdu ses colonies (ou les nôtres) à la fin de la seconde guerre mondiale, aucun autre pays ne parle le japonais. Incroyable, non.
De plus, si tu n’es pas prêt à apprendre une langue dont la structure grammaticale, la pensée, le vocabulaire (en grande partie tiré de mots français), l’alphabet, etc. sont similaires aux nôtres, comment diable vas-tu te mettre à une langue qui nécessite de découvrir une nouvelle grammaire, trois systèmes d’écriture (oui, trois : deux syllabaires, plus les kanji), des degrés de politesse et des concepts qui n’existent pas chez nous, des structures franchement alambiquées, j’en passe et des meilleures ?
La seule chose que je suis prête à concéder, c’est que le japonais est plus facile à prononcer que l’anglais quand on est Français (et encore, je jetterai un voile pudique sur les “h” aspirés). Point barre.
Enfin, sache une chose : plus on parle de langues étrangères, plus il est facile d’en apprendre de nouvelles. A titre personnel, j’ai intégré le truc des “particules” (qui généralement indiquent la fonction grammaticale du mot/groupe de mots dans la phrase) grâce à mes déclinaisons latines.
“Tu vois, quand je regarde One Piece, je reconnais des mots comme “Matsumoto-san”, c’est trop cool.”
Je ne jetterai jamais la pierre à quelqu’un sur les raisons qui l’ont poussé à suivre tel ou tel enseignement. Personnellement, je me suis mise au japonais parce que j’aimais les sushis, les manga et la littérature japonaise classique. Ma belle-mère s’est mise au russe parce qu’elle n’a pas entendu son nom pour les cours d’allemand (elle est devenue interprète et a rencontré mon beau-père en URSS, comme quoi).
Toutefois, si ta seule motivation pour apprendre la japonais, c’est pouvoir lire les manga en VO et comprendre les paroles des groupes de J-Pop, ça ne va pas suffire. Il existe deux façons d’apprendre la langue, du moins en région parisienne : à la fac ou dans des cours d’initiation. Ces derniers sont bien (je ne les ai pas testés, mais j’en ai eu des retours positifs), si l’on part du principe que ce n’est qu’une initiation et que ça permettra de tenir une conversation basique.
La fac, en revanche, c’est du sérieux. En région parisienne (je ne parle que de cela car c’est mon unique référence), c’est soit à l’INALCO, soit à Paris 7. Dans les deux cas, c’est une formation extrêmement variée mais très orientée “littéraire”. Apprendre le japonais à la fac, c’est comme faire des études LEA d’allemand ou d’espagnol : on bouffe du texte, de la traduction, de la compréhension écrite et orale et de la civilisation. Vous avez très peu de chance d’apprendre à déchiffrer un manga. Mais attendez-vous à un cours magistral sur la notion comparée d’art et d’artisanat au Japon. Tout de suite, ça calme.
Accessoirement, le japonais enseigné à la fac est le japonais dit “standard”, qui sert avant tout à lire des textes et faire des recherches. Contrairement au japonais de la culture populaire qui est essentiellement une langue parlée qui ne s’enseigne pas vraiment…
Qui plus est, les débouchés sont maigres, surtout si on ne fait que ça : interprétariat, traduction, enseignement (si on est très bon), serveur dans un resto de la rue Sainte-Anne. Je caricature à peine.
“Nan mais j’m’en fous. Au pire, tu pars au Japon et t’apprends sur le tas.”
Encore une fois, tout dépend de l’usage que tu veux faire du japonais. Partir au Japon n’est pas une mauvaise idée en soi, mais il faut savoir à quoi s’attendre. Si tu pars avec un visa vacances/travail, 95% des boulots qu’on va te proposer, c’est… professeur d’anglais (par “professeur”, comprendre “baragouineur payé au lance-pierre pour faire gazouiller 25 mômes ou une demi-douzaine de vieilles pendant 50 minutes”). Difficile de progresser en japonais dans ces conditions.
En plus, au Japon, les étrangers ont tendance à vivre entre eux car il est très difficile de se faire des relations quand on ne parle pas japonais. Ou alors, il faut travailler dans une société japonaise, mais en général, ça implique de savoir faire autre chose que simplement aligner trois mots en idiome local (ingénieur, ça marche bien comme boulot). Et nous revoilà à la case départ.
Après, on y arrive. Apprendre sur le tas, ça se fait, il y a même des gens qui s’en sortent très bien et qui, au bout de plusieurs années (attention, le visa vacances-travail n’est pas renouvelable !), parlent comme les locaux. C’est là le hic : ils parlent, mais ils ne lisent ni n’écrivent, ou alors peu/mal. Et mine de rien, ça limite grandement les interactions et la vie quotidienne.
Conclusion
Je ne cherche pas à décourager les gens, ni à dire qu’hors la fac point de salut. Il faut d’abord et avant tout déterminer ce qu’on veut, avant de faire ses choix en conséquence. Est-ce que tu veux comprendre les manga et les dessins animés ou découvrir la culture japonaise en profondeur ? Est-ce que tu perçois cet apprentissage comme un passe-temps ou comme un choix de carrière ? Dans ce second cas, prépare-toi à en chier un peu et demande-toi ce que tu peux apporter de plus à un employeur en dehors de ta connaissance du japonais (tu veux devenir assistant de direction trilingue, tu travailles dans la restauration ou le luxe, tu es animateur pour le cinéma…).
Pour moi, apprendre le japonais a été une formidable ouverture intellectuelle. J’ai découvert une culture extrêmement riche, grâce à un enseignement complet et exigeant. Mais la langue japonaise est vraiment complexe et nécessite une vigilance de tous les instants : presque sept ans après avoir quitté la fac, j’ai de plus en plus de mal à déchiffrer mes kanji, et je ne parle pas de les écrire. Seul l’oral prédomine, souvent grâce à un bon dictionnaire et à un petit verre de saké.
Ce sont des choses à savoir avant de se lancer là-dedans, mais quand on a mordu à l’hameçon, cela peut être à la fois gratifiant et particulièrement addictif !
C’est ce qu’il aura fallu pour que je perde tout le bienfait de nos géniales trois semaines de vacances. Une vraie arnaque, si vous voulez mon avis. Le souci, c’est que la tendance n’est pas près de s’inverser.
Depuis que nous sommes rentrés, j’ai l’impression de ressembler au lapin d’Alice : je cours toujours quelque part, au sens propre ou figuré. La Crevette va enfin chez la nounou mais, jusqu’à mercredi, seulement le matin, et les quelques heures dont je dispose filent à toute allure. Garder un semblant d’ordre dans l’appartement s’apparente aux douze travaux d’Hercule (ou à remplir le tonneau des Danaïdes, j’ai pas encore choisi) : dès qu’on range un truc, deux autres apparaissent. A croire qu’aucune surface ne peut rester vierge de bordel (il n’y a qu’à voir mon bureau…).
Je me bats avec toutes les administrations possibles et imaginables : CAF, Ursaaf, Agessa… pour différents papiers / justificatifs / règlements à fournir (vous avez déjà essayé de joindre quelqu’un à la CAF ? Ca demande d’être particulièrement retors…).
Niveau boulot, ce n’est guère plus brillant : il me reste exactement trois mois pour boucler ma nouvelle trad (il y près de 600 pages, j’en ai éclusé 50, à moi les week-ends de novembre travaillés), et j’ai tellement de retard dans mon prochain roman que ça ressemble plutôt à une grève reconductible (ou alors je suis en avance sur le suivant, au choix…). Comme si ça ne suffisait pas, j’ai été prise d’une idée brillante en juin dernier qui devrait m’en rajouter une couche (j’aime les défis) et je n’ai pas la moindre idée de la façon dont je vais pouvoir gérer tout ça. Ah oui, et je suis toujours salariée à temps partiel deux jours par semaine.
Enfin, des nouvelles pas très réjouissantes (rien de grave, hein, mais disons qu’on attendait mieux) sur la santé de la Crevette m’ont mis un gros coup au moral vendredi. Cela m’a même rendue démesurément triste, et je me demande si je ne suis pas en train de me cuisiner un petit burn out dans mon coin.
Mais je retourne voir mon psy cet après-midi : décharger tout ça devrait me faire du bien. Enfin, j’espère.
Il y a quelques semaines, je discutais brièvement avec un ami qui exprimait sa curiosité sur les raisons du long hiatus (quasiment trois ans et demi, quand même) de ce blog.
Je n’ai pas décidé volontairement d’interrompre mes publications – je n’y avais même pas songé, pour être honnête. En revanche, plusieurs événements, pas forcément liés, se sont conjugués et ont fini par avoir raison de mon envie d’écrire.
Depuis mars 2010, j’ai entamé une reconversion professionnelle dans la traduction littéraire (je travaillais le soir et le week-end chez moi). Le souci, c’est que certains de mes collègues du boulot “officiel” lisaient ce blog et que je n’avais pas envie d’être interrogée à la machine à café sur mes activités. Même si ça n’empiétait pas sur mon travail, on aurait toujours pu s’interroger sur ma motivation (très médiocre, il faut bien l’avouer) ou sur ma charge de travail (très fluctuante mais en expansion massive depuis fin 2008). Du coup, alors que j’aurais aimé aborder ce sujet, je me suis complètement auto-censurée.
Conséquence de cette reconversion, ma vie sociale et culturelle s’est méchamment cassé la figure. Forcément, quand on bosse toute la journée et qu’on en remet une couche tous les soirs (sauf le jeudi pour la soirée médiévale) et le week-end, on est crevé et on préfère regarder la télé que se traîner dehors.
En mai 2010, l’Anglais m’a demandée mariage (la cérémonie a eu lieu un an plus tard), mais je refusais d’en parler en ligne, car j’estimais que cela relevait trop de la sphère privée. Du coup, cela faisait encore un sujet de censure !
Je m’étais fixé un quota de deux à trois articles par semaine, mais j’avais de plus en plus de mal à remplir cette condition. En outre, c’était devenu une corvée de toujours penser à ce dont je pourrais parler. Quand il n’y a pas de plaisir, cela ne sert à rien de s’acharner.
Mais le plus gros déclencheur, que je ne m’explique toujours pas complètement, a été le voyage au Japon effectué avec une amie en novembre 2010. Elle m’avait demandé de lui servir de guide, moyennant quoi je voyageais à ses frais (si). Le souci, c’est que cela faussé la relation qui ne pouvait plus tout à fait être amicale, vu que l’une était redevable à l’autre (à mon sens). Du coup, je me pliais avec plus ou moins de bonne grâce à ses exigences, tout en n’était pas toujours la plus aimable.
L’autre souci, c’est que cette amie, qui attendait ce voyage depuis quinze ans, a très mal vécu ce séjour : la ville grouillante et indifférente (Tokyo, c’est immense, moche et déboussolant, même si c’est une ville géniale à vivre), la perte totale de repères, que ce soit physiques (le soleil se lève à 5h du mat et se couche à 18h dernier carat), linguistiques ou humains, le décalage très fort entre le Japon fantasmé et le Japon réel (c’est un vrai problème, un peu comme pour les Japonais qui arrivent à Paris en fantasmant sur “Amélie Poulain”)… Je crois qu’elle a très difficilement supporté le fait d’être quasi-entièrement dépendante de moi, elle qui a toujours été autonome et celle sur laquelle on se repose.
A notre retour, on ne s’est plus parlé, et les choses ne se sont jamais vraiment améliorées. On ne fait plus que se croiser, on se salue, on échange les dernières nouvelles et c’est tout. J’ai vécu ce voyage comme un véritable échec personnel, car je me découvrais incapable de faire aimer ce pays que j’adore à quelqu’un qui était déjà presque converti. A l’époque, j’étais censée passer un entretien peu après notre retour, pour une agence spécialisée dans les voyages très orientés culture, mais je n’y suis jamais allée.
Et puis, insidieusement, ça a recommencé à me travailler. J’avais de nouveau envie de parler sur ce blog, mais je me retenais en me disant que ça demanderait beaucoup de temps et d’investissement. Surtout qu’autour de moi, la quasi-totalité de mes copines se mettaient à écrire ! Et voilà, un beau jour de juin, j’ai fini par décréter qu’il fallait que je m’y remette maintenant-tout-de-suite.
Pourquoi ce déblocage ? Alors là, bonne question…
Y’a des jours comme ça, où c’est pas la fête. La Crevette fait ses dents depuis la semaine dernière et, si jusqu’à présent cela se manifestait pas une tendance à mordre dans tout ce qui lui passait sous la main, aujourd’hui cela s’est traduit par un réveil à 5h du matin et un lever avant 6h. Autant dire qu’on a attaqué la journée au ralenti. Personnellement, j’avais la bouteille de coca vissée à la main dès 9h.
J’ai peu travaillé (j’ai envie de dire “pas assez”) et je commence à reprendre du retard sur mon retard (oui, c’est un concept que j’ai décidé de tester…), avant d’aller récupérer mademoiselle chez sa nounou. Et là… le drame a commencé.
Parce que les dents, c’est douloureux, parce que je suis crevée et que j’ai une très faible résistance aux cris, parce qu’elle était visiblement crevée mais hurlait dès que je la posais dans son lit (ou dans son transat, hein), j’ai vécu deux heures d’apocalypse parentale : l’impression que rien ne va, que l’enfant ne se taira jamais, la vague (mais tenace) envie de balancer le bébé par la fenêtre et soi avec…
Pour couronner le tout, j’ai, par un geste malencontreux, “explosé” le biberon rempli à ras bord sur le canapé, mon trench, le tapis, le sol… Je sens que ça va sentir le vieux fromage dans l’appartement pendant quelques jours !
Et puis, le miracle : la Crevette s’est endormie, j’ai fait une petite sieste, l’Anglais a réussi à rentrer plus tôt et il m’a fait livrer des sushis. A l’heure où j’écris ces lignes, je suis vautrée dans le canapé, les neurones débranchés, prête à passer une soirée tranquille.
Ce n’est pas tous les jours, et fort heureusement, mais ça fait partie de ces moments où je suis bien contente d’avoir quelqu’un sur qui me reposer, et je mesure ma chance par rapport à d’autres.
A se demander ce que j’ai fait pendant tout ce temps : comme tout le monde, j’ai disparu pour les vacances en août, chose qui ne m’était pas arrivée depuis bien 5 ans. Oui, car moi, madame, je vais à l’encontre des conventions, je pars à l’automne.
Nous avons passé le temps à lire, siester, nager dans la piscine, manger en terrasse, faire des courses de bouffe (très important), prendre l’apéro, visiter, ne RIEN faire, ramer pour avoir une pauvre connexion 3G au bout du jardin en équilibre sur un pied, ne plus avoir la télé dès le deuxième soir, du coup jouer au tarot jusqu’à pas d’heure en mangeant beaucoup trop de glace dans des bols beaucoup trop grands, coacher la Crevette pour qu’elle s’asseye ou se retourne (on y vient mais c’est pas encore ça)…
Cheers
Surtout, on s’est reposés. Je dois un immense coup de chapeau à mes beaux-parents, et en particulier à ma belle-mère, pour avoir géré la Crevette quand je voulais dormir / écrire / bouquiner ou quand on partait se balader en amoureux. Du coup, j’ai lu plein de bouquins, déniché des coins sympas et ça va me faire de quoi vous rédiger des articles pendant un petit bout de temps
Hier soir, Armalite a demandé à la cantonade sur sa page Facebook quelle était la chose dans notre vie (positive ou négative) que nous n’aurions pas pu imaginer il y a 5 ans. Du coup, j’ai décidé de faire un petit bilan.
Je rêve de repartir vivre au Japon, par exemple avec un visa vacances-travail, mais lui ne pourrait pas m’accompagner.
Je me morfonds dans un boulot qui ne plaît pas et dans lequel j’ai l’impression de stagner.
Je blogue à tout va, au point de me demander régulièrement : “mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ?”
Nous plongeons dans la reconstitution historique et les campements.
Nous allons bientôt adopter un chat, même si l’Anglais n’est pas au courant.
J’ai pas mal réfléchi à la question d’Armalite, et je me suis rendu compte que, en cinq ans, ma vie avait beaucoup changé, surtout en bien. En fait, je n’ai jamais été aussi heureuse (oui, ça a l’air mièvre dit comme ça, mais c’est vrai).
J’ai enfin réussi à dépasser le blocage qui m’empêchait d’écrire (et j’ai trouvé un éditeur pour me faire confiance).
J’ai commencé la traduction littéraire freelance, sans trop savoir dans quoi je mettais les pieds, mais je m’amuse beaucoup.
J’ai épousé l’Anglais (et on m’en parle encore, alors j’en déduis que, pour les gens aussi, la fête était belle).
Nous avons eu un bébé, alias la Crevette.
Le chat est toujours parmi nous (et la cohabitation se passe bien).
J’ai arrêté puis repris ce blog.
Il y a des choses dont je rêvais (le mariage – oui, un peu, je le reconnais – le bébé…) mais que j’arrivais à envisager, alors que d’autres me paraissaient inatteignables (la reconversion professionnelle et l’écriture, notamment).
Parmi les choses négatives ou difficiles que je n’aurais pas imaginées, il y a :
Le fait que le départ de mon père au Canada distendrait autant nos liens : j’avais l’habitude de l’appeler ou de passer le voir (nous n’habitions qu’à quelques stations de métro l’un de l’autre) au moins une fois par semaine, aujourd’hui c’est un Skype tous les trois mois et un mail de temps en temps. Surtout, je ne lui raconte plus rien de ma vie, je me contente des faits les plus banals.
La naissance ma demi-sœur, qui a été très difficile à digérer (et que je n’ai toujours pas digérée, en fait, alors que ça fait un an – j’y reviendrai). J’avoue qu’apprendre la grossesse de la femme de mon père, alors que l’Anglais et moi-même tentions de concevoir la Crevette depuis quinze mois, a été franchement douloureux.
Renoncer à repartir au Japon, par amour pour l’Anglais. Ce n’était pas un sacrifice (faut pas exagérer), mais plutôt un choix qui n’a pas toujours été facile à assumer.
Les deux accidents de sport de l’Anglais qui nous en ont un peu fait voir de toutes les couleurs pendant presque un an.
Au final, je suis infiniment plus heureuse aujourd’hui, même si ce n’est pas forcément ainsi que j’envisageais ma vie il y a cinq ans. Et tant mieux. Ca veut dire qu’il y a plein de surprises à venir et que les cinq prochaines années seront tout aussi riches !
Allez, pour changer des sujets graves, voici un article parfaitement inutile mais qui m’amuse. L’idée est de vider son sac (au sens propre) et d’en photographier le contenu. Je ne voudrais pas dire de bêtise, mais il me semble qu’une photographe allemande avait lancé un projet de ce genre il y a quelques années.
Voici la bête :
Un sac Longchamp qui fut beige autrefois et qui tend sur le… grisâtre, dirons-nous pour rester polis. Offert par mon père à l’occasion d’un anniversaire, c’est le modèle-type de mes sacs d’été (comprenez : il n’aime pas trop prendre la pluie). A sa fermeture éclair est accroché un o-mamori rapporté du Futarasan-jinja de Nikkô il y a… 11 ans, je dirais.
Le contenu :
– Un porte-chéquier Longchamp beige, pour mon chéquier perso, ainsi que le chéquier de notre compte joint (pour les dépenses de santé de la Crevette – j’y reviendrai à l’occasion).
– Un portefeuille Longchamp acheté sur vente privée (non, je ne fais pas de fixette sur la marque, allons donc). Il contient les classiques : cartes bancaires, carte vitale, carte UGC (à résilier parce que c’est pas comme si on pouvait aller souvent au ciné, maintenant), cartes de visite et de fidélité diverses et variées, carnets de timbres, argent (dont un billet de 1$ et un autre de 5000Y – allez comprendre), avoirs divers dans des cantines autour du boulot, carte d’identité, carte d’électeur et… une grue en papier offerte par des collégiennes au Kiyomizu-dera.
– Un parapluie moche et pété, mais on annonçait de la pluie lundi (c’te blague).
– Ma carte orange Navigo ainsi que mon Oyster card (cherchez pas) dans un joli étui trouvé chez Forbidden Planet. J’en massacre un à deux par an.
– Des kleenex. Je suis allergique aux pollens / à la pollution / aux acariens. Le kleenex est mon meilleur ami.
– De la pommade pour les lèvres. Partout. Tout le temps. En ce moment, retour aux basiques, c’est un Neutrogena.
– De la pommade pour les lèvres teintée, pour les grandes occasions. A l’époque où j’étais rousse, c’était la seule teinte qui m’allait encore. En revanche, pour l’effet soin, c’est mort, ça me dessèche quand même les lèvres (je n’ai toujours pas trouvé le Graal).
– De la Lisopaïne. Je suis facilement sujette aux maux de gorge, surtout avec la Crevette qui chope les rhumes de son père.
– Un agenda papier noir, ultra-basique, offert par le boulot de mon beau-père. Je ne m’en sers quasiment plus, j’utilise mon téléphone qui, lui, me rappelle mes rendez-vous.
– Mon smartphone, sans lequel je ne saurais vivre. Ouais, c’est moche.
– Un sac en tissu orange fluo “Les Tropéziennes” offert la semaine dernière quand j’ai acheté une paire de sandales de cette marque. La couleur ne me plaît pas plus que cela, mais elle est très estivale et moins salissante que les sacs blancs / beiges offerts par les éditeurs.
– Un carnet de tickets restaurant. J’attends encore ceux du mois de juin, ceux-là m’ont été donnés par ma mère qui n’arrive jamais à en venir à bout (pour ma plus grande joie).
– Un stylo bille, offert par la coiffeuse qui s’est occupée de moi le jour du mariage de Ioionette.
– Un lange (tissu hyper absorbant) parce que la Crevette est la reine du bavouilli et de la régurgitation ninja.
Ce qu’il manque :
– Mes clés, qui ont leur place attitrée à côté de la porte dès que je franchis le seuil de la maison.
– Le chapeau de soleil de la Crevette, lamentablement oublié ce jour-là.
– Un bouquin : depuis la naissance de la Crevette, je ne peux plus lire dans les transports, je ne le fais qu’à la maison.
Hier après-midi, alors que j’étais dans le métro, j’ai reçu un appel d’Isa. En général, nous communiquons presque exclusivement par voie électronique, vu qu’il nous est très facile de passer une heure au téléphone à notre insu. D’abord un peu inquiète, j’ai été ravie quand elle m’a annoncé la nouvelle : elle passait à Paris mardi et proposait que nous nous retrouvions. Ni une, ni deux, j’ai arrangé mon planning au mieux pour passer du temps avec elle (nous nous voyons en moyenne une fois tous les six mois ; là, ça faisait à peine 15 jours, il va neiger, c’est pas possible).
Nous nous sommes retrouvées gare Montparnasse, fidèlement accompagnées par la Crevette, avant de choisir un lieu où déjeuner. M’étant conformée aux prévisions météo de mon téléphone, j’attendais 27° et des éclaircies, autant vous dire qu’avec les 22° et les gros nuages, j’avais l’air un peu bête…
Arrêt au Paradis du fruit qui, dans mon souvenir, proposait de très bonnes salades et cocktails de fruits. C’est donc tout naturellement que j’ai opté pour une gaufre aux accompagnements salés (saumon fumé, tarama, crème aigre et oeufs de lump, le tout accompagné d’une jolie salade de crudités) et une citronnade à la menthe. Tout était délicieux. C’est certes assez cher (20€ par personne) mais les assiettes sont copieuses et les fauteuils très (trop ?) confortables.
Nous avons ensuite flâné dans le Monoprix d’à côté, soi-disant pour chercher du mirin (condiment japonais), mais surtout pour avoir le plaisir de discuter à l’abri. Puis Isa a pris congé momentanément et je suis rentrée coucher mademoiselle.
En seconde partie d’après-midi, nous devions nous retrouver une fois de plus à la gare, mais la Crevette ayant décidé de faire la sieste, je n’ai pas eu trop de mal à attirer Isa à la maison – moyennant la promesse de goûter à ce délicieux thé “Toupet de légumes” reçu lors du swap de juin.
Comme toujours lorsque nous sommes ensemble, nous avons parlé de tout, de rien, et le temps a filé. La SNCF a bien essayé de retenir Isa à Paris, mais elle a finalement pu avoir son train…
La prochaine fois, on se cale un week-end entier sans enfant ni mari.
Longtemps, le dimanche soir fut pour moi synonyme de malaise, voire de mal-être. Je n’avais pas envie que cette journée finisse, et en même temps elle traînait en longueur et en ennui depuis la fin du déjeuner. L’angoisse de retourner à l’école et, plus tard, au bureau le lundi matin n’aidait certainement pas, mais je pense également que, comme beaucoup d’enfants de divorcés, le dimanche soir était à l’occasion le moment du retour à la maison (chez ma mère) après un peu plus d’une journée chez mon père, que je ne reverrais sans doute pas avant un mois.
Je ne suis pas la seule à être “atteinte” dans ma famille, je sais que mon père a longtemps souffert de la même chose (c’est d’ailleurs à lui que je dois la découverte de ma “BO du dimanche soir pluvieux, ci-dessous), mais de là à dire que c’était contagieux…
Aujourd’hui, les symptômes ont presque disparu – merci le passage au temps partiel qui m’a permis de ne plus travailler au bureau le lundi – mais je ressens toujours une espèce de vague à l’âme quand les dimanches après-midi s’étirent. L’impression de ne pas avoir assez “rentabilisé” cette journée, sans doute, couplée à ma peur panique de l’ennui (un jour, j’y reviendrai, tiens).
Quoi qu’il en soit, la certitude de maîtriser un tant soit peu mon emploi du temps a beaucoup aidé à apaiser cette angoisse.
Et vous, la déprime du dimanche soir, ça vous dit quelque chose ?